Camille Claudel, figure tragique et talentueuse de la sculpture française, a connu une reconnaissance tardive, devenant une véritable icône après des décennies d'indifférence et d'oubli. Aujourd'hui, des écoles, des rues, des places et des espaces portent son nom. Elle possède son propre musée et un festival lui est dédié. La valeur de ses œuvres s'envole, et les récits, romans et fictions plus ou moins documentés sur sa vie se multiplient. Mais qui était réellement Camille Claudel, au-delà de la légende ?

Une Passion Précoce pour la Sculpture

Née le 8 décembre 1864 dans l’Aisne, Camille Claudel grandit au sein d'une famille de notables où la culture et la tendresse sont peu présentes. Elle entretient une relation privilégiée avec son frère Paul, futur poète et diplomate, au sein de ce cercle familial parfois conflictuel. Dès l'âge de 12 ans, elle se passionne pour le modelage de la terre glaise. Son talent est rapidement remarqué, et le sculpteur Alfred Boucher lui donne ses premiers cours. Alfred Dubois, directeur des Beaux-Arts, impressionné par ses premières créations, s'exclame : « Vous avez pris des leçons avec monsieur Rodin ! ».

Malgré l'opposition de sa mère, qui considère l'ambition artistique de sa fille comme une déchéance, Camille, dotée d'une volonté farouche, poursuit son rêve. À 17 ans, elle fréquente un atelier de femmes, les Beaux-Arts étant à l'époque interdits aux femmes. Elle aspire à s'émanciper de la condition féminine de l'époque, où le mariage et la maternité sont considérés comme les seules voies possibles.

La Rencontre avec Rodin : Passion et Tourment

À 20 ans, Camille Claudel rencontre Auguste Rodin, une rencontre qui marquera à jamais sa vie et son œuvre. Elle intègre son atelier, d'abord comme modèle, puis comme praticienne, participant à la réalisation des œuvres du maître en taillant des blocs de marbre ou de pierre. Rodin, admiratif de son talent et de son efficacité, tombe amoureux de la jeune sculptrice.

Une passion tumultueuse naît entre les deux artistes, une relation passionnante, stimulante mais orageuse. Leur liaison dure 15 ans, mais les conflits sont fréquents. Camille a du mal à accepter que Rodin s'approprie ses créations. En 1886, excédée, Camille rompt et part pour l’Angleterre. Le sculpteur est dévasté. Il promet le mariage et une relation exclusive pour la reconquérir.

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Camille Claudel sert aussi de modèle à Auguste Rodin, lui inspirant des œuvres comme "la Danaïde", "Fugit Amor"… Tous deux vivront bientôt une passion stimulante mais orageuse. Camille Claude et Rodin sont tous les deux passionnés de sculpture. Mais Rodin est le maître et Camille veut voler de ses propres ailes et être reconnue comme sculpteur à part entière et non comme l'élève de Rodin.

Les années 1890 sont marquées par une grossesse, dont l'issue demeure incertaine : avortement demandé par Auguste ou fausse couche, selon les sources. Ce drame la traumatise, d'autant plus qu'elle ne reçoit aucun soutien de sa famille ni de son amant. Camille rompt définitivement le lien artistique et amoureux qui l'unit à Rodin.

L'Affirmation d'une Artiste Indépendante

Camille s’installe sur l’île Saint-Louis et ouvre son propre atelier. À partir de 1893, elle vit des années de créations solitaires. Camille est pratiquement la seule femme sculptrice de l’époque. Il est bien difficile à Paris pour une personne si singulière de trouver une position sociale et de s’imposer dans un univers masculin. Ses amis artistes et son frère essaient de la faire connaître. Des expositions et des salons sont organisés, mais les amateurs et les mécènes ne sont pas séduits.

Pour affirmer sa propre identité créatrice, en totale rupture avec celle de Rodin, elle invente de nouveaux sujets. Dans ces scènes intimistes et délicates inaugurées avec audace par Les Causeuses, elle restitue et transcende de brefs moments de la vie ordinaire. La Vague se place sous l'influence directe d'Hokusai et du Japonisme.

