La bossa nova, littéralement "nouvelle vague" en portugais, est un style de musique brésilien né à Rio de Janeiro à la fin des années 1950. Elle est issue de la samba, mais avec une sensibilité différente, une élégance nonchalante et des influences du jazz. Elle est considérée comme l'un des diamants de la Musique Populaire Brésilienne. La bossa nova est la musique d'un Brésil idéal et laisse bien après ses plus belles années de profondes empreintes stylistiques. Ainsi, tous les musiciens et compositeurs antérieurs à ce mouvement auront grandi au travers de son harmonie. La voix de João Gilberto opposée au groupe des « chanteurs à voix » qui prédominait jusqu’alors aura permis une nouvelle forme d’expression vocale et la guitare sera devenue un instrument accessible à tous.

Origines et Influences

La bossa nova est née dans l'intimité des appartements de la zone sud de Rio de Janeiro, fruit d'un état d'esprit et d'un moment historique et social. Une population ouverte à l’information, à la nouveauté et au progrès fut son berceau. Le « Clube da Chave », la « Boîte Plaza », le « Drink », le « Beco das Garrafas » étaient les lieux de rencontre d’une jeunesse bourgeoise talentueuse, impatiente de créer une nouvelle manière de faire, d’interpréter la musique populaire.

Elle mêle rythmes de samba avec une sensibilité différente, une élégance nonchalante, la bossa nova puise aussi ses racines dans le jazz et en deviendra un des volets importants.

Selon Tom Jobim, « La bossa nova est la rencontre de la samba brésilienne et du jazz moderne … C’est une distillation de la samba … une musique de chambre populaire. Une musique de synthèse où l’influence du jazz est certainement plus grande encore chez les précurseurs du mouvement comme José Alfredo da Silva, plus connu sous le pseudonyme de Johnny Alf ». Enregistrée en 1961, Rapaz de bem fut écrite en 53 ! Plutôt effacé, discret de nature, certainement incompris, le cultissime Johnny Alf choisira les nuits froides de São Paulo à l’agitation nocturne de Rio - Rapaz de bem (RCA Victor). En 1954, les compositeurs Antonio Carlos Jobim et Billy Blanco signent un travail audacieux préfigurant la bossa nova, la Sinfonia do Rio de Janeiro.

Figures Clés de la Bossa Nova

Plusieurs figures ont contribué à l'émergence et à la popularisation de la bossa nova. Parmi les plus importantes, on peut citer :

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  • João Gilberto: Généralement considéré comme le fondateur de la bossa nova, Joao Gilberto s’installe dans la cidade maravilhosa à 18 ans. Sûr de son talent. Sa manière différente voire révolutionnaire de chanter et de jouer de la guitare aura influencé toute une génération d’interprètes. Pour l’ex crooner du groupe vocal Os Garotos da Lua, le chanteur doit sentir la musique comme une esthétique, la sentir en termes de poésie et avec simplicité. Le chant doit être une prière. Et si cet éternel insatisfait est l’un des interprètes majeurs de la bossa nova, il en est certainement le plus reconnaissable. Ainsi son expression vocale est caractéristique ; sa petite voix est dépourvue de vibrato, précise, toujours très juste et la diction parfaite et même perfectionniste au point qu’il enregistre vingt-huit prises de Rosa morena de Caymmi, mécontent du « o » de Rosa ! Emission, phrasé, indépendance et décalages géniaux entre la voix et la guitare : avec João Gilberto, l’interprétation de la bosssa nova devient un art même s’il affirme depuis plus de cinquante ans qu’il fait de la samba et rien d’autre.

