Introduction

La question de la vie et de sa définition reste un défi philosophique et scientifique. Est-ce une substance, une structure, un processus ou une combinaison de ces éléments? Henri Bergson soulignait la puissance interne de transformation et d'évolution propre au vivant, posant des questions fondamentales sur l'origine de cette dynamique et la permanence des formes vivantes. Cette leçon inaugurale vise à illustrer et approfondir l'idée que les caractères dynamiques sont essentiels pour comprendre la matière vivante et son auto-organisation complexe.

La Vie comme Dynamique: Un Paradoxe

L'intelligence humaine peine à saisir les multiples dynamiques du vivant, car notre cerveau a tendance à construire des représentations fixes. Il est difficile de comprendre comment une organisation fixe peut coexister avec une dynamique incessante. L'Assemblée des professeurs a reconnu l'importance de ce paradoxe en créant la chaire « Dynamiques du vivant ».

Remerciements et Héritage

L'auteur exprime sa gratitude envers Edith Heard, Alain Prochiantz et ses collègues pour leur soutien. Il rend hommage à ses maîtres Claude Desplan, Stephen Cohen et Éric Wieschaus, ainsi qu'à ses étudiants, chercheurs postdoctorants, ingénieurs et collaborateurs, en particulier Pierre-François Lenne. Il remercie également son épouse Marie et ses enfants pour leur soutien et leur inspiration.

Il se voit comme un héritier de Nicole Le Douarin, titulaire de la chaire d'Embryologie cellulaire et moléculaire. Le Collège de France a toujours accordé une grande importance à l'étude de la formation des organismes, de la « théorie de la génération » à l'embryologie expérimentale et comparée, puis à la biologie et à la génétique du développement.

Rupture et Élargissement Thématique

L'intitulé « Dynamiques du vivant » marque une rupture et un élargissement thématique et méthodologique. L'étude du développement des organismes s'est nourrie d'autres domaines des sciences biologiques, notamment la biologie cellulaire, ainsi que des sciences physiques expérimentales et théoriques. Cette approche interdisciplinaire a profondément changé notre compréhension des systèmes vivants.

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L'ancrage de la biologie dans la chimie a permis l'essor des approches et des modèles à l'échelle moléculaire, comme la découverte de la structure de l'ADN et du dogme central de la biologie moléculaire. Cependant, un système vivant est un assemblage dynamique auto-organisé qui nécessite des outils théoriques développés par la physique statistique pour étudier les propriétés collectives de la matière. Pierre-Gilles de Gennes a inspiré une génération de physiciens qui ont mis en lumière certaines propriétés remarquables de la matière vivante. Les biologistes ont également accédé à une description quasi exhaustive des composants chimiques de la matière vivante, de son organisation multi-échelle et de ses dynamiques internes.

De la Géométrie à la Dynamique du Vivant

Après un siècle de révolution biochimique, le XXIe siècle pourrait être celui de la physique du vivant. Bien que les biologistes reconnaissent le caractère physique de la matière vivante, ils peuvent être sceptiques quant à la possibilité de rendre compte de son fonctionnement singulier selon les modèles quantitatifs et prédictifs de la physique. Au XVIIe siècle, la physique englobait l'étude des corps inertes et des corps vivants. La biologie, en tant que science autonome, n'existait pas encore. Il fallut attendre le début du XIXe siècle et l'invention du terme biologie par Jean-Baptiste de Lamarck et Gottfried Reinhold Treviranus. La philosophie naturelle de Galilée, Leibniz et Newton célébrait la possibilité d'énoncer les lois physiques de la nature en langage mathématique.

Évolution des Modèles Physiques de la Matière Vivante

L'enjeu est de penser l'autonomie des sciences du vivant et, au-delà des méthodes scientifiques, la spécificité ontologique d'un système vivant par rapport à un corps inerte. Existe-t-il une unité matérielle du monde naturel, entre la matière inerte et la matière vivante? Existe-t-il aussi une unité des lois physiques du monde ou faut-il invoquer des forces propres au vivant? Quel est le propre du vivant?

L'Atomisme Antique et Aristote

La philosophie matérialiste des atomistes antiques décrit un univers composé d'atomes et de vide, dont les combinaisons produisent la diversité des structures. Ces arrangements sont soumis au hasard des interactions alimentées par des mouvements tourbillonnaires éternels. Aristote partage l'idée d'une continuité matérielle dans le monde, mais invoque la forme comme principe supérieur de détermination de la matière. L'âme constitue la forme et le principe interne de mouvement du corps vivant.

Le Mécanisme Cartésien

Avec Descartes, toute la substance étendue, y compris la matière vivante, obéit à une représentation géométrique. C'est une matière passive dont l'organisation et le mouvement résultent des seules lois mécaniques régissant les collisions entre éléments matériels suivant le principe d'inertie. La vie n'est donc pas une instance autre que la matière; elle est une simple propriété « de certains corps plus particuliers qui sont sur la Terre », de nature purement physique. Dans ce contexte, la dynamique du vivant n'existe pas en tant que telle, car elle se réduit à une cinématique mathématisable purement déterministe.

