L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un acte médical encadré par la loi, permettant à une femme d'interrompre une grossesse non désirée. En France, l'IVG est autorisée jusqu'à 14 semaines de grossesse (16 semaines d'aménorrhée). Elle peut être réalisée par voie médicamenteuse ou chirurgicale. Cet article se concentre sur l'IVG médicamenteuse et l'utilisation potentielle du codoliprane, tout en soulignant les précautions nécessaires et les alternatives possibles.

L'IVG Médicamenteuse : Protocole et Médicaments Utilisés

L'IVG médicamenteuse consiste en l'administration de deux médicaments : la mifépristone et le misoprostol.

  • Mifépristone : Ce médicament interrompt la grossesse et prépare l’utérus en bloquant l'action de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse. Dans la plupart des cas, il ne provoque ni douleurs, ni saignements. Toutefois, si des saignements surviennent, cela veut simplement dire que ce médicament fait son effet. La prise des médicaments suivants (le misoprostol) restera nécessaire. La mifépristone est un stéroïde antiprogestérone entraînant une nécrose déciduale provoquant un détachement de l’œuf et une expulsion, elle stimule la sécrétion de prostaglandines (modifications cervicales).

  • Misoprostol : Il provoque des contractions utérines qui permettent l'expulsion de la grossesse. Il faut prendre 2 comprimés 36 à 48 heures après la mifégyne. Les saignements surviennent quelques minutes à quelques heures après la prise. Le misoprostol est un analogue de la prostaglandine E1 (PGE1), qui stimule la contractilité utérine et entraîne l’expulsion de l’œuf. Il est disponible par voie orale (bien toléré jusqu’à 7 SA, préférer les autres voies d’administration après 7 SA), buccale (= jugale), sublinguale ou vaginale.

En France, l’IVG est autorisée jusqu’au terme de 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d’aménorrhée (SA), et peut aujourd’hui être réalisée par voie médicamenteuse au domicile jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée (loi du 4 juillet 2001 et 3 mars 2022), par un médecin ou une sage-femme. Jusqu’à peu, l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du misoprostol ne permettait son emploi que jusqu’au terme de 7 semaines (49 jours) d’aménorrhée.

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A partir de 9SA la méthode chirurgicale est préférable (source : chapitre 1 CNGOF 1A) : « En pratique, l’IVG peut être faite préférentiellement par voie médicamenteuse avant 7 SA, voire 9 SA si elle est pratiquée dans un établissement de santé.

Gestion de la Douleur : Place du Codoliprane et Alternatives

L'IVG médicamenteuse peut être douloureuse. Pour gérer la douleur, plusieurs options sont possibles :

  • Paracétamol : C'est l'antalgique généralement conseillé pour traiter la douleur au cours de la grossesse. Vous pouvez prendre un gramme maximum trois fois par jour.

  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : Seul l’ibuprofène a été étudié. Les AINS et l'aspirine ne peuvent être utilisés que de façon ponctuelle et sur avis médical pendant les cinq premiers mois de la grossesse. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (tels que l’ibuprofène ou le kétoprofène) et l’aspirine à forte dose (dose supérieure à 500 mg par jour) sont formellement contre-indiqués pendant les 4 derniers mois de la grossesse. Des effets néfastes pour la mère et l'enfant à naître ont été mis en évidence lorsqu'ils sont utilisés au cours de cette période ; le risque existe même avec une seule prise et même si la grossesse est à terme. Lorsque les AINS sont destinés à une application locale, ils peuvent traverser la peau et passer dans le sang. Ils exposent ainsi le fœtus aux mêmes risques que lorsque ces médicaments sont pris par voie orale, en particulier lorsqu’ils sont appliqués sur une large surface de peau ou sous un pansement.

  • Codoliprane : Il s'agit d'une association de paracétamol et de codéine. Il est parfois utilisé en cas de douleurs plus importantes, vous pouvez l’associer au paracétamol, sans dépasser 3 comprimés par jour. La codéine, utilisée pour soulager les douleurs modérées à fortes, ne doit être prise qu'après avis médical. En effet, chez le nouveau-né d'une mère traitée par des doses élevées peu avant l’accouchement, une insuffisance respiratoire peut survenir.

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Précautions concernant la codéine

La codéine est un opioïde faible (niveau 2 OMS). Elle est commercialisée sous forme associée au paracétamol ± aspirine ± ibuprofène dans plusieurs spécialités. Bien que les données portant sur les nouveau-nés exposés à la codéine au 1ier trimestre soient nombreuses et n’aient pas mis en évidence d’augmentation du risque de malformation, de prématurité ou de faible poids à la naissance, certaines précautions doivent être prises.

  • Risque malformatif : La possibilité d’une faible augmentation des malformations cardiaques a été soulevée par des études de cohorte et de surveillance. Une étude cas-témoin a mis en évidence une faible association entre la prise d’opioïdes au 1er trimestre et le risque malformatif durant l’organogénèse (malformations cardiaques, spina bifida…). Les opioïdes les plus représentés étaient la codéine (34,5%). Les auteurs concluent que ce risque était d’une augmentation modeste par rapport au risque de base des anomalies congénitales (2 à 3%). De plus, le biais de mémorisation est important dans cette étude.
  • Risque de dépression respiratoire néonatale et de syndrome de sevrage : A proximité du terme, il est conseillé de limiter la posologie et la durée de traitement en raison du risque de dépression respiratoire néonatale et de syndrome de sevrage survenant notamment lors d’une utilisation chronique de la codéine à dose thérapeutique. Le syndrome de sevrage apparait généralement dans les 24 à 72 premières heures de vie et se manifeste par des signes neurologiques (agitation, hyperexcitabilité, cris aigus, trouble du sommeil, trémulations, hypertonie) et des signes digestifs (succion inefficace, régurgitations, vomissements, diarrhées).

En conclusion, l'utilisation de codoliprane doit être encadrée par un avis médical, compte tenu des risques potentiels pour le nouveau-né en cas de poursuite de la grossesse.

Autres opioïdes

Il est important de noter que d'autres opioïdes, comme le tramadol, l'opium, la morphine et ses dérivés, peuvent également présenter des risques pendant la grossesse.

  • Tramadol : En cas de traitement prolongé jusqu’à l’accouchement, le tramadol pris à dose thérapeutique peut entraîner une dépression respiratoire et un syndrome de sevrage néonatal identique à celui décrit pour la codéine, en raison de sa composante opioïde.
  • Morphine et ses dérivés (fentanyl, oxycodone, hydromorphone) : Quel que soit l’opioïde prescrit, en cas de traitement prolongé et/ou de fortes doses jusqu’à l’accouchement, ils peuvent entraîner une dépression respiratoire et un syndrome de sevrage néonatal identique à celui décrit pour la codéine. Le fentanyl, l’oxycodone et l’hydromorphone franchissent la barrière placentaire. Les données sur le risque malformatif sont peu nombreuses à ce jour et sont insuffisamment pertinentes pour garantir leurs innocuités durant la grossesse. En conséquence, ces 3 molécules sont déconseillées durant la grossesse.

Déroulement de l'IVG Médicamenteuse et Suivi

Voici les étapes clés de l'IVG médicamenteuse :

  1. Première consultation : Réception des informations claires et précises sur la procédure et les choix offerts de recours à l’anesthésie (dossier guide). Orientation vers un entretien social (obligatoire pour les mineures !). Interrogatoire et examen clinique pour évaluer l’age gestationnel (écho possible sur place ou dans un délai rapide). Possibilité de dépister des IST et de réaliser un frottis. Plus de délai de réflexion obligatoire Si la femme renouvelle, après les consultations, sa demande d’interruption de grossesse, elle doit délivrer une confirmation écrite, cette confirmation ne peut intervenir qu’après l’expiration d’un délai de 2 jours suivant l’entretien de soutien. Remise de l’attestation d’entretien social par la mineure. Consentement signé et préciser la méthode souhaitée. Explication de l’organisation et du déroulement de l’acte.
  2. Prise de la mifépristone : Si IVG médicamenteuse : la prise du mifépristone peut être réalisée. Réalisation de l’IVG avec une dose d’Ig anti-D si Rhésus nég.
  3. Prise du misoprostol : Si IVG médicamenteuse : prise du misoprostol. Les saignements peuvent survenir dès la prise de mifépristone mais dans la majorité ils surviennent 2-4 après la prise du misoprostol et l’expulsion se fait dans la moitié des cas dans les 4h après le misoprostol. La période de saignement abondant ne doit pas excéder 2 à 4h. Douleurs : maximales 1 à 3h après la prise du misoprostol, la douleur décroît et disparaît peu après l’expulsion complète.
  4. Visite de contrôle : Elle a lieu 2 à 3 semaines après l’IVG pour vérifier (grâce à l’examen clinique et éventuellement l’échographie et, en cas de doute, le dosage des bêta-HCG plasmatiques) que le fœtus a bien été expulsé et que l’utérus est vide.

