Introduction
La découverte de biberons préhistoriques constitue une avancée significative dans notre compréhension des pratiques alimentaires infantiles au cours du Néolithique et de l'Âge du Bronze. Ces petits récipients en céramique, souvent retrouvés dans des tombes d'enfants, offrent des indices précieux sur la manière dont les familles préhistoriques géraient l'alimentation de leurs nourrissons, en particulier au moment du sevrage. L'analyse des résidus organiques présents dans ces biberons a révélé la présence de lait animal, confirmant ainsi que les bébés préhistoriques consommaient du lait de ruminants en complément ou en remplacement du lait maternel.
L'Importance des Objets du Quotidien en Archéologie
Les objets du quotidien, même les plus humbles, détiennent un pouvoir évocateur de la vie d'hier et d'aujourd'hui. Aux côtés des œuvres d'art et des textes écrits, ils prennent place dans la liste des témoins de l'histoire et deviennent des sujets d'analyse passionnants. Récemment, divers travaux ont exhumé de l'oubli une série de ces modestes objets : les biberons.
Les Biberons : Objets d'Étude Pluridisciplinaires
En quelques années, le biberon est devenu un objet digne de la curiosité des archéologues, des ethnographes et des collectionneurs, mais aussi des médecins, des historiens et des anthropologues. Cet intérêt est lié d'une part à un renouvellement du regard porté sur l'enfance et sur son environnement, d'autre part à une réflexion plus poussée sur les problèmes de la nutrition, notamment infantile.
En regardant les collections, en feuilletant les thèses et les livres, on se convainc aisément que le biberon d'enfant est bien un objet identifiable dont la variété des formes est étonnante. Même dans ce petit objet banal, les hommes ont vraiment exercé leur imagination, leurs talents d'artisans et d'artistes, bref leur art. Il y a quelque chose d'émouvant à évoquer ces objets minuscules inventés au fil des siècles par les adultes pour sustenter tant bien que mal les tout-petits.
L'Histoire du Biberon : Une Évolution à Travers les Âges
L'histoire du biberon se dessine à travers l'évolution de plusieurs autres histoires : celles de l'art, des savoirs populaires et savants, des progrès techniques, des attitudes parentales, des rapports entre époux, etc.
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L'Antiquité, le Moyen Âge et l'Époque Moderne
Pour l'Antiquité, on ne dispose pas d'une grande quantité d'objets que l'on peut qualifier de biberons sans doute en raison de la difficulté à les identifier parmi les déchets domestiques découverts en contexte d'habitat. En revanche, les sépultures d'enfants présentent l'avantage de pouvoir livrer des pièces généralement complètes plus aisées à reconnaître comme biberons. Ce sont des poteries ou des flacons de verre munis d'une ouverture sur la partie haute et d'un petit goulot ou téterelle dans la partie ventrue.
Ces petites cruches à bec tubulaire, qu'elles soient en céramique ou en verre, sont régulièrement mises au jour sur des sites archéologiques, aussi bien en contexte domestique que funéraire. Cependant, leur découverte dans des tombes d'enfant reste rare, ce qui a souvent faussé l'interprétation qu'on en faisait. Ainsi, la littérature archéologique leur attribue de nombreuses fonctions. Les exemplaires en céramique sont qualifiés tour à tour de vases votifs, de pipette, de barolet à barbotine, de lampe à huile ou de tirelire.
Pour avoir une idée plus juste de la place qu'occupent ces cruches dans le quotidien des vivants, il convient de comprendre la place qu'elles tiennent dans le monde des morts. Les rites funéraires antiques sont basés sur la notion d'accompagnement du défunt vers l'au-delà ; la mise en terre est célébrée par un banquet au cours duquel le défunt partage un repas avec les vivants, par le biais d'éléments de vaisselle déposés à ses côtés. Au Bas-Empire, ce lot de vaisselle, défini comme assemblage de sustentation du défunt, comprend deux objets, souvent un récipient destiné à contenir les denrées solides et un récipient lié au service des boissons.
Dans la tombe d'Arcis-sur-Aube, l'assemblage de sustentation du défunt est composé d'un plat à denrées solides représenté par le bol cylindrique en verre et d'un verseur à boisson représenté par la cruche à bec tubulaire, également en verre. Le défunt étant un enfant, l'attribution de la cruche à un biberon contenant du lait est tentante. Pour le confirmer, des analyses ont été faites sur les résidus organiques déposés à l'intérieur des cruches de Bezannes et de Compertrix.
Ces exemples ont montré que les petites cruches à bec étaient bien liées à la sustentation des enfants, qui plus est, à base de boisson lactée. Cependant, les cruches en verre sont fragiles et le doute persiste quant à leur utilisation pour l'allaitement artificiel. Les anses, petites et fines sont mal adaptées à une main d'adulte et le bec tubulaire brut et coupant, ne peut être placé dans la bouche d'un enfant.
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À notre connaissance, il existe un seul témoignage écrit antique d'origine médicale concernant l'usage du biberon. C'est un texte de Soranos d'Éphèse qui, au iie siècle de notre ère, évoque une tétine pour sevrer un nourrisson.
Pour le Moyen Âge, on a conservé également des biberons de terre cuite, souvent nommés chevrette sans doute parce qu'on y mettait surtout du lait de chèvre. Ces biberons ont par la suite évolué vers le type des faïences de Quimper : petit pot de 10 à 15 cm de haut avec pied, anse latérale, goulot pour téter et orifice de remplissage. En breton, ces biberons se sont appelés pod bronnek, en français pot mamelon ou craule.
