Les troubles des conduites alimentaires (TCA) sont un sujet de préoccupation croissante, touchant non seulement les adolescents, mais aussi les enfants de plus en plus jeunes. Bien que souvent associés à des images médiatisées de corps squelettiques et de comportements extrêmes, ces troubles sont en réalité complexes et multifactoriels. Cet article vise à fournir une synthèse moderne des descriptions et de l'analyse des facteurs générant des troubles des conduites alimentaires chez les jeunes, en particulier chez les nourrissons et les jeunes enfants, en s'appuyant sur l'expertise du Professeur Maurice Corcos et d'autres spécialistes.

L'Évolution de la Compréhension des TCA

De ces descriptions princeps aux modèles actuels de compréhension des troubles des conduites alimentaires, de l'alternance d'un tout "psychique" à un tout "organique" selon les références dominantes, les conceptions sous-tendant les descriptions de l'anorexie mentale ont beaucoup évolué au cours du temps. Les controverses actuelles soulevées dans le milieu de la mode par le décès de mannequins souffrant de TCA ont mis en lumière les conséquences physiques et psychologiques dramatiques de ces conduites. Toutefois, cette maladie, encore mal connue du grand public, est loin de se résumer à ces aspects médiatiques.

L'Âge d'Apparition des TCA Rajeunit

Le Professeur Maurice Corcos, chef de service du département de psychiatrie de l'adolescent et de l'adulte à l'Institut Montsouris et auteur de l’Abécédaire de l'anorexie, confirme que l’âge des troubles alimentaires, et notamment de l’anorexie, rajeunit de plus en plus. Il y a une vingtaine d’années, l’anorexie précoce était exceptionnelle. Des médecins britanniques ont tiré la sonnette d’alarme, constatant qu’entre 2009 et 2011, 98 fillettes de 5 à 7 ans ont été hospitalisées pour des troubles alimentaires, dont notamment l’anorexie.

La Dimension Anthropologique de l'Alimentation

L'alimentation a une dimension anthropologique bien plus large que le simple besoin physiologique. Nourrir un enfant, c'est aussi le nourrir affectivement. "Quand l'enfant refuse de s'alimenter, il y a une résonance d'agression sur l'identité maternelle, notamment. Ce n'est d'ailleurs pas rare de trouver des antécédents dans les familles de troubles alimentaires", signale-t-il.

Trouble des Conduites Alimentaires vs Trouble du Comportement Alimentaire

Il tient également à revenir sur un mésusage de langage : "Dans le vocabulaire courant, nous allons employer à tort le terme de 'troubles du comportement alimentaire'. Or, le mot comportement sous-entend une réaction animale, non contrôlée. Or, je préfère que l'on parle de trouble des conduites alimentaires, car dans le cadre de l'anorexie, l'action est volontaire et consciente. Pour traiter, il faudrait s'interroger pourquoi la personne se conduit ainsi, et cela vient souvent de certains troubles de l'identité.

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Comment Réagir Face à un Trouble Alimentaire chez son Enfant ?

Si vous remarquez plusieurs de ces comportements chez votre enfant, vous vous demandez sûrement comment réagir. "Il n’est pas recommandé de tenter de dialoguer sans fin autour de l’épine irritative qu’est l’alimentation", explique le professeur Corcos. "Mais avant toute chose, il est nécessaire de s'interroger soi. Quel rapport ai-je installé avec la nourriture et mon corps ? Dans bien des cas, le parent va induire une part inconsciente de relation malsaine à l'alimentation. En prendre conscience, travailler sur soi, c'est enlever une part de responsabilité à l'enfant", avance-t-il. Il conseille ensuite de ne pas tenter d'agir en force, mais plutôt de faire de la médiation. J'entends par là qu'il faut détourner le problème de l'alimentation et différer le moment d'en parler. Vous pouvez ensuite détourner le sujet d'échange, en évoquant la future adolescence, le rapport à ses amis, en l'emmenant au cinéma ou en faisant les magasins sans focaliser sur la question de la nourriture. C'est comme cela que nous procédons au centre", indique-t-il. Pour autant, il faut éviter d'ancrer le comportement alimentaire de l'enfant. Encouragez-le plutôt à prendre ses repas en famille et faites en sorte que tout le monde mange ensemble une nourriture commune. Si ces comportements persistent, il est conseillé de consulter un pédopsychiatre spécialiste. Car une perte d’appétit temporaire ne peut pas à elle-seule décrire l’anorexie. L'examen et l’entretien sont indispensables pour détecter les causes à la perte d'appétit.

Diagnostic Précoce des TCA

Pendant longtemps, le diagnostic du trouble alimentaire reposait surtout sur la prise de poids du patient, quand ce dernier faisait courir un risque de santé physique. Aujourd’hui, un enfant ou un adolescent qui fait une fixation démesurée sur son alimentation et/ou son poids et qui dévalorise l’image de son corps de manière excessive peut être considéré comme ayant un trouble alimentaire, même si sa prise de poids n’est pas (encore) inquiétante. C’est pourquoi, l’attention des proches (parents, frères et sœurs, professeurs, éducateurs) est nécessaire à un dépistage précoce chez l’enfant. Un diagnostic de trouble alimentaire réalisé tardivement chez l’enfant peut avoir des conséquences délétères, car la personne peut souffrir de très graves problèmes de santé dus au renforcement de ses habitudes alimentaires. Arythmie cardiaque, tension artérielle, reflux, érosion dentaire, fragilité osseuse, perte de cheveux… sont autant de conséquences possibles à la malnutrition.

