L'expression "Comme on fait son lit, on se couche" est un proverbe français courant qui véhicule une sagesse populaire intemporelle. Cet article explore l'origine, les significations et les implications de cette expression, en l'examinant sous différents angles.
Introduction
Le sommeil et tout ce qui l'entoure, y compris le lit, inspirent largement nos quotidiens. De nombreuses expressions sont entrées dans le langage courant, preuve que cette activité occupe une place essentielle dans nos vies. Le rêve, le lit, les nuits : le champ d’action est vaste pour exprimer nos idées en faisant allusion à notre repos nocturne. Parmi ces expressions, "Comme on fait son lit, on se couche" se distingue par sa simplicité et sa profondeur.
Origine et histoire de l'expression
L'origine exacte de l'expression "Comme on fait son lit, on se couche" est difficile à cerner avec précision. On trouve déjà ce proverbe, cité en 1547, par Noël du Fail dans Propos rustiques. Utilisé depuis les années 1950, ce proverbe signifie littéralement qu’une bonne nuit de sommeil dépend de la manière dont on aurait fait son lit avant.
Significations et interprétations
Sens littéral
Au sens propre, l'expression souligne l'importance de préparer son lit avant de se coucher. Un lit bien fait, avec des draps lisses et une couverture bien disposée, est plus confortable et favorise un meilleur sommeil. Ne pas faire son lit avant d’aller se coucher peut être synonyme d’une mauvaise nuit. Un dicton qui fait écho au sondage mené en 2010 par la National Sleep Foundation indiquant que les personnes faisant leur lit régulièrement sont plus susceptibles de bien dormir que celles qui n'ont pas développé cette bonne habitude.
Sens figuré
Au sens figuré, l'expression prend une dimension plus large et métaphorique. Elle signifie que nous sommes responsables de nos propres actions et que nous devons en assumer les conséquences. "Comme on fait son lit, on se couche" équivaut à assumer les conséquences de ses actes comme dans l’expression “On récolte ce que l’on sème”. Un acte implique des conséquences (souvent négatives).
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Responsabilité personnelle
L'expression nous rappelle que nos choix et nos actions ont un impact direct sur notre vie. Si nous prenons de bonnes décisions et travaillons dur, nous récolterons les fruits de nos efforts. À l'inverse, si nous agissons de manière irresponsable ou négligente, nous en subirons les conséquences négatives.
Préparation et planification
"Comme on fait son lit, on se couche" met également en évidence l'importance de la préparation et de la planification. En préparant soigneusement le terrain, nous augmentons nos chances de succès et réduisons les risques d'échecs.
L'expression dans la littérature et la culture
La métaphore « Comme on fait son lit, on se couche » figure dans un ouvrage de Grandville en 1845 intitulé Grandjean. Cette expression est utilisée dans divers contextes culturels et littéraires pour illustrer les thèmes de la responsabilité, de la causalité et des conséquences.
Le lit comme espace genré à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance
L’article fait dialoguer les sources de la pratique et les sources littéraires pour analyser le lit à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance au prisme du genre. En effet, c’est dans le lit que se déroulent toutes les étapes de la vie des hommes et des femmes : il s’agit d’un lieu partagé, mutualisé, et hautement symbolique, ce que donnent à voir les nouvelles. This article brings together practical and literary sources to analyze the bed in the late Middle Ages and Renaissance from a gender perspective.
Le lit, un meuble majoritairement masculin
Le lit est, dans les faits, un meuble majoritairement masculin, possédé et transmis par les hommes, principalement à Florence, ce qui place les femmes, privées de lit - notamment au moment de leur veuvage - dans une position délicate, en leur ôtant l’accès à un meuble pourtant d’usage quotidien. In practice, the bed was a predominantly masculine piece of furniture, owned and handed down by men, mainly in Florence, which put women who were deprived of a bed-particularly when they were widowed-in a delicate position, by denying them access to a piece of furniture that was nevertheless used on a daily basis.
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La taille du lit et le statut social
La variation la plus courante est celle permettant de passer de letto à lettuccio ou plus rarement letticello et lettino, introduisant sur la base neutre un suffixe péjoratif ou diminutif, indiquant dans les deux cas un lit de petite taille.
Le letto et le lettuccio
Les sources de la pratique qui décrivent l’ameublement de la chambre nuptiale, le legs testamentaire du lit à la veuve ou à un hôpital, les inventaires après décès, mentionnent généralement des lits de deux tailles différentes. Prenons ceux que le Florentin Tribaldo d’Amerigo dei Rossi fait réaliser par un menuisier lorsqu’il se marie, en 1481, car il lui incombe de meubler la « camera », la chambre des époux : ce qu’il appelle letto, lettiera ou legname est une imposante structure en bois de noyer, composée d’un cadre et d’une tête de lit joliment ornée de frises en marqueterie, entourée de coffres (cassepanche), qui mesure près de 3 mètres de large (5 braccia2). Amerigo passe également commande d’un second lit, plus petit, comme la forme diminutive lettuccio l’indique, qui sera placé en bout de lit puisqu’il en a la même largeur, mais sera moins profond3. Dans les descriptions de « chambres » matrimoniales des maisons bourgeoises que nous livrent les ricordanze florentines, le lettuccio va, en effet, toujours de pair avec le letto : c’est une sorte de sofa, assorti au grand lit - celui d’Amerigo dei Rossi a des accoudoirs décorés de boules4 -, orné de jolis coussins où l’on s’assoit pendant la journée. L’achat du lettuccio contribue d’ailleurs à transformer en chambre matrimoniale la chambre déjà en partie meublée d’un fils qui se marie et va continuer à vivre dans la maison du père avec sa jeune épouse5. Le suffixe diminutif n’a ici rien de péjoratif, il souligne simplement la relation étroite que le lettuccio entretient avec le letto, le grand lit dont il est le complément dans la chambre des époux. Le lettuccio peut également servir de lit de repos (il est, en effet, toujours doté d’un petit matelas), permettant ainsi à une personne malade alitée de se lever quelques heures dans la journée sans quitter sa chambre, d’où l’expression « stare tra letto e lettuccio6 » que l’on retrouve, en 1501, toujours sous la plume d’Amerigo dei Rossi lorsqu’il évoque sa vieille mère souffrante7.
