L'organisation du calendrier de vêlage et de lactation est une composante essentielle de la gestion d'un élevage bovin performant. Les éleveurs cherchent constamment à optimiser ce calendrier pour faciliter l'organisation du travail, améliorer la santé du troupeau et maximiser la production laitière tout en réduisant les coûts. Cet article explore les différentes stratégies et considérations liées à la planification des vêlages et de la lactation chez les bovins, en s'appuyant sur des exemples concrets et des conseils pratiques.

L'importance d'un calendrier de vêlage bien pensé

La gestion de la reproduction est une préoccupation constante pour les éleveurs. Choisir la répartition et la fréquence des vêlages peut faciliter l’organisation sans dégrader le revenu, au contraire. Pour se faciliter la vie, mieux vaut la choisir que la subir. Un calendrier de vêlage bien pensé permet de mieux anticiper les périodes de forte demande de travail, d'optimiser l'utilisation des ressources fourragères et de minimiser les problèmes de santé liés à la lactation.

Les objectifs d'un calendrier de vêlage optimisé

  • Concentrer le travail: Regrouper les vêlages permet de concentrer les tâches de surveillance et de soins sur des périodes spécifiques de l'année, allégeant ainsi la charge de travail globale.
  • Optimiser l'alimentation: Adapter le calendrier de vêlage aux cycles de production fourragère permet de maximiser l'utilisation de l'herbe pâturée et de réduire la dépendance aux aliments concentrés.
  • Améliorer la santé du troupeau: Une bonne planification des vêlages peut contribuer à réduire l'incidence des mammites et autres problèmes de santé liés à la lactation.
  • Maximiser la production laitière: En synchronisant les périodes de lactation avec les périodes de forte demande laitière, les éleveurs peuvent optimiser leur production et leurs revenus.

Les différentes approches de calendrier de vêlage

Il existe plusieurs approches de calendrier de vêlage, chacune présentant des avantages et des inconvénients en fonction du contexte de l'élevage.

Vêlages groupés de printemps

Cette approche consiste à concentrer les vêlages au printemps, généralement entre mars et mai. Elle est souvent privilégiée dans les systèmes d'élevage herbagers, où la pousse de l'herbe coïncide avec la montée en lactation des vaches.

Avantages:

  • Adéquation avec la pousse de l'herbe: Permet de maximiser l'utilisation de l'herbe pâturée, réduisant ainsi les coûts d'alimentation.
  • Réduction des problèmes de mammites: En hiver, toutes les vaches sont taries, ce qui diminue l'incidence des mammites.
  • Facilité de remplacement: La période creuse en hiver et la monotraite permettent de se faire remplacer plus facilement.
  • Adaptation aux petites structures: Cette approche peut redonner de la valeur aux petites fermes à transmettre.

Inconvénients:

  • Charge de travail intense au printemps: Nécessite une forte mobilisation de la main-d'œuvre pendant la période de vêlage et de reproduction. Imaginez 45 mise bas en 45 jours. « C’est une période d’observation et de grosse astreinte. Côté vie privée, je ne prévois rien pour rester bien concentré. »
  • Sensibilité à la sécheresse estivale: Les successions d’épisodes secs en été pourraient bien rebattre les cartes. La vache doit alors assurer sa lactation et la reproduction alors que la quantité comme la qualité de l’herbe peut être altérée. D’autant que la chaleur pèse sur la reproduction, avec une baisse potentielle de la fertilité comme de l’activité sexuelle des animaux.

Vêlages d'automne

Cette approche consiste à concentrer les vêlages en automne, généralement entre août et octobre. Elle peut être intéressante dans les régions où les conditions climatiques sont plus favorables en automne qu'en été.

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Avantages:

  • Meilleur contrôle de la reproduction: Cela permet d’avoir un bon contrôle, à partir du moment où la ration des vaches est correctement établie. De plus, la reproduction n’est pas impactée par d’éventuels aléas climatiques.
  • Réduction du creux d'herbe: Permet d'éviter le creux d'herbe estival en tarissant les vaches à l'approche de l'été.

Inconvénients:

  • Nécessité de stocks importants: Une telle période de vêlages nécessite des stocks autour de 3 t MS/UGB hiverné et de bonnes valeurs alimentaires.
  • Concurrence avec les travaux des champs: Le gros bémol concerne peut-être les travaux des champs, qui peuvent concurrencer le travail à l’étable sur la période automnale.
  • Hivernage des couples mères-veaux: Il faut également de la place pour hiverner vaches et veaux, avec 14 à 15 m² par couple.

Vêlages d'hiver

Les vêlages d’hiver peuvent également constituer un compromis. Il permet d’assurer un sevrage des animaux à l’été, et offre aux éleveurs la possibilité de recourir à l’insémination artificielle car la majeure partie de la reproduction se déroule au bâtiment. Les vaches allaitantes profitent ensuite de la pousse de l’herbe avec des veaux encore relativement jeunes.

