Ayant été nommé ministre de la Recherche il y a exactement un an, le 27 mars 2000, il est opportun de dresser le bilan de cette première année et de présenter les perspectives pour la nouvelle période qui s'ouvre. Ces perspectives nouvelles doivent évidemment pouvoir se fonder sur de nouveaux moyens.
I - De Nouveaux Moyens Pour La Recherche
L'action a visé à doter la recherche française des moyens dont elle a besoin pour être à armes égales avec d'autres grandes nations scientifiques et pour connaître un nouvel élan.
1. Le Synchrotron de Saclay
Dès le 3 avril 2000, une semaine après la nomination, l'intention de rouvrir le dossier du synchrotron a été exprimée publiquement. Le sentiment était que la décision de construire en France un synchrotron de 3ème génération était scientifiquement nécessaire, financièrement possible et susceptible d'être arrêtée dans un délai de quelques mois. Le 11 septembre 2000, cinq mois après, la décision de construire un synchrotron de 3ème génération en France à Saclay a pu être annoncée, en accord avec le premier ministre.
L'accès au rayonnement synchrotron de 3ème génération est, en effet, indispensable tant pour la recherche fondamentale (biologie, physique, chimie, sciences de la Terre, sciences de l'environnement, etc) que pour la recherche appliquée (industrie pharmaceutique, microélectronique, micromécanique, métallurgie, etc.). Il est spécialement nécessaire pour les sciences de la vie et la biologie, notamment la cristallographie des protéines en biologie structurale, avec applications à la conception de nouveaux médicaments.
Le projet franco-britannique NSS ne peut, à lui seul, offrir les capacités disponibles suffisantes et permettre de faire face à toutes les demandes d'accès au rayonnement synchrotron de 3ème génération émanant de nombreuses équipes de recherche.
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Le projet de synchrotron de Saclay repose sur un double partenariat : partenariat avec les collectivités territoriales (Ile-de-France et Essonne, Région Centre, Lorraine) et partenariat avec des pays étrangers : l'Espagne (une déclaration commune sur la coopération franco-espagnole pour les TGE a été signée le 5 février 2001 à Madrid avec Mme Birules, ministre espagnole de la Recherche : l'Espagne s'y engage à participer au synchrotron de Saclay), la Suisse, la République tchèque, la Hongrie et probablement le Portugal, à terme, et le Royaume-Uni.
La France projette de maintenir sa participation au projet NSS de Didcot (avec une participation financière moins importante) et le Royaume-Uni envisage de participer au projet SOLEIL. SOLEIL aura une réelle dimension de coopération européenne. Le souhait est que se développent de grandes infrastructures de recherche européennes. D'où le colloque de Strasbourg du 20 septembre 2000, organisé sous présidence française. Il faut dépasser l'approche purement nationale, en particulier pour les TGE, pour éviter les duplications d'investissements et, surtout, pour construire des lieux de convivialité scientifique, où les chercheurs de différents pays prennent l'habitude de vivre ensemble et souvent de travailler ensemble sur un même équipement.
Il a été proposé que l'UE participe au financement de la construction et au fonctionnement de ces grandes infrastructures. Celle-ci accepte désormais de financer une large partie des études et de la conception initiale des projets. C'est un premier pas, même s'il est encore insuffisant.
2. Le Budget 2001
Cette même volonté de doter la recherche des moyens nécessaires inspire le budget 2001.
Le BCRD 2001 s'élève à 55,8 milliards de F en dépenses ordinaires et crédits de paiement, soit une progression de 2,2 %, alors que le BCRD 2000 avait progressé de 1,3 % par rapport à 1999.
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Par ailleurs, le BCRD 2001 progresse de 6,4 % en autorisations de programme, alors que la progression moyenne des AP avait été seulement de 1,5 % par an depuis 1997 : 1,9 % en 1998, 2,5 % en 1999 et 0,1 % en 2000.
Cela permettra de donner un nouvel essor à la recherche publique. 305 emplois sont créés. Le soutien de base, les moyens de fonctionnement et d'investissement des laboratoires sont renforcés de manière très significative : ainsi, les AP des EPST et ceux de la recherche universitaire progressent de 10 %.
3. Les Contrats Quadriennaux
Par ailleurs, pour assurer aux organismes de recherche les moyens humains et financiers dont ils ont besoin sur la durée, sept contrats quadriennaux ont été conclus avec ceux-ci :
- Contrat Etat-INRIA, signé le 18 Juillet 2000 : d'ici à 2003, les effectifs de l'INRIA seront portés de 755 à 1180 personnes et l'Institut bénéficiera aussi d'une hausse importante de ses crédits.
