Introduction

Le roman noir et policier, genre littéraire riche en suspense et en critique sociale, a trouvé un écho particulier dans le monde de la bande dessinée. Cet article explore l'histoire et l'influence de ce croisement culturel, en mettant en lumière des exemples marquants et en analysant les raisons de son succès.

Le Prix Clouzot de la Bande Dessinée : Un Hommage au Roman Noir Adapté

Le Prix Clouzot de la bande dessinée, créé en 2018, récompense l’adaptation d’un roman noir ou policier en bande dessinée. Ce prix, doté de 1500 €, est remis par la Ville de Niort au(x) créateur(s) de l’album lauréat, en février, lors du Festival Regards Noirs. Il rend hommage au cinéaste Henri-Georges Clouzot, né à Niort en 1907. La pré-sélection est établie par deux conseillers spécialistes de bande dessinée, Frédéric Prilleux et Julien Védrenne, et un libraire, Jean-Luc Rouaud, directeur de la librairie BD L’hydragon à Niort.

L'Édition 2022 : Une Pré-Sélection Révélatrice

Pour l’édition 2022, cinq albums ont été pré-sélectionnés parmi les publications de l’année 2021. Le jury, composé d’un conseiller BD, d’une bibliothécaire de l’Agglo, d’un représentant de l’association Niort en Bulles, d’une libraire et de deux représentantes de l’Education Nationale, délibérera le 18 novembre en soirée sous la présidence de Robin Recht, lauréat 2021. Voici les œuvres en lice :

  • MANCHETTE (scénario) et CABANES (dessinateur) - Editions DUPUIS: Adaptation d'un roman de Jean-Patrick Manchette, revisitant le personnage du détective privé avec un style explosif et cocasse. L'histoire se déroule à Paris, 1975 : Eugène Tarpon, ex-gendarme désabusé, a quitté la police à la suite d'une bavure pour s'établir détective privé à son compte. Un soir, après quelques verres de trop, il décide de renoncer à son nouveau métier et de retourner vivre chez sa mère, en province. C'est alors qu'au beau milieu de la nuit, Tarpon voit débouler à sa porte une jeune femme en état de choc, qui répond au doux nom de Memphis Charles. Memphis a un sérieux problème : sa colocataire a été égorgée et elle a peur que la police l'accuse du crime. N'écoutant que son courage, le détective va se porter à son secours et se retrouver entraîné dans un tourbillon d'événements qui le dépassent totalement…

    • Max Cabanes: C'est en 1976 que Max Cabanes commence sa chronique délirante et fantasque Dans les villages. Le premier tome (La Jôle) paraît en noir et blanc aux Éditions Audie (Fluide Glacial), la suite dans Charlie Mensuel. Dargaud rééditera le premier tome en couleurs, avant de publier les suivants : L'Anti-jôle, La Crognote rieuse, Le Rêveur de réalité. Il a réalisé le diptyque Bellagamba chez Casterman (1999 et 2002). Il est consacré Grand Prix d'Angoulême en 1990 (qui distingue l'ensemble d'une oeuvre et son apport à la bande dessinée).
    • Jean-Patrick Manchette: Militant d'extrême gauche pendant la guerre d'Algérie, amateur de cinéma américain et de jazz, saxophoniste à ses heures, Jean-Patrick Manchette (1942-1995) parvient dès le début des années 70 à dynamiter et revivifier le roman noir français en dix romans (Le Petit Bleu de la Côte Ouest, Nada, La Position du Tireur Couché, etc), dans lesquels il revient aux sources du genre, la critique sociale. Le travail sur le style, acte de subversion au sein d'un genre méprisé à l'époque, marque de façon indélébile les générations suivantes d'écrivains. Ses dix romans noirs écrits sur dix ans, de 1971 à 1981, constituent la partie la plus visible et la plus captivante de l'oeuvre de Manchette. Mais outre son Journal intime qui compte plus de 5000 pages manuscrites, ses notes de lecture, préfaces, chroniques et articles, ce diable d'homme a rédigé quantité de nouvelles, romans sous pseudonymes, récits pour la jeunesse, bandes dessinées, traduit trente romans, beaucoup travaillé pour le cinéma et la télévision comme scénariste et dialoguiste. En 1989, Manchette reprend la plume pour écrire La Princesse du sang, thriller planétaire passionnant qui entamait le cycle Les Gens du mauvais temps.
  • Laurent GALANDON (scénario) et Jean-Denis PENDANX (dessinateur) - Editions Futuropolis: A Fake Story s'inspire de la panique causée par la diffusion radiophonique de La Guerre des Mondes d'H.G. Wells. Le 30 octobre 1938, Orson Welles met en ondes, sur CBS, la Guerre des mondes de H. G. Wells, racontant l’attaque de la Terre par des extra-terrestres. C’est la panique ! « Une fausse guerre terrifie tout le pays », titrent les quotidiens du lendemain. Dans le récit de Laurent Galandon, afin « d’échapper au massacre des Martiens », un homme tue sa femme et tire sur son fils avant de se suicider. Un ancien journaliste vedette de CBS, Douglas Burroughs, va mener l’enquête. Il en fera un livre. A Fake Story pose la question du vrai et du faux avec un art consommé, dans une enquête policière réjouissante.