Avantages:

  • Reproduction au bâtiment: Permet de recourir à l’insémination artificielle car la majeure partie de la reproduction se déroule au bâtiment.
  • Pas de concurrence avec les travaux des champs: Le vêlage d’hiver présente toutefois l’avantage de ne pas concurrencer le travail en plaine.

Inconvénients:

  • Transitions alimentaires: Elle oblige les vaches à des transitions alimentaires lors de périodes clés. Les vêlages vêlent au retour en bâtiment et changent de ration. Les dernières semaines de reproduction peuvent également être concomitantes avec la mise à l’herbe.

Double période de vêlages

Enfin, la double période de vêlages est peut-être l’option « qui présente le plus d’avantages », tout en restant l’une « des plus contraignantes ». Elle permet de répartir les risques, tant en termes d’aléas de marchés que sanitaires.

Avantages:

  • Répartition des risques: Permet de répartir les risques, tant en termes d’aléas de marchés que sanitaires.
  • Réduction du nombre de veaux à hiverner: Cela permet également de réduire le nombre de veaux à hiverner, et le risque en cas de sécheresse estivale. Autrement dit : on ne met pas tous ses œufs dans le même panier.
  • Vêlage des génisses à 30 mois: Elle permet de faire vêler les génisses à 30 mois, soit un compromis entre le vêlage 2 et 3 ans. « Avec des mises bas étalées sur 2 mois, en mars-avril et en septembre-octobre, et une période de tarissement stricte, la moitié du troupeau est tarie en été et en hiver », constatent les chercheurs.

Inconvénients:

  • Complexité de gestion: Mais sans rigueur, « le risque est de se retrouver à terme avec une seule longue période », alertent les conseillers.

Vêlages étalés

Cette approche consiste à répartir les vêlages tout au long de l'année. Elle peut être intéressante dans les systèmes d'élevage où la production laitière est contractualisée et nécessite une production constante.

Avantages:

  • Production laitière constante: Permet de maintenir une production laitière stable tout au long de l'année.
  • Répartition de la charge de travail: Permet de répartir les tâches de surveillance et de soins tout au long de l'année.

Inconvénients:

  • Difficulté de gestion: Nécessite une surveillance constante du troupeau et une gestion rigoureuse de la reproduction.
  • Moins d'adaptation à la pousse de l'herbe: Moins adaptée aux systèmes d'élevage herbagers.

Facteurs à prendre en compte dans le choix d'un calendrier de vêlage

Le choix d'un calendrier de vêlage adapté dépend de plusieurs facteurs spécifiques à chaque élevage.

Le système d'alimentation

Le système d'alimentation est un facteur déterminant dans le choix du calendrier de vêlage. Dans les systèmes herbagers, il est préférable de privilégier les vêlages de printemps, qui permettent de maximiser l'utilisation de l'herbe pâturée. Dans les systèmes où l'alimentation est basée sur des fourrages conservés, les vêlages d'automne ou d'hiver peuvent être plus adaptés.

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Les contraintes de main-d'œuvre

Les contraintes de main-d'œuvre doivent également être prises en compte. Si l'élevage dispose de peu de main-d'œuvre, il est préférable de choisir un calendrier de vêlage qui concentre les tâches de surveillance et de soins sur des périodes spécifiques de l'année.

Les objectifs de production

Les objectifs de production sont également un facteur important. Si l'objectif est de maximiser la production laitière, il peut être préférable de choisir un calendrier de vêlage qui répartit les vêlages tout au long de l'année. Si l'objectif est de réduire les coûts de production, il peut être préférable de privilégier les vêlages de printemps, qui permettent de maximiser l'utilisation de l'herbe pâturée.

Le climat

Le climat est un facteur important à considérer. « Avec des printemps de plus en plus précoces et l’augmentation de la fréquence des étés secs et des épisodes caniculaires, les vêlages de printemps sont les plus exposés », appuient les conseillers de la Chambre d’agriculture Bourgogne-France-Comté. Dans ce contexte, il peut être tentant d’avancer de quelques mois la période de vêlages, voire de miser sur des vêlages d’automne.

La gestion de la reproduction

La conduite de la reproduction reste une préoccupation. Pour se faciliter la vie, mieux vaut la choisir que la subir. Obtenir un veau par vache et par an est-il toujours l’optimum ? Est-il plus facile de gérer des vêlages groupés ou étalés ? Quelles sont les aides disponibles pour se faciliter la conduite ?

