Après des années de controverse, le gouvernement canadien a annoncé son intention d'interdire la vente de biberons contenant du bisphénol A (BPA). Cette substance, présente dans le polycarbonate, un plastique rigide transparent, est désormais considérée comme « toxique » par les autorités canadiennes. Cette décision a été prise en raison des inquiétudes concernant les effets potentiels du BPA sur la santé des nourrissons et des jeunes enfants.
Qu'est-ce que le bisphénol A (BPA) ?
Le bisphénol A est un composé chimique organique de synthèse qui entre dans la composition de départ du polycarbonate et des résines époxydes. Le « 2,2-Bis(4-hydroxyphényl)propane », communément appelé Bisphénol A, est un produit chimique organique issu de la réaction entre du phénol et de l’acétone, qui a été synthétisé pour la première fois en 1891 par le chimiste russe Alexandre P. Dianin.
Le polycarbonate est utilisé pour les biberons et autres accessoires pour bébé, mais aussi pour des récipients destinés aux fours à micro-ondes, des gourdes de sport, des casques de sécurité et de protection, les vitrages à l'épreuve des balles, des lampadaires, etc. Les résines époxydes, quant à elles, sont principalement utilisées en tant que revêtements pour un certain nombre d’applications industrielles, dans l’industrie automobile et maritime notamment, et de consommation (fûts, boîtes de conserve et canettes).
Pourquoi le BPA est-il préoccupant ?
Le problème est que le bisphénol A est soupçonné de perturber le système nerveux et hormonal des bébés, et que son lien avec certaines formes de cancer a été établi chez les animaux. En l’absence d’étude à grande échelle, sa nocivité pour l’homme n’est pas prouvée, comme le soutiennent les industriels, mais le problème sur les récipients pour bébé vient du fait que le BPA contenu dans le plastique migrerait dans le lait lorsque le biberon est chauffé ou si un liquide bouillant est versé.
Le bisphénol A est également soupçonné d'augmenter les risques de puberté précoce chez les femmes, de cancer de la prostate ou du sein et d'anomalies de reproduction. De tels effets ont été observés chez des rongeurs en laboratoire, mais les industriels estiment que ces craintes ne sont pas fondées, car elles n'ont pas été testées scientifiquement chez des hommes.
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Une récente étude de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) a démontré par des tests ex-vivo que le bisphénol A peut pénétrer l'organisme humain par la peau. "Le BPA peut migrer de ces plastiques et résines vers l'aliment contenu. En revanche, l'Organisation mondiale de la santé concluait, le 9 novembre, "qu'en l'état des connaissances actuelles, il était difficile de juger de la pertinence des études qui établissent un lien entre de faibles niveaux d'exposition au BPA et des impacts négatifs sur la santé".
Réglementation internationale du BPA
L'UE a décidé d'interdire à partir de mars 2011 la production de biberons contenant du bisphénol A (BPA), un composé chimique controversé utilisé dans la fabrication de plastiques alimentaires, puis sa commercialisation à partir de juin, a annoncé jeudi 25 novembre la Commission européenne. "C'est une bonne nouvelle pour les consommateurs" et "pour les parents européens", s'est félicité le commissaire européen chargé de la santé et de la consommation, John Dalli. Il a expliqué s'être fondé sur un avis de l'Agence européenne pour la sécurité des aliments (AESA), qui a exprimé des réserves le 23 septembre, pour demander l'interdiction de ce produit. "De nouvelles études ont montré que le bisphénol A pourrait avoir un effet sur le développement [du corps humain], la réponse immunitaire ou le développement de tumeurs", a expliqué M. Dalli. Le Parlement européen s'était déjà prononcé en juin pour une interdiction.
La commercialisation des biberons contenant du bisphénol A est déjà interdite en France depuis le 23 juin. Le Danemark a quant à lui imposé une interdiction plus étendue, concernant tous les produits utilisés pour l'alimentation des enfants de 0 à 3 ans. Le bisphénol A est également interdit au Canada, en Australie et dans plusieurs Etats américains.
Le Canada a été l'un des premiers pays à réagir face aux inquiétudes concernant le BPA. En avril, le Canada a classé le BPA parmi les substances dangereuses « toxiques pour la santé et l’environnement ». Jugeant les nourrissons particulièrement exposés, les autorités viennent même d’interdire les biberons en polycarbonate.