    Lire aussi: Choisir les meilleures couches de piscine pour bébés

    • Jean-Denis Pendanx: Jean-Denis Pendanx est né en 1966. Il vit à Bordeaux. Après des études d’arts graphiques, il débute sa carrière en tant qu’illustrateur de magazines de jeux de rôles et de livres pour la jeunesse. En 1991, il publie son premier album, Diavolo sur un scénario de Doug Headline, aux Éditions Zenda. En 1993, paraît le premier volume (sur quatre) de Labyrinthes, co-scénarisé par Dieter et Serge Le Tendre, aux Éditions Glénat. En parallèle, il travaille pour le dessin animé (Corto Maltese). Il adapte avec son auteur, Alain Brezault, le roman Les Corruptibles (Glénat). 2006. Changement de style, changement d’éditeur, il signe avec Christophe Dabitch Abdallahi, Prix de la Bande Dessinée aux Rendez-Vous de l’Histoire à Blois (2 tomes parus, Futuropolis). 2008. Premier volume du triptyque Jeronimus, toujours avec Christophe Dabitch (3 tomes parus, Futuropolis). En 2013, il débute sa collaboration avec Stéphane Piatzszek avec qui il publie trois récits. 2017. Au bout du fleuve est son premier récit en tant qu’auteur complet.
    • Laurent Galandon: Né le 16 mars 1970 à Issy-les-Moulineaux, Laurent Galandon vit en Ardèche. Adolescent, il se passionne pour les combats contre les trolls et invente des histoires pour ses partenaires de jeux de rôle. En 1996, il prend la direction d'un cinéma d'art et d'essai à Trappes, et y rencontre des comédiens, des scénaristes et des cinéastes qui attisent son goût pour l'écriture. En 2006, associé au dessinateur Arno Monin, il publie chez Bamboo Édition le tome 1 de sa série L'Envolée sauvage. Ce premier album se verra décerner plusieurs prix dont le Prix des collégiens à Angoulême en 2008. Chez Bamboo, il cosigne le diptyque Gemelos avec Michele Benevento au dessin. En 2009, il sort chez Dargaud l'album Quand souffle le vent mis en images par Cyril Bonin. En 2014, il signe un bd/reportage avec Damien Vidal Lip. Le duo revient en 2016 avec l'album Le Contrepied de Foé.
  • Éric SALCH - Editions Glénat: Une réinterprétation personnelle et décalée des Misérables de Victor Hugo, mêlant humour et tragédie. On ne va pas vous réexpliquer Les Misérables de Victor Hugo. On connaît tous les histoires de ses personnages. Celle du pauvre bougre Jean Valjean qui un jour vola un pain, se fit mettre au bagne pendant 19 ans et toute sa vie tenta de racheter ses pêchés. Celle de la petite Cosette, orpheline et élevée par les raclures de Thénardier. Celle de cet indécrottable adorateur du livre des lois qu’est Javert, défenseur obstiné de la justice. Celle de Marius, jeune intellectuel bohème et amoureux de Cosette. Celle de Gavroche, archétype du joyeux gamin des rues parisien… Tout ça, on le sait déjà plus ou moins, mais ce qu’on ne connait pas, ce que jamais on n’aurait pu imaginer, c’est la version des faits par Éric Salch. Drôle et tragique, aidé d’une poésie fiévreuse et souillée bien à lui, Éric Salch livre une vision personnelle et décalée des Misérables. Si le récit suit parfaitement la narration de l’oeuvre originale et que la pertinence de son propos reste indéniable, Éric Salch grossit les traits, ajoute anachronismes et absurdités pour ainsi nous faire rire du drame et du terrible de cette sublime tragédie romanesque.

