Avec l'évolution des modes de vie et l'âge moyen de la première grossesse qui recule, la conservation des ovules, ou vitrification ovocytaire, est devenue une option de plus en plus envisagée par les femmes. La loi du 2 août 2021 relative à la bioéthique a marqué une avancée significative en France en ouvrant cette possibilité à toutes les femmes, sans condition médicale particulière. Cet article explore les conditions et les implications de la conservation des ovules en France, tant pour des raisons personnelles que dans le cadre d'un don.
La préservation de la fertilité non médicale : une option sociétale
L'autoconservation de gamètes, qu'il s'agisse d'ovocytes ou de spermatozoïdes, permet de conserver ses propres gamètes en vue d'une utilisation ultérieure en cas de besoin d'une assistance médicale à la procréation (AMP). Désormais autorisée par la loi du 2 août 2021, cette conservation se fait sans conditions d'infertilité ni obligation de don à autrui. Elle s'inscrit dans un parcours de prise en charge médicale par une équipe d'AMP, suivant un consentement écrit et une information complète sur les conditions, les risques, les limites de la démarche et ses suites.
Conditions d'âge pour l'autoconservation
Pour les femmes, le recueil des ovocytes est autorisé entre le jour du 29ème anniversaire et le jour du 37ème anniversaire. Il est conseillé aux patientes souhaitant une préservation de fertilité sociétale de prendre contact avec le service de policlinique pour programmer un rendez-vous avec un gynécologue du Centre d’AMP avant leurs 36 ans et 4 mois, compte tenu des délais actuels. Les ovocytes autoconservés pourront être utilisés jusqu’au jour du 45ème anniversaire pour la femme qui a vocation à porter l’enfant.
Pour les hommes, le recueil des spermatozoïdes est autorisé entre le jour du 29ème anniversaire et le jour du 45ème anniversaire. Les spermatozoïdes autoconservés pourront être utilisés jusqu’au jour du 60ème anniversaire.
Le processus d'autoconservation ovocytaire
L'autoconservation ovocytaire implique une stimulation ovarienne suivie d'une ponction folliculaire au bloc opératoire pour recueillir les ovocytes matures, qui seront ensuite congelés ou vitrifiés. La stimulation ovarienne consiste en une stimulation hormonale à fortes doses, dans l’objectif de faire grossir un maximum de follicules sur les ovaires. Cette stimulation se fait par des injections sous-cutanées quotidiennes pendant 11 à 15 jours. Des contrôles échographiques et par prise de sang sont effectués à plusieurs reprises lors de cette période. Quand les tailles folliculaires sont satisfaisantes, la maturation folliculaire finale est déclenchée et les ovocytes sont récupérés environ 36h plus tard au bloc opératoire, sous contrôle échographique et sédation anesthésique.
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Il est important de noter que les frais de conservation des gamètes dans le cadre d'une conservation non médicale sont de 40,50 euros par an, à la charge du patient.
Suivi et devenir des ovocytes conservés
La patiente est la seule à pouvoir décider du devenir de ses ovocytes. Une relance annuelle est envoyée afin de connaître son souhait quant à ses ovocytes congelés : poursuite de la conservation, destruction, don à d’autres personnes avec un projet parental, ou don à la recherche. Il est également possible de préciser son choix sur le devenir de ses gamètes en cas de décès. Il est important de transmettre les nouvelles coordonnées au CECOS en cas de déménagement.
La préservation de la fertilité pour raisons médicales
La préservation de la fertilité est également possible pour des raisons médicales, notamment pour les personnes dont la prise en charge médicale est susceptible d'altérer la fertilité, comme les traitements contre le cancer ou les traitements médicamenteux gonadotoxiques, ou encore en raison de maladies telles que l'endométriose ou le lupus. Dans ce contexte, la préservation de la fertilité doit débuter avant le traitement.
Techniques de conservation des ovocytes pour raisons médicales
Différentes techniques de préservation sont envisageables, notamment :
- La vitrification ovocytaire : réservée aux femmes pubères, en couple ou célibataires, elle se fait sur des ovocytes matures obtenus suite à une stimulation ovarienne.
- La congélation des tissus ovariens : réalisable chez les patientes prépubères et pubères, elle ne nécessite pas de stimulation ovarienne et permet de conserver les follicules primordiaux situés dans le cortex ovarien.
- La vitrification embryonnaire : elle implique l’existence d’un conjoint et d’un projet parental, et nécessite la stimulation ovarienne et le recueil des spermatozoïdes du conjoint.