  • Antônio Carlos Jobim: Également connu sous le nom de Tom Jobim, il est l'un des compositeurs les plus importants de la bossa nova. Descendant présumé de français nommés Jobin émigrés au Brésil au XVIIe siècle, Antonio Carlos Brasileiro de Almeida Jobim est né à Tijuca, Rio de Janeiro, le 25 janvier 1927. Ce verseau passe son adolescence à Ipanema et étudie sérieusement le piano avec les professeurs Lúcia Branco, Leo Perachi, Hans-Joachim Koellreuter et Tomás Terán. Il se passionne pour Heitor Villa-Lobos, Frédéric Chopin, Claude Debussy et Maurice Ravel puis abandonne très vite ses études d’architecture pour se dédier à la musique. Il commence sa carrière dans les boîtes de nuit de Copacabana. C’est sur la fameuse plage d’Ipanema qu’il rencontre deux personnes qui joueront un rôle déterminant par la suite : Thereza, avec qui il se marie en 1949 après sept années de passion tumultueuse, et Newton Mendonça, le pianiste qui l’accompagnera dans son triomphe artistique, les deux hommes écrivant entre autres chefs-d’oeuvre : Meditação, Desafinado, Samba de uma note só. En 1952, il entre chez Continental Discos comme copiste et travaille avec le maestro Radames Gnatali, l’un des meilleurs arrangeurs du moment. Son premier arrangement (sur une de ses compositions, Outra vez) est gravé par le suave Dick Farney en 1954. Une année importante puisqu’il connaît son premier succès avec la malicieuse Tereza da praia enregistrée par Dick Farney et Lúcio Alves.

  • Vinícius de Moraes: Poète et parolier, il a collaboré avec Tom Jobim sur de nombreuses chansons de bossa nova. Né à Rio de Janeiro le 19 octobre 1913 et décédé le 8 juillet 1980, l’attachant poète-diplomate qui parlait cinq langues est intimement lié à la bossa nova qu'il définissait ainsi : « C'est plus la solitude d'une rue d'Ipanema que l'agitation commerciale de Copacabana. ». On lui doit plus de quatre-cents chansons ! Romantique, bambocheur (« Etre poète, c’est vivre avec trois doses au-dessus de la moyenne »), il vulgarise la poésie grâce à une extraordinaire richesse de thèmes reposant sur une technique originale et une grande inspiration. Son art dévoile deux facettes : l’une mystique provenant de sa formation bourgeoise, l’autre, après une phase érotique transitoire, inspirée par le quotidien et le social. En descendant de son piédestal, ce bohème invétéré aura brisé les carcans académiques voire élitistes du genre pour mieux l’associer à la musique populaire de qualité.

  • Baden Powell de Aquino: Baden Powell de Aquino, né à Varre-Sai (Etat de Rio de Janeiro) le 6 août 1937, est ainsi prénommé par son père en hommage au général anglais fondateur du scoutisme. Il commence à étudier la guitare à huit ans. En 1955, il travaille avec le jazzman Ed Lincoln à la « Boîte Plaza » de Copacabana et son premier succès est Samba Triste avec des paroles de Billy Blanco. Sa collaboration avec Vinícius de Moraes sera fructueuse puisque les deux hommes écriront une cinquantaine de chansons, parmi lesquelles Samba em preludio, Labareda, O astronauta, Consolação ou encore Berimbau et ces afro-sambas au climat tellement bahianais : Canto de Ossanha, Canto de Xangô, Canto de Iemanja, fruits d'un séjour de six mois à Bahia où Baden s’imprégnera des racines africaines, intégrant dans son jeu des éléments de la religion afro-brésilienne. Le partenariat avec Vinícius changera radicalement sa vie personnelle et professionnelle.

