Au cœur de la Bourgogne-Franche-Comté, dans le département de l'Yonne, se niche un lieu empreint de l'âme d'une des plus grandes écrivaines françaises : Colette. Saint-Sauveur-en-Puisaye, village natal de Sidonie-Gabrielle Colette, offre aux visiteurs un voyage immersif dans l'enfance et l'univers littéraire de l'auteure de "Claudine à l'école". La maison natale de Colette, ouverte au public, est bien plus qu'un simple lieu de visite ; c'est un véritable livre ouvert sur sa vie et son œuvre, un personnage à part entière qui a nourri son imagination et ses écrits.

L'histoire d'une maison, l'histoire d'une vie

La vie de Colette, née en 1873, est intimement liée à celle de sa mère, Sidonie Landoy, affectueusement surnommée Sido. L'histoire de Sido est elle-même un roman. Née à Paris, orpheline de mère, elle est confiée à une nourrice à Mézilles, non loin de La Puisaye. Son père, Henri Landoy, un escroc en cavale, s'exile en Belgique avec ses deux fils. Sido rejoint son frère aîné en Belgique, qui lui offre une éducation soignée et la sensibilise aux idées nouvelles. Elle devient une femme anticonformiste et cultivée.

Son mariage à 21 ans avec Jules Robineau-Duclos, un riche notable de Saint-Sauveur, est arrangé par la famille de ce dernier, afin de contrer son penchant pour l'alcool. Sido, profondément anticléricale et anticonformiste, se heurte à l'hostilité des habitants de Saint-Sauveur. Dans ses lettres à Colette, elle évoque la violence de son mari. De cette union naissent Juliette et Achille. Après le décès de Robineau-Duclos, Sido épouse le capitaine Jules-Joseph Colette, vétéran de la guerre de Crimée et percepteur à Saint-Sauveur, dont elle est éperdument amoureuse. De cette union naissent Léo et Sidonie-Gabrielle, la future Colette, qui décrira ses parents comme "s'aimant comme des adolescents".

La maison de Saint-Sauveur, avec ses deux jardins, sera le paradis terrestre de Colette durant ses 18 premières années. Cependant, les difficultés financières obligent la famille à vendre son mobilier aux enchères, qui se déroulent au sein même de la maison d'enfance. Le mariage de sa demi-sœur Juliette et les erreurs de gestion de la famille Robineau précipitent la ruine.

À 22 ans, Colette rencontre Henri Gauthier-Villars, dit Willy, critique musical et d'art, et auteur de romans. Willy comprend rapidement que la nostalgie de Colette pour ses racines nourrit son talent d'écrivaine et l'encourage à écrire la série des Claudine, qu'il signe de son propre nom. En 1903, Colette met fin à cette collaboration en écrivant "Claudine s'en va" et divorce pour s'émanciper de l'emprise de son mari volage et despote. Colette devient alors une "provinciale à Paris", cultivant son accent bourguignon.

Lire aussi: Avantages et