Il existe aussi, à partir du ixe siècle - peut-être de tous temps dans certaines régions - un type particulier de biberons, appelé corne ou cornette faite à partir de la corne d'un ovin ou d'un caprin. Le bout était percé d'un ou de plusieurs petits trous, parfois recouvert d'un chiffon retenu par un fil, à moins qu'une mèche ait été arrangée à l'intérieur d'un orifice plus gros.
Les mères préparaient au coin du feu la bouillie, le papin de l'enfant sevré. Cette bouillie à base de farine était mitonnée dans un petit poêlon, dans une petite cassote. Le père est donc aussi impliqué dans l'alimentation du jeune enfant, et ceci très tôt d'après les usages médiévaux dont certains ont perduré au moins symboliquement jusqu'à nos jours.
Au cours des siècles, on voit naître d'autres formes de biberons, fabriqués à partir de matières diverses, bois tourné (surtout du buis), terre, peau, faïence, porcelaine, verre, argent et or pour les plus riches. On invente et on réinvente de nouvelles tétines et drapelets qui imitent plus ou moins adroitement le mamelon. Le but est d'éviter que le bébé ne s'étouffe en ingurgitant trop vite : chiffon - rapidement souillé -, embout en bois, en os, en ivoire - tous matériaux bien durs pour les gencives des nouveau nés, mamelle d'animal - qui s'abîme trop vite et dégage rapidement une odeur désagréable. Le biberon en étain se répand surtout aux xviie-xviiie siècles avec des risques notables pour le bébé car certains étains contenaient du plomb, substance provoquant le saturnisme.
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La demande de biberons grandit à partir de la Renaissance du fait de l'existence des grandes institutions en faveur des Enfants Trouvés. Du temps de François Ier, à l'Hôtel-Dieu de Paris, les religieuses et les servantes durent recourir aux biberons et cornets, faute de mères et de nourrices. Elles utilisaient des biberons d'étain et de verre « encornettés ou enveloppés de quelque petit drapeau ».
La Révolution Industrielle
C'est à cette époque que l'on peut situer les débuts de ces douloure…. Cette découverte est une première dans la recherche archéologique et les études sur la Préhistoire. Jusqu'à maintenant, les scientifiques émettaient l'hypothèse qu'en effet, cette vaisselle était utilisée pour faire boire les bébés, mais sans posséder de preuves. Les chercheurs avaient également émis l'hypothèse que ces petits récipients pouvant tenir dans la main, en céramique et dotés d'un bec verseur, servaient à nourrir les malades ou les infirmes. Ces petites céramiques seraient donc plus probablement des “biberons” à destination des enfants, et servaient à les nourrir en lait animal.
Preuves Chimiques et Implications
Une équipe de chercheurs a étudié trois de ces contenants provenant de Bavière, en Allemagne. J-C). Les analyses chimiques des résidus de lipides que contenaient ces récipients ont révélé la présence d'acides gras d'origine animale, dont du lait de ruminants (bovins, ovins ou caprins domestiqués), confirmant ainsi que les bébés buvaient du lait animal (probablement de vache ou de chèvre) lors du sevrage, ou en complément du lait maternel.
Cette découverte apporte la première preuve scientifique que les bébés préhistoriques buvaient du lait animal lorsqu’ils n’étaient pas allaités par leur mère.
Gestion de l'Alimentation Infantile et Impact Démographique
« Cette découverte nous offre une vision plus fine de la manière dont les familles préhistoriques géraient l'alimentation infantile au moment du sevrage, une période risquée pour l'enfant », explique Julie Dunne, chercheuse en archéologie biomoléculaire à l'Université de Bristol. Le lait animal, non pasteurisé, comportait en effet davantage de risques de contamination que le lait maternel. Mais son utilisation, devenue possible avec l'apparition de l'agriculture et de l'élevage, s'inscrit tout de même dans le cadre d'une amélioration globale de l'alimentation, qui a conduit à une hausse du taux de natalité, souligne l'étude.
Donner du lait animal aux nourrissons aurait pu servir à lutter contre les périodes d’infertilité des mères allaitantes. Contrairement aux chasseurs-cueilleurs, qui donnaient naissance environ une fois tous les 5 ans, les premiers agriculteurs enfantaient à un rythme plus soutenu, ce qui explique le « baby boom » de la période néolithique. La fabrication de récipients pour nourrir les enfants appuie l’idée d’une augmentation massive de la population.
Perspectives Futures
Le professeur Richard Evershed, qui dirige l’Unité de géochimie organique de Bristol et co-auteur de l’étude, a ajouté: « C’est un exemple frappant de la façon dont une information biomoléculaire robuste, bien intégrée à l’archéologie de ces objets rares, a fourni un aperçu fascinant d'un aspect de la vie humaine préhistorique si familier pour nous aujourd'hui. La pratique et la durée de l'allaitement au sein varient considérablement, de même que l'ajout subséquent d'aliments supplémentaires et / ou de sevrage entre groupes humains. Les chasseurs-cueilleurs allaitent généralement au sein pendant plusieurs années, alors que l'adoption d'un mode de vie sédentaire dans les premières communautés d'agriculteurs a raccourci la période d'allaitement, probablement due à l'introduction de l'agriculture, moment où de nouveaux aliments sont devenus disponibles pour le sevrage des nourrissons…
La chercheuse Julie Dunne a poursuivi: " Des vases similaires, bien que rares, apparaissent dans d'autres cultures préhistoriques (telles que Rome et la Grèce antique) à travers le monde. Idéalement, nous aimerions mener une étude géographique plus vaste et déterminer si ils servent le même objectif.
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