Parcours de soins pour la préservation de la fertilité médicale
Dans la plupart des cas, c’est le médecin qui suit le patient pour sa pathologie (oncologue, chirurgien, rhumatologue…) qui l’adresse à un centre spécialisé en vue d’une préservation de fertilité avant le démarrage du traitement gonadotoxique. Le parcours de soins comprend généralement une consultation avec un médecin gynécologue référent pour décider de la méthode la plus adaptée à la situation, suivie d'une consultation avec un biologiste de la reproduction. Si l’option choisie est une préservation ovocytaire et/ou embryonnaire, une consultation avec une sage-femme sera organisée pour expliquer le traitement et démarrer la stimulation au plus vite. Si l’option choisie est une cryoconservation de fragments ovariens, une consultation avec un anesthésiste sera nécessaire, et la programmation de la cœlioscopie sera organisée rapidement.
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Conservation des spermatozoïdes pour raisons médicales
Chez l’homme pubère, la congélation des spermatozoïdes se fait suite à un recueil du sperme obtenu par masturbation. S’il y a échec de recueil, il est possible de faire une cryoconservation des tissus testiculaires pour pouvoir conserver les cellules souches spermatogoniales. Chez le garçon prépubère ne produisant pas encore de spermatozoïdes, la technique de biopsie testiculaire associée à la congélation de fragments de tissu testiculaire est plus adaptée.
Le don d'ovocytes : un acte de solidarité
Le don d'ovocytes est un acte de solidarité qui permet à des femmes en couple ou célibataires, qui ne peuvent pas avoir d'enfant naturellement, de réaliser leur désir de maternité. En France, toute femme âgée de 18 à 37 ans, en bonne santé, peut faire un don d'ovocytes dans un établissement hospitalier. Le don est gratuit et anonyme.
Conditions et démarche pour le don d'ovocytes
Pour être donneuse d'ovocytes, il faut remplir les conditions suivantes :
- Avoir plus de 18 ans et moins de 38 ans.
- Être en bonne santé. Des examens médicaux sont réalisés avant le don.
Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà eu un enfant pour faire un don d’ovocyte. Une mineure émancipée ne peut pas être donneuse.
La démarche s’effectue dans un centre hospitalier universitaire (CHU) au sein d'un centre de don d'ovocytes. La donneuse choisit le centre le plus proche de chez elle et prend rendez-vous.
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Étapes du don d'ovocytes
Le processus de don d'ovocytes comprend plusieurs étapes :
- Entretiens préalables : Un ou plusieurs entretiens sont organisés entre l'équipe médicale et la donneuse. Le médecin collecte des informations sur l'identité, l'état général, les caractéristiques physiques, la situation familiale et professionnelle, le pays de naissance et les motivations de la donneuse. Il informe également la donneuse de la réglementation liée au don de gamètes, des conséquences du don par rapport à la filiation, des conditions de la stimulation ovarienne et du prélèvement d'ovocytes, ainsi que des risques et des contraintes liés à ces techniques.
- Recueil du consentement : Après les entretiens, l'équipe médicale recueille par écrit le consentement de la donneuse. La donneuse donne son accord à la transmission de ses données non identifiantes (âge, caractère physique) et de son identité, qui pourront uniquement être communiquées aux personnes nées de ce don à leur majorité, si elles en font la demande. Le consentement est libre et peut être retiré à tout moment, jusqu'à utilisation des ovocytes.
- Prélèvement des ovocytes : Le prélèvement des ovocytes a lieu pendant la journée à l'hôpital, sous échographie par voie vaginale, avec une analgésie simple ou une anesthésie générale de courte durée. Après le prélèvement, les ovocytes sont confiés au laboratoire jusqu'à leur attribution à des personnes receveuses pour une assistance médicale à la procréation.
Il est important de noter qu'il n'est pas possible de faire un don à un membre de son entourage, et la personne donneuse ne peut pas choisir à qui son don sera attribué. Le don d'ovocytes n'est pas rémunéré, mais les frais médicaux relatifs au don sont entièrement pris en charge par l'Assurance maladie, et les frais non médicaux (hébergement, transport…) peuvent être pris en charge par l'hôpital sur présentation des justificatifs.
Risques et considérations
Bien que la préservation de la fertilité offre des opportunités précieuses, il est crucial de comprendre les risques potentiels et les considérations éthiques associés. La stimulation ovarienne, par exemple, peut entraîner un inconfort ou des douleurs abdominales. Dans de rares cas, une torsion ovarienne peut survenir et nécessiter une attention médicale immédiate. De plus, il est essentiel d'éviter les comportements à risque pendant la stimulation ovarienne, tels que la consommation de substances toxiques comme la cigarette, l'alcool ou les drogues.
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