La province iranienne du Fars, s'étendant sur 120 005 kilomètres carrés, est l'antique Perside, un lieu d'une importance historique capitale en tant que berceau des dynasties achéménide et sassanide. Son dialecte, le farsi, a évolué pour devenir la langue officielle de l'Iran, après avoir été une langue littéraire et une lingua franca dans de vastes régions musulmanes. En 2023, la population du Fars, dont le chef-lieu est Chiraz, est estimée à 5 171 000 habitants, avec une densité de 42,18 hab./km².

Géographie et importance stratégique du Fars

Situé à l'écart des champs pétrolifères du Khouzistan, le Fars a connu une évolution particulière. Malgré des efforts de modernisation, cette ancienne région, considérée comme un «foyer de l'unité iranienne», a évolué en marge des grands changements apportés par l'impressionnant «décollage» économique du pays avant la révolution islamique. La découverte de gisements de pétrole et de gaz naturel a cependant stimulé le développement industriel de la région.

Morphologiquement, le Fars est constitué d'un vaste ensemble montagneux, dont la partie nord appartient au charriage principal du Zagros. Dans la partie sud, la chaîne s'abaisse et se morcelle vers Chiraz. Les chaînons s'étalent et divergent, laissant la place à de vastes plaines-oasis et à de grands lacs intérieurs.

Le Fars est un lieu de transit entre le golfe Persique et l'Iran central. Cette région, hautement favorable à la vie sédentaire grâce à une culture pluviale (et non irriguée comme ailleurs en Iran), à l'utilisation des hauts pâturages et à des liaisons faciles avec l'intérieur favorisant l'implantation urbaine, est devenue, par suite des circonstances historiques, une des régions du globe où le problème des contacts entre nomades et sédentaires, et même entre nomades et forces gouvernementales, s'est posé avec beaucoup d'acuité. Les tentatives de sédentarisation des Bakhtiyārī et des Qashqai dans les alpages du Nord (Sardsir) ou dans les plaines d'hivernage voisines du golfe Persique (Garmsir) en témoignent.

Sites archéologiques emblématiques du Fars

Ayant joué très tôt un rôle politique, le Fars abonde en sites archéologiques, dont les plus connus sont ceux de Pasargad et Persépolis (capitales achéménides), Istakhr (métropole religieuse sassanide) et Chiraz (capitale éphémère des Zand au XVIIIe siècle).

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Chiraz : Une oasis urbaine

Chef-lieu de la province iranienne du Fars, Chiraz est une vaste oasis urbaine située dans un bassin fertile, îlot de résistance sédentaire dans une région de forte nomadisation.

Pasargades

Il s’agit du tombeau de Cyrus le Grand, fondateur de l’empire achéménide (500 ans avant J.-C.) qui par ailleurs est le tombeau historique le plus ancien avec une architecture remarquable. La personnalité courageuse de Cyrus le Grand lui a valu une renommée internationale.

Persépolis : Ville de la Perse

Le nom grec de Persépolis signifie « ville de la Perse ». Elle se situe à 57 km au nord de Shiraz. Persépolis a été construite sous Darius Le Grand (468-521 avant J-C) pour devenir le centre de l'empire puissant des Achéménides (2500 ans avant J.-C.). Les visiteurs peuvent explorer ses ruines impressionnantes, Kuh-é Rahmat et Naghsh-é Rostam. Naghsh-é Rostam signifie littéralement « le portrait de Rostam ». Son nom vient d’un bas-relief sassanide dont les Perses présumaient qu’il représentait Rostam, un héros mythique perse.

Bishapour

L’ancienne ville de Bishapour se situe au sud du nouveau Fahliyan sur la route de Persis-Elam. Cette route fait la liaison avec la capitale sassanide d’Istakhr (tout près de Persépolis) et Ctésiphon. La ville de Bishapour a été fondée à proximité d’une rivière. Les réservoirs d’eau taillés dans les roches, ainsi que les six bas-reliefs sassanides dans la vallée méritent l'attention.

La civilisation de Jiroft : Un nouveau regard sur l'histoire de l'Iran

En 2001, une vague d'objets archéologiques semblant sortis de nulle part inonda le marché des antiquités. Ces artefacts, incluant des pièces de joailleries, des armes, des céramiques et des récipients, témoignaient d'un talent artistique peu commun, avec des incrustations de cornaline ou de lapis-lazuli. Les pièces faisaient la part belle à la symbologie animale, à travers des affrontements entre animaux ou avec des sujets humains, ainsi que des reproductions architecturales de temples ou de palais.