- Contrat Etat-CEMAGREF, signé le 7 novembre 2000.
- Contrat Etat-INRETS, signé le 7 décembre 2000.
- Contrat Etat-LCPC (Laboratoire central des Ponts et Chaussées), signé le même jour.
- Contrat Etat-ANVAR, signé le 18 décembre 2000.
- Contrat Etat-CEA, signé le 25 janvier 2001.
- Contrat Etat-BRGM signé le 12 mars 2001.
Cette démarche de contractualisation avec les organismes de recherche se poursuivra durant cette année 2001, avec la signature du contrat de l'IRD, dès le 17 avril, de l'INRA en septembre, de l'INSERM, du CNES et du CNRS avant la fin de l'année 2001.
L'originalité de ces contrats quadriennaux par rapport aux traditionnels contrats d'objectifs est triple :
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- Fixer aux établissements des objectifs scientifiques précis en termes de nouvelles thématiques, de redéploiements disciplinaires, de développement de partenariats, afin de mettre en uvre la politique scientifique du ministère ;
- Donner aux établissements les moyens de remplir ces objectifs en leur donnant une véritable visibilité pluriannuelle en termes de moyens humains et/ou de crédits : les contrats signés avec les établissements contiennent tous des engagements précis de l'Etat ;
- S'assurer de la réalisation de ces objectifs par la définition d'indicateurs de résultats précis et la mise en place d'une évaluation rigoureuse.
Le fondement même de ces contrats pluriannuels est donc de définir les objectifs de l'établissement pour l'ensemble de ses activités et les engagements réciproques des deux parties : Etat et organisme de recherche. Leur inspiration est claire : préférer le débat au diktat, le contrat à la contrainte.
4. Les Nouvelles ACI
Par ailleurs, pour faire émerger les nouvelles thématiques choisies comme prioritaires par le CISRT, après avis du CNS, les ACI (Actions Concertées Incitatives) ont été renforcées et développées.
Plusieurs nouvelles ACI ont été créées, dont :
- ACI Cryptologie
- ACI Cognitique
- ACI Physiochimie de la matière complexe.
- ACI Surfaces, interfaces et conception de nouveaux matériaux.
- ACI Biologie intégrative, lancée en juin 2000, qui comporte 3 volets : Biologie du développement, Physiologie intégrative, Neurosciences intégratives et computationnelles.
- ACI GRID (Globalisation des ressources informatiques et des données), installée le 28 février 2001.
- ACI Internationalisation des SHS, lancée en mars 2001.
- ACI Observation de la Terre, qui sera installée officiellement en avril 2001.
Par ailleurs, il est envisagé de créer en 2002 cinq nouvelles ACI : " Physique des systèmes biologiques " ; " Structures pour l'intégration optique " (application aux télécommunications et à l'optique de l'information) ; " Chimie analytique " ; " Biologie moléculaire et Ecologie " et " Impact des OGM ".
Enfin, il est envisagé de créer des " Observatoires de recherche en environnement " (ORE), au sein d'Instituts associant les universités et les organismes ayant une activité de recherche dans l'environnement.
5 - Le Renouvellement de la Direction des Organismes de Recherche
Enfin, pour donner à la recherche une nouvelle impulsion, la direction des principaux organismes de recherche a été renouvelée.
Sur proposition, le Conseil des ministres a nommé :
- Geneviève Berger directrice générale et Gérard Mégie président du CNRS ;
- Marion Guillou directrice générale de l'INRA ;
- Christian Bréchot directeur général de l'INSERM
Ces nominations, qui seront suivies par d'autres (notamment à la présidence de l'IRD, en avril) reposent sur une double volonté. Rajeunissement : Mmes Berger et Guillou, M. Bréchot sont âgés respectivement de 45, 46 et 48 ans, M. Mégie de 54 ans. L'objectif : faire qu'une nouvelle génération accède aux responsabilités à la tête des établissements de recherche, pour leur donner un nouvel élan.
Second objectif : féminisation. D'une manière générale, au colloque " Sciences et technologies : pourquoi les filles ? ", organisé par le Ministère le 26 octobre 2000, puis le 7 mars 2001, à la veille de la Journée internationale de la femme, 5 principales mesures visant à renforcer la représentation féminine dans les études et carrières scientifiques ont été présentées :
- Améliorer l'information des filles et leur orientation vers les études supérieures scientifiques :
- Lancer une nouvelle opération " 1000 classes, 1000 chercheurs et chercheuses " ;
- Attribuer davantage d'allocations de recherche aux jeunes filles :
- Assurer un meilleur équilibre des sexes dans les jurys de recrutement et les instances de promotion ;
- Créer au ministère une Unité " Femmes, Sciences et Technologies " : cette unité administrative agira comme " cellule de veille et de suivi " et interviendra pour développer les bonnes pratiques.
