La berceuse, souvent reléguée aux "petits genres" de la littérature orale, est bien plus qu'une simple chansonnette. C'est une musique chantée, intimement liée à l'action de bercer, un chant d'attente d'un sommeil parfois capricieux. Son rythme régulier, souvent construit sur deux notes alternatives, reproduit les oscillations du berceau, favorisant l'endormissement. Transmises oralement ou par écrit, les berceuses sont un patrimoine culturel riche et varié.

De l'oral à l'écrit : Une transformation du genre

La transcription des berceuses orales en recueils écrits, un mouvement ancien particulièrement important au XIXe siècle, marque une transformation du genre. Des collectes telles que L’Emprô genevois de J.-D. Blavignac témoignent de cet intérêt pour la préservation des berceuses.

Uniformisation et dépersonnalisation

L'ordre graphique impose une uniformisation : les berceuses se retrouvent alignées, regroupées dans des chapitres précis, segmentées par des virgules et des points-virgules, et délimitées par des majuscules et des points. L'imprimé calibre et standardise un ensemble numéroté, parfois accompagné de partitions. Visuellement, les berceuses ressemblent aux rondes et aux formulettes, perdant ainsi leur singularité.

Perte de la malléabilité et de l'improvisation

La malléabilité propre à la parole chantée disparaît. La berceuse orale, dont la fin est marquée par l'endormissement de l'enfant, suppose un échange ouvert, une improvisation constante. L'adulte qui berce adapte son chant à l'état de l'enfant, choisissant les paroles, les répétant, les oubliant, les inventant. La berceuse écrite fige ce moment unique, remplaçant la mémoire incorporée par une mémoire artificielle.

De l'esthésique à l'esthétique : La perte des sensations

J.-J. Rousseau soulignait déjà que l'écriture "substitue l'exactitude à l'expression". Le passage de la berceuse de l'oral à l'écrit entraîne une perte d'un monde de sensations au profit de l'esthétisation. L'événement de parole unique qu'est le chant de la berceuse repose sur la co-présence, la proximité, le corps à corps. L'enfant reconnaît l'inflexion d'une voix, ressent la chaleur, le souffle de la personne qui le berce. Le rythme du balancement, les pulsations cardiaques rappellent peut-être le rythme du ventre maternel. La répétition de sons berceurs imite le va-et-vient du bercement.

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La perte du corps

Le passage à l'écrit révèle la perte du corps, des corps en co-présence, de la gestualité, du toucher, de la voix et de ses inflexions mélodiques. Pour remplir sa fonction, la berceuse peut se passer de mots, mais pas du corps et du geste. M. Jousse précise que si "l'écriture empêche le libre jeu des gestes", "nos mots sont incarnés profondément dans nos gestes".

Berceuse : Un terme en évolution

Le mot "berceuse" entre dans la langue française un peu avant le début des grandes collectes. Auparavant, on parlait de "chanson de nourrice" ou de "berceresse". Ce changement lexicographique marque un changement de paradigme culturel, où la dimension pragmatique s'efface au profit de la catégorisation littéraire savante.

Un micro-rituel domestique

La berceuse est un micro-rituel domestique, un acte de passage de la présence à la séparation des corps. Le sommeil est l'expérience de la séparation originelle d'avec la mère. Pour s'endormir, il faut s'abandonner, apprivoiser le noir, le silence, la solitude, l'immobilité. La berceuse, par ses paroles chantées et fredonnées, le rapprochement des corps, le balancement régulier, rassure et assure la transition.

Berceau et tombe : Une homologie symbolique

Il est possible d'esquisser une homologie entre le sommeil pacifié engendré par la berceuse et le sommeil éternel. C'est cette homologie entre le berceau et la tombe que certains imaginaires culturels ou artistiques prennent en charge.

La berceuse dans l'art et la littérature

La Berceuse de Vincent Van Gogh illustre ce double endormissement. La danse sarde de l'argia offre un autre exemple de ce continuum symbolique entre bercement des vivants et bercements des morts. La littérature, quant à elle, témoigne de modes de bercement funèbre, soulignant les traits d'oralité. Chateaubriand décrit dans Atala le rite funéraire d'une jeune indienne berçant son enfant mort. É. Zola, dans L'Assommoir, scénographie le passage vers le grand sommeil.