Qui utilise un letticello, un letticiuolo, ou un lettino ?
Tout d’abord les personnes qui sont censées dormir seules, comme les religieux (prêtres9, moines et ermites10) et les moniales, car elles ont fait le double vœu de chasteté et de pauvreté ; les enfants, les jeunes célibataires laïques, les domestiques ; et bien sûr les pauvres et les malades dans les hôpitaux dorment également dans des lits de plus petite dimension11, mais pas forcément seuls. Dans les nouvelles, seuls quelques couples dorment dans des letticelli, ce qui est un indicateur de leur extrême pauvreté, comme le couple naïf de la nouvelle IX, 10 du Décaméron de Boccace : « Toutefois, en fait d’hébergement, compère Pierre n’ayant qu’un tout petit lit [un piccol letticello] où il dormait avec sa belle femme12 » ; le diminutif agit ici comme un superlatif pour décrire la situation économique du couple.
Le petit lit des femmes seules
À des niveaux très différents de la société, les femmes seules, et souvent pauvres aussi, dorment dans des lits de petites dimensions. Les filles que les pères mettent au couvent sont sans doute les rares Florentines qui reçoivent un (petit) lit en dot : ainsi, en 1358, Pepo di Antonio degli Albizzi fournit, outre une dot de 140 florins, un lit et des vêtements (qui coûtent 50 florins) à sa fillette destinée toute jeune (elle n’a que trois ans et demi) à la réclusion monastique18. Le lit que l’on donne aux servantes comme cette « lettiera da fante » citée dans un inventaire en 141319, le « lectum pro famula20 » ou le « lettuccio21 » présents dans la chambre que les testateurs de l’élite florentine laissent à leur future veuve, est un lit de dimensions plus réduites. Celui de Margherita, une vieille servante que le notaire ser Giovanni Bandini accueille chez lui, est « una lettiera di braccia 3 » soit environ 180 cm22. C’est bien sûr le veuvage qui rapetisse le couchage des femmes, le lettucciolo étant souvent celui des épouses qui ont perdu leur mari. Lisa di Tommaso di Luigi de’ Mozzi, veuve de l’apothicaire Lionardo di Berto, habite dans une maison mal meublée dont son mari lui a laissé l’usufruit et dort dans un letuccuolo qui, à sa mort, reviendra à l’hôpital de Santa Maria Nuova24. Et si même des veuves plus aisées dorment dans un lit de moindre taille, c’est tout simplement parce que leur mari ne leur a pas légué le letto, le lit conjugal. Dans son testament de juin 1427, Giovanni di Filippo Carducci donne à sa seconde épouse, Piera, « un lit dudit testateur qui se trouve dans sa chambre, c’est à dire le plus petit25 », sans doute le lettuccio que nous avons déjà rencontré dans les chambres bourgeoises. Quant aux veuves aisées qui bénéficient de la tornata (c’est-à-dire qu’elles réintègrent leur famille d’origine), elles expérimentent souvent les mêmes restrictions : dans la nouvelle LXIX de Giovanni Sercambi, la jeune veuve florentine madonna Orsarella, rentrée chez son frère après son veuvage, dort dans un letticello, probablement car elle n’était pas propriétaire de son lit et qu’elle était considérée comme un hôte plus ou moins temporaire (elle se remarie, en effet, à la fin de la nouvelle). Destinée à dormir seule le temps de son séjour, sa présence ne justifiait pas l’investissement important de la part de son frère dans un lit de plus grandes dimensions. Nous savons que les femmes n’étaient pas forcément propriétaires de leur lit pendant leur mariage, ce qui les privait, en l’absence de ressources économiques suffisantes, d’un véritable lit après le décès de leur époux (notamment à Florence, nous allons y revenir). L’usage des suffixes diminutifs marque donc aussi bien une sorte d’amoindrissement de l’espace de vie dû à la solitude que le déclassement social.
Expressions françaises autour du sommeil
De nombreuses expressions françaises sont liées au sommeil et à l'univers du lit. En voici quelques exemples :
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- Compter les moutons: Cette expression incite les enfants à compter les moutons un par un pour s’endormir.
- Dormir comme un loir: Cette expression fait référence à ce petit mammifère qui hiberne 7 mois par an.
- Le marchand de sable: Plusieurs histoires font référence au marchand de sable à l’heure du dodo.
- Tomber dans les bras de Morphée: Morpheus, le dieu des rêves est le fils d’Hypnos (dieu du sommeil) et de Nys (déesse de la nuit).
- La nuit porte conseil: Cette phrase signifie que dormir aide à faire les bons choix.
- Dormir sur ses 2 oreilles: Cette expression signifie être en repos et dormir profondément.
- Se mettre dans de beaux draps: Cette expression remonte au Moyen- ge où les vêtements étaient appelés draps et où les individus s’habillaient de blanc lorsqu’ils étaient coupables d’un fait reprochable.
- Avoir le sommeil lourd: Cette expression décrit une personne qui dort profondément et qui est difficile à réveiller.
- Ne pas fermer l'œil de la nuit: Cette expression signifie ne pas dormir du tout.
- Être un couche-tôt: Cette expression désigne une personne qui se couche tôt.
- Être un lève-tard: Cette expression désigne une personne qui se lève tard.
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