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Leibniz et Stahl: Alternatives au Mécanisme

Leibniz et Stahl s'opposent au strict mécanisme cartésien. L'animisme stahlien conçoit la vie comme une force extérieure à la matière, s'y opposant et résistant à la mort. Pour Stahl, le principe organisateur de la vie est transcendant, immatériel et non mécanique. Leibniz, lui, ouvre la voie à une philosophie rationaliste dépassant le mécanisme, où les éléments premiers de la réalité auraient une activité propre et ne seraient pas seulement caractérisés par leur étendue géométrique. Il affirme l'intelligibilité mathématique du monde et défend l'unité et la continuité au sein du monde naturel. Ainsi, il n'y a pas d'opposition véritable entre matière inerte et matière vivante. Seule une différence de degré d'organisation les distingue. La matière inerte est dynamique, de manière infinitésimale. La vie est une propriété de la substance qui est force, alors qu'avec Descartes elle était, dans certains cas, une propriété de la substance dont l'attribut principal est l'étendue. Cette puissance active primitive, inétendue et indivisible, est un principe d'activité organisateur de la matière. La dynamique leibnizienne rend ainsi compte du caractère spontanément actif du vivant.

Buffon, Maupertuis et Diderot: Vers une Physique du Vivant

Les inventeurs du calcul différentiel, Newton et Leibniz, ont une influence complémentaire sur les modèles matérialistes des sciences naturelles au siècle des Lumières. Tout en reconnaissant le mécanisme cartésien, Buffon veut étendre le répertoire des forces et imagine une physique des « forces pénétrantes », intérieures, sur le modèle de la force de pesanteur newtonienne. Leibniz influence le passage du mécanisme pur à l'organisme. Les « molécules organiques » inventées par Buffon ne sont pas de simples atomes figurables par la géométrie. Elles sont informées par un « moule intérieur », pensé sur le mode d'une organisation dynamique. Maupertuis matérialise Leibniz car, selon lui, les éléments premiers de la réalité sont matériels et ont une dynamique propre. Ils sont doués de propriétés diverses de sensation, de mémoire et de pensée. Leurs interactions dynamiques déterminées par leurs affinités sous-tendent la formation des corps vivants.

Diderot attribue les propriétés non étendues comme la pensée ou la mémoire non aux particules de matière mêmes, mais à leurs agencements.

Lamarck et Darwin: Organisation, Historicité et Sélection Naturelle

Lamarck conceptualise l'idée selon laquelle les propriétés de la matière vivante proviennent de son organisation interne sous l'action des lois physiques universelles et du temps. Le transformisme lamarckien englobe autant la formation des embryons que celle des espèces. Cette théorie procède de l'importance centrale qu'il reconnaît aux lois physiques, de leur jeu sur la matière organisée, et du temps nécessaire pour que ces lois forment des structures d'abord simples, puis graduellement plus complexes. Avec Lamarck, le temps n'est pas conçu comme une simple dimension externe. Il est une partie de la structure organisée de l'être vivant et de son histoire. La théorie de la génération spontanée défendue par Lamarck est la conséquence d'une telle pensée unitaire de la matière vivante et inerte ainsi que du transformisme. Le génie de Lamarck fut de penser dans un cadre physique universel deux propriétés essentielles du vivant, à savoir son organisation et son historicité. En proposant la théorie de l'évolution par la variation et la sélection naturelle, Darwin marque une étape décisive car il ouvre la voie à une conception scientifique non finaliste du vivant.

Mécanisme et Épigénèse

Aristote défend la théorie de l'épigénèse selon laquelle la formation de l'embryon est un processus graduel d'élaboration et d'organisation de la matière vivante. Il lui oppose une conception plus proche de la « préformation », qui postule l'enveloppement à l'état microscopique de l'embryon déjà formé entièrement.

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La Naprotechnologie: Une Approche Médicale de la Fertilité Naturelle

La « naprotechnologie », abréviation de « Natural Procreative Technology », est une technique médicale de restauration de la fertilité naturelle au sein du couple. Elle est apparue aux États-Unis dans les années 1990, dans le sillage du système FertilityCareTM, mis au point par le docteur Thomas Hilgers.

Observation et Suivi Médical

Introduite en France en 2010, la « napro » n'est pas une méthode naturelle pour traiter l'hypofertilité. Il s'agit d'une prise en charge médicale en vue de faciliter la conception qui se déroule naturellement. Cette prise en charge est fondée sur la connaissance précise du cycle féminin, à travers l'observation de la glaire cervicale, et de la fertilité masculine. Cette phase est complétée par un suivi médical classique, avec des examens, des consignes hygiéno-diététiques et des traitements médicamenteux, voire chirurgicaux.