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La berceuse aujourd'hui : Littérature de jeunesse et esthétisation

Aujourd'hui, les berceuses font partie intégrante de la littérature de jeunesse. Le site Ricochet répertorie une vingtaine d'occurrences, principalement des livres-CD.

Esthétisation et commercialisation

Ces livres-CD mettent en avant des "interprètes exceptionnels" et vantent l'intérêt pédagogique de la berceuse, "élevée" au rang de spectacle musical à forte plus-value esthétique. Cette esthétisation se retrouve dans des titres tels que Les plus belles berceuses classiques ou Les berceuses de grands musiciens.

Berceuses du monde : Un répertoire universel

L'album d'A. Brouillard imagine une Berceuse du Merle qui traverse les cultures du monde entier. Chaque culture a sa façon de bercer ses enfants, partageant la même mission : apaiser, rassurer, endormir. Les berceuses, des mélodies intemporelles qui accompagnent le rituel du coucher et éveillent l'imaginaire des bébés et des enfants.

Exemples de berceuses du monde

  • Berceuse de Brahms (Allemagne) : Une mélodie d'une simplicité harmonique parfaite, un rythme de balancement naturel.
  • Twinkle Twinkle Little Star (Angleterre) : Une histoire d'une petite étoile qui scintille dans le ciel.
  • Frère Jacques (France) : Une berceuse méditative basée sur la répétition.
  • Hush Little Baby (États-Unis) : Une structure cumulative qui maintient l'attention du bébé tout en l'apaisant progressivement.
  • Fais dodo, mon petit (France) : Une berceuse minimaliste qui évoque l'enfant qui va bientôt s'endormir.
  • Dodo ninnananna (Italie) : La langue italienne elle-même est musicale.
  • Nana neném (Brésil) : L'évocation douce d'un personnage effrayant qui finit par partir rassure l'enfant.
  • Los pollitos dicen (Amérique latine) : L'image des poussins blottis sous les ailes de leur mère est universellement rassurante.
  • Duérmete mi niño (Amérique latine) : Les expressions affectueuses répétées créent une enveloppe de tendresse.

Conseils pour chanter des berceuses

  • Pas besoin d'en connaître 50, deux ou trois bien maîtrisées suffisent.
  • Commencez par la plus douce, puis la plus lente.
  • Bercez votre bébé dans vos bras, dans un rocking-chair, ou simplement en le caressant.
  • Commencez à voix normale, terminez en murmurant presque.
  • Même si ses yeux sont fermés, continuez encore 2-3 minutes.

L'importance de la voix et de la présence

Votre bébé se fiche que vous chantiez juste ou faux. Ce qu'il veut, c'est votre voix, votre présence, votre amour. Si vous n'osez pas chanter, fredonnez, murmurez ou lisez les paroles comme une poésie.

Au-delà de la tradition

Les phases de sommeil changent, les besoins évoluent. Changez de berceuse. Acceptez que votre bébé grandisse. Et quand vous aurez trouvé celle qui fonctionne, faites-en votre rituel. Parce que ces moments-là, ce sont des souvenirs qui dureront toute une vie.

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Les sens cachés des comptines

Certaines comptines qui ont bercé des générations d'enfants ont un sens caché, très loin de l'innocence qu'on leur prête. "Une souris verte" ferait référence à un soldat vendéen torturé. "Nous n'irons plus aux bois" daterait du XVIIe siècle, quand Louis XIV décida de fermer les maisons closes. "Il court il court le furet" serait une contrepèterie paillarde. "Au clair de la lune" parlerait des problèmes d'érection masculins. Même la "Mère Michel" parlerait de la virginité perdue d'une femme d'un certain âge.