Alternatives aux biberons en plastique contenant du BPA
Face à l'interdiction des biberons contenant du BPA, les parents peuvent se tourner vers des alternatives plus sûres, telles que :
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- Biberons en verre
- Biberons en plastique sans BPA (polypropylène, etc.)
- Biberons en silicone
Il est important de noter que même si un biberon est étiqueté « sans BPA », il est toujours préférable de vérifier sa composition et de s'assurer qu'il ne contient pas d'autres substances potentiellement nocives.
L'exposition alimentaire au bisphénol A n'a longtemps suscité aucune inquiétude de la part des autorités sanitaires
Le Bisphénol A est un produit chimique largement utilisé, souvent en contact avec des aliments ou des boissons, qui doit respecter des règles sanitaires harmonisées au niveau communautaire.
Le « 2,2-Bis(4-hydroxyphényl)propane », communément appelé Bisphénol A, est un produit chimique organique issu de la réaction entre du phénol et de l’acétone, qui a été synthétisé pour la première fois en 1891 par le chimiste russe Alexandre P. Alors que des études faites dans les années 1930 le destinait à servir d’œstrogène de synthèse, il ne fut en définitive jamais utilisé comme médicament du fait de la découverte à la même époque d’un autre composé de synthèse plus prometteur, le diéthylstilbestrol.
D’après les données fournies par l’industrie, la production mondiale de Bisphénol A s’élevait à environ 3,8 millions de tonnes en 2006, dont 700 000 tonnes produites dans l’Union européenne, utilisées pour 66 % dans la fabrication du polycarbonate, pour 30 % dans celle de résines époxydes, pour 2 % dans celle de Téréphtal-bis-butylaniline (TBBA) (cristaux liquides) et pour 2 % dans d’autres résines. Ses utilisations sont très variées : un tiers de la production est destiné à l’optique, 23 % à l’électronique, 13 % à la construction (vitrages, toitures…), 9 % à l’équipement des automobiles, 3 % à l’équipement médical et 15 % à des mélanges destinés à diverses industries.
Les matériaux au contact des denrées alimentaires sont soumis à une réglementation harmonisée au niveau communautaire. Pour que les additifs puissent être utilisés dans les matériaux au contact des aliments, leur utilité et leur sécurité doivent être démontrées. Les évaluations en matière de sécurité reposent sur l’examen de toutes les données toxicologiques disponibles par le groupe scientifique de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) compétent sur les additifs alimentaires, les arômes, les auxiliaires technologiques et les matériaux en contact avec les aliments. La directive 2002/72/CE de la Commission du 6 août 2002 vise plus spécifiquement les matériaux et objets en matière plastique destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires. Aux termes de cette directive, le Bisphénol A et ses dérivés sont soumis à des limites de migration spécifiques (LMS) dont l’estimation fait suite à des travaux d’évaluation réalisés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA). Pour le Bisphénol A, la limite de migration spécifique a été initialement fixée à 3mg/kg.
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En 2002, le Comité scientifique de l’alimentation humaine (SCAH) de la Commission européenne a émis un avis sur le Bisphénol A et fixé une dose journalière admissible temporaire de 10 microgrammes par kilogramme et par jour. Le 29 novembre 2006, l’AESA a ainsi publié un avis sur l’exposition alimentaire au composé chimique Bisphénol A. Après avoir étudié en détail toutes les nouvelles données disponibles depuis 2002, le groupe scientifique AFC de l’AESA a conclu qu’il était maintenant indiqué de fixer une dose journalière acceptable totale plutôt que temporaire et a fixé celle-ci à 50 microgrammes par kilogramme et par jour. D’après ses estimations, l’exposition alimentaire au Bisphénol A des personnes, y compris les nourrissons et les enfants, était alors bien inférieure à la nouvelle dose journalière admissible. Sollicité pour réexaminer la possible toxicocinétique du Bisphénol A selon l’âge chez les animaux et les humains et son implication dans l’évaluation des risques et dangers liés à la présence du Bisphénol A dans les aliments, le groupe scientifique de l’AESA a considéré, en juillet 2008, que son évaluation précédente des risques, basée sur la dose sans effet nocif observé globale pour les effets chez les rats, pouvait être considérée comme toujours valable pour les humains.
