L'aménagement d'un coin dînette en maternelle soulève des questions pédagogiques et pratiques. Longtemps considéré comme un simple espace de jeu, son rôle dans le développement de l'enfant est aujourd'hui reconsidéré. Cet article explore les différentes facettes de ce coin de jeu, en s'appuyant sur des expériences de terrain et des réflexions de professionnels de la petite enfance.

Le Jeu en Maternelle : Un Apprentissage Essentiel

Contrairement à une vision restrictive de l'école comme lieu de travail exclusif, il est crucial de reconnaître la valeur pédagogique du jeu en maternelle. Le jeu favorise la richesse des expériences vécues par les enfants et alimente tous les domaines d'apprentissages. Il permet aux enfants d’exercer leur autonomie, d‘agir sur le réel, de construire des fictions et de développer leur imaginaire, d’exercer des conduites motrices, d’expérimenter des règles et des rôles sociaux variés. Il favorise la communication avec les autres et la construction de liens forts d’amitié.

L’enseignant donne à tous les enfants un temps suffisant pour déployer leur activité de jeu. Il les observe dans leur jeu libre afin de mieux les connaître. Les coins jeux sont ouverts en même temps que les ateliers, pour que tous les enfants puissent y accéder et pas uniquement ceux qui ont terminé leur travail, comme c’est souvent l’usage. Ces coins jeux sont bien plus qu’une variable d’ajustement, ils participent aux progrès des élèves mais de façon informelle.

Aux coins jeux, les enfants s’engagent par eux-mêmes. Ils y apprennent à parler, écouter, communiquer, trier, compter, comparer, ranger, affiner leur motricité, résoudre des problèmes, trouver leur place au sein d’un groupe, découvrir l’altérité, développer leur imagination, leur créativité et exercer des apprentissages scolaires. Cela dépend de chaque enfant, de sa façon d’investir le jeu, de ceux avec qui il le partage, du dispositif mis en place. Il nous faut « lâcher prise » sur les parcours des élèves et accepter qu’ils puissent apprendre par eux-mêmes, sans nous.

Notre métier prend alors une forme singulière : l’enseignant aménage ces espaces et y organise une utilisation respectueuse. Cela demande du matériel, un travail rigoureux sur le climat de classe et une pratique professionnelle rarement abordée en formation. Mais l’intérêt des coins jeux va bien au delà des apprentissages développés : ils donnent aux enfants l’envie de venir à l’école, par la puissance du jeu qui entraine l’enfant mais aussi parce que ces espaces existent souvent dans les familles. L’enfant s’y sent un peu comme chez lui. C’est rassurant.

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Le Coin Dînette : Un Espace d'Imitation et de Socialisation

Le coin cuisine est un espace de jeu qui laisse peu d’enfants indifférents. De la cuillerée prise « pour de faux » jusqu’à l’installation d’une table pour des convives imaginaires, chaque manière de jouer avec la dînette témoigne des progrès du développement, tant de la motricité manuelle que du langage et de la socialisation. Comment et pourquoi ce jeu universel évolue-t-il, jusqu’à se prolonger au-delà de la petite enfance ?

En jouant « à faire semblant », l’enfant imite un monde absent qu’il se représente. Dans ces aller retour du monde « pensé » au monde « joué », il modèle ses propres représentations, tente de les mettre en mots, en gestes, exprime son ressenti, évacue parfois des tensions.

Parce qu’à l’école, les coins jeux réunissent plusieurs enfants, ils constituent un premier lieu de rencontre de l’autre, de représentations différentes, sans l’interface de l’adulte. Lors du rangement, les objets sont nommés, placés en fonction d’images affichées.