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La police iranienne a résolu le mystère en 2002. Une enquête a conduit à l'arrestation de plusieurs trafiquants et à la saisie d'une kyrielle d'artefacts. Ces objets étaient en train d'être préparés en vue d'une expédition depuis Téhéran, Bandar Abbas et Kerman vers des acheteurs du monde entier. L'enquête a permis de remonter à la source de la plupart de ces objets, quelque part dans la vallée de la rivière Halil, à environ 40 km au sud de Jiroft.

Début 2001, la rivière Halil est sortie de son lit lors d'une crue et a érodé les berges et les terres environnantes, mettant à nu un ancien cimetière. Les locaux et les pillards n'ont pas mis longtemps à s'apercevoir de la valeur de la découverte, après quoi ils se sont empressés d'extraire et de vendre les différents artefacts qui leur tombaient sous la main.

Ce n'est qu'après avoir étudié la zone en profondeur puis établi que cette civilisation inconnue remontait à l'âge du Bronze, il y a 5 000 ans, que les archéologues ont saisi la véritable portée de la découverte.

Les fouilles à proximité de Jiroft ont commencé en février 2003 sous la direction de l'archéologue iranien Yousef Madjidzadeh. L'équipe de Madjidzadeh a identifié une nécropole principale qu'ils ont baptisée Mahtoutabad. Les archéologues ont également ciblé pour leur étude deux tumulus s'élevant au-dessus de la plaine : Konar Sandal Sud et Konar Sandal Nord. Les fouilles ont montré qu'ils dissimulaient les vestiges de deux complexes architecturaux majeurs. Sous le tumulus nord se trouvait un lieu de culte, alors que le tumulus sud recouvrait les restes d'une citadelle fortifiée. Au pied des tumulus, enterrés sous plusieurs mètres de sédiments, les archéologues ont découvert les vestiges de bâtiments plus petits. Ils considèrent que les deux tumulus faisaient autrefois partie d'un établissement urbain unifié qui s'étendait sur plusieurs kilomètres à travers le plateau.

Madjidzadeh a publié les découvertes de son équipe, suggérant qu'un centre urbain avait été établi sur le site de Jiroft vers 5000 avant notre ère. Sa conclusion optimiste indiquait que « la région de Jiroft était un foyer urbain majeur au cours du troisième millénaire avant notre ère. Son centre se trouvait dans la vallée de la rivière Halil où de vastes sites à l'architecture monumentale dominaient le paysage, avec une production artisanale considérable, des quartiers accueillant les domestiques et des cimetières extramuraux étendus. »

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Les archéologues ont trouvé différents types d'objets, certains pratiques, d'autres décoratifs ou sacrés, souvent incrustés de pierres semi-précieuses parmi lesquelles calcite, chlorite, obsidienne et lapis-lazuli. Les résidents de cette cité antique semblent avoir entretenu un contact étroit avec les villes de la Mésopotamie. Les fouilles laborieuses de Konar Sandal Sud ont révélé que la citadelle qui y était enfouie se composait de murs en brique monumentaux et de plusieurs pièces dont la datation au radiocarbone situe l'édifice entre 2500 et 2200 avant notre ère.

L'iconographie ornementale présente sur des centaines de récipients est riche d'un symbolisme réalisé avec brio et montre des similarités remarquables avec l'iconographie associée à la culture mésopotamienne. Les représentations de scorpions mises au jour à Jiroft font écho aux hommes-scorpions découverts au sein de la nécropole royale d'Ur, datant du 3e millénaire avant notre ère. Les hommes-taureaux de Jiroft rappellent l'homme-taureau Enkidu de l'Épopée akkadienne de Gilgamesh.

Les images caractéristiques d'un taureau inversé surmonté d'un aigle et de batailles entre aigles et serpents apparaissent sur de nombreux récipients découverts à Jiroft et semblent évoquer l'un des plus célèbres mythes de la Mésopotamie, celui d'Etana, le légendaire roi-berger de Kish. Il semblerait également que des représentations découvertes à Jiroft reprennent le motif du déluge universel, un élément central des cultures sumériennes et babyloniennes.

Au niveau de l'une des entrées de la citadelle de Konar Sandal Sud, des chercheurs ont trouvé un fragment de tablette d'argile cuite portant des inscriptions. À environ 150 m plus au nord, trois autres tablettes présentant deux systèmes d'écriture différents ont été découvertes. L'un d'entre eux présente des similitudes avec le système appelé élamite linéaire, utilisé dans les villes du royaume d'Élam, limitrophe de la Mésopotamie. L'autre système utilisait des formes géométriques et n'avait jamais été aperçu auparavant. La conclusion évidente qui découle de ces deux découvertes est que la civilisation de Jiroft était lettrée.

