Le mont Royal, bien plus qu'une simple colline, est un symbole emblématique de Montréal. Son histoire riche et diversifiée, intimement liée à l'évolution de la ville, en fait un lieu incontournable pour les Montréalais et les touristes du monde entier. Culminant à 234 mètres de haut et s'étendant sur 4 kilomètres de diamètre, le mont Royal est affectueusement surnommé "La Montagne" par les habitants. Cet article explore les différentes facettes de son histoire, de ses origines précolombiennes à son rôle actuel de poumon vert et d'attraction touristique majeure.
Origines et occupation précolombienne
Le mont Royal est un site d'occupation humaine depuis des temps immémoriaux. Des ossements humains datant de la période archaïque (de 6000 à 1000 av. J.-C.) témoignent de son utilisation comme lieu de sépulture par les populations autochtones. Bien que les vestiges de cette époque soient rares, des traces d'implantations durables datant de la période sylvicole (de 1000 av. J.-C. à la période de contact) ont été découvertes.
Le couvert végétal, la faune abondante et les nombreuses sources d'eau faisaient du mont Royal un lieu de vie privilégié pour les premiers occupants. De plus, la montagne offrait une ressource précieuse : la cornéenne d'Utica, une roche idéale pour la fabrication d'outils et d'armes.
L'occupation précolombienne a laissé des traces durables dans l'urbanisme montréalais. Deux chemins ceinturant la montagne à cette époque ont en grande partie déterminé les tracés des actuels chemins de la Côte-Sainte-Catherine et de la Côte-des-Neiges, ce dernier étant un axe essentiel pour traverser l'île d'est en ouest depuis les débuts de la colonie.
Le Régime français et l'empreinte des Sulpiciens
En 1642, le premier établissement allochtone, français, est fondé par le sieur de Maisonneuve et Jeanne-Mance, à environ trois kilomètres du Mont-Royal. Dès le premier hiver, une relation privilégiée s'établit entre les colons et la montagne.
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Pendant le Régime français, l'histoire du mont Royal est marquée par l'action des Sulpiciens. Leurs aménagements ont joué un rôle fondamental en définissant les fonctions ultérieures de la montagne : espace institutionnel éducatif et hospitalier, et espace de villégiature.
De 1675 à 1705, une mission amérindienne est construite sur l'emplacement actuel du Collège de Montréal. Le choix de cet emplacement confirme l'importance de la montagne pour les populations autochtones. La mission accueille 200 autochtones christianisés, qui participent à la mise en valeur du Mont-Royal par le défrichement, la récolte du bois et la mise en culture, tout en conservant une certaine autonomie et leurs activités traditionnelles de chasse.
À partir de 1705, les Sulpiciens transforment progressivement les locaux de la mission en "maison de campagne", un domaine rural doté de murs, de tourelles, d'un potager, d'un vignoble, d'un verger et d'un parc à la française. La majeure partie de la propriété est confiée à des fermiers qui cultivent blé, avoine, pois et foin, et qui pratiquent l'élevage. Les Sulpiciens ouvrent également une carrière et un four à chaux.
Il est à noter que, durant la période française, 20 à 30% des terres concédées par les Sulpiciens sur l'île sont confiées à des urbains, qui semblent déjà apprécier les propriétés situées aux abords de la montagne.
En 1760, au crépuscule du Canada français, les forêts ont cédé la place aux champs et aux vergers aux abords du Mont-Royal. L'exploitation des côtes a débuté sur le versant Est dès la fin du XVIIe siècle, puis sur le versant sud à partir de 1700, avant de remonter progressivement vers le Nord par le versant Ouest au cours du XVIIIe siècle. Cette période marque à la fois la perpétuation de la présence autochtone, par l'implantation de la mission, et la fin d'une occupation millénaire, lors de la fermeture de cette dernière.
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L'ère britannique et l'essor de la villégiature
Après la conquête britannique, Montréal connaît une croissance démographique importante, devenant la première ville du Canada. Cette évolution a des conséquences considérables sur les utilisations du Mont-Royal, notamment l'essor des activités de villégiature, l'institutionnalisation de la montagne et la relégation au second plan des activités économiques productrices.
La propriété des Sulpiciens sur la Montagne était déjà un lieu de villégiature durant la période française. Après la conquête, de nouveaux fonctionnaires et administrateurs britanniques s'installent à Montréal et apprécient la maison de campagne sulpicienne. Disposant de ressources financières importantes, ils investissent les pentes Est de la montagne dès les années 1790 et font construire des résidences à proximité de la maison de campagne.
À partir des années 1840, la mutation du Vieux-Montréal, devenu un quartier d'affaires, provoque la périurbanisation des habitats bourgeois. Aux résidences secondaires succèdent des résidences principales développées par une nouvelle génération de grands propriétaires. John Redpath et Thomas Phillips, grands promoteurs et résidents de la face Est, participent au lotissement du flanc est de la montagne, traçant les rues et participant à la stratification sociale par la taille des lots.
