Le développement durable, concept polysémique et parfois paradoxal, est au cœur des préoccupations contemporaines. L'idée de concilier croissance économique, équité sociale et protection de l'environnement se heurte souvent à des contradictions, notamment lorsqu'il s'agit de la contraction économique. Cet article explore le paradoxe entre la contraction (ou décroissance) et le développement durable, en analysant les différentes approches de la soutenabilité et en examinant les enjeux communicationnels et politiques associés à la sobriété.
Introduction : L'Échec d'une Approche Procédurale
Après trois décennies d'une approche procédurale du développement durable, un constat d'échec s'impose. Jacques Theys, vice-président du Plan Bleu pour la Méditerranée, plaide pour un retour à une soutenabilité forte, définie comme la reconnaissance de limites absolues à l'action humaine, circonscrites aux risques majeurs et aux impasses critiques pour les générations futures. Cette approche implique une redéfinition de notre relation à la nature, qui ne doit pas être réduite à de simples fonctions utilitaires, et une articulation avec une approche substantive du développement durable.
Les Origines et l'Intérêt de la Notion de Durabilité Forte
L'opposition entre soutenabilité faible et forte, issue des travaux des économistes, a joué un rôle historique important dans la structuration théorique du développement durable. Cette distinction, bien que théorique, est essentielle pour redonner un contenu substantif à une notion de développement durable qui s'est progressivement affadie, se confondant de plus en plus avec la simple préservation de l'environnement.
Soutenabilité Faible vs. Soutenabilité Forte : Un Jeu de Miroirs
Les notions de soutenabilité faible et forte, imaginées par les économistes, offrent deux visions contrastées de la relation entre l'économie et l'environnement. La soutenabilité faible repose sur l'idée que les limites imposées par la nature sont relatives et peuvent être surmontées par un système de prix efficace et la substitution de ressources naturelles par d'autres formes de capital (humain, physique). La soutenabilité forte, quant à elle, considère que les limites naturelles sont absolues et que les différents types de capitaux ne sont pas substituables, mais complémentaires.
Soutenabilité Faible : Confiance dans le Marché et la Technique
Les tenants de la soutenabilité faible, principalement les économistes néoclassiques, estiment que les fonctions assurées par la nature peuvent être remplies d'une manière ou d'une autre, soit par une ressource comparable ou substituable, soit par une technique. Cette vision optimiste du développement durable sous-estime les contraintes écologiques et fait confiance au marché et à la technique pour résoudre les problèmes.
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L'avantage de la soutenabilité faible est sa facilité de mise en pratique, grâce à la commensurabilité assurée par la monnaie. Elle permet de passer facilement du niveau macroéconomique au niveau microéconomique, résolvant ainsi le problème des échelles et de la répartition des contraintes. De plus, elle n'impose pas de contraintes très fortes aux générations présentes, sauf en termes d'investissement et de fiscalité.
Cependant, cette conception repose sur une hypothèse en grande partie fausse : beaucoup de fonctions assurées par la nature ne sont pas substituables ni même évaluables ; leur substitution, si elle est possible, exige l'usage d'autres ressources ; la vérité des prix n'est pas réalisée et les corrections fiscales nécessaires ne sont pas mises en place. Les actions menées dans le cadre d'une telle conception se réduisent souvent à des stratégies gagnant-gagnant qui n'assurent pas un développement durable pour les générations futures.
Soutenabilité Forte : Reconnaissance des Limites Absolues
La soutenabilité forte, défendue par les tenants de l'économie écologique, se définit par opposition à la soutenabilité faible. Les limites imposées par la nature sont considérées comme absolues et non relatives. Les systèmes économiques et sociaux sont vus comme des composantes de la biosphère, dont ils dépendent et dont ils doivent intégrer les règles de fonctionnement.
Pour les partisans de la soutenabilité forte, ce n'est pas le stock de capital total dont il faut assurer la constance dans le temps, mais le stock de capital naturel. Les prix ne garantissent pas les régulations nécessaires et tout n'est pas évaluable en monnaie. La confiance dans la technique est également surestimée, car elle ne constitue qu'une réponse partielle aux questions posées par le développement durable et crée souvent de nouvelles pressions sur l'environnement.
La soutenabilité forte garantit aux générations futures un potentiel minimum de ressources naturelles suffisant pour leur développement, à condition que le point de départ soit lui-même satisfaisant. Cependant, les problèmes d'opérationnalisation sont considérables. La notion de stock global de « capital naturel » est difficile à quantifier et à évaluer, et on ne dispose pas d'une monnaie qui permet de rendre commensurables toutes les composantes.
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Le Développement Durable : Un Concept Normatif Sans Norme
Le développement durable, tel que défini par le rapport Brundtland, est un concept politique et non scientifique. C'est essentiellement un principe de justice intergénérationnelle, sur lequel s'est greffé un objectif de justice et de solidarité intragénérationnelle. Son objet est le changement des logiques et finalités du développement, avec comme condition la préservation de l'environnement et des ressources critiques pour le futur.
