Le congrès de Tours, qui s'est tenu du 25 au 30 décembre 1920, marque un événement majeur dans l'histoire de la gauche française et du paysage politique français. Ce congrès de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) a abouti à une scission retentissante, donnant naissance au Parti communiste français (PCF) et redéfinissant durablement les forces politiques en présence. L'exposition de l’Institut d’histoire sociale du Val-de-Marne, à l’occasion du centenaire du congrès de Tours, a exploré le contexte historique ayant conduit à l’organisation du congrès de Tours. Valorisant photographies, archives papier et affiches, l’exposition explore, de l’Association internationale des travailleurs de 1864 à la constitution de la IIIe Internationale en 1919.

Contexte Historique : Les Tensions Post-Guerre et l'Attraction de la Révolution Russe

Les congressistes socialistes de Tours, réunis en décembre 1920, étaient encore sous le choc de la Grande Guerre et de l’espoir soulevé par la révolution russe. La majorité des militants présents ne pardonnait pas à la IIe Internationale socialiste d’avoir été bien incapable d’empêcher la guerre et, pire, d’avoir vu ses principaux partis se ranger derrière leurs gouvernements respectifs, en particulier les partis allemand et français. La SFIO quitte l’Union sacrée, fin 1917. En novembre 1918, La France sort vainqueur de la Grande Guerre mais totalement exsangue (rationnements, privations et cherté de la vie). Interpellé par la révolution bolchevique en Russie, la SFIO subit une scission en 1919, à la marge du parti (une minorité d’élus ou cadres SFIO), sur sa droite fondant le PSF : des socialistes patriotes refusant la révolution russe de 1917. Dès lors, deux partis se réclamant du marxisme et de la « dictature du prolétariat » en lieu et place de la « dictature de la bourgeoisie » vont s’affronter ou cohabiter, suivant la période.

La fondation d’une nouvelle Internationale à Moscou était donc perçue favorablement par nombre de militants, qui se prononcèrent pour la création du Parti communiste-SFIC (Section française de l’Internationale communiste). L'avancée de l’Armée rouge en Pologne pouvait laisser présager une victoire du communisme jusqu’à Berlin et au-delà, dans toute l’Europe. Et la pression idéologique du parti de Lénine et Trotski s’est notamment illustrée dans les vingt-et-une conditions d’adhésion à l’Internationale communiste imposées aux congressistes.

Les Forces en Présence au Congrès de Tours

Le 18e congrès du Parti socialiste - Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) s’est tenu à Tours du 25 au 30 décembre 1920. Le choix de Tours s’explique par des raisons de logistique, la ville étant proche de Paris et bien desservie par le réseau ferré. Craignant d’être débordés par les partisans de l’internationale communiste, très majoritaire dans la fédération parisienne, les responsables de la SFIO optent pour la ville de Tours en vue de l’organisation de ce 18ème congrès qui s’annonce décisif. La ville est facilement desservie en train depuis la capitale, et de nombreux hôtes et restaurants sont à même d’accueillir les quelques 300 congressistes attendus. On dit que le député de Tours de l’époque, un certain Ferdinand Morin, va peser de toute son influence pour convaincre Léon Blum de choisir « sa » ville.

Au sein du congrès, plusieurs motions s'affrontaient, reflétant les divergences profondes qui traversaient le mouvement socialiste :

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  • La motion d’adhésion à l’Internationale communiste, que le congrès va adopter à une large majorité. Ce texte est présenté principalement par le Comité de la IIIe Internationale, qui regroupe depuis mai 1919 les adhérents de l’Internationale communiste en France (membres ou non de la SFIO). Ce comité est notamment dirigé par Fernand Loriot et Boris Souvarine, qui sont aussi les deux premiers signataires de la motion. S’est également rallié à ce texte un courant plus modéré, où l’on retrouve Louis-Oscar Frossard et Marcel Cachin.
  • La motion d’adhésion « avec réserves », ou motion Jean Longuet-Paul Faure. En réalité, les réserves sont si importantes qu’elles empêchent en pratique l’adhésion.
  • La motion Léon Blum-Dominique Paoli, proclamant nettement le refus de l’adhésion.
  • Une motion présentée par Adrien Pressemane, se voulant en faveur d’une unité internationale de tous les socialistes partisans de la lutte de classe. En pratique, elle est proche de la motion Longuet-Faure.

Les Débats et les Moments Clés du Congrès

Le congrès s'ouvrit le matin du 25 décembre 1920, sous la direction du secrétaire du parti, Louis-Oscar Frossard. Pendant cinq jours (25-30 décembre 1920), les 285 délégués du congrès sont porteurs de 4 575 mandats représentant les 178 732 adhérents de la SFIO, répartis en 89 fédérations sur les 96 fédérations métropolitaines et coloniales que compte le parti socialiste (7 sont manquantes à Tours).

Dès le début, des délégués de chaque fédération départementale prirent la parole. Parmi les très rares militantes qui sont déléguées au congrès, signalons Lucie Colliard, qui prend alors la parole pour la fédération socialiste du Calvados.

La présence de Clara Zetkin, révolutionnaire allemande et membre de l'Internationale communiste, fut un moment clé du congrès. Le mardi 28 décembre 1920 est un moment de bascule ! En effet, après la séance du matin (lecture du télégramme Zinoviev et de la lettre de Clara Zetkin), la séance de l’après-midi est l’occasion d’un autre coup de théâtre avec la présence de Clara Zetkin au congrès de Tours. Cette dernière arrive à la salle du Manège, en fin d’après-midi, et fait un discours d’une vingtaine de minutes. Son discours passionné en faveur de l'adhésion à l'Internationale communiste eut un impact certain sur les congressistes.

Un autre événement important fut la lecture du télégramme de Zinoviev, secrétaire du comité exécutif de l'Internationale communiste, qui insistait sur la nécessité d'une rupture claire avec les éléments réformistes et l'exclusion de ceux qui n'acceptaient pas les thèses communistes.

Le Vote et la Scission

Avant le vote, les auteurs de la motion Blum-Paoli la retirèrent, et déclarèrent s’abstenir. Le résultat du vote fut sans appel : la motion Loriot-Souvarine remporta 68 % des mandats, auxquels s’ajouta le 1 % de l’amendement Heine-Leroy. La motion Longuet-Faure obtint 22 %, Pressemane 1 %. Enfin, il y a 8 % d’abstentions (dont la plupart vient des mandats de la motion Blum-Paoli retirée).

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Par conséquent, le Parti socialiste changea de nom et devint la Section française de l’Internationale communiste. Dans la nuit du 29 décembre, certains délégués minoritaires quittèrent le congrès - et le parti. Le 30 décembre 1920, à 10h, les « Résistants » se réunissent dans le temple maçonnique de la loge du GODF de Tours et le reste des « Reconstructeurs » se retrouvent à l’Hôtel de ville de Tours. Les « Résistants » et les « Reconstructeurs » se rassemblent dans la salle du conseil de révision de l’Hôtel de ville de Tours, à 14h, pour continuer et clore le 18e congrès de la SFIO.

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