Le bisphénol A (BPA) est un composé chimique industriel utilisé dans la fabrication de plastiques polycarbonate et de résines époxy. On le retrouve dans de nombreux produits de consommation courante, notamment les biberons, les contenants alimentaires, les boîtes de conserve et les papiers thermiques. En raison de ses propriétés de perturbation endocrinienne, le BPA suscite de vives inquiétudes quant à ses effets potentiels sur la santé humaine, en particulier chez les nourrissons et les jeunes enfants.

Les risques pour la santé associés au BPA

De nombreuses études scientifiques ont mis en évidence les dangers potentiels du BPA pour la santé. La déclaration finale de la conférence de Chapel Hill, signée par 38 scientifiques spécialistes du BPA, a résumé les risques de la manière suivante: «Le BPA est suspecté d'être impliqué dans les grands problèmes de santé actuels: cancer du sein, cancer de la prostate, diabète de type 2 et obésité, atteinte de la reproduction, problèmes neuro-comportementaux, maladies cardio-vasculaires…».

Ces conclusions sont basées sur des données animales, qui sont généralement transposables à l'homme. Il est important de noter qu'il est difficile d'obtenir des données humaines directes sur les effets à long terme du BPA, car ces effets ne seront observables que lorsque les nourrissons exposés aujourd'hui seront adultes. C'est pourquoi il est essentiel de tenir compte des études menées sur les animaux, en appliquant le principe de précaution.

Environ 90 % des études menées chez l'animal concluent à un impact sanitaire du BPA. Il est préoccupant de constater que, dans environ 30 % de ces études, cet impact survient à des doses inférieures à la dose journalière admissible (DJA) recommandée par l'AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments). Ces données ont conduit le Réseau Environnement Santé à demander une nouvelle expertise sur le BPA, demande qui a également été formulée par la secrétaire d'État Chantal Jouanno auprès de l'AFSSA.

Les sources d'exposition au BPA

Le risque lié au BPA ne se limite pas aux biberons. Le lait maternel peut également être contaminé, car une étude menée aux États-Unis par les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) a révélé que 93 % des Américains ont du BPA dans leurs urines.

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Les études animales montrent que l'exposition maternelle est la voie prédominante de la contamination de l'enfant. Les effets de cette exposition peuvent se manifester à l'adolescence (par exemple, abaissement de l'âge de la puberté, agressivité) ou même à l'âge adulte (cancer, diabète). Le mécanisme d'action du BPA est celui de la perturbation endocrinienne, ce qui explique la diversité des effets constatés.

Les mesures de prévention

Face à ces risques, la grande majorité des scientifiques ayant travaillé sur le BPA demandent que des mesures soient prises pour éviter la contamination des bébés et des adultes. C'est dans ce sens que plusieurs États américains ont déjà pris ou vont prendre des mesures pour limiter l'exposition au BPA.

En France, le BPA est interdit dans les biberons depuis le 1er janvier 2015. Cette interdiction a été étendue à tous les contenants alimentaires en 2015. L'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a conclu à l'existence d'effets avérés du BPA chez l'animal (effets sur la reproduction, la glande mammaire, le métabolisme, le cerveau et le comportement) et d'effets suspectés chez l'Homme (effets sur la reproduction, le métabolisme et les pathologies cardiovasculaires).

Le bisphénol S (BPS): un substitut tout aussi préoccupant

Face à l'interdiction du BPA, de nombreux fabricants ont remplacé ce composé par le bisphénol S (BPS). Cependant, des études récentes ont montré que le BPS est également un perturbateur endocrinien et pourrait avoir des effets néfastes sur la santé, en particulier sur le comportement des enfants de moins de deux ans. Une étude menée par l'Inserm et le CHU de Grenoble a révélé une possible association entre l'exposition au BPS et des troubles du comportement chez les jeunes enfants.

Le BPS est présent dans de nombreux produits de consommation courante, notamment les papiers thermiques (tickets de caisse, billets de train, etc.) et certains contenants alimentaires en plastique portant la mention "sans BPA". Il est donc important de rester vigilant et de limiter autant que possible l'exposition au BPS, en particulier chez les femmes enceintes et les jeunes enfants.

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Que faire pour limiter l'exposition au BPA et au BPS ?

Voici quelques conseils pour réduire l'exposition au BPA et au BPS :

  • Privilégier les biberons en verre ou en plastique sans BPA ni BPS.
  • Ne pas chauffer les aliments ou les liquides dans des contenants en plastique au micro-ondes.
  • Éviter de mettre des aliments chauds en contact avec des contenants en plastique.
  • Laver les contenants en plastique à la main plutôt qu'au lave-vaisselle.
  • Limiter la consommation d'aliments en conserve.
  • Éviter de manipuler les tickets de caisse et autres papiers thermiques.
  • Se laver les mains après avoir manipulé des papiers thermiques.
  • Choisir des jouets et des articles pour bébés sans BPA ni phtalates.

Conclusion

Le bisphénol A (BPA) est un perturbateur endocrinien qui peut avoir des effets néfastes sur la santé, en particulier chez les nourrissons et les jeunes enfants. Bien que le BPA soit interdit dans les biberons et les contenants alimentaires en France, il est important de rester vigilant et de limiter l'exposition à ce composé, ainsi qu'à son substitut, le bisphénol S (BPS), qui présente également des risques pour la santé. En adoptant des mesures simples, il est possible de réduire considérablement l'exposition à ces substances et de protéger la santé de nos enfants.

Il est essentiel de ne pas céder à la culpabilité si votre enfant a été nourri au biberon en plastique contenant du BPA. Les parents ne sont pas responsables de la présence de ces substances dans les produits de consommation courante. Les véritables responsables sont ceux qui ont mis ces substances sur le marché en connaissant leurs propriétés dangereuses. Il est donc crucial de continuer à informer l'opinion publique et à exiger des mesures de prévention plus strictes pour éviter de nouvelles victimes.

Comme le souligne André Cicolella, membre du Réseau Environnement Santé, «notre objectif en tant que Réseau n'est pas de prendre un malin plaisir en "affolant les gens" mais d'informer l'opinion afin d'éviter des dégâts dont nous savons par expérience qu'ils peuvent être liés à des expositions de cette nature». Il est donc de notre responsabilité de nous informer et d'agir pour protéger notre santé et celle de nos enfants.

Analyses de tétines et présence de BPA

Une association de consommateurs a analysé la composition de 19 tétines, révélant la présence de traces de bisphénol A dans des produits pour bébés. Des analyses en laboratoire réalisées par dTest, une association de consommateurs tchèque, ont rapporté la présence de BPA dans des tétines pour bébé achetées en magasin et sur la plateforme chinoise Temu. La tétine Curaprox « Baby Grow with Love », présentée comme « sans BPA », affichait la plus forte concentration en BPA, dépassant la limite fixée par l’UE. La sucette « caoutchouc naturel » de Sophie la Girafe présentait également une concentration de BPA. Ces résultats soulignent l'importance de la vigilance, même avec des produits étiquetés "sans BPA".

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