Introduction

Le biberon en faïence du XVIIIe siècle représente bien plus qu'un simple récipient pour nourrir les nourrissons. Il témoigne des pratiques sociales, des avancées techniques et des préoccupations médicales de son époque. Cet article explore l'histoire et la signification de ces objets, en s'appuyant sur des découvertes archéologiques, des témoignages écrits et des exemples concrets, notamment ceux issus de la faïence de Quimper.

Le Biberon : Un Objet Témoin de l'Histoire

Les objets les plus humbles ont un pouvoir évocateur de la vie d’hier et d’aujourd’hui assez puissant pour que, aux côtés des œuvres d’art et des textes écrits, ils prennent place dans la liste des témoins de l’histoire et deviennent des sujets d’analyse passionnants. Récemment, divers travaux ont exhumé de l’oubli une série de ces modestes objets, les biberons.

En quelques années, le biberon, cette petite bouteille surmontée d’une tétine dont on se sert pour nourrir les enfants à la place du sein maternel, est devenu un objet digne, non seulement de la curiosité des archéologues, des ethnographes et des collectionneurs, mais aussi des médecins, des historiens et des anthropologues. Cet intérêt est lié d’une part à un renouvellement du regard porté sur l’enfance et sur son environnement, d’autre part à une réflexion plus poussée sur les problèmes de la nutrition, notamment infantile.

Même dans ce petit objet banal, les hommes ont vraiment exercé leur imagination, leurs talents d’artisans et d’artistes, bref leur art. Il y a quelque chose d’émouvant à évoquer ces objets minuscules inventés au fil des siècles par les adultes pour sustenter tant bien que mal les tout-petits. En examinant ces objets en détail, on se rend compte qu’une histoire du biberon se dessine, laquelle suit l’évolution de plusieurs autres histoires : celles de l’art, des savoirs populaires et savants, des progrès techniques, des attitudes parentales, des rapports entre époux, etc.

Les Raisons du Recours au Biberon

Qu’est-ce qui a poussé les hommes, les femmes à se passer du sein, si l’on ose dire, à renoncer à l’allaitement par la mère ou par une femme ? Quel type de contraintes a pesé sur le mode d’allaitement : matérielles, techniques, morales, médicales, psychologiques, esthétiques ? Ou bien s’agit-il de choix délibérés liés par exemple au souci de soi, au désir d’indépendance ?

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L’allaitement au sein maternel a été très généralement pratiqué dans les sociétés antiques, et plus près de nous dans les sociétés paysannes, avec tous ses avantages : disponibilité, commodité, gratuité. Mais il arrivait cependant que le bébé perde sa mère, ou qu’il soit abandonné, ou que sa mère manque de lait. Par ailleurs, des mères, pour des raisons sociales, mondaines et esthétiques, n’allaitaient pas. Quelles solutions adopter dans ce cas ? On pouvait d’abord faire téter par l’enfant le sein d’une nourrice qui pouvait être une voisine, une parente, une amie, une esclave, avec rémunération ou non.

Les Ancêtres du Biberon : Antiquité et Moyen Âge

Parmi les exemplaires les plus anciens de biberons, certains ont une forme étrange ; ce sont des animaux en miniature. Pour l’Antiquité, on ne dispose pas d’une grande quantité d’objets que l’on peut qualifier de biberons sans doute en raison de la difficulté à les identifier parmi les déchets domestiques découverts en contexte d’habitat. En revanche, les sépultures d’enfants présentent l’avantage de pouvoir livrer des pièces généralement complètes plus aisées à reconnaître comme biberons. Ce sont des poteries ou des flacons de verre munis d’une ouverture sur la partie haute et d’un petit goulot ou téterelle dans la partie ventrue.

Ces petites cruches à bec tubulaire, qu’elles soient en céramique ou en verre, sont régulièrement mises au jour sur des sites archéologiques, aussi bien en contexte domestique que funéraire.

Pour avoir une idée plus juste de la place qu’occupent ces cruches dans le quotidien des vivants, il convient de comprendre la place qu’elles tiennent dans le monde des morts. Les rites funéraires antiques sont basés sur la notion d’accompagnement du défunt vers l’au-delà.

Au Moyen Âge, on a conservé également des biberons de terre cuite, souvent nommés chevrette sans doute parce qu’on y mettait surtout du lait de chèvre. Ces biberons ont par la suite évolué vers le type des faïences de Quimper : petit pot de 10 à 15 cm de haut avec pied, anse latérale, goulot pour téter et orifice de remplissage. En breton, ces biberons se sont appelés pod bronnek, en français pot mamelon ou craule.

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Il existe aussi, à partir du ixe siècle - peut-être de tous temps dans certaines régions - un type particulier de biberons, appelé corne ou cornette faite à partir de la corne d’un ovin ou d’un caprin. Le bout était percé d’un ou de plusieurs petits trous, parfois recouvert d’un chiffon retenu par un fil, à moins qu’une mèche ait été arrangée à l’intérieur d’un orifice plus gros.