Évolution du jeu de dînette selon l'âge

  • 15 mois : L’âge de la première dînette, le premier jeu à composante symbolique consiste souvent à porter une cuillère à sa bouche ou à celle d’autrui, peluche ou poupon, partenaire de son âge ou adulte se prêtant au jeu, mais pas avant l’âge de 15 mois. Auparavant, les éléments d’une dînette ne sont rien de plus que des objets à découvrir avec la bouche et les mains, sans lien avec les gestes de préparer le repas ou nourrir. Si ces jouets intéressent les enfants dès le plus jeune âge, c’est pour le plaisir des sens, y compris en faisant du bruit à force de les manier. La forme de contenant invite à mettre les plats les uns dans les autres, or tous les bébés aiment « mettre dans ».
  • 15-24 mois : Une dînette simple et solide, l’atout de la dînette choisie pour les plus petits est dans la maniabilité des éléments qui la composent et dans la facilité des combinaisons entre eux. La règle d’or est de rechercher la simplicité : des assiettes, des gobelets mais aussi des casseroles et des plats avec couvercles pour répondre autant au besoin d’exploration manuelle qu’à la possibilité d’imiter le réel.
  • 2 ans : Un équilibre est alors à trouver entre laisser l’enfant entrer à son rythme dans le faire semblant et créer des moments d’interactions propices à la reproduction de scènes familières. Les occasions les plus simples sont à saisir : sélectionner, parmi les jouets, un petit bol et une cuillère stimule la capacité à produire des images mentales issues de l’expérience et entretenues par la vision d’objets familiers, s’installer sur le tapis avec un panier contenant quelques accessoires de dînette permet d’accueillir les initiatives des enfants et de commenter les découvertes par la parole.
  • 2-4 ans : Des dînettes sélectionnées avec soin, dans un lieu d’accueil, l’accumulation de dînettes, d’ustensiles et d’aliments arrive vite, sans parvenir à un dosage contrôlé des jouets mis à disposition pour faire à manger. Pour privilégier la qualité, en particulier d’un point de vue écologique, mieux vaut un nombre modeste d’éléments en choisissant des alternatives satisfaisantes au plastique brut, matériau difficile à remplacer pour des jouets légers et solides, avec une déclinaison de formes et de couleurs.
  • A partir de 2 ans : En accueil individuel ou collectif, les parents sont sensibles à l’installation d’une petite cuisinière reproduite à l’identique des vraies, complétée ou non par un bloc-évier, placard et réfrigérateur. Ils y voient un critère de qualité du mode d’accueil, alors qu’en fait, du point de vue de l’éveil de l’enfant, elle n’enlève ni n’ajoute rien. Avant l’âge de 2 ans, les éléments de cuisine et les meubles avec four et évier à leur taille sont peu investis par les enfants en tant que jouets de faire semblant. Ils grimpent dessus, ouvrent et ferment les portes, remplissent et vident sans rapport avec le contexte de la cuisine.
  • Au cours de la troisième année : Grâce à l’habileté manuelle et au langage, les jeux d’imitation sont plus complets et durent plus longtemps. Il s’agit non seulement de faire semblant de verser dans un plat ou de manger, mais aussi d’organiser le cadre dans son ensemble : l’endroit où faire chauffer, où poser les plats, où déposer assiettes, verres et couverts, où s’asseoir pour faire semblant de partager un repas. Lorsque les enfants cherchent à reproduire la diversité des actions possibles autour de la nourriture, un espace dédié prend tout son sens, équipé de meubles de cuisine et bien aménagé. Ne pas oublier la table basse, avec chaises ou tabourets, qui devient nécessaire.
  • Après 4 ans : L’enfant s’affranchit du modèle pour reproduire ce à quoi il pense, avec ou sans matériel, et se concentre plus sur la vraisemblance des phrases et le déroulement de l’histoire.
  • À 5 ans : S’il manque aux partenaires de jeu un objet qu’ils ont prévu dans le scénario, ils trouvent le moyen de s’y référer d’une manière ou d’une autre et de se mettre d’accord sur la convention choisie. Au-delà de 5 ans, la créativité et la capacité à partager ses idées facilitent la mise en scène d’une situation de repas, avec le perfectionnement du scénario et du rôle à jouer. Les jouets de dînette, aux côtés des inventions personnelles, y ont la place que les enfants veulent bien leur accorder.

Aménager un coin dînette stimulant

Pour offrir à chaque enfant la possibilité de "faire comme si", et ainsi tendre vers des scénarios de jeu de meilleurs qualité et souvent plus long. Le jeu symbolique tel que le jeu de dînette s'inscrit dans le second degrés. L'enfant s'inspire de la réalité (et plus il grandit et plus c'est vrai), de ce qu'il voit chez-lui, chez l'assistante maternelle, à la crèche. Lui offrir un coin de jeu symbolique comme son nom l'indique c'est alors respecter son droit d'expression, c'est considérer le jeu de dînette comme moyen de comprendre le monde.

Mobilier et accessoires :

  • Des meubles softs et réalistes (on évite le bariolage de couleurs), adaptés à la taille des enfants.
  • La table est essentielle, sinon les enfants poseront les accessoires partout.
  • Les accessoires et ustensiles en nombre limité pour éviter qu'ils ne deviennent des projectiles.
  • Des accessoires cohérents : les courgettes, carottes et pommes de terre doivent rentrer dans les casseroles.
  • Oser remplacer les piles d'assiettes en plastique par des petites assiettes en céramiques ou des verres transparents en plastique dur.
  • Créer une ambiance propice aux scénarios de jeu de qualité qui offre à l'enfant un véritable terrain d'expression.
  • Il vaut mieux que la porte du four par exemple, s'ouvre sur le côté.
  • Prévoir suffisamment de supports pour poser et ranger.
  • Ranger régulièrement pour remettre en l'état d'être joué.

L'importance du réalisme :

Céline Alvarez, auteur de "Les lois naturelles de l'enfant" préconise de donner aux enfants des motifs d'imitation réels. Pour elle, l'intelligence ne peut s'exercer avec de la dînette. Elle se développe par des vraies accessoires. La pédagogie Montessori propose de la dînette certes mais réaliste.