Il est difficile de savoir a priori quels seront les besoins des générations futures et d'évaluer les limites naturelles qu'ils vont devoir surmonter pour les satisfaire. Il est donc plus facile de savoir ce qu'est un développement non durable qu'un développement durable. Cette notion s'est avérée difficile à opérationnaliser, laissant une large place à l'ambiguïté.
La Place de la Durabilité Forte dans les Politiques Publiques et les Exercices de Prospective
La durabilité forte a été diversement représentée dans les politiques publiques et les études prospectives. Son intégration dépend des contextes politiques, économiques et sociaux, ainsi que des priorités des différents acteurs.
Transition Énergétique et Sobriété : Un Nouveau Modèle Normatif
Face aux défis climatiques et environnementaux, les politiques de transition énergétique en France se sont progressivement décentralisées au profit des pouvoirs publics locaux. Dans ce contexte, les objectifs de sobriété en matière de construction et de transports sont devenus un pilier des politiques de gestion locale de l'énergie.
Cependant, l'apparition et le développement de politiques territoriales incitatives à la sobriété énergétique peuvent être situées à une période antérieure, où les risques nucléaires étaient une préoccupation majeure. Les politiques de Maîtrise de la Demande en Électricité (MDE) des années 1980 à 1990 visaient déjà à inciter les ménages à une consommation électrique plus sobre.
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La communication publique sur la sobriété énergétique s'avère délicate, car elle peut renvoyer à l'idée de restriction, de privation, voire de régression. Il est donc essentiel de sensibiliser les citoyens aux enjeux écologiques et de les responsabiliser dans de nouvelles formes de prise de conscience et d'engagement individuels.
Sobriété Numérique et Gouvernance Territoriale
L'introduction de nouvelles normes de sobriété numérique dans les politiques contemporaines de gouvernance territoriale pose des enjeux communicationnels importants. Il est nécessaire d'identifier les différents registres énonciatifs de communication sur le développement durable et de les distinguer des notions de durabilité environnementale et d'attractivité durable des territoires.
La critique de l'excès et de la surabondance technologique est d'emblée inscrite dans les réflexions académiques sur la communication relative à la durabilité environnementale via le numérique. Cette critique peut déboucher sur des propositions voire des paradigmes de sobriété numérique, dans divers champs disciplinaires, dont celui de l'information et de la communication.
Développement Durable et Attractivité Territoriale : Un Paradoxe ?
Le lien entre développement durable et attractivité territoriale peut sembler paradoxal. L'attractivité territoriale est souvent associée à la croissance économique et à la consommation, tandis que le développement durable implique une remise en question de ces modèles.
Évaluation de la Durabilité et Facteurs Critiques de Décision
L'évaluation de la durabilité sur le terrain est un exercice complexe, qui tient à la nature plurielle de l'exercice et à la complexité des décisions et processus de gouvernance qu'il convoque. Il est nécessaire de définir des facteurs critiques de décision en fonction d'une vision du futur, afin d'adapter les politiques publiques aux différentes échelles et écosystèmes de décision.
PME et Développement Durable : Un Enjeu Stratégique
Les PME jouent un rôle essentiel dans la transition vers un développement plus durable. Leur capacité à maîtriser leur structure de bilan et à investir dans l'innovation et la R&D est déterminante pour leur compétitivité et leur contribution à la protection de l'environnement.
Financement des PME : Un Défi Majeur
L'accès au crédit et le renforcement des fonds propres des PME sont des enjeux cruciaux pour leur développement. Il est nécessaire de mobiliser l'épargne des particuliers vers les PME, en mettant en place des mécanismes puissants, diversifiés et stables.
Théorie de la Régulation et Développement Durable : Un Rapprochement Utile
La Théorie de la Régulation (TR) peut apporter des schèmes explicatifs pour ordonner les éléments de problématique offerts par le développement durable et appuyer des projets orientés vers la durabilité. La TR permet d'historiciser le rapport entre activités économiques et environnement, en lien avec les modes de développement prévalant.
Temps et Ruptures : Deux Approches Différentes
La problématique du développement durable promeut un temps sans réel ancrage historique, tandis que la TR constitue un véritable « institutionnalisme historique ». La TR s'attache à un temps « historicisé » où les diverses formes sociales se répondent les unes les autres selon des configurations particulières.
Les contributions relevant du développement durable pourraient aider au renouvellement de l'analyse régulationniste des ruptures. La problématique du développement durable pose clairement la question de la finitude du système économique face à des ressources naturelles limitées.
Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) : Approches Institutionnalistes vs. Contractualistes
La responsabilité sociale est souvent analysée comme un jeu d'acteurs passant des contrats, selon une approche contractualiste. Cependant, il convient de voir les institutions qui se cachent derrière ce mouvement de la responsabilité sociale d’entreprise.
Capitalisme et RSE : Un Échelon Éthique
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