    • Eric Salch: Eric Salch est un dessinateur né en banlieue parisienne en 1973. Inspiré par le trait et le ton d’artistes de presse tels que Reiser et Vuillemin, il s’épanouit dans un style irrévérencieux aussi cradingue que juste et expressif. En 2015, la maison d’édition Les Rêveurs dirigée par Manu Larcenet édite le premier tome de son livre Les meufs cool puis le deuxième en 2016. En 2017, il sort son premier Look Book, succès en librairie autant que sur les réseaux sociaux, édité chez Fluide Glacial. Cette même année, il sort un récit plus personnel, Le Petit Chemin Caillouteux, à nouveau édité par Fluide Glacial. À partir de 2018, il intègre la rédaction dessinée de Charlie Hebdo. Les Misérables, une réinterprétation personnelle et iconoclaste du chef-d’oeuvre de Victor Hugo, est sa première collaboration avec les éditions Glénat.
  • Fabrice COLIN (adaptation) et Richard GUERINEAU (dessinateur) - Editions Futuropolis: Seul le silence adapte un roman de R.J. Ellory, explorant les thèmes du serial killer et des traumatismes d'enfance. Joseph Vaughan, devenu écrivain à succès, revient sur des événements qui ont bouleversé son enfance et qui vont le poursuivre toute sa vie d'adulte : des meurtres de jeunes filles perpétrés sur plusieurs décennies, dont il a été le témoin involontaire. Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps horriblement mutilé d’une fillette assassinée. La première victime d’une longue série qui laissera longtemps la police impuissante. Des années plus tard, lorsque l’affaire semble enfin élucidée, Joseph décide de s’installer à New York pour oublier les séquelles de cette histoire. Lorsqu’il comprend que le tueur est toujours à l’oeuvre, il n’a d’autre solution pour échapper à ses démons, alors que les cadavres d’enfants se multiplient, que de reprendre une enquête qui le hante afin de démasquer le vrai coupable… Joseph Vaughan, devenu écrivain à succès, tient en joue le tueur en série, dans l’ombre duquel il vit depuis bientôt trente ans. Plus encore qu’un récit de serial killer à la mécanique parfaite et au suspense constant, Seul le silence a marqué une date dans l’histoire du thriller. Avec ce roman crépusculaire à la noirceur absolue, sans concession aucune, R. J. Ellory révèle la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu.

    • Richard Guérineau: Richard Guérineau rencontre Eric Corbeyran en 1991 : le duo crée, en 1994, L'As de Pique chez Dargaud, puis, en 1997, Le Chant des Stryges aux Éditions Delcourt. Pour cette série, il adapte son style graphique : son trait nerveux et ses cadrages serrés servent brillamment ce récit mené tambour battant. En 2008, il s'associe avec Henri Meunier pour le western Après la nuit, puis en 2010 sur le deuxième tome de la série Le Casse, Le Troisième jour. En 2012, il réalise un opus de la série XIII Mystery (Dargaud) avec Fabien Nury. Il enchaine l'adaptation du roman de Jean Teulé, Charly 9, où il est à la fois scénariste, dessinateur et coloriste, suivi de Henriquet, l'homme reine, puis Croke Park qui aborde la lutte sans merci que se livrent espions anglais et révolutionnaires irlandais à Dublin, dans les années de guerre civile irlandaise.
    • Fabrice Colin: Fabrice Colin : Quatre fois lauréat du Grand prix de l'Imaginaire, Fabrice Colin s'est d'abord fait connaître par ses textes relevant des littératures de l'imaginaire, fantasy et science-fiction, avant de se tourner vers le polar et la littérature générale. Il est l'auteur de nombreux romans pour adultes, pour la jeunesse, nouvelles et scénarios de BD, ainsi que de dramatiques radiophoniques pour Radio France. Il collabore au Canard enchaîné et au Nouveau Magazine littéraire.
  • Xavier COSTE - Editions Sarbacane: Adaptation de 1984 d'Orwell, plongeant le lecteur dans une Angleterre uchronique et totalitaire. Dans une Angleterre uchronique issue de la Guerre Froide, Winston est un employé ordinaire. Surveillé à chaque instant par des caméras, des espions, des voisins, il travaille à la réécriture de l’Histoire. Il sent confusément que quelque chose ne va pas dans le monde tel qu’il le connaît. Qu’il doit bien exister du sens, quelque part. Un secret. C’est alors qu’il rencontre Julia… Sous la plume de Xavier Coste, l’intemporelle dystopie Orwellienne, plus glaçante que jamais. Dans un bouquet final saisissant, un superbe pop-up donne vie à ce monde désincarné !

