Clarisse Agbégnénou, née le 25 octobre 1992 à Rennes, est bien plus qu'une judokate au palmarès exceptionnel. Son parcours, marqué par des épreuves dès sa naissance, témoigne d'une force de caractère et d'une détermination hors du commun. De ses premiers combats pour la vie à ses triomphes sur les tatamis, en passant par son engagement en faveur des femmes et son rôle d'adjudante de gendarmerie, Clarisse Agbégnénou incarne une figure inspirante.
Une naissance difficile
L'enfance de Clarisse Agbégnénou a été jalonnée de défis. Née grande prématurée à Rennes, deux mois avant le terme prévu, elle a dû être réanimée dès sa naissance, tout comme son frère jumeau Aurélien. La petite Clarisse a ensuite passé quatre semaines en couveuse, alimentée par perfusion. Sa mère, Pauline, a confié à L'Equipe que Clarisse ne pesait alors que deux kilos. Une malformation rénale a nécessité une opération délicate, qui l'a plongée dans le coma durant sept à huit jours.
"Je ne respirais pas. J'étais morte". "Je ne respirais pas. A ce moment-là, ils ont voulu me réanimer. Et l'intervention du destin ont fait le reste. Ils n'ont pas voulu et ils sont venus avec des spécialistes… Je suis réveillée. "
À son réveil, le médecin a déclaré que sa fille était une battante. Ces premiers jours de vie, traumatisants, ont forgé chez elle un esprit de combativité qui ne l'a jamais quittée.
L'éveil d'une championne
Pour canaliser son énergie débordante, Clarisse Agbégnénou débute le judo à l'âge de 9 ans au club des Arts Martiaux d'Asnières (AMA). Elle y démontre rapidement des qualités hors normes. Cinq ans plus tard, elle rejoint le pôle France d'Orléans. En 2009, elle devient membre de l'Insep, l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance, qui forme les champions tricolores.
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Adolescente, Clarisse martyrisait les garçons sur les tatamis, au point que ceux-ci réclamaient la fin des combats mixtes. Valérie Fizelier, ancienne judokate et championne de France, qui l'accompagne depuis son enfance, se souvient avoir détecté très tôt son potentiel : "À cet âge-là, ce n'est pas tellement la technique qui compte mais le mental. Sa volonté de se dire : OK, j'ai perdu dix fois contre toi mais je ne perdrai pas onze fois."
En 2012, à seulement 20 ans, Clarisse Agbegnenou se révèle et obtient la médaille de bronze aux championnats d'Europe. L'année suivante, elle décroche l'or européen puis l'argent mondial. Et c'est en 2014 que la championne monte sur le toit du monde, une première qui sera suivie par beaucoup d'autres.
Un palmarès exceptionnel
Clarisse Agbégnénou possède l'un des plus beaux palmarès du judo français, voire le plus impressionnant de l'histoire du judo féminin français. Elle est la combattante française la plus titrée aux Mondiaux. Seul Teddy Riner, avec dix sacres, fait mieux côté messieurs. Parmi ses nombreuses victoires, on peut citer :
En individuel :
- Championnats d'Europe : Or en 2013, 2014, 2018, 2019, 2020
- Championnats du monde : Or en 2014, 2017, 2018, 2019, 2021, 2023
- Jeux olympiques : Or à Tokyo 2020, Argent à Rio 2016
Par équipes :
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- Championnats du monde : Or en 2011, 2014
- Jeux olympiques : Or à Tokyo 2020 (mixte)
Auréolée de ses titres de championne du monde et de championne d'Europe, elle débarque aux Jeux de Rio en 2016 avec la ferme intention de rafler la médaille d'or, mais perd en finale devant la Slovène Tina Trstenjak.
Après les Jeux, elle rejoint le Red Star Club (RSC) de Champigny-sur-Marne.
Une femme engagée
Au-delà de ses performances sportives, Clarisse Agbégnénou est une femme engagée, qui utilise sa notoriété pour défendre des causes qui lui tiennent à cœur. Elle est notamment l'ambassadrice d'une marque française de culottes menstruelles et a posé en une de L'Équipe Magazine pour un dossier sur les seins des sportives.
"Faire avancer la cause des femmes et les spécificités du sport féminin, c’est une bataille de tous les jours", écrit la judoka sur son compte Instagram. Elle a également été élue championne des championnes par le journal L'Équipe en 2018 et 2019.
Clarisse Agbégnénou est également adjudante de gendarmerie. "Les policiers et les gendarmes vont au front, se mettent en première ligne pour aider et protéger la population, tout comme nous sportifs de haut niveau qui allons au bout de nous-mêmes pour décrocher la victoire, atteindre nos objectifs. Je suis très fière et heureuse de porter les couleurs de la gendarmerie", a déclaré la judoka juste avant le début des JO de Tokyo.
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Elle est aussi parvenue à être diplômée de la prestigieuse école HEC Paris. Actuellement, elle fait partie de la Commission des athlètes de haut niveau du Comité national olympique et sportif français. En dehors des tatamis, elle est choisie comme porte-drapeau de l’équipe de France olympique en 2021, à Tokyo, aux côtés du gymnaste Samir Aït-Saïd.
Maternité et retour au sommet
En 2022, Clarisse Agbégnénou donne naissance à une petite fille, Athéna. Cette nouvelle étape de sa vie ne l'éloigne pas de sa passion pour le judo. Elle parvient à être championne du monde seulement onze mois plus tard, le 10 mai 2023 à Doha, un exploit remarquable.
A 29 ans, Clarisse tombe enceinte. Afin d’éviter les mauvaises chutes durant la grossesse, elle cesse rapidement le judo. Cependant, elle continue le sport jusqu’à 2 jours avant son accouchement, qui a lieu le 15 juin 2022 (juste après les Jeux Olympiques de Tokyo). Quelques semaines après la naissance de sa petite Athéna, Clarisse Agbegnenou reprend sa vie professionnelle tout en jonglant avec son rôle de maman. Cet amour du sport, Clarisse compte bien le transmettre à sa fille, qui la suit à la salle de sport et même sur le tatami de judo.
Comme nous l'a confié, elle lui transmet son énergie énergie, et aimerait plus tard qu'Athéna pratique le judo comme elle, afin d’apprendre le respect d’autrui. Mais en attendant, pas de baby judo pour l'enfant de la championne. Quand on lui demande ce que le sport lui a transmis comme valeurs, Clarisse Agbegnenou répond immédiatement le respect. Mais ce n’est pas tout ! A travers ses voyages professionnels, elle a aussi découvert le partage et la diversité. Plus jeune, on reprochait à la judokate de « perdre son attention ». Or, les règles strictes associées au judo comme le fait d'enlever ses chaussures, de saluer le portrait de Jigoro Kano (le fondateur du Judo), de saluer son adversaire… lui ont permis d’être plus rigoureuse et assidue dans ce qu’elle entreprend.
Paris 2024 : un nouveau défi olympique
Aux JO de Paris 2024, Clarisse Agbégnénou aura l'opportunité de briller devant son public et de viser une nouvelle fois l'or, tant en individuel qu'en équipes. Ce serait une consécration pour cette athlète d'exception, dont le parcours est un exemple de courage, de persévérance et d'engagement. Elle pourrait potentiellement marquer la fin de sa carrière par un tournoi olympique, peut-être plus sur un Grand Slam à Paris.
Elle met en pratique dans tous les domaines. Elle se bat au nom de toutes les femmes. "Je ne l'ai pas fait seulement pour moi."
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