Camille fixe ses plus grandes émotions et son âme dans ses créations. Elle y aborde tous les thèmes de la vie : l’enfance, la vieillesse, l’amour ou l’abandon. Ses personnages sont souvent en équilibre incertain. Lorsqu’elle réalise L’Abandon, Rodin lui a promis de l’épouser. La Valse est sculptée alors qu’elle vit une relation enflammée avec Rodin. À l'apogée de ces années de passion et de travail, Camille Claudel sculpte des œuvres restées célèbres dont le savant déséquilibre et la fluidité des formes révèlent une grande virtuosité. Camille Claudel vit avec Rodin quelques années de connivence professionnelle profonde durant lesquelles elle réalise par exemple le buste de La Petite Châtelaine et La Valse.

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Dès lors Camille Claudel cherche désespérément des commandes. Bien que soutenue pendant un temps par quelques amis et même par Rodin en sous-main, elle vit de plus en plus misérablement.

La Spirale de la Folie et l'Internement

Dès 1901, elle est fatiguée jusqu’au désespoir, elle veut abandonner la sculpture. Ses créations deviennent toujours plus hallucinées au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans sa vie intérieure. Elle commence à briser une partie de ses moules en plâtre de peur que la bande à Rodin spolie ses idées et vole ses œuvres. Camille Claudel s'enferme bientôt dans une solitude destructrice et devient la proie de délires psychotiques et obsessionnels. Sa rancune envers Rodin nourrit sa démence. Son image pourtant inspire Rodin et aux rares portraits réalisés durant leur relation s’ajoutent ceux plus nombreux, allégoriques (L’Aurore), peuplés de symbolisme et d’étrange (Masque de Camille Claudel avec la main de Pierre de Wissant) que le sculpteur décline, diffuse et réinterprète continuellement.

Paul passe la voir de temps en temps. « À Paris, Camille folle, le papier des murs arraché à longs lambeaux, un seul fauteuil cassé et déchiré, horrible saleté. Son père, son dernier soutien financier, meurt en 1913. La famille ne la prévient pas et elle n’assistera pas aux obsèques. Huit jours plus tard, elle est internée de force sur demande de sa mère et Paul, d’abord à l’asile psychiatrique de Ville-Evrard puis à celui de Montfavet dans le Vaucluse. L’artiste si éprise de liberté n’acceptera jamais son internement. Commence une vie de recluse pour Camille qui durera 30 ans. Sa mère refuse de lui rendre visite. Pendant les deux guerres mondiales, les conditions de vie des aliénés sont horribles. Elle meurt le 19 octobre 1943 à 78 ans de malnutrition. Aucun membre de sa famille n’assiste à son enterrement. Elle est inhumée dans un caveau collectif destiné aux pensionnaires de l’asile.

Une Reconnaissance Posthume

Si la renommée de Camille Claudel commençait à exister lors de son internement en 1913, elle n’a pas connu de vrai succès de son vivant. C’est dans les années 1980, notamment grâce au livre d’Anne Delbée et au film de Bruno Nuytten, que la sculptrice est reconnue à la juste valeur de son génie.

Après des décennies d’indifférence et d’oubli, Camille Claudel est devenue ce que l’on appelle une « icône ». Il existe désormais des écoles, des rues, des places, des « espaces » qui portent son nom. Elle a son musée et son festival. La cote de ses œuvres s’envole. On ne compte plus les récits, les romans, les fictions plus ou moins documentées… Ce livre-ci n’est pas un roman. Son propos n’est pas d’ajouter une fiction aux fictions qui existent. Il interroge la passion précoce et singulière pour la sculpture ; les amours avec Rodin, bien sûr ; les relations ambivalentes dans un étrange milieu avec une étrange famille: avec son frère Paul (« mon petit Paul »), son père, sa mère, et aussi la jeune sœur Louise, si méconnue et dont le rôle a sans doute été décisif. Il décrit le réseau d’amis, d’admirateurs, de relations -artistes, amateurs, écrivains…- qu’elle conserve dans sa solitude. Il ne dissimule ni un antisémitisme obstiné, ni les circonstances de l’internement.

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