En 2003, Madjidzadeh a émis une hypothèse intriguante. D'après ses observations sur le site et une étude d'anciens textes cunéiformes de Mésopotamie, Madjidzadeh pense que la civilisation de Jiroft était Aratta, une terre louée pour sa richesse dans de nombreux poèmes sumériens. Une théorie soutenue par d'autres universitaires suggère que la civilisation établie à proximité de Jiroft correspondrait plutôt au royaume de Marhashi.

Depuis le début des fouilles il y a bientôt vingt ans, le site a offert de nombreuses découvertes qui, après analyse consciencieuse, devraient permettre de replacer Jiroft dans son véritable contexte historique.

Jiroft : Un potentiel nouveau berceau de la civilisation

Alors que la Mésopotamie est traditionnellement considérée comme le berceau de la civilisation, grâce notamment à l’essor de la culture sumérienne, la mystérieuse civilisation de Jiroft, qui a prospéré il y a près de 5 000 ans dans la vallée de Halil Roud (Iran), revendique encore son statut de premier foyer.

Les dernières fouilles menées sur les collines de Konar Sandal ont permis de mettre au jour des tablettes de pierre et d’argile gravées de symboles primitifs, précurseurs possibles du système d’écriture élamite. Ces découvertes ouvrent la voie à une réévaluation des débuts de l’écriture et de l’organisation sociale dans l’Antiquité, en posant la question de savoir si la région de Jiroft n’aurait pas été un acteur majeur dans l’évolution de ces deux domaines.

Ces travaux, initialement motivés par la nécessité de protéger les nécropoles préhistoriques contre le pillage, ont révélé une riche collection d’artefacts qui démontrent les prouesses technologiques et artistiques des habitants de Jiroft. Des vases, bols et autres objets, dont l’un en forme de sac à main, certains étant sculptés dans des matériaux comme la chlorite, ont été découverts. Une partie d’entre eux arbore des pierres dures et des coquillages, d’autres des représentations de créatures mythologiques comme des taureaux, des aigles et des demi-hommes, rappelant les mythes sumériens et les récits d’un déluge universel. D'autres artefacts en pierre, tels que des poids de mesure, ont été trouvés, suggérant que la société de Jiroft possédait un système économique structuré, peut-être lié à des échanges commerciaux. Par ailleurs, des objets liés à l’architecture ont été déterrés, notamment des rampes et des terrasses en briques non cuites, mais aussi des récipients avec des motifs décoratifs.

Autres sites d'intérêt en Iran

Outre les sites situés dans la province du Fars, d'autres régions d'Iran recèlent des trésors archéologiques importants :

  • Suse (Shush) et Shushtar : D’après les fouilles archéologiques menées à Suse et dans les environs, la ville a été construite 7000 ans avant J.-C. C’est dans cette région que s’est formé l’un des premiers gouvernements au monde, suite à la fusion des deux cultures du plateau iranien et de la Mésopotamie.
  • Takht-é Suleyman : Au nord-est de Takâb se situe un important site historique : Takht-é Soleimân, littéralement le trône de Salomon, l’un des plus anciens temples zoroastriens, érigé sous la dynastie sassanide.
  • Ecbatane (Hegmatana) : Situé dans la ville de Hamedan, ce site archéologique date du VIIe siècle av. J.-C.
  • Temple d'Anahita à Kangavar : Dans la ville ancienne de Kangavar, ce temple est dédié à Anahita, déesse de l'eau et de la fertilité dans la Perse ancienne.
  • Bisotun : Sur l'ancienne route des caravanes, Bisotun abrite des inscriptions trilingues relatant les faits d'armes de Darius Ier.
  • Tagh-e-Bostan à Kermanshah : Ces grottes sculptées présentent des bas-reliefs représentant des scènes de chasse royale et des batailles de l'époque sassanide.
  • Abyaneh : Ce petit village, inscrit au patrimoine de l’UNESCO, est situé au pied de la montagne Karkas, près du désert. Il est célèbre pour sa beauté légendaire et ses sites archéologiques, ainsi que pour ses maisons caractéristiques en pisé rouge.
  • Kandovan : Ce village troglodyte, avec ses maisons taillées dans la roche, offre une ambiance toute particulière.

Musées incontournables

Pour compléter une exploration des sites archéologiques iraniens, la visite de certains musées est essentielle :

  • Musée National d’Iran à Téhéran : Admirez la très belle et riche exposition d’objets sur l’Iran antique en provenance de plusieurs sites archéologiques célèbres.
  • Musée du Verre et de la Céramique à Téhéran : Ce musée contient des poteries de loam du IVe siècle av. J.-C., ainsi que des céramiques et des objets en verre extrêmement délicats.
  • Musée d’Azerbaïdjan à Tabriz.

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