Il est grand temps d'en finir avec l'hégémonie masculine dans les sciences " dures " et de faire toute leur place aux femmes dans le domaine scientifique. L'objectif, c'est de passer d'une science masculine à une science mixte.
II. La Mise En Uvre Des Orientations Prioritaires (Mars 2000 - Mars 2001)
En prenant ses nouvelles fonctions, les orientations prioritaires qui devaient guider l'action du ministère avaient été présentées. Un an après, il est important de préciser où nous en sommes aujourd'hui dans la mise en uvre de celles-ci, et ce vers quoi nous irons.
1 - Rajeunir la recherche
Première priorité qui avait été fixée : "Rajeunir la recherche pour la renouveler, pour lui donner un nouveau dynamisme. Soutenir les jeunes chercheurs et leur donner des perspectives".
Il a été décidé d'en finir avec le phénomène de " file d'attente ", avec la difficulté des jeunes docteurs à s'insérer rapidement dans notre appareil de recherche. En finir aussi avec l'exil forcé des cerveaux, qui représente une perte de substance et presque un gâchis de matière grise. L 'Etat investit des sommes importantes, pour former des docteurs, souvent de grande qualité, dont certains s'expatrient durablement - en particulier aux Etats-Unis -, faute de pouvoir trouver un emploi en France. La France n'a pas vocation à servir d'institut de formation en faveur d'Etats étrangers, qui, au stade ultime, recueilleraient le bénéfice des efforts de formation qu'elle a consentis.
Pour remédier à cette situation préoccupante, qui est préjudiciable au renouvellement de la recherche, une véritable politique de l'emploi scientifique a été définie, dont la première traduction se trouve au budget 2001.
La nouvelle décennie constitue un moment privilégié pour cette opération de jouvence. Il y aura, en effet, des départs massifs à la retraite entre 2002 et 2012 et plus particulièrement autour de 2005-2008. Il a été choisi d'anticiper ces départs à la retraite, sans attendre qu'ils se produisent, et de mettre en place une gestion prévisionnelle et pluriannuelle des effectifs.
Dans ce but, le budget 2001 crée 305 emplois dans le secteur de la recherche, dont 265 dans les EPST. Ces créations d'emplois sont nettement plus importantes qu'en 1999 (150 créations) et en 2000 (18 créations). Les 265 emplois crées dans les EPST se répartissent ainsi : 130 emplois de chercheurs et 135 emplois d'ITA.
Ces créations d'emplois ont un triple objectif :
- Engager une gestion prévisionnelle et pluriannuelle des effectifs ;
- Offrir aux jeunes docteurs davantage de possibilités de recrutement et de débouchés dans la recherche publique ;
- Renforcer les effectifs dans les disciplines prioritaires (sciences du vivant, STIC).
Une communication visant à poursuivre durablement et sur plusieurs années cette politique nouvelle de l'emploi scientifique sera présentée au Conseil des ministres en mai.
Soutenir les jeunes chercheurs, c'est aussi leur donner davantage d'autonomie scientifique et faciliter leur prise de responsabilité. Pour favoriser là aussi l'émergence des disciplines nouvelles et la recherche dans de nouveaux domaines. Les jeunes chercheurs doivent pouvoir se consacrer à des projets innovants, à des thématiques personnelles, éventuellement distinctes de celles de leur équipe de rattachement.
Pour aider les jeunes équipes qui présentent des projets innovants, qui explorent de nouveaux champs disciplinaires ou de nouvelles directions de recherche, pour favoriser la prise de responsabilité scientifique des jeunes chercheurs, l'Action Concertée Incitative Jeunes Chercheurs a donc été poursuivie en 2000 et reconduite pour 2001. Là encore, il s'agit de favoriser la souplesse, l'initiative et la créativité.
Le ministère, qui a consacré plus de 130 MF à cette ACI en 1999 et 2000, poursuivra cet effort en 2001.
Cette ACI représente un peu les " Césars de la recherche " pour les jeunes chargés de recherche et maîtres de conférence nommés depuis moins de 3 ans.
La formule " Place aux jeunes " serait peut être excessive. Mais il s'agit en tout cas, de mettre le pied à l'étrier de jeunes chercheurs et de favoriser leur prise de responsabilité et leur autonomie accrue par rapport aux structures habituelles, jugées parfois trop traditionnelles, voire conformistes. Bref, cette ACI se veut une prime à l'initiative scientifique et au non- conformisme.
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