    • Xavier Coste: Né en 1989 en Normandie, Xavier Coste est auteur de bande dessinée et illustrateur. Après une licence en Arts Graphiques à Paris, il sort son premier album de bande dessinée en 2012, Egon Schiele, vivre et mourir, paru chez Casterman et traduit en plusieurs langues. En tant qu’illustrateur il collabore régulièrement avec la presse et l’édition.

L'Attrait Durable du Roman Noir : Entre Critique Sociale et Divertissement

Le succès du roman noir et de ses adaptations tient à plusieurs facteurs.

Un Miroir de la Société

Le roman noir, dès ses origines, s'est intéressé à la dimension sociale du crime, une dimension progressivement oubliée depuis le XIXe siècle. Le néopolar en France ou le soziokrimi en Allemagne mettent en évidence la portée politique du genre. Il offre une critique acerbe des inégalités, de la corruption et des dysfonctionnements de la société. Il permet d'explorer les zones d'ombre de la condition humaine, les motivations obscures des criminels et les failles des institutions.

Lire aussi: Comprendre les pleurs nocturnes de bébé

Suspense et Tension Narrative

Le roman noir excelle dans l'art de maintenir le lecteur en haleine, grâce à des intrigues complexes, des rebondissements inattendus et une atmosphère sombre et oppressante. Les adaptations en bande dessinée amplifient cet effet, en utilisant le pouvoir visuel du dessin pour créer des ambiances fortes et traduire les émotions des personnages.

Une Esthétique Particulière

Le roman noir se caractérise par une esthétique sombre et réaliste, souvent associée à des ambiances urbaines décrépites et à des personnages marginaux. La bande dessinée permet de retranscrire cette esthétique avec une grande fidélité, en jouant sur les contrastes, les couleurs et les textures.

La Dystopie : Un Genre Cousin qui Fascine

La dystopie, souvent associée au roman noir, est un genre qui explore les sociétés totalitaires et oppressantes. Elle met en scène des mondes où la liberté individuelle est bafouée, où la surveillance est omniprésente et où la pensée est contrôlée.

Les Origines de la Dystopie

Le genre dystopique remonte à 1920, en Russie, avec Evgueni Zamiatine et son roman Nous autres. Déçu par la révolution russe, il écrit ce livre sur l'histoire d'une société totalitaire. Ce nouveau genre a depuis fait des émules : Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley en 1931, 1984 de George Orwell en 1949, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury en 1951, ou encore Un bonheur insoutenable d'Ira Levine en 1970.

Un Avertissement pour le Futur

La dystopie sert d'alerte, montrant ce qui pourrait advenir si l'on ne prend pas garde aux dérives de notre société. Elle rappelle l'importance de défendre la liberté individuelle et de résister à toute forme d'oppression.

Lire aussi: Guide pour une Couche Confortable

Un Genre en Vogue chez les Adolescents

La dystopie connaît un succès grandissant auprès des adolescents, qui y trouvent un écho à leurs inquiétudes face à un avenir incertain. Elle a en quelque sorte remplacé la fantasy dans le cœur des jeunes lecteurs, en leur offrant une réflexion critique sur le monde qui les entoure.

Les Fumetti Neri et le Giallo : Quand le Crime Devient Spectacle

Dans les années 1960 et 1970, le récit criminel devient la caisse de résonance des mutations de la société. C’est autour de l’articulation entre sexe et violence que s’enregistrent les transformations culturelles. Les pratiques hédonistes des générations d’après-guerre, les nouveaux modes de vie urbains ou les marginalités sous-culturelles et contre-culturelles sont évoquées dans des récits racoleurs et fantasmatiques, entre exploitation pornographique de la liberté sexuelle et refoulement aux accents sadiques.

Le Cinéma d'Exploitation

Dans les années 1960, se développe un cinéma d’exploitation qui mêle sexe et violence. Le film giallo, en Italie, en est le courant le plus important, avec des films dont l’imaginaire érotique et violent est souvent traité avec un formalisme esthétique qui joue avec les motifs de la culture pop. Mario Bava ou plus tard Dario Argento en sont les représentants les plus fameux.

tags: #couche #tard #polar #pop #histoire

Articles populaires: