Tout habitant de Hanovre a entendu parler de Leibniz, mais de qui ? Du célèbre philosophe mathématicien ou du biscuit, frère jumeau de notre petit-beurre français ? Cet article vous invite à explorer les multiples facettes de Leibniz et son lien étroit avec la ville de Hanovre.
Leibniz, le philosophe universel
Gottfried Wilhelm Leibniz naît à Leipzig en 1646. Doté de capacités exceptionnelles, il devient philosophe, scientifique, mathématicien, linguiste, juriste, diplomate, historien, géographe et théologien. Il laissera des traces de ses travaux dans ces nombreux domaines.
« Dans une même journée, il peut rédiger une lettre sur la quadrature des cycloïdes, une sur la langue chinoise, une autre sur la politique internationale ou une autre encore sur l'assèchement des mines du Harz. À chaque fois, il change de style ou de vocabulaire selon la nature de la correspondance et selon les compétences du destinataire. Il est difficile de trouver, dans les milliers de pages qu'il a rédigées tout au long de sa vie, deux lignes qui soient banales, qui ne suscitent pas la réflexion. » (Niccolò Guicciardini, Newton, l'horloger du monde, 2003)
Leibniz est cet homme naviguant avec tant d'aisance dans les méandres des langues naturelles. Cet homme qui, à une époque où tant la politique que la science sont remises en question, embrasse avec passion chaque question soulevée, confrontant ses idées avec des mathématiciens, physiciens, politiciens, théologiens, religieux de toute l'Europe.
Orphelin de père à six ans, Leibniz entre en 1653 à la Nicolaischule de Leipzig, où il montre des capacités peu communes. En 1661, il s'inscrit à l'Université de Leipzig. Deux ans plus tard, sous la direction de Jakob Thomasius, il soutient sa thèse de philosophie, intitulée Disputatio metaphysica de principio individui (Discussion métaphysique du principe d'individuation), où il s'interroge sur ce qui individualise les éléments distincts qui composent la réalité : pourquoi existe-t-il des êtres singuliers, individuels, alors que le monde est régi par des lois générales ?
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Parallèlement, Leibniz étudie les nouvelles doctrines des « Modernes » : Galilée, Descartes, etc. Il optera pour la seconde, comme il l'évoquera par la suite : « Je me rappelle m'être promené seul à 15 ans, après avoir découvert les auteurs modernes, dans un petit bois des environs de Leipzig appelé Rosenthal pour délibérer sur la pertinence de conserver les formes substantielles [entités non matérielles qui, selon les scolastiques, font la cohésion des corps organiques]. Au final, la nouvelle physique prévalut et je m'appliquai aux mathématiques. » Pendant l'été 1663, il fréquente à Iéna les cours du mathématicien Erhard Weigel, qui le marquent profondément. En octobre 1663, de retour à Leipzig, il entre en faculté de droit. En février 1664, il obtient le grade de magister en philosophie.
De retour à ses études de droit, il est reçu bachelier et termine un essai philosophique, Disputatio arithmetica de complexionibus (Discussion arithmétique sur les complexions), qui constituera la base de l'une de ses œuvres majeures, la Dissertatio de arte combinatoria (Dissertation sur l'art combinatoire), publiée en 1666. Leibniz y expose pour la première fois le projet de créer une écriture universelle qui couvrirait tout le champ des connaissances. Le 22 février 1666 enfin, il obtient le titre de docteur. On lui propose un poste académique, mais il décline l'offre. Il expliquera plus tard qu'il préférait trouver une position plus indépendante, qui lui permette de développer ses propres idées sans conditionnement.
À Nuremberg, il contacte une société d'alchimistes. À cette occasion, il rencontre le baron Johann Christian von Boineburg, conseiller de l'Électeur de Mayence, avec qui il se lie d'amitié et qui devient son premier protecteur, l'initiant à la politique et l'introduisant dans le milieu. Ainsi, en novembre 1667, à Francfort, Leibniz compose une Nova methodus discendae docendaeque jurisprudentiae (Nouvelle méthode pour l'apprentissage et l'enseignement de la jurisprudence) qu'il présente, à la suggestion de Boineburg, à l'Électeur de Mayence Johann Philipp von Schönborn. L'Électeur lui confie un poste de juge à la Haute Cour d'appel. En hiver 1668, Leibniz prépare, à la demande de Boineburg, un essai militant en faveur de l'élection du comte palatin de Neubourg au trône de Pologne, après l'abdication de Jean Casimir.
Dans Specimen, Leibniz tente de démontrer rationnellement, avec une rigueur mathématique, que le meilleur candidat à la succession est le comte de Neubourg. Son but est d'appliquer une sorte de « calcul rationnel » à l'analyse de phénomènes historico-sociaux, à l'instar des raisonnements mis en œuvre dans l'étude des phénomènes naturels. Toujours sur commission de Boineburg, Leibniz s'attelle à une nouvelle édition de l'Antibarbarus seu de veris principiis et vera ratione philosophandi contra Pseudophilosophos (Anti-barbare, ou des vrais principes et de la véritable manière de raisonner en philosophie, contre les pseudo-philosophes) de Marius Nizolius, publié une première fois en 1553. La nouvelle édition, précédée d'une large introduction de Leibniz, est prête pour la Foire du livre de Francfort d'avril 1670.