Un Traitement Ajusté

Contrairement à la fécondation in vitro (FIV) qui cherche à contourner les obstacles de la fertilité, la naprotechnologie dresse un bilan général de ce qui ne fonctionne pas et cherche à restaurer les points faibles de la fertilité. Le traitement vise à être le plus ajusté possible au cycle de la femme. La prise en charge peut durer de 24 à 30 mois mais peut aussi être efficace en quelques mois. Cette technique, ouverte à tous les couples, s'adresse à ceux qui ne souhaitent pas s'engager dans la voie de la procréation médicalement assistée (PMA) pour différents motifs, notamment éthiques, ou à ceux qui ont été déçus de la prise en charge par PMA.

Accompagnement de Couple

La naprotechnologie interpelle de plus en plus de couples pour des raisons écologiques. Elle permet aux couples de se sentir « acteurs » de leur traitement.

L'Entre-Deux: Un Concept Heuristique

Le concept d'entre-deux semble échapper à toute définition construite sur des oppositions binaires. Il figure parmi les notions à la mode. L'« entre-deux » intéresse comme image heuristique.

Exploration du Lexique de l'Entre

L'exploration du lexique de l'entre, à une époque où nous nous situons dans un entre-deux, là où les repères s'effacent et évoluent les paradigmes scientifiques. Coupés de nos ancrages, confrontés à un déracinement symbolique, nous sommes en train de passer sur une autre rive. Cette exploration lexicale sur l'entre-deux rives nous amènera sans doute à la nécessité de réviser nos catégories de l'inscription; elle nous place d'emblée dans une dynamique transformante, une tension non résolue, où la pensée refuse ce qui ramène le même au même.

Entrecroisements et Interpénétrations

Dans l'entre, se produisent des entrecroisements, mais aussi des interpénétrations. L'entre-deux conteste la logique binaire sur laquelle se sont construites la plupart de nos représentations, générant cloisonnements, hiérarchie et discrimination. Il induit un espacement, tierce voie ou tiers-lieu, l'instabilité d'une filiation, l'écart d'un intervalle.

L'Entre-Deux comme Médiation

L'entre-deux n'est pas fusion indifférenciée de deux pôles, mais attestation d'un espace de médiation irréductible entre les deux. Caractère de ce qui ne peut être défini dans l'opposition des contraires ou des différences, l'entre-deux ne dissout pas les bords, il les met en relation, lieu d'une dia-lectique.

L'Imaginaire de l'Entre

La tentation est grande, si l'on entend par imaginaire un univers duel, « mixte de réalité et d'irréalité », si on le définit dans une logique relationnelle, non comme un corpus, mais plutôt comme une articulation dynamique et un réseau, entre bios, social et sacral. L'onirisme met en question les confins et les séparations, préférant l'entre-deux et l'entrelacement. Certaines citations d'artistes et de théoriciens de l'imaginaire invitent à voir dans l'atopos de l'entre un vide productif et une image heuristique, dans les espaces intermédiaires des intermondes ouverts au surréel et à l'imaginal, et au centre des carrefours le champ des possibles et l'avènement du nouveau.

L'Entre-Deux comme Espace de Transformation

Pour Serres, nous innovons entre, l'espace de la pensée se situe entre, la puissance naît entre. Il nous rappelle que « l'énergie coule de deux sources : haute et basse, voici la cascade ; chaude et froide, voilà le moteur thermique ; pôle plus et pôle moins, différence de potentiel, voilà l'électricité. La puissance jaillit de l'écart ».

L'Entre-Deux comme Degré Moyen et Médiation

Souvent le mot « entre-deux » vient à exprimer un degré moyen. Et à partir de ce statut moyen ou médian, s'opère un glissement de sens vers la médiation et l'intermédiation. Le jeu des occurrences fait de l'entre-deux un espace médian ou central, un mi-lieu, voire un juste milieu, ce qui l'érige en modèle potentiel, à travers la mise en place d'un middle way, troisième voie, moyenne ou modérée, sorte d'utopie, symbole désirable ou possible solution vertueuse.

L'Entre-Deux comme Espace de Pacification

L'espace médian serait un espace de pacification, voire de tolérance. Quoique les concepts de médian et d'intermédiaire se réfèrent à des paradigmes différents, l'un de position, l'autre de fonction, les deux sont liés, et on ne peut avoir le second sans le premier. Tiers-lieu ou troisième degré d'une gamme, l'entre-deux semble fait pour assurer une fonction d'interposition, voire d'intercession.

L'Entre-Deux comme Neutre et Hybride

L'entre-deux ne valorise aucun des deux pôles qui le délimitent. Cette logique du ni… ni est contenue dans les sens répertoriés par le dictionnaire. Du neutrum latin, nous glissons à l'utrumque : un mixte, un hybride.

L'Entre-Deux comme Connaissance Vibratoire

Nous comprenons que si l'entre-deux devait être érigé en paradigme épistémologique, il se proposerait, non plus en termes de savoir découpant des espaces de clarté, mais de connaissance vibratoire attentive au clair-obscur et à la pénombre. La pensée de l'entre-deux implique des effets de contraste, un ensemble de lumières et d'ombres, fondues et nuancées, une combinaison de logiques antithétiques, des dynamiques transversales aux contours évolutifs, aux interfaces perméables.

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