Berceuses et conflits

Pour Khadija al-Mohammad, une réfugiée syrienne, les berceuses sont devenues des chansons sur la guerre. "Avec elles, mes enfants savaient ce que je ressentais", dit-elle. Elle chante : "Ô avion, vole dans le ciel et ne frappe pas les enfants dans la rue. Sois tendre et gentil avec ces enfants."

Les berceuses : Révélatrices de nos peurs et de nos espoirs

Les berceuses révèlent nos peurs, mais aussi notre besoin de réconfort. La berceuse islandaise Bíum, Bíum, Bambaló est hantée par l'apparition d'un visage derrière une fenêtre. La russe Bayou Bayouchki Bayou dissuade l'enfant de s'approcher du bord du lit. Rock-a-Bye, Baby raconte l'histoire d'un berceau tombant de la cime d'un arbre.

Berceuses et identité

Chez les peuples autochtones circumpolaires, on attribue aux nouveau-nés des chants individuels. Ces chants sont utilisés comme berceuses, mais aussi pour consoler l'enfant, le motiver, le protéger, consolider son identité individuelle, susciter en lui joie, fierté ou embarras, développer son attachement ou lui exprimer son amour et son attention.

Berceuses et neurosciences

Laura Cirelli, professeure de psychologie du développement à l'université de Toronto, a constaté que, lorsque les mères chantaient des berceuses, le niveau de stress diminuait pour le bébé, mais aussi pour les mamans. Les chansons familières apaisent bien plus les bébés que le fait d'entendre une voix ou des mélodies inconnues. Chanter des berceuses est une "expérience multisensorielle" partagée par la mère et l'enfant.

Universalité des berceuses

Samuel Mehr, directeur du Music Lab de Harvard, a découvert que les gens distinguent des motifs universels dans la musique, même quand elle émane d'autres cultures. "Statistiquement, les gens identifient plus aisément les berceuses", note-t-il.

L'origine des berceuses

La plus vieille berceuse à nous être parvenue a environ 4 000 ans et est originaire de Babylone. Elle évoque un "petit bébé dans une sombre maison" et parle d'un "dieu domestique" qui, troublé par les cris d'un bébé, s'adresse à lui sur un ton menaçant.

Berceuses et défis

Patience Brooks, une mère célibataire au Liberia, chante pour oublier le père de son bébé. Zaijan Villaruel, un jeune pêcheur philippin, berce sa petite sœur en chantant des airs qu'il a appris grâce à leur machine à karaoké.

Berceuses comme points d'ancrage

Le Carnegie Hall a mis sur pied le projet Lullaby en 2011. Il repose sur des études montrant que les berceuses profitent à la santé maternelle, renforcent les liens entre les parents et l'enfant et aident au développement de ce dernier. "Nous concevons essentiellement les berceuses comme des points d'ancrage", explique Tiffany Ortiz.

Berceuses et continuité

"Comme les prières ou les contes traditionnels, vous pouvez les emporter partout avec vous", ajoute Dennie Palmer Wolf. "Elles ne prennent pas de place dans les bagages. C'est une façon d'établir une continuité là où il n'y en a presque pas."

Berceuses et identité culturelle

En Mongolie, les nomades chantent la berceuse Buuvei depuis des générations. Son refrain "buuvei" signifie "n'aie pas peur". Elles aident les enfants à guérir", dit Oyunchimeg Buyankhuu à propos des berceuses qu'elle chantait lorsque ses deux filles étaient souvent malades à cause de la pollution.

Berceuses et pandémie

Elizabeth Streeter et Allison Conlon, infirmières dans le Massachusetts, se sont isolées de leurs enfants pendant la pandémie de Covid-19. Le soir, elles communiquaient avec eux par téléphone et leur chantaient des berceuses.

Les berceuses : Un échange entre deux âmes

"Chanter une berceuse, c'est établir un lien entre la personne qui s'occupe de l'enfant et l'enfant lui-même", dit Bayartai Genden. "Les berceuses font partie du tissu à partir duquel les personnes veillant sur les enfants créent les espaces propices à l'endormissement."