Parallèlement, Leibniz tente de construire une théorie générale du mouvement, en s'inspirant d'idées du philosophe Thomas Hobbes (1588-1679). Leibniz tire de ses réflexions un essai, intitulé Hypothesis physica nova (Nouvelle hypothèse physique) et publié en 1671.
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L'occasion d'entreprendre un voyage à Paris se présente à Leibniz en 1672 : au printemps, Boinebourg l'envoie effectuer une mission diplomatique dans la capitale française. Leibniz trouve un milieu intellectuel dynamique et il rencontre quelques-uns des représentants majeurs du nouveau paysage scientifique et philosophique dessiné par les idées de Galilée et de Descartes. Il se lie d'amitié avec le mathématicien, astronome et physicien néerlandais Christiaan Huygens (1629-1695), qui lui sert de guide dans l'étude des mathématiques. Début 1673, souhaitant épargner du temps à ceux qui font des calculs, Leibniz se lance, comme Pascal 30 ans plus tôt, dans la construction d'une machine à calculer qui serait en mesure d'exécuter les quatre opérations de l'arithmétique. Le 21 janvier, pour des raisons diplomatiques liées à l'organisation d'une conférence de paix, il se rend à Londres, où il séjourne pendant un mois. Vers la fin du mois de février, suite à la mort de l'Électeur de Mayence, Johann Philipp von Schönborn, il retourne à Paris. En avril, Jean-Frédéric de Brunswick-Lunebourg, duc de Hanovre, lui demande de devenir son conseiller, mais Leibniz, peu pressé de quitter son berceau scientifique, fait attendre sa réponse et s'attarde encore à Paris, prétextant qu'il est le tuteur du fils de Boineburg. Entre octobre et novembre, il met une dernière touche à son calcul infinitésimal.
Leibniz et Hanovre : une relation durable
Son histoire est liée à celle de Hanovre grâce à la fonction de bibliothécaire qu'il exerce au service des ducs de Hanovre pendant près de 40 ans. A l'heure actuelle, plus de 15.000 lettres envoyées ou reçues d'environ 1.100 correspondants sont toujours conservées à la bibliothèque de Hanovre. La maison dans laquelle il vécut de 1698 jusqu'à sa mort en 1716, est également encore visible à Hanovre dans le quartier de la Vieille Ville, à proximité du musée historique. Elle fut reconstruite à l'identique après sa démolition lors d'un bombardement en 1943. Aujourd'hui, de nombreuses institutions portent le nom de ce personnage de renommée : l'Université d'Hanovre - Leibniz Universität Hannover -, la bibliothèque municipale - Gottfried Wilhelm Leibniz Bibliothek.
Début 1676, Leibniz est officiellement nommé conseiller du duc de Hanovre et doit quitter Paris. Le 4 octobre, il part pour Hanovre, en passant par Londres. Pendant la traversée en bateau Londres-Rotterdam, Leibniz écrit le dialogue Pacidius Philalethi : prima de motu philosophia (Dialogue sur la philosophie première du mouvement). À La Haye, il rend visite au philosophe hollandais Baruch Spinoza (1632-1677), avec lequel il débat de la démonstration a priori de l'existence de Dieu.
Leibniz s'installe à la cour de Hanovre, où il mène en parallèle ses activités de conseiller et de chercheur, mettant parfois la première au service de la seconde. Ainsi, il publie en 1677, dans le Journal des Sçavans, une description du phosphore. De même, un projet pour le drainage de l'eau des mines du Harz lui fournira la matière d'un ouvrage de… géologie. En 1679, Leibniz propose d'employer des moulins à vent. Il entend utiliser les bénéfices pour fonder une Académie des sciences, laquelle lui permettra de réaliser son rêve : l'élaboration d'une langue universelle ou caractéristique. Quelques mois plus tard, le duc de Hanovre décède et son frère Ernest-Auguste, prince évêque d'Osnabrück, lui succède. Celui-ci confirme Leibniz dans son poste de conseiller et autorise la réa…
Leibniz, les biscuits
Au XIXème siècle, un négociant en sucre originaire de Hanovre, découvre en Angleterre les "Cakes" et décide, en rentrant en Allemagne, de fonder sa propre entreprise de petits gâteaux : la "Hannoversche Cakesfabrik H. Bahlsen". Trois années plus tard, il commercialise son petit-beurre qu'il nomme Leibniz en l'honneur du philosophe de la ville, à une époque où il est courant de faire référence à des personnalités pour l'appellation des produits (le Mozartkugel date de la même période).
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Existe-t-il un autre lien entre le petit-beurre et le philosophe ? Il se trouve que l'une des recherches du scientifique portait sur une denrée pour nourrir les soldats qui soit plus durable que le pain. Il proposa alors la biscotte, proche cousin des biscuits secs. Actuellement, l'entreprise Bahlsen, dont le siège se situe toujours à Hanovre, continue de commercialiser ses biscuits et a élargi sa gamme avec les Choco-Leibniz ou les Leibniz Zoo. Mozartkugel ou Leibniz ?
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