Introduction

Le "Made in France" est une expression qui a longtemps été considérée comme désuète, mais qui connaît un regain d'intérêt. Cet article explore le phénomène de la relocalisation des entreprises en France, en analysant les motivations, les défis et les perspectives de cette tendance. L'article s'appuie sur l'exemple concret de La Brosserie française, une entreprise qui a réussi à relocaliser sa production en France après une délocalisation en Asie.

Le Contexte: Délocalisations et Relocalisations

Après avoir délocalisé leur production en Asie, certaines entreprises décident de revenir dans l’Hexagone. L'Observatoire de l'investissement révèle que de 2009 à juin 2014, seules 61 entreprises ont relocalisé tout ou partie de leur production, contre 285 qui ont délocalisé. Malgré cela, les entreprises qui choisissent la relocalisation démontrent que produire local reste possible à condition de savoir miser sur ses atouts et faire preuve d’audace.

L'Exemple de La Brosserie Française

La Crise et la Délocalisation

Été 2012. Olivier Remoissonnet n’oubliera jamais ce moment-là. Le tribunal de commerce de Beauvais ordonne à la direction d’organiser, avant le 6 décembre, la liquidation de l’entreprise DuoPole dont il est alors le directeur industriel. Triste fin pour la première et plus ancienne manufacture française de brosses - à dents, à ongles, mais aussi balais, pinceaux… Le terme d’une ère glorieuse entamée en 1845. Au début des années 1980, on dénombrait encore 35 brossiers autour de Beauvais. La Picardie produisait 80 % des brosses françaises. En 2010, DuoPole compte 130 salariés qui fabriquent essentiellement des brosses à dents pour les pharmacies et les enseignes de la grande distribution. Ces dernières négociant des prix toujours plus bas, la société décide de délocaliser la moitié de sa production en Chine. DuoPole s’endette et, en octobre 2011, est placée en redressement judiciaire. Ni la suppression de 60 postes, ni la réduction des surfaces locatives, ni la traque de la moindre économie ne changent la donne : aucun repreneur ne se présente.

La Relocalisation et la Nouvelle Stratégie

À 44 ans, Olivier Remoissonnet est un enfant du pays. Ingénieur diplômé du Conservatoire national des arts et métiers de Beauvais, cet homme discret à la voix posée reste marqué par la liquidation judiciaire subie par son précédent employeur, en 2007. Remoissonnet ne peut admettre que l’histoire se répète avec DuoPole. Il refuse de voir sa région mourir faute d’emplois et possède des convictions bien ancrées : « Le choix de la direction de délocaliser en Chine ne correspondait pas à mes valeurs, dit-il. Il présente à la justice une offre de reprise qui mise exclusivement sur le Made in France, et s’engage à investir 20 % du capital de la nouvelle structure. Le reste sera apporté par deux industriels partenaires spécialisés dans la fabrication de produits plastiques : Natta, dans le Perche, et BVI, dans l’Orne.

Dans un marché hexagonal annuel de quelque 125 millions de brosses électriques ou manuelles vendues à 85 % en hyper ou supermarchés, sa production représente à peine 6 % du marché. « Les plans sociaux furent compliqués, se souvient Laëtitia Louvet, responsable administrative. Et pour ceux qui ont eu la chance de rester, il a fallu s’adapter, suivre des formations, acquérir de la polyvalence. Nos salariés ont dû apprendre à être plus réactifs, à gagner en flexiblité.

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Première décision du nouveau dirigeant : abandonner la fabrication des manches de brosses. « Nos machines étaient vieilles, peu compétitives, dit-il. Il doit néanmoins rapatrier les moules de manches utilisés jusque-là en Chine pour les confier à ses partenaires Natta et BVI. Deuxième décision, et non des moindres : ne plus chercher à concurrencer les Chinois sur les prix, mais sur la qualité du produit. Conséquence immédiate : Olivier Remoissonnet stoppe la fabrication des brosses à dents vendues par les grandes surfaces sous leurs propres marques. « Sur le créneau des premiers prix, nous ne pouvons lutter contre les produits asiatiques, dit-il. Dernière décision : réduire les coûts fixes. Moins d’employés, moins de machines signifie moins de surfaces locatives ; les bâtiments passent de 7 000 m2 à 4 000 m2.

Les Résultats et les Perspectives

« Elles sont vendues 2,40 € en grande surface, s’enorgueillit-il. Le patron de La Brosserie française porte un regard dubitatif sur les atouts de la Chine : « En 2010, produire là-bas nous coûtait en moyenne 40 % moins cher, mais nous subissions jusqu’à deux tiers de malfaçons, analyse-t-il. Entre 2000 et 2010, l’Organisation internationale du travail a observé un triplement des salaires chinois. Une tendance réjouissante, mais pas toujours facile à anticiper : « L’entreprise qui travaillait pour nous les augmentait de 20 % tous les six mois », se souvient l’entrepreneur.

