Le 11 septembre 2001 reste une date gravée à jamais dans l'histoire mondiale. Pour Bruno Dellinger, Lyonnais rescapé des attentats du World Trade Center, cette date est synonyme d'une expérience traumatisante, d'une confrontation avec la mort, mais aussi d'une profonde transformation personnelle. Son témoignage offre un regard unique sur les événements, les conséquences et le cheminement vers la reconstruction.
Un survivant au cœur du chaos
Bruno Dellinger travaillait au 47e étage de la tour numéro un du World Trade Center. Ce matin du 11 septembre, il a entendu le bruit des réacteurs et vu l’avion frapper la tour. "Il s’est passé un phénomène physique extraordinaire. D’un seul coup, tout est devenu noir, un silence ouaté terrifiant s’est installé et j’ai vraiment cru que j’étais passé dans l’au-delà. J’ai cru devenir fou."
Malgré le chaos, il a pris le temps de sauvegarder ses fichiers avant de ressentir un sentiment d'urgence qui l'a poussé à évacuer. La descente a duré 50 minutes. "Je suis dehors depuis 20 secondes quand la tour 2 s’écroule. Après l’incompréhension, c’est la stupéfaction, et la terreur. Le bruit absolument incroyable, puis cette énorme bête qui arrive sur vous avec des volutes de fumée, de cendre, de poutrelles… Il y a le choc, puis la nuit noire et le silence. J’ai pu me protéger derrière un pilier, avant de me réfugier dans une banque."
Il a frôlé la mort, une expérience qui l'a profondément marqué. "J’ai longtemps été convaincu que j’étais mort ce jour-là. A chaque fois que je regardais des signes de vie, le message entrait dans mes sens, mais un autre ressortait du fond de mes tripes pour me dire que ce n’était pas possible puisque j’étais mort."
La reconstruction : un long et difficile chemin
Après le drame, Bruno Dellinger a été confronté à un long et difficile processus de reconstruction. "Il m’a fallu deux ou trois ans pour me reconstruire." Il a été aidé par le patriotisme ambiant, le soutien psychologique, la naissance de ses enfants et l'écriture d'un livre. "Collectivement, les rescapés ont compris qu’il fallait être à la hauteur pour répondre à un geste d’une telle absurdité. Dès le lendemain, j’ai cherché de nouveaux bureaux. Je me suis fait aider psychologiquement. Il y a eu après la naissance de mes deux enfants, l’écriture d’un livre pour me nettoyer de ces horreurs et y réfléchir. Et puis tout simplement le temps."
Lire aussi: Bruno Mars : un aperçu de ses jeunes années
Il a fini par tourner le dos à New York et est rentré en France. "Il m’a fallu des années pour que le 11 septembre ne soit plus comme si c’était hier, qu’il n’accompagne plus mon quotidien".
Les souvenirs persistants et l'importance du témoignage
Malgré les années qui passent, le souvenir du 11 septembre reste vif. "A chaque début de mois de septembre, la tristesse s’installe, l’inquiétude surgit. "Que se passe-t-il?" Et puis la réponse s’impose, évidente et terrifiante, l’anniversaire approche, la machine à souvenirs va se mettre en marche, l’horreur revécue. "C’est un invité un peu encombrant. Je sais que je le traînerai toute ma vie, même si le fait de revenir en France m’a aidé à réaliser que je m’étais astreint à une reconstruction que j’avais désormais atteinte. J’ai voulu me sentir à la hauteur de New York, à la hauteur de ses habitants."
Bruno Dellinger témoigne régulièrement, notamment dans des écoles, pour apporter un message positif. "Le plus important, ce ne sont pas les horreurs que j’ai vécues, mais ce qui m’a permis de traverser les événements, les valeurs positives qui m’ont soutenu : la solidarité, la générosité et cette force intérieure qui fait qu’on ne veut pas se laisser aller, qu’on ne doit jamais renoncer."
Il regrette que l'on manque encore de réflexion sur ces événements. "Nos intellectuels devraient se pencher sur ce qui a conduit à cette situation. On ne peut réduire les choses aux bons et aux méchants. Pourquoi la nature humaine, capable de produire d’immenses œuvres artistiques, peut-elle aussi générer des crimes aussi atroces ? Qu’est-ce qui, dans nos sociétés provoquent ces dérèglements ? Ces questions devraient être approfondies plutôt que resservir les images."
Le costume du 11 septembre : un symbole de survie
Bruno Dellinger conserve précieusement le costume qu'il portait le 11 septembre, imprégné de cendre. "J’ai récolté la cendre. J’en ai donné la moitié au Word Trade Mémorial Museum, ainsi que d’autres objets, comme le reçu du cordonnier où j’étais allé le matin. J’ai fait nettoyer le costume que je garde précieusement dans un placard. Mais je ne l’ai jamais remis." Ce costume est un symbole de son expérience, de sa survie et de sa volonté de ne pas oublier.
Lire aussi: L'ascension de Bruno Solo, acteur et animateur
Un regard sur le monde et l'avenir
Les attentats du 11 septembre ont profondément influencé la vision du monde de Bruno Dellinger. Il s'inquiète du vide de sens dans nos sociétés et de la montée des idéologies extrêmes. "Je me dis que c’est la poursuite d’un phénomène qui n’est pas près de s’arrêter. Je pense que nos sociétés, à de nombreux égards, sont vides de sens. Notre société est formidable par sa tolérance, mais aussi très déroutante par le vide qu’elle procure pour un certain nombre d’êtres devenus la proie d’idéologies qui les structure. Cela va plus loin qu’un problème confessionnel. J’ignore si on peut s’opposer à cette vague déferlante pendant cette période troublée."
Il estime qu'il est de son devoir de transmettre des valeurs positives et de mener une vie exemplaire. "Par contre, mon devoir est de transmettre ce que je considère comme étant civilisé. Je ne pense pas seulement à nos prouesses techniques, à nos créations artistiques, mais au comportement des individus entre eux. On est en période de décivilisation sur ce point. Un de mes devoirs est de mener la vie la plus exemplaire et la plus positive possible, qui transmette à mes enfants et à ceux que je rencontre une certaine qualité de relation entre les gens, et la civilité qui refleurira un jour."
Parcours professionnel et personnel
Bruno Dellinger est né à Sainte-Foy-lès-Lyon. Il a débuté sa carrière professionnelle aux États-Unis, avant de revenir à Lyon où il est devenu directeur du développement international à l’agence de développement économique de la région lyonnaise. En 1997, il est reparti aux États-Unis et a créé une société de conseils, qu’il a remontée après avoir tout perdu le 11 septembre. En 2007, il est revenu en France. Installé dans la région parisienne, il dirige toujours une société de conseils. Il est marié et père de famille, et a notamment un fils, Alexander, né en 2003, qu'il appelle "l'enfant du 11-Septembre". Il a publié un livre témoignant de son expérience et de son cheminement personnel après les attentats.
Lire aussi: L'art de Bruno Agati
tags: #bruno #dellinger #date #de #naissance