Le Biberon en Faïence au XVIIIe Siècle

Au cours des siècles, on voit naître d’autres formes de biberons, fabriqués à partir de matières diverses, bois tourné (surtout du buis), terre, peau, faïence, porcelaine, verre, argent et or pour les plus riches. On invente et on réinvente de nouvelles tétines et drapelets qui imitent plus ou moins adroitement le mamelon. Le but est d’éviter que le bébé ne s’étouffe en ingurgitant trop vite : chiffon - rapidement souillé -, embout en bois, en os, en ivoire - tous matériaux bien durs pour les gencives des nouveau nés, mamelle d’animal - qui s’abîme trop vite et dégage rapidement une odeur désagréable. Le biberon en étain se répand surtout aux xviie-xviiie siècles avec des risques notables pour le bébé car certains étains contenaient du plomb, substance provoquant le saturnisme.

La demande de biberons grandit à partir de la Renaissance du fait de l’existence des grandes institutions en faveur des Enfants Trouvés. Du temps de François Ier, à l’Hôtel-Dieu de Paris, les religieuses et les servantes durent recourir aux biberons et cornets, faute de mères et de nourrices. Elles utilisaient des biberons d’étain et de verre « encornettés ou enveloppés de quelque petit drapeau ».

La Faïence de Quimper et ses Biberons

Les faïences de Quimper, avec leur esthétique distinctive et leur histoire riche, ont également produit des biberons au XVIIIe siècle. Ces pièces, souvent appelées « vieux Quimper », sont aujourd'hui recherchées par les collectionneurs et les musées.

Caractéristiques des Biberons en Faïence de Quimper

Ces biberons se distinguent par :

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  • Matériau : Faïence, une céramique fine et décorée.
  • Forme : Petit pot avec un pied, une anse latérale, un goulot pour téter et un orifice de remplissage.
  • Décor : Motifs traditionnels de Quimper, souvent floraux ou représentant des scènes de la vie bretonne.
  • Nom breton : Pod bronnek (pot mamelon).

Importance Culturelle

Les biberons en faïence de Quimper ne sont pas seulement des objets utilitaires, mais aussi des symboles de l'artisanat et de la culture bretonne. Ils témoignent de l'attention portée aux enfants et de l'importance de la famille dans la société de l'époque.

Découvertes et Estimations

Régulièrement, des particuliers présentent leurs faïences de Quimper, y compris des biberons anciens, lors de journées d'estimations organisées par des associations comme les Amis du Musée de la Faïence. Ces événements permettent d'authentifier les pièces, d'évaluer leur valeur et de retracer leur histoire. Il arrive que des pièces historiques soient découvertes et proposées aux musées, enrichissant ainsi les collections publiques.

Le Contexte Médical et Social

Il est important de noter que les pratiques d'alimentation infantile au XVIIIe siècle étaient très différentes de celles d'aujourd'hui. Les connaissances sur la nutrition étaient limitées, et les conditions d'hygiène souvent précaires. L'utilisation de biberons pouvait donc présenter des risques pour la santé des nourrissons.

Le Colostrum et les Premiers Jours de l'Enfant

Les théories médicales et les traditions populaires attribuaient depuis l’antiquité des vertus très négatives au lait maternel des premiers jours, le colostrum. Il n’était pas question pour l’accouchée d’allaiter son enfant, elle l’empoisonnerait. À moins qu’il s’agisse de l’effet inverse, on craignait que l’enfant non encore baptisé, en tétant sa mère, laisse s’échapper par la bouche de mauvais esprits. En attendant le baptême et la montée du lait, l’enfant était mis à la diète ou bien confié à une voisine. C’est seulement au xviiie siècle que l’on découvrit les vertus du colostrum pour l’évacuation du méconium mais les traditions perdurèrent. Jusqu’à une époque toute récente, on recommandait aux mères d’attendre la montée du lait pour mettre l’enfant au sein. Pour faire patienter le bébé, on imposait une diète presque absolue, à l’eau sucrée.

L'Évolution du Biberon

C'est à la fin des années 1860 qu'Édouard Robert met au point son biberon. C'est de là que vient le nom de 'roberts' donnés par certains aux seins des femmes. De nombreux exemples de biberons et un historique intéressant peuvent être consultés sur : www.histoire-du-biberon.com.

Au cours des siècles, on voit naître d’autres formes de biberons, fabriqués à partir de matières diverses, bois tourné (surtout du buis), terre, peau, faïence, porcelaine, verre, argent et or pour les plus riches. On invente et on réinvente de nouvelles tétines et drapelets qui imitent plus ou moins adroitement le mamelon. Le but est d’éviter que le bébé ne s’étouffe en ingurgitant trop vite : chiffon - rapidement souillé -, embout en bois, en os, en ivoire - tous matériaux bien durs pour les gencives des nouveau nés, mamelle d’animal - qui s’abîme trop vite et dégage rapidement une odeur désagréable.

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