Origine du mot "berceuse"

L'origine du mot berceuse vient probablement du terme gaulois "berz", action de bercer et relevé au 12ème siècle : "dès qu'il fu petiz en berz". Au cours des siècles il s'est attaché à l'objet qui est utilisé au bercement du bébé : berceau, berçante, bercelet ou petit berceau, bercelonnette berceau à baldaquin cerné d'un tulle et très utilisé dans les pays chauds pour éviter l'agression des mouches et des moustiques.

Berceuses à travers le monde

Le berceau est confectionné d'osier ou d'un bois léger précieux. Il s'articule sur des roulettes ou de lattes arrondies fixées de chaque côté pour faciliter le bercement. Aux Indes, en Chine et au Japon, l'enfant est placé dans un hamac approprié et permet un balancement aisé. En Afrique noire, la mère endort son bébé tout contre elle sur ses genoux, le tapotant vigoureusement ou l'enserrant d'un pagne, sur le dos, pendant les activités domestiques ou travaux des champs. En Afrique du Nord, la mère offre une dernière tétée et dépose l'enfant délicatement dans son lit ou alors le bébé s'octroie, en désespoir de cause, une place privilégiée entre le père et la mère. Dans les pays industrialisés, sur les recommandations de Pasteur, l'usage du berceau a pratiquement disparu au profit du lit aux montants sécurisés compliquant ainsi le désir de reprendre l'enfant et les bercements.

La dimension biologique de la berceuse

Dès la sortie du cocon maternel, où il a sévi quelques neuf mois, le bébé s'approprie les cris, la voix de la mère. Dans la même veine, le pouce que le foetus porte dans sa bouche lorsque l'on observe une échographie, ou le sein. La berceuse est rarement construite sur une dimension culturelle, mais plutôt biologique. Comme une ritournelle, elle se décline à conduire progressivement le bébé de l'état de veille vers le sommeil et ce, selon le tempérament de l'enfant et pour certains au niveau d'excitation où il se trouve, ralentir la berceuse dès qu'un certain apaisement est perçu. La tradition orale l'emporte sur l'écrit et se perpétue de mère en fille.

L'expression des femmes à travers les berceuses

Pratiquement toutes les berceuses ont été exprimées, chantées ou écrites par les femmes, seule plage où elles peuvent exprimer leurs peines, leurs angoisses, leurs attentes, leurs espoirs et se rassurer en chantant, en murmurant, à la limite se confier à l'enfant sorti de ses entrailles. Au Maghreb et au Moyen-Orient, les allusions à la nuit sont rares. Contrairement aux berceuses françaises, la nuit représente l'inquiétude. Elle est plutôt réservée aux chansons d'amour pour adultes. Quelquefois, nous rencontrons dans les berceuses orientales des marques d'attachement tenant à la personne qui les susurrent telles que : "mon coeur, ma vie, mon foie, la lumière de mes yeux, mon souffle". D'autres, sont rattachées aux mets et aux sucreries.

Berceuses et promesses

Dans les berceuses villageoises, les promesses sont différentes. Dans le passé, les mères ne travaillaient pas hors de la maison. Dans les berceuses, les cadeaux qu'on promet à la fille sont alors du linge, des vêtements, une bonne dot, voire même une robe de mariée. Sa vie future lui est décrite, avec le travail de la maison et des enfants.

Berceuses et menaces

Certaines berceuses sont parfois négatives ou désagréables. Elles évoquent des êtres méchants, effroyables comme le croquemitaine en France ou le Babaou en Tunisie, personnage non identifié jusqu'à nos jours, sinon dans l'imaginaire ou par le ton menaçant que prend la mère en prononçant ce mot.

La mélodie de la berceuse

La mélodie du sommeil est chantée par une seule personne, qui n'est pas accompagnée d'un instrument. Son mouvement est régulier, son rythme simple et exprimé dans une tessiture plutôt grave. Une mélodie descendante ramène la détente. Les tonalités sont essentiellement mineures, signe de repos, de mélancolie, voire de tristesse.