Avec huit millions de brosses fabriquées et un chiffre d’affaires de 4,2 millions d’euros pour sa première année de production, Olivier Remoissonnet se dit en phase avec ses objectifs. « Le Made in France n’est pas qu’une mode, souligne-t-il. Même avis chez ses associés qui produisent les manches des brosses : « Ce partenariat et ces commandes ont permis de sauver mon entreprise, assure Xavier Bouglé, le directeur de BVI. Nous étions proches de la faillite quand j’ai repris les rênes de la société, début 2012. Sous la lumière crue des néons, impassible malgré le vrombissement mécanique qui l’enveloppe, Dany Bastard, 51 ans, surveille une machine trépidante d’où sortent cent brosses chaque heure. « Bienvenue dans l’atelier d’empoilage », me dit-elle. Elle vérifie la qualité de la découpe et du polissage des poils avant d’envoyer les brosses au conditionnement. t-elle, mais je veux y croire. Je suis fière de travailler dans la dernière entreprise de fabrication de brosse à dents du pays.

Les Facteurs Favorisant la Relocalisation

Plusieurs facteurs peuvent inciter les entreprises à relocaliser leur production en France :

  • L'augmentation des coûts de production en Asie: Les salaires en Chine ont considérablement augmenté ces dernières années, réduisant l'écart de coût avec la France. Entre 2000 et 2010, l’Organisation internationale du travail a observé un triplement des salaires chinois. Une tendance réjouissante, mais pas toujours facile à anticiper : « L’entreprise qui travaillait pour nous les augmentait de 20 % tous les six mois », se souvient l’entrepreneur.
  • La volonté de maîtriser la qualité: La Brosserie française a constaté un taux de malfaçons élevé lors de sa production en Chine. En relocalisant, elle a pu améliorer la qualité de ses produits et renforcer son image de marque. Le patron de La Brosserie française porte un regard dubitatif sur les atouts de la Chine : « En 2010, produire là-bas nous coûtait en moyenne 40 % moins cher, mais nous subissions jusqu’à deux tiers de malfaçons, analyse-t-il.
  • La réactivité et la flexibilité: La relocalisation permet aux entreprises d'être plus réactives aux demandes du marché et de s'adapter plus rapidement aux évolutions de la demande. Nos salariés ont dû apprendre à être plus réactifs, à gagner en flexiblité.
  • L'image du "Made in France": Les consommateurs sont de plus en plus sensibles à l'origine des produits et sont prêts à payer un prix plus élevé pour un produit fabriqué en France. Consommer français peut-il aider notre économie à sortir du marasme ? Pas si vite !
  • Les progrès techniques: Plus qu’il y a 20 ans, ils permettent de récupérer des « avantages comparatifs » perdus. Une chaîne de production automatique peut faire mieux, plus vite et moins cher que les pays qui emploient de la main-d’œuvre faiblement rémunérée.

Les Obstacles à la Relocalisation

Malgré ces avantages, la relocalisation reste un défi pour de nombreuses entreprises. Plusieurs obstacles peuvent freiner cette tendance :

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  • Les coûts de main-d'œuvre: La main-d’œuvre à bas coût. Quand l’intervention humaine représente la majeure partie des coûts de fabrication, l’entreprise a peu intérêt à revenir au pays.
  • La complexité administrative: Les entreprises françaises sont souvent confrontées à une complexité administrative importante, ce qui peut rendre la relocalisation plus difficile.
  • La concurrence internationale: Les entreprises françaises doivent faire face à une concurrence internationale accrue, ce qui peut les inciter à maintenir leur production à l'étranger. Beaucoup d’entreprises délocalisent pour survivre face à la concurrence. D’autres cherchent uniquement à augmenter leurs marges et continuent à vendre leurs produits à des prix alignés sur des coûts de production français.
  • L'innovation en berne: Les emplois créés ou sauvés par une relocalisation sont souvent liés à la recherche.
  • Les frais de transport: La hausse du pétrole pénalise surtout les entreprises dont les produits pèsent lourd.
  • La proximité géographique: Si les fournisseurs et la clientèle d’une entreprise sont à l’étranger, elle a intérêt à quitter le territoire.
  • L’imperfection du produit final.

L'Aide du Gouvernement

Pour aider les entreprises à prendre conscience qu’elles pourraient relocaliser tout ou partie de leur production, depuis juillet 2013, le ministère de l’Économie met à leur disposition le logiciel Colbert 2.0. Un questionnaire en ligne porte aussi bien sur l’argument du « fabriqué en France » dans la commercialisation, que sur l’importance du développement de gammes, des délais de livraison ou de la qualité des produits. Le formulaire rempli, le logiciel rend son verdict, indique un interlocuteur régional désigné par l’État et, le cas échéant, fournit une liste des aides publiques disponibles. Bercy espère ainsi impulser 1 000 relocalisations ou nouvelles implantations à l’horizon 2017. « On ne possède aucune donnée sur le sujet », assure la Direction générale Statistique nationale.

L'Exemple Belge

La Fédération des entreprises belges (FEB), explique, elle, n’avoir « pas encore assez de connaissances concernant cette problématique qui reste très limitée en Belgique. » De fait, le fabricant de montres Ice-Watch, apparaît comme l’unique entreprise affichant son souhait de relocaliser (en l’occurrence, de Chine vers Bastogne). En octobre 2013, dans La Libre, Geert Vancronenburg, économiste de la FEB ne cachait pas son scepticisme. « Si une entreprise décide de se localiser en Europe, […] ce ne sera pas forcément en Belgique.

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