Les Causes Multifactorielles des TCA

Ce que beaucoup de parents se demandent, alors c’est pourquoi leur enfant a développé un trouble alimentaire. A cette question, la réponse est souvent multifactorielle. Les causes de l’anorexie restent inconnues, car c’est une pathologie complexe. La vulnérabilité génétique, des facteurs biologiques dont on ignore encore la teneur, la petite enfance, les relations familiales, un traumatisme (divorce, décès dans la famille…) sont autant de facteurs qui, mêlés les uns aux autres, peuvent être impliqués dans la survenue de troubles alimentaires. Chaque cas d’anorexie est différent et porte sa propre histoire.

L'Influence des Réseaux Sociaux et du Comportement Parental

Ces dernières années, les réseaux sociaux n’ont fait que rendre plus précoce le souci des enfants pour leur apparence, et notamment la minceur encore trop souvent élevée au rang de beauté. D’ailleurs, l’enfant reflète fréquemment des angoisses de son parent. Aujourd’hui, hommes comme femmes sont à la recherche de la minceur. Certains parents vont se déprécier face à leur image dans le miroir, se plaignant d’être trop gros, pas assez musclé ou enchainant les régimes. D’autres adultes sont à la recherche presque maladive de manger sain, appelée orthorexie. Ces comportements de parents peuvent notamment faire peser ce lien dysfonctionnel à l’alimentation et l’estime de soi sur leurs enfants très tôt. Le parent a ainsi un grand rôle à jouer dans son éducation alimentaire. Forcer un enfant à manger, par exemple, c'est nier les désirs et les besoins de son enfant. Beaucoup d’enfants peuvent être présentés comme difficiles au moment des repas. Souvent, ils sont simplement rassasiés. Jouer sur l’affect pour les faire manger, avec des expressions comme "une dernière cuillère pour maman, une cuillère pour papa" peuvent ainsi avoir un impact sur sa relation à la nourriture. L’important dans celle-ci est la dimension affective et de jeu. Les parents ont une grande influence sur la vie de leurs enfants, et il est important de souligner que ces derniers reproduisent les comportements qu’ils observent autour d’eux.

Les Différentes Formes de Troubles Alimentaires

Les termes de troubles du comportement alimentaire englobent l’anorexie, la boulimie, et des formes atypiques diverses. L’anorexie et la boulimie semblent être deux formes en apparence contraires : la restriction et l’excès. La réalité est en fait plus complexe, ces deux formes étant liées. Si des troubles du comportement alimentaire modérés, tels que le grignotage, sont extrêmement fréquents et n´entraînent généralement pas de conséquences graves sur le plan nutritionnel, il n’en est pas de même de la boulimie et/ou de l’anorexie mentale, qui peuvent avoir un retentissement beaucoup plus important en termes de morbidité, voire de mortalité.

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Anorexie Mentale

L’anorexie est un trouble du comportement alimentaire se manifestant par une perte de poids très importante. L’anorexie mentale est fréquemment associée à la dépression, des troubles anxieux, des troubles de la personnalité, et dans sa forme avec symptômes boulimiques à des abus alimentaires.

Boulimie

Il s’agit d’une compulsion alimentaire entraînant une surconsommation alimentaire de façon récurrente. La nourriture engloutie, le plus souvent "en cachette", est hypercalorique et facilement absorbable. La surcharge pondérale n’est toutefois pas de règle, puisque l’apport calorique massif dû à la crise est neutralisé, soit par des vomissements provoqués, soit par l’abus de laxatifs ou plus rarement de diurétiques, soit par un jeûne ou une restriction alimentaire drastique pour les jours qui suivent.

Craving

Le craving est également une compulsion alimentaire répressible, entraînant, si le sujet y cède, une consommation d’aliments plus ou moins importante d’un seul type d’aliment le plus souvent. Cette compulsion est suivie d’un sentiment de culpabilité. Le craving est une demande de l´organisme qui "cherche" les matériaux de base nécessaires à la fabrication de neuromédiateurs. C´est la répétition de l´acte qui est pathologique, quand ce comportement arrive plus d´une fois par semaine et entraîne des perturbations annexes.

Grignotage

Le grignotage peut être défini comme l’absorption quasi automatique d´aliments, sans sensation de faim, par petites quantités fractionnées. Il n´est pas déclenché par l´envie d´un aliment particulier.

Prévalence et Diagnostic

L´anorexie mentale est rare chez l´homme. Aucune étude épidémiologique n’a été réalisée en France. Elle est le plus souvent observée durant l’adolescence et serait en constante augmentation depuis une vingtaine d’années. La boulimie est d´origine plurifactorielle. Le sujet boulimique a conscience du caractère anormal de sa conduite alimentaire. Ces conduites peuvent être source d’affrontements et de mensonges à l’égard de la famille. La forme sévère, pouvant conduire au décès par dénutrition protéino-énergétique ou des complications somatiques (troubles du rythme cardiaque par hypokaliémie), reste une réalité nécessitant une prise en charge psychiatrique spécialisée. Le diagnostic d’anorexie mentale est avant tout clinique.

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Conclusion

Les troubles alimentaires du nourrisson et de l'enfant sont une réalité complexe et multifactorielle, nécessitant une approche globale et individualisée. La sensibilisation, le dépistage précoce et la prise en charge adaptée sont essentiels pour prévenir les conséquences délétères de ces troubles sur la santé physique et psychologique des jeunes. Il est crucial de prendre en compte la dimension affective de l'alimentation, l'influence du comportement parental et de l'environnement social, et de consulter des professionnels spécialisés en cas de suspicion de trouble alimentaire.

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