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Lors d'un salon auquel j'avais participé en tenant un stand aménagé, pour et rien que pour les enfants. Une petite fille de 2 ans et demi traverse l'espace dînette en portant une assiette de taille moyenne garnie de petites pâtisseries très réalistes en bois. " attention c'est fragile ! " Elle savait d'elle même qu'il fallait manipuler l'assiette et tout ce qu'elle contenait avec agilité.

Tout avoir " en vrai " peut être compliqué à gérer en mode collectif avec des tout-petits et surtout en inter-âges, c'est un constat que je fais régulièrement malgré les projets pédagogiques des établissements.

Organisation de l'espace :

Tout comme pour le coin détente il détient un règle: se trouver en dehors des zones de circulation et ainsi loin des portes d'entrée et de sortie. Cette activité intense nécessite de la concentration pour l'enfant.

Gestion des conflits et du bruit

Le coin dînette peut parfois être source de conflits et de bruit. Pour y remédier, il est important de :

  • Définir des règles claires et les communiquer aux enfants.
  • Limiter le nombre d'enfants autorisés dans le coin (par exemple, avec des chouchous de couleur).
  • Intervenir en cas de non-respect des règles, avec fermeté mais bienveillance.
  • Travailler sur le climat de classe pour favoriser le respect et l'écoute.
  • Maîtriser le niveau sonore en adoptant une voix basse et en encourageant les enfants à faire de même.

Alternatives au coin dînette traditionnel

Certains enseignants choisissent de supprimer le coin dînette traditionnel, souvent jugé trop bruyant et peu propice aux apprentissages. Ils proposent alors des alternatives telles que :

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  • Des activités de manipulation et de transvasement.
  • Des jeux de construction.
  • Un coin ferme avec des animaux.
  • Des activités sur plateau inspirées de la pédagogie Montessori.

L'Enseignant : Observateur et Facilitateur

Le rôle de l'enseignant est d'aménager l'espace, d'observer les enfants dans leurs jeux et d'intervenir si nécessaire pour réguler les conflits et encourager les interactions positives. Il doit également veiller à proposer du matériel varié et adapté aux différents âges et niveaux de développement des enfants.

Gestion de l'accès aux coins jeux

Les coins sont accessibles dès le matin, pour presque toute la journée. Pour y accéder, il faut passer à son poignet un chouchou de couleur qui matérialise le nombre de places disponibles. Ils sont accrochés à l’entrée des coins jeux. Les enfants interprètent parfois au premier degré cette règle : « s’il me faut absolument un chouchou pour aller au garage, j’entre dans le coin, j’arrache le chouchou du bras d’un enfant et je m’installe. Pour rester aux coins jeux, il faut respecter les copains, le matériel et ceux qui travaillent. Dans le cas contraire, je me déplace et j’énonce sans crier les règles : « Tu fais trop de bruit à ce coin jeu. Tu nous déranges. Tu sors. »

Bien souvent, ils essaient de négocier, de m’amadouer, parfois de me soumettre. Mais je reste de pierre (comme maman Quichon 😉 ) et je sors tranquillement mais fermement l’enfant du coin jeu. Il arrive en début d’année qu’il manifeste son désaccord avec des hurlements, des coups de pieds… Mais cela ne dure pas. Petit à petit les élèves comprennent qu’ils n’ont pas d’autres options : s’ils veulent jouer là, avec leur meilleur copain, c’est discrètement. Ça motive et au fil du temps, j’interviens de moins en moins.

Mon intransigeance peut paraître dure. Mais elle est contre-balancée par l’attention bienveillante () que nous manifestons à l’égard de chacun, par le respect des besoins fondamentaux des enfants. () J’avais écrit ce mot, « bienveillance », en 2011, dans la première version de cet article. La « bienveillance » n’était alors pas servie à toutes les sauces. Ce mot est presque devenu « urticant ».

L'importance du calme

Le faible niveau sonore demande souvent un travail sur soi des adultes. Nous avons tendance à élever la voix, que l’on s’adresse au groupe ou à un enfant. Cela crée une nappe sonore qui oblige les uns et les autres à élever la voix à leur tour, pour échanger. Si l’on souhaite que des échanges aient lieux, si l’on souhaite que les enfants puissent s’exprimer, s’écouter dans les différents endroits de la classe, il faut techniquement que tout le monde soit discret, adultes compris.

Si je m’adresse à un enfant et que ceux situés 3 mètres plus loin ont tout entendu, c’est que je parle trop fort. Si l’ATSEM entend mes remarques à son atelier, à l’autre bout de la classe, c’est que je parle trop fort. Passé 25, 30 élèves dans la classe, il n’y a pas assez d’espace pour tout le monde, pas assez d’espace pour jouer, travailler, échanger. Les déplacements des élèves sont difficiles, on se bouscule beaucoup façon RER. Le niveau sonore monte, monte… Il n’y a pas assez d’adultes pour répondre aux besoins des enfants ce qui ajoute au stress ambiant. Difficile d’apprendre dans ces conditions.

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