L'intervention de Christine Angot dans l'émission "On n'est pas couché" a suscité de vives réactions et a mis en lumière des enjeux complexes liés à la parole des victimes de violences sexuelles, à la justice et à la réception médiatique de ces questions. Cet article se propose d'analyser les différents aspects de cette intervention, en s'appuyant sur les propos de Christine Angot elle-même, ainsi que sur les réactions qu'elle a suscitées.
Le contexte : "On se débrouille" et la polémique avec Sandrine Rousseau
En 2017, Christine Angot, alors chroniqueuse dans l'émission "On n'est pas couché", a tenu des propos qui ont créé la polémique lors d'un échange avec Sandrine Rousseau, ex-secrétaire nationale adjointe d'Europe Ecologie-Les Verts. Face à la question de Sandrine Rousseau sur la manière d'assurer l'écoute des victimes d'agression sexuelle, Christine Angot avait répondu : "On se débrouille." Ces trois mots ont été perçus par beaucoup comme un manque d'empathie et une banalisation des difficultés rencontrées par les victimes.
Six ans plus tard, Christine Angot maintient ses propos, tout en soulignant les paradoxes d'une époque soucieuse de mieux prendre en compte la question des violences sexuelles, mais qui sombre parfois dans la procédure, les généralisations et les formules creuses. Elle critique notamment l'idée de "former des gens pour recueillir la parole", y voyant une sorte d'aveu qu'il n'y a pas d'écoute, que celle-ci est impossible. Pour elle, il suffit d'écouter, si cela nous intéresse, si on en est capable, dans un rapport d'égalité.
La position de Christine Angot : entre refus de la victimisation et critique des procédures
Christine Angot revendique le fait de ne pas vouloir se positionner en victime. Pour elle, dire "j'ai été victime de" n'est pas la même chose que de dire "je suis une victime", comme si c'était intrinsèque. Elle refuse de faire des victimes un groupe social, craignant de voir émerger des "chefs de victimes" et des "chaises attitrées sur les plateaux de télévision pour la victime du jour". Elle se considère comme une personne libre et refuse de s'asseoir sur cette chaise.
Cette position s'explique en partie par son expérience personnelle. Christine Angot a été victime d'inceste et a longtemps gardé le silence. Elle sait combien il est difficile de parler et combien les institutions judiciaires peuvent être inadaptées pour accueillir la parole des victimes. Elle critique la justice qui, selon elle, ne recherche pas la vérité, mais statue à partir des qualifications juridiques, les mots du droit. Elle estime que le Code pénal a été rédigé aussi pour protéger les droits issus des privilèges que certains s'accordent.
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L'écriture comme espace de vérité et de résonance
Pour Christine Angot, les livres offrent ce que les procédures et les cellules d'écoute ne peuvent apporter : le son unique d'une personne, la résonance entre la personne qui a écrit et celle qui est en train de lire, le lien. Elle revendique l'accent de vérité dans l'espace libre qu'est la littérature. Elle choisit ce qu'elle écrit, c'est sa phrase, ses détails, sa sensibilité, pas celle du flic, du journaliste ou du conseiller social. La littérature est, pour elle, l'art de faire entendre la vérité sans aucune soumission à une instance sociale.
Elle décrit le crime d'inceste comme n'ayant rien à voir avec la pulsion sexuelle, mais tout à voir avec le désir de diriger, d'annihiler, de posséder l'autre, d'en jouer, et d'en jouir, pour exercer un pouvoir et une violence déterminés. Elle estime qu'il ne faut pas rêver : on ne s'en débarrassera pas. Ça fait partie de l'humanité. Mais, pour mieux comprendre, il faut s'intéresser au fond du sujet. Admettre, par exemple, que le fait que nos sociétés soient complètement fascinées par la force, le succès, la puissance joue un rôle dans ces processus d'asservissement.
Réactions et critiques face à la position de Christine Angot
La position de Christine Angot a suscité des réactions contrastées. Certains ont salué son courage et sa lucidité, tandis que d'autres l'ont accusée de minimiser les violences sexuelles et de ne pas soutenir les victimes. Lors de son clash avec Sandrine Rousseau dans "On n'est pas couché", certains ont qualifié sa réaction d'"acharnement", tandis qu'ils décrivaient Sandrine Rousseau comme victime de son "pétage de plombs".
Christine Angot explique cette réaction par le fait que Sandrine Rousseau, en tant que personnalité politique, a réduit son livre "Une semaine de vacances" à une sorte d'outil pour servir le message de son parti. Elle s'est sentie instrumentalisée et a refusé de laisser faire cela sans rien dire.
D'autres critiques ont reproché à Christine Angot de ne pas être assez empathique envers les victimes et de ne pas reconnaître les difficultés qu'elles rencontrent pour parler et être entendues. Certains ont souligné que l'idée de "former des gens pour recueillir la parole" avait émergé justement parce que cette simple écoute que Christine Angot prône fait parfois défaut.
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L'éthos de Christine Angot : une image paradoxale et ambiguë
L'intervention de Christine Angot dans "On n'est pas couché" révèle un éthos complexe, marqué par des paradoxes et des ambiguïtés. Elle se présente comme une personne libre, qui refuse de se conformer aux attentes et aux stéréotypes. Elle revendique son droit à la singularité et à la subjectivité, tout en critiquant les généralisations et les procédures qui, selon elle, conduisent à l'indifférence.
Son image médiatique est également marquée par cette ambivalence. Elle est à la fois une romancière reconnue et une chroniqueuse controversée. Elle agace, elle fascine, elle clive. C'est le propre des femmes libres, de celles qui ne trahissent pas leur pensée, et qui, à l'ère des fake news et du buzz, se retrouvent prises dans la tempête médiatique.
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