Le terme "clash", bien que d'origine anglaise, s'est intégré au vocabulaire français, acquérant une signification particulière et évolutive. Cet article se propose d'explorer les différentes facettes de ce mot, de ses origines à son utilisation contemporaine, en passant par son appropriation dans le monde du rap et son extension à divers domaines de la société.

Définition et Origines du Mot "Clash"

Le mot "clash" signifie tout simplement dispute, affrontement, bagarre, engueulade. Bien que le terme ne soit pas nouveau dans la langue parlée, il s'est longtemps cantonné au domaine professionnel. On pouvait entendre des phrases comme : "Il y a eu un clash pendant la réunion budget, Jean-Claude n'a pas supporté d'avoir 5 % de moins et il a claqué la porte."

L'intérêt actuel pour les clashs est manifeste, notamment sur internet. Les vidéos de clashs, à l'instar de celles mettant en scène des chatons et des pandas, rencontrent un franc succès. Des personnalités publiques, telles que Finkielkraut, Michel Onfray, Zemmour, Cohn-Bendit ou Mélenchon, sont même considérées comme des "serial-clasheurs" en raison de leur participation fréquente à des échanges verbaux houleux.

L'Influence du Rap et des Réseaux Sociaux

L'arrivée du rap et des réseaux sociaux a contribué à populariser et à transformer la notion de clash. Le rap a codifié les clashs entre stars (ou demi-stars) du genre, les transformant en équivalents modernes des duels de traits d'esprit de Versailles ou des "chases" des musiciens de jazz. Ces clashs prennent souvent la forme d'attaques verbales crues, impliquant des insultes à caractère sexuel, social, politique ou musical. Un rappeur attaque un autre qui lui répond, le ton monte. C'est ça, le clash. Il peut s'agir aussi d'une battle - comme dans la danse hip-hop -, où chacun clashe l'autre pendant des rounds d'une trentaine de secondes, à tour de rôle. Le champ de battle est souvent la radio (notamment Skyrock). Zoxea contre Dontcha. Kaaris contre Booba. Booba contre Rohff : du catch verbal, le freestyle au service du spectacle radiophonique. Tout cela relayé par les réseaux sociaux. Et copié-édulcoré jusqu'à la nausée à la télé (les battles de l'émission "The Voice").

Les réseaux sociaux ont amplifié la diffusion de ces clashs, contribuant à leur popularisation auprès d'un public plus large.

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Extension du Concept à d'Autres Domaines

La culture du clash s'est étendue à d'autres domaines de la société, touchant un large public. Les incidents de séance dans la plupart des assemblées politiques du monde francophone (sauf le Québec) sont qualifiés de "clashs" dans les médias. Les couples en conflit après la naissance de leur premier bébé sont victimes du "baby-clash", selon le psychiatre Bernard Geberowicz. On peut même lire des titres sur un "clash diplomatique".

À l'approche des élections européennes, le groupe de députés européens EU40 a organisé des battles d'eurodéputés retransmises par MTV pour susciter l'intérêt des jeunes. Imaginez, à Bruxelles, plusieurs centaines de spectateurs assistant à des clashs de rap entre des équipes comprenant deux députés et un rappeur, qui s'affrontent sur les frontières de l'Union, l'innovation ou le chômage. Verts contre "populaires", libéraux contre socialistes. Le 9 avril, les libéraux ont gagné à l'applaudimètre. Avaient-ils un meilleur "flow" ou de meilleurs arguments ? Difficile à dire. Les vidéos de leurs clashs sont assez gueulardes. Je n'ai pas bien saisi les idées.

Cette extension du concept témoigne de l'omniprésence de la culture du clash dans la société contemporaine, où l'affrontement verbal et la confrontation d'idées sont devenus des formes d'expression courantes.