La rue Sherbrooke, artère du développement, fracture l'espace social. Sur son flanc nord, de grands terrains sont découpés, offrant des accès privilégiés aux bois et des vues imprenables sur la ville, parfaits pour la création de manoirs. Du côté sud, les lots sont plus petits, destinés à une moyenne bourgeoisie. De somptueuses demeures sont ainsi construites dans la deuxième moitié du XIXe siècle par une nouvelle élite, d'armateurs, de financiers et d'industriels, qui s'approprient le nouveau quartier, appelé le "Golden Square Mile".
La seconde moitié du XIXe siècle est également marquée par un intérêt croissant pour les activités sportives et touristiques. Les résidents du Golden Square Mile trouvent dans la montagne voisine un lieu exceptionnel pour pratiquer divers sports, de manière informelle ou dans un contexte plus structuré. La chasse à courre se pratique sur les terrasses du flanc nord, et le premier terrain de golf du Canada est aménagé en 1874 sur le Fletcher's Field. Le Mont-Royal est également apprécié pour les sports d'hiver.
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La création du parc du Mont-Royal et l'œuvre d'Olmsted
L'élément déclencheur de la création du parc du Mont-Royal fut la coupe à blanc effectuée sur le flanc sud en 1860. Ce fait divers poussa les autorités municipales à acheter 200 ha de terrains sur la montagne, principalement une forêt de feuillus, en vue d'y constituer un parc.
L'aménagement est confié à Frederick Law Olmsted, le concepteur de Central Park à New York, et à son partenaire Calvert Vaux. Le parc est officiellement inauguré le 24 mai 1876. Il présente une vision romantique de la nature, appréhendée comme l'antithèse salvatrice à la ville. L'ascension du Mont Royal par des sentiers sinueux éloigne de la trame orthogonale des rues montréalaises. Les caractéristiques naturelles sont mises en valeur, parfois artificiellement améliorées pour créer des trouées sur la ville.
Olmsted est convaincu que les parcs urbains ont un effet apaisant et une influence positive sur la santé physique et morale des masses. Cependant, l'aménagement du Fletcher's Field, sur la frange septentrionale du parc, constitue une amputation au projet original. Cet espace, initialement destiné à l'exploitation agricole, se transforme en lieu de rencontre multifonctionnel, dédié à l'organisation d'événements, de manifestations, de jeux et de rencontres informelles. Devenu parc Jeanne-Mance, il est toujours central dans la sociabilité montréalaise actuelle.
Le Fletcher's Field est situé au carrefour des communautés francophone et anglophone, ce qui en fait un environnement cosmopolite où cohabitent des communautés souvent ségrégées par l'espace. Ce rapprochement est célébré par l'érection en 1919 du monument à Sir George-Étienne Cartier, un québécois membre prépondérant parmi les Pères de la Confédération Canadienne. Le monument est encore un haut lieu du cosmopolitisme montréalais, marqué par un rendez-vous estival hebdomadaire, celui des joueurs de tam-tam.
L'institutionnalisation de la montagne
À l'initiative des élites anglo-saxonnes, le Mont-Royal est devenu un espace de villégiature prépondérant. L'explosion démographique de la ville, l'émergence des industries, l'exiguïté et l'insalubrité urbaine, couplées aux philosophies de retour à la nature, vont faire du Mont-Royal un espace refuge pour de nombreuses institutions.
La vocation institutionnelle des flancs de la montagne s'ouvre par la donation de James McGill à sa mort en 1813 de sa maison de campagne à l'Institut Royal pour l'avancement des sciences, dans le but d'y fonder une école. Après plus de 30 ans de bataille juridique, le McGill College ouvre ses portes le 6 septembre 1843.
L'histoire de l'Université suit les mêmes tendances lourdes qui structurent plus largement le développement du Golden Square Mile. Sa création, son épanouissement et son succès sont tributaires des initiatives individuelles de grands capitalistes riverains. James McGill permet sa création, puis Peter Redpath, le promoteur, est un mécène précoce, adjoignant certains de ses terrains et des dons financiers importants permettant la construction de nouveaux bâtiments.
Le Mont Royal aujourd'hui : un espace de loisirs et de culture
Aujourd'hui, le mont Royal continue d'être un lieu de rassemblement et de divertissement pour les Montréalais et les touristes. Les Amis de la Montagne, un organisme à but non lucratif, œuvrent à préserver, protéger et mettre en valeur le Mont Royal et son environnement.
Tout au long de l'année, de nombreuses activités sont proposées, allant des randonnées guidées aux activités sportives saisonnières. L'hiver, les sentiers du Mont Royal se transforment en pistes de raquette, tandis que l'été, il est possible de se détendre à bord d'une chaloupe sur le lac aux Castors.
Le mont Royal est également un lieu de culture et de festivités. Chaque dimanche de mai à septembre, une foule disparate se rassemble aux pieds du Parc Mont-Royal et de la statue de Sir George-Étienne Cartier pour le rassemblement des joueurs de tam-tam. Ce rassemblement spontané est une institution montréalaise, un lieu de liberté où chacun peut s'exprimer et se connecter aux autres.
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