La grossesse est une période délicate où la prise de médicaments nécessite une attention particulière. Cet article vise à informer sur l'utilisation des bêta-bloquants pendant la grossesse, ainsi que sur d'autres médicaments à risque ou contre-indiqués.
Hypertension Artérielle et Grossesse
L'hypertension artérielle (HTA) pendant la grossesse nécessite une gestion prudente. Jusqu'en 2020, on ignorait à partir de quel niveau de pression artérielle il fallait intervenir pharmacologiquement. Aujourd'hui, en plus de l'activité physique régulière (>140 min/semaine), de la supplémentation en folates (+/- fer) et éventuellement d'une faible dose d'aspirine chez les patientes à haut risque de prééclampsie, il est recommandé de traiter l'HTA pharmacologiquement à partir de 140/90 mmHg.
Les bloqueurs du système rénine-angiotensine-aldostérone (IEC, ARA2) sont formellement contre-indiqués en raison de leur fœtotoxicité. Les femmes hypertendues avant la grossesse doivent en être informées et consulter leur médecin avant la conception pour modifier leur traitement. Les diurétiques sont déconseillés car ils peuvent entraîner une hypoperfusion fœtale.
Bêta-bloquants pendant la grossesse
Les bêta-bloquants peuvent être prescrits pendant la grossesse si nécessaire. Cependant, il est important de noter que si le traitement précède l’accouchement, l'effet du bêta-bloquant persiste quelques jours chez le nouveau-né, avec un risque de ralentissement du cœur (bradycardie) et d’hypoglycémie. Une surveillance attentive du nouveau-né est donc nécessaire.
Médicaments à éviter ou à utiliser avec prudence pendant la grossesse
Si vous êtes enceinte, il est crucial de toujours vérifier auprès de votre médecin ou de votre pharmacien que les médicaments que vous prenez sont compatibles avec votre état. Voici quelques exemples de médicaments classés par familles qui ne doivent pas être utilisés pendant tout ou partie de la grossesse :
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- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et Aspirine: Les AINS (tels que l’ibuprofène ou le kétoprofène) et l’aspirine à forte dose (dose supérieure à 500 mg par jour) sont formellement contre-indiqués pendant les 4 derniers mois de la grossesse. Des effets néfastes pour la mère et l'enfant à naître ont été mis en évidence lorsqu'ils sont utilisés au cours de cette période. Le risque existe même avec une seule prise et même si la grossesse est à terme. Les AINS et l'aspirine ne peuvent être utilisés que de façon ponctuelle et sur avis médical pendant les cinq premiers mois de la grossesse. Lorsque les AINS sont destinés à une application locale, ils peuvent traverser la peau et passer dans le sang, exposant ainsi le fœtus aux mêmes risques que lors d'une prise orale.
- Paracétamol: Le paracétamol est l’antalgique généralement conseillé pour traiter la douleur au cours de la grossesse.
- Codéine: La codéine, utilisée pour soulager les douleurs modérées à fortes, ne doit être prise qu'après avis médical. Chez le nouveau-né d'une mère traitée par des doses élevées peu avant l’accouchement, une insuffisance respiratoire peut survenir.
- Médicaments contre la migraine: En cas de crise de migraine, les dérivés de l’ergot de seigle sont contre-indiqués pendant la grossesse en raison d’un effet vasoconstricteur sur le placenta et le cordon ombilical, néfaste pour le fœtus. L’utilisation du paracétamol est possible à tout moment de la grossesse pour soulager une crise de migraine.
- Médicaments contre le rhume: Les médicaments utilisés dans le traitement du rhume contenant un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) sont formellement contre-indiqués au cours des quatre derniers mois de la grossesse. Les traitements contenant des vasoconstricteurs décongestionnants (pseudoéphédrine, phényléphrine) sont déconseillés pendant toute la grossesse.
- Antihistaminiques: Les antihistaminiques sédatifs sont déconseillés au cours de premier trimestre de la grossesse. Ils ne doivent être prescrits après cette période qu’en cas de nécessité absolue. Les antihistaminiques non sédatifs (tels que la cétirizine) n’ont pas montré d’effet malformatif ou toxique chez l'animal et les études publiées chez la femme enceinte sont rassurantes.
- Antibiotiques: Les antibiotiques de la famille des quinolones sont habituellement contre-indiqués ou déconseillés. Des atteintes articulaires ont été observées chez les enfants traités après la naissance avec des quinolones.
- Vaccins: Le vaccin contre la rubéole est contre-indiqué. Le vaccin contre la fièvre jaune n’est pas recommandé. Toutefois, le risque lié à la fièvre jaune est infiniment supérieur à celui que fait courir la vaccination.
- Médicaments contre l'acné: L'isotrétinoïne est responsable de graves malformations chez l'enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. La patiente reçoit une notice et doit signer un document conservé par le médecin, dans lequel elle atteste avoir reçu les informations nécessaires. Tous les mois, lors de chaque renouvellement de traitement, un test sanguin de grossesse négatif datant de moins de trois jours doit être présenté au médecin. L'acitrétine est responsable de graves malformations chez l’enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. Une contraception rigoureuse est indispensable avant le début du traitement et pendant toute sa durée. Par prudence, la contraception est poursuivie trois ans à compter de l’arrêt du traitement, en raison de la persistance de la substance dans l’organisme.
- Inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et antagonistes de l'angiotensine II (ARA2): Les IEC et les ARA2 sont formellement contre-indiqués à partir du quatrième mois de la grossesse : ils exposent à une toxicité pour les reins du fœtus. Ils sont déconseillés pendant le premier trimestre de la grossesse. En conséquence, un désir de grossesse nécessite le remplacement de l'IEC ou de l'antagoniste de l'angiotensine II par un autre antihypertenseur.
- Anticoagulants oraux (antivitamines K): Les anticoagulants oraux (antivitamines K) sont habituellement contre-indiqués chez la femme enceinte car ils exposent à des effets toxiques pour la mère et pour l’enfant à naître.
- Somnifères: Les somnifères ne doivent pas être utilisés sans avis médical pendant la grossesse. La prise répétée d’un somnifère de la famille des benzodiazépines en fin de grossesse peut être responsable d'effets indésirables (troubles de la succion, difficulté respiratoire par exemple) chez le nouveau-né.
- Antidépresseurs ISRS: Des études suggèrent un possible risque de malformation cardiaque avec les antidépresseurs ISRS, notamment la paroxétine et la fluoxétine. De plus, une étude québécoise publiée en décembre 2015 suggère, sans toutefois la démontrer, une augmentation du risque de troubles autistiques chez les enfants nés de mère traitée par un antidépresseur de la famille des inhibiteurs de recapture de la sérotonine (ISRS) pendant le 2e et le 3e trimestre de la grossesse.
- Antiépileptiques: L’acide valproïque est l'antiépileptique qui a l'effet tératogène le plus important. Il peut entraîner des malformations notamment du cœur, du squelette, de l'appareil digestif ou du système nerveux. D'autres antiépileptiques (carbamazépine, phénobarbital, topiramate par exemple) sont susceptibles d'induire des risques de malformations. En conséquence, un désir de grossesse peut nécessiter une réévaluation du traitement antiépileptique en cours par le médecin.
- Lithium: Le lithium augmente le risque de malformations cardiaques. Son utilisation est fortement déconseillée.
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