L'importance de la surveillance des chaleurs

Des chaleurs mal détectées, une insémination qui n'a pas pris, ce sont tout de suite 3 semaines qui passent - 6 semaines, 9 semaines si ça se reproduit. « Une vache qui ne fait pas de veau, ça coûte à l'éleveur du temps et de l'argent. Il devra attendre pour une nouvelle lactation » explique Géraldine Dupic, technicienne. Comment ne pas passer à côté des chaleurs ? « Déjà, le fait d'être en stabulation libre nous permet de mieux repérer les vaches en chaleur et prêtes à être inséminées » dit Daniel Martin. Il recense, événement par événement, les vaches du troupeau de l'éleveur. Chaque mois, l'éleveur a regroupé les vaches au stade « vêlage », celles dont il faut « observer les chaleurs », celles «à inséminer », celles dont il faut observer le « 1er retour sur insémination », etc. Des dates indicatives, comme le « terme du vêlage est dépassé depuis le 28/10», précisent le cas de chaque vache.

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L'utilisation d'un calendrier de reproduction

Un calendrier de reproduction est un outil précieux pour optimiser la gestion de la reproduction. Ce calendrier est édité grâce à la compilation de données des centres d'insémination (date d'IA de la vache) et de l'Ede. A partir de ces données et de durée standard par race, le planning des cycles de chaque vache est réactualisé, mois après mois, événement après événement. « Le but de ce calendrier, c'est d'éviter à l'éleveur de perdre du temps » dit Géraldine Dupic. L'éleveur reçoit son planning et sait à quel moment et pour quoi il doit faire attention à telle ou telle vache. Un mémento en quelque sorte.

L'insémination artificielle

L’allongement des lactations est un levier qui peut répondre à plusieurs objectifs : conserver des animaux à haut potentiel difficiles à féconder, éviter de tarir à un niveau de production élevé, rechercher une période sans vêlage ou changer de période de vêlages, ou avoir moins de vêlages.

L'impact du changement climatique

Pour maintenir son chargement malgré le changement climatique, les conseillers proposent de se pencher sur son calendrier de vêlage. Alors que la canicule transforme inexorablement les prairies en paillasson, la question de l’adéquation entre la taille des troupeaux et la ressource en fourrage se pose. Avec moins d’herbe, difficile de maintenir un chargement constant. Mais avant de tailler dans le vif, les chercheurs proposent d’exploiter « diverses clés d’adaptation dans la conduite du troupeau » à l’occasion de travaux sur l’impact du changement climatique sur l’élevage de ruminants. Parmi elles figure l’adaptation des périodes de vêlage.

Exemple concret: L'expérience de Ronan Guernion

Il y a 7 ans, Ronan Guernion s’est orienté vers un système de vêlages groupés de printemps pour organiser son troupeau par rapport à la pousse de l’herbe. De ses débuts, il garde un mauvais souvenir de la traite en période hivernale rendue difficile à cause de l’incidence des mammites. Mais aujourd’hui, grâce à la mise en place d’un système de vêlages groupés de printemps, ces problèmes ont disparu : en hiver, toutes les vaches sont taries.

Les objectifs de Ronan Guernion

Les membres du groupe vêlages groupés se fixent des objectifs élevés : 70 % des mise bas sur trois semaines, 90 % sur six semaines. Le Costarmoricain n’a jamais réussi le premier temps de passage : « J’atteins 55 à 65 % de vêlages les trois premières semaines. Par contre, depuis deux ans, j’obtiens 90 % des veaux en 1,5 mois », apprécie-t-il.

La gestion de la reproduction chez Ronan Guernion

Avant la remise à la reproduction, pendant trois semaines, la durée d’un cycle ovarien, Ronan Guernion est sur le qui-vive. « Je passe deux fois dans la journée voir le troupeau. Parfois, je fais un dernier tour le soir. Fin mai - début juin, quand les inséminations débutent, le Costarmoricain est très attentif à ses animaux : il vient un peu plus tôt le matin puis en début d’après-midi et juste avant de se coucher. » Comme les mises bas sont groupées, les vaches retrouvent leur aptitude à la reproduction au même moment et sont stimulées collectivement.

Les résultats obtenus par Ronan Guernion

Dans ce système de production laitière en vêlages groupés arrivant à maturité, Ronan Guernion avoue que son année se joue en trois mois : « Au printemps, il faut être à son affaire. C’est agréable car ça tombe au moment où les jours rallongent. Il y a énormément de travail pour bien gérer de front les vêlages, la reproduction et les fauches. Dans mon approche calquée sur la pousse de l’herbe, la moitié de mon volume de lait est produit entre avril et juin et le gros des stocks réalisé. À la mi-juillet, je suis en roue libre… » La charge de travail est alors sacrément réduite, d’autant que l’éleveur expérimente cette année la monotraite depuis les démarrages de lactation.

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