  • Nara Leão: Douce guerrière, la carioca Nara Leão abandonne ses études avant l’âge de dix-huit ans pour se lier au mouvement dont elle allait devenir la muse avant de chanter professionnellement. Les premières rencontres des créateurs du mouvement ont en effet lieu dans le fameux appartement de Copacabana, Avenida Atlântica face au Posto 4, que ses parents ont la gentillesse de prêter (le garage des frères Castro Neves, dans le quartier résidentiel de Laranjeiras, était un autre endroit de réunion). Nara se souvient : « Les jeunes femmes indépendantes et de surcroît guitaristes étaient rares à cette époque. » En 1963, elle devient la chanteuse étoile de la comédie musicale Pobre Menina Rica puis tourne en France et au Japon avec le trio de Sérgio Mendes. Enthousiasmée par les propositions des Centres Populaires de Culture de l’UNE (Union des étudiants), elle rompt avec le courant bossa-noviste pour « revenir aux racines de la samba … Je veux être une chanteuse du peuple. » Une rupture plus idéologique que musicale. A preuve : durant son exil volontaire à Paris, Nara enregistre en 1971 la rétrospective de bossas novas Dez anos depois (Philips), s’affranchissant du modèle insurpassable et inhibant que représentait pour elle João Gilber…

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  • Sílvia Telles: L'adorable Sílvinha Telles devait se tuer très jeune dans un accident de voiture. Celle qui incarnait comme nulle autre le passage de la romantique samba-canção des années 5O à la bossa nova passait pour être l’une des meilleures interprètes de Jobim qui lui dédia la composition Dindi. A partir de ce moment, je commençais à observer toutes les ramifications de cet événement ; tout semblait converger vers Jobim. Orfeo da conceição ; A felicidade allait être le premier d’une interminable série de succès : Eu não existe sem voce, Garota de Ipanema, Insensatez, etc … Comme si cela n’était pas suffisant, Tom (Jobim) me téléphone une nuit, expliquant qu’il fallait que je vienne tout de suite écouter un jeune homme qui chante et joue de la guitare différemment. Chega de saudade et Bim bom.

L'essor International de la Bossa Nova

La bossa nova a rapidement dépassé les frontières du Brésil pour conquérir le monde entier. Le film "Orfeu Negro" de Marcel Camus, sorti en 1959, a grandement contribué à sa popularisation internationale en remportant la Palme d'Or du Festival de Cannes et l'Oscar du meilleur film étranger. Il n’en fallut pas davantage pour qu’une tripotée de jazzmen à la coule (ceux du cool en tête) ne s’emparent à leur tour de ces rythmes nouveaux. Dizzy Gillespie, Sonny Rollins, Coleman Hawkins, Quincy Jones et Zoot Sims emboîtèrent ainsi le pas à Stan Getz et Dave Brubeck, pour propager une vogue qui n’allait dès lors pas tarder à gagner le monde entier.

En 1962, la chanson "Garota de Ipanema" (The Girl from Ipanema), composée par Tom Jobim et Vinícius de Moraes, est devenue un succès mondial, propulsant la bossa nova au sommet des charts internationaux.

Caractéristiques Musicales

La bossa nova se caractérise par :

  • Un rythme doux et syncopé, dérivé de la samba, mais plus lent et plus subtil. La double fonction de la guitare : harmonique, apportant le soutien harmonique de la composition, et surtout percussive, se servant des accords pour créer le balancement rythmique syncopé.

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  • Des harmonies riches et sophistiquées, influencées par le jazz. L’harmonie s’avère infiniment plus recherchée, plus sophistiquée, subtile qu’auparavant. Les 4e apparaissent. Les accords ont leurs 9e, 11e voire 13e diminuées. Leurs quintes peuvent être augmentées.

  • Un chant intimiste et mélancolique, souvent en portugais. On chante sans effets de contraste ou mélodramatiques ; on chante comme on parle (le canto falado).

  • Des textes poétiques et lyriques, célébrant l'amour, la nature et la beauté de Rio de Janeiro. Les textes prennent de l’importance. Inspirés par la zone sud d’une ville toute en courbes, optimistes et lumineux, ils célèbrent l’amour, la mer, les bateaux, les jeunes filles de ces plages sans fin, le matin. De plus, les mots sont considérés comme des entités sonores.

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