Précautions à prendre

  • Lieu de la prise de misoprostol : Lorsque vous prenez le misoprostol, pour provoquer l’expulsion de la grossesse, vous devez être chez vous ou chez une personne proche. Vous devez vous situer à moins d’une heure d’un établissement de santé, où pourrait être pris en charge une éventuelle hémorragie. Evitez d’être seule, car cette phase peut être stressante.

Complications potentielles

  • Echec : Risque d’échec autour de 5 %, risque de grossesse évolutive est < 1 %. L’échec peut être complet (grossesse évolutive) ou partiel (avortement incomplet).
  • Saignements : Si les saignements sont trop importants (plus que des règles), Exacyl peut être utilisé. Ce médicament augmente la coagulabilité du sang, pour diminuer l’abondance des saignements. En aucun cas il ne gêne l’expulsion de l’oeuf, donc pas n’hésitez pas à le prendre.

Cadre Légal et Accès à l'IVG en France

L’IVG est autorisée en France jusqu’au terme de 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d’aménorrhée (SA), et peut aujourd’hui être réalisée par voie médicamenteuse au domicile jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée (loi du 4 juillet 2001 et 3 mars 2022), par un médecin ou une sage-femme.

Les établissements publics ne peuvent refuser de pratiquer des IVG. Ils doivent disposer d’une ligne téléphone et toute patiente doit obtenir un rdv dans les 5 jours suivant son appel.

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La HAS considère que les IVG médicamenteuses peuvent être réalisées jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée par un médecin ou une sage-femme, dans le cadre de son activité en cabinet de ville, dans un centre d’éducation et de planning familial (CPEF) ou dans un centre de santé.

L'accès à l'IVG doit être simple et rapide : chaque femme doit obtenir un rendez-vous dans les 5 jours suivant son appel.

Aspects psychosociaux

L’IVG n’est jamais un acte anodin et aucune femme n’y recourt facilement. Elle peut être douloureuse, est toujours mal vécue sur le plan psychologique et ce même des années après.

Il est systématiquement proposé avant et après l’IVG, un entretien social au cours duquel une assistance ou des conseils appropriés lui sont apportés. Cet entretien est obligatoire pour les femmes mineures non émancipées, l’organisme doit lui délivrer une attestation de consultation.

Médicaments à Éviter Pendant la Grossesse

Si vous êtes enceinte, il vous appartient de toujours vérifier auprès de votre médecin ou votre pharmacien que les médicaments que vous prenez sont compatibles avec votre état. Voici quelques exemples de médicaments classés par familles qui ne doivent pas être utilisés pendant tout ou partie de la grossesse :

  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : formellement contre-indiqués pendant les 4 derniers mois de la grossesse.
  • Aspirine à forte dose : formellement contre-indiquée pendant les 4 derniers mois de la grossesse.
  • Dérivés de l’ergot de seigle : contre-indiqués pendant la grossesse en cas de crise de migraine.
  • Traitements contenant des vasoconstricteurs décongestionnants (pseudoéphédrine, phényléphrine) : déconseillés pendant toute la grossesse.
  • Antihistaminiques sédatifs : déconseillés au cours de premier trimestre de la grossesse.
  • Antibiotiques de la famille des quinolones : habituellement contre-indiqués ou déconseillés.
  • Vaccin contre la rubéole : contre-indiqué.
  • Vaccin contre la fièvre jaune : n’est pas recommandé.
  • Isotrétinoïne et acitrétine : responsables de graves malformations chez l'enfant à naître.
  • Inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et antagonistes de l'angiotensine II : formellement contre-indiqués à partir du quatrième mois de la grossesse.
  • Anticoagulants oraux (antivitamines K) : habituellement contre-indiqués chez la femme enceinte.
  • Somnifères : ne doivent pas être utilisés sans avis médical pendant la grossesse.
  • Antidépresseurs ISRS (paroxétine et la fluoxétine) : Des études suggèrent un possible risque de malformation cardiaque.
  • Acide valproïque : l'antiépileptique qui a l'effet tératogène le plus important.
  • Lithium : augmente le risque de malformations cardiaques. Son utilisation est fortement déconseillée.

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