Les berceuses classiques

Si le nom de "berceuse" fait immédiatement penser à la berceuse en Ré bémol Majeur de Chopin, la berceuse sur un vieil air de Bizet, la berceuse de Donizetti, "le marchand de sable" de Brahms, la berceuse de Solveig de Grieg, "dors ami" de Massenet l'on découvre vite qu'il y en a bien d'autres. Certains mouvements d'oeuvres classiques tels que la romance de "la petite musique de nuit" de Mozart, les adagios des concerti pour piano et orchestre de Mozart et de Beethoven, sans oublier le "somnifère" adagio d'Albinoni peuvent apaiser les petits, même les plus agités.

Berceuses et droits d'auteur

Une berceuse enregistrée sur les îles Salomon dans les années 70 a fait le tour du monde après son utilisation par un groupe de musique français puis par une célèbre marque de gel douche. Problème : son interprète, Afunakwa, n'a jamais été mise au courant.

Berceuses personnalisées

Chez les peuples autochtones circumpolaires, en Eurasie comme en Amérique et au Groenland, des pratiques remarquablement similaires ont été documentées, consistant à attribuer aux nouveau-nés et aux enfants des chants individuels. Ceux-ci sont utilisés en tant que berceuses, c’est-à-dire afin d’accompagner l’endormissement, mais aussi pour consoler l’enfant, le motiver, le protéger, consolider son identité individuelle, susciter en lui joie, fierté ou embarras, sourires ou comportements infantiles, développer son attachement ou lui exprimer son amour et son attention.

Absence de berceuses

La berceuse est fréquemment présentée comme une expression universelle chez l’humain : en deçà de la diversité des cultures musicales, la tendresse et l’affection envers les nouveau-nés et jeunes enfants constitueraient une sorte de fonds commun à l’expressivité vocale, faisant de la berceuse « l’une des rares manifestations musicales inhérentes » à notre espèce. Malgré son attrait, cette idée se heurte aux observations de certains ethnographes, surpris par l’absence d’un genre supposé incontournable sur leur terrain d’enquête, notamment dans certaines régions d’Europe, de Polynésie et, surtout, de l’espace autochtone américain.

Berceuses Sámi

Les Sámi occupent un territoire traditionnellement situé au Nord de la Scandinavie et de la Finlande, ainsi que sur la péninsule de Kola en Russie. La principale pratique musicale propre aux Sámi est le yoik. Comme dans d’autres traditions de chants personnels de l’espace circumpolaire, chaque membre de la communauté est susceptible d’avoir sa propre mélodie, chantée au cours de la vie de tous les jours afin de penser à cette personne, la saluer ou la rendre présente par la voix. Ce n’est qu’à l’âge de la confirmation qu’une personne peut recevoir un yoik ‘adulte’ pouvant être conservé toute la vie. Auparavant, les enfants reçoivent une mélodie temporaire appelée ‘yoik d’enfant’ (mánáluohti en Sámi du Nord), ou dovdna. Un dovdna s’apparente à un yoik simplifié, minimaliste, plus court qu’une mélodie adulte et chanté avec tendresse. Les dovdna peuvent être utilisés à la manière des berceuses, afin d’accompagner un enfant dans son endormissement.

Berceuses Nenets

Comme les Sámi, les Nenets, peuple samoyède présent principalement sur les péninsules de Yamal et de Taïmyr en Sibérie occidentale, disposent de deux ressources musicales pour endormir leurs enfants : d’une part les berceuses proprement dites, d’autre part des chants personnalisés appelés nyukubts. Ces derniers sont composés par la mère, la grand-mère ou une sœur - plus rarement le père ou un frère - au moment de la naissance ou peu de temps après.

Berceuses Yup’ik d’Alaska

De l’autre côté du Détroit de Béring, les communautés Yup’ik d’Alaska appellent inqum les chants personnels d’enfants. Ceux-ci comportent habituellement des textes compris uniquement par les membres de la famille proche. L’inqum d’un enfant mentionne généralement son surnom et certains traits physiques ou psychologiques, ou encore des événements de sa vie, tels que sa première capture d’animal. On chante l’inqum à la manière d’une berceuse, pour endormir les enfants, bien que sa fonction première soit, plus largement, d’exprimer l’amour parental.

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