En octobre 2009, la Commission européenne a invité cette dernière à évaluer l’intérêt d’une nouvelle étude sur les effets du Bisphénol A et, le cas échéant, à modifier en conséquence la dose journalière admissible. Le premier avis a été rendu le 24 octobre 2008, suite à une saisine de la Direction générale de la santé en date du 5 mai 2008 suivant l’annonce du gouvernement canadien de son intention d’interdire les biberons en plastique rigide (polycarbonate) fabriqués à partir de Bisphénol A. L’agence a conclu à l’absence de risque lié à l’usage de biberons en polycarbonate contenant du Bisphénol A, y compris lorsqu’ils sont chauffés dans un four à micro-ondes.
La Food and Drug Administration (FDA) a conclu en 2008 que les données toxicologiques disponibles à cette époque montraient qu’aux niveaux d’exposition actuels, le Bisphénol A n’était pas préoccupant du point de vue sanitaire (« no safety concern »). Elle a retenu la valeur de 5 mg/kg de poids corporel/jour comme dose sans effet indésirable observé pour le Bisphenol A.
Des études scientifiques récentes remettent en question la totale innocuité du bisphénol A
Dès la fin de 2006, à l’issue d’une conférence de consensus qui s’est tenu à Chapel Hill aux Etats-Unis, un groupe de trente-huit scientifiques a publié un article évoquant la suspicion de l’implication du Bisphénol A dans nombre de problèmes de santé actuels. En second lieu, l’attention a également été appelée sur les effets additifs ou synergiques des perturbateurs endocriniens. Par ailleurs, ces substances sont susceptibles d’avoir des effets différents selon le moment où un sujet y est exposé. Les conclusions de la déclaration adoptée les 28 et 30 novembre 2006 lors de la réunion de scientifiques à Chapel Hill (Caroline du Nord, Etats-Unis) font ainsi état d’effets irréversibles « qui peuvent survenir à des faibles doses d’exposition durant de brèves périodes sensibles du développement ».
Lors de leur audition, M. André Cicolella, porte parole du Réseau environnement santé (RES) et M. Gilles Nalbonne, directeur de recherches à l’INSERM, ont fait état d’une moyenne de près de deux cents études par an sur les effets du Bisphénol A sur la santé dont la liste est disponible sur le site internet du RES. De nombreuses études menées dans des laboratoires de recherche académiques à partir de protocoles expérimentaux variés, montrant sur l’animal et sur des cellules humaines des effets du Bisphénol A susceptibles de l’impliquer dans divers problèmes de santé actuels - cancer, diabète, atteinte de la reproduction ou troubles neurocomportementaux - y compris à des valeurs inférieures aux doses admises, ont en effet été publiées récemment.
Chez l’animal, une récente étude a étudié l’exposition au Bisphénol A en période périnatale de rates en gestation. Ses résultats montrent que les rats descendants des portées exposées au Bisphénol A ont une altération des récepteurs stéroïdiens testiculaires, et ce sur trois générations. L’étude observe en effet une baisse de la fertilité, de la qualité du sperme (nombre et mobilité) et une perturbation des hormones sexuelles dans la descendance mâle de rates exposées pendant la gestation aux doses de 1,2 et 2,4 µg/kg, soit des doses correspondant au 20ème et au 40ème de la dose journalière admissible européenne. La détérioration de la fertilité serait donc transmise ici de façon transgénérationnelle.
Une équipe de chercheurs de l’INRA de Toulouse, parmi lesquels figure M. Éric Houdeau, chargé de recherche à l’unité neuro-gastroentérologie et nutrition, a administré par voie orale de faibles doses (dix fois inférieures à la dose journalière admissible européenne) de Bisphénol A à des rates. Cette étude menée chez le rat et sur des cellules intestinales humaines en culture a démontré que le Bisphénol A diminuait la perméabilité de l’épithélium intestinal. Les chercheurs ont ainsi montré que l’appareil digestif du rat est très sensible aux faibles doses de Bisphénol A, affectant la perméabilité intestinale, la douleur viscérale et la réponse immunitaire à l’inflammation digestive.
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