Le Clash dans le Rap : Un Rituel Hérité

Dans le monde du rap, le clash est une pratique courante, voire un rituel. La provocation par morceaux interposés est l’une des bases du rap. Mais cette tradition est bien antérieure à la discipline : le rap a surtout permis de remettre en sons des traditions de la culture afro-américaine. Dans les années 1990 avec Tupac et Notorious Big, plus récemment avec Drake, Kendrick Lamar, mais aussi en France avec Booba et Kaaris : à grands coups de punchlines rimées, toujours plus accusatrices, chaque opposant cherche à montrer qui est le plus grand rappeur de la scène hip hop de son temps.

Le concept du clash est hérité d’un rituel d’insultes afro-américain qui s’est formé pendant l’esclavage, les "dirty dozen". "Les esclaves n'avaient pas le droit d’en venir aux mains, alors ils passaient par la parole pour s’opposer", explique Christian Béthune, chercheur en philosophie et en musicologie, spécialiste du jazz et du rap. Sous forme de jeu, deux individus se lancent des insultes, principalement sexuelles, face à un public qui fait office d’arbitre, et qui choisit son vainqueur en manifestant son enthousiasme. En se confrontant à l’oral, on évite la violence physique. Et pour les participants, c’est une occasion de montrer leurs talents d’improvisation, de "punchlines". "Les dirty dozen - douzaines dégueulasses -, c’est un rituel totalement symbolique dans lequel précisément toute violence physique est bannie, celui qui en vient à cela est reconnu comme le perdant", précise Christian Béthune. Au contraire, le vainqueur est celui qui arrive à avoir le dernier mot et qui combine rimes affûtées avec des références à la communauté, histoire de ne pas insulter l’autre gratuitement. "Dans les dirty dozen, l’insulte est toujours rimée, scandée, adressée à l’autre, face à une communauté."

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Les Fonctions du Clash dans le Rap

Le clash dans le rap remplit plusieurs fonctions. On distingue plusieurs fonctions : "Une fonction ludique, car c’est avant tout un exercice dans lequel on prend du plaisir, et de façon symbolique, pour prouver que l’on peut prendre le dessus avec les mots, sans violence." Malgré tout, il arrive que la fonction symbolique du clash soit parfois brisée, et que les rappeurs en viennent aux mains, comme ce fut le cas en France entre les rappeurs Booba et Kaaris. On peut également rajouter à cela un aspect marketing : pour l’opposition entre Kendrick Lamar et Drake comme pour d’autres, le clash attise l'intérêt du public et booste les écoutes.

Le premier clash d’ampleur de l’histoire du rap, on l’appelle "la guerre des Roxanne". Pour faire simple, en 1984, un groupe nommé U.T.F.O. sort le morceau "Roxanne, Roxanne", l'histoire d'une femme qui refuse de céder à des avances. Plus tard, U.T.F.O va poser un lapin au producteur Marley Marl qui avait invité le trio dans une émission radio. Pour se venger, le producteur et la rappeuse Roxanne Shanté vont répondre au groupe dans un morceau dans lequel Roxanne donnerait sa version des faits. Résultat : 250 000 exemplaires de vendus pour "Roxanne Revenge", le tube de rap féminin qui lancera la guerre des Roxanne. Plus de cent morceaux alimentent cette opposition pendant des années. Et cet évènement appuie une autre caractéristique du clash, la surenchère : “C’est le dernier qui peut plus poser de briques qui a perdu, ou alors les deux reconnaissent que l’on va passer à autre chose. Il faut toujours répondre, donc évidemment, c'est à épisodes et on garde des éléments dans sa manche”, selon Christian Béthune.

Limites et Dérives du Clash

Bien que le clash puisse être perçu comme un jeu ou une forme d'expression artistique, il présente également des limites et des dérives potentielles. La culture du raccourci, favorisée par les clashs, peut nuire à la réflexion approfondie et à la compréhension des enjeux complexes. On sait que le clasheur Finkielkraut est le premier à le regretter, dans sa critique de la "malédiction" d'Internet, "monde sans foi ni loi".

De plus, le clash peut parfois dégénérer en violence physique, comme l'illustre l'affrontement entre Booba et Kaaris. Il est donc important de distinguer le clash verbal, qui peut être stimulant et créatif, de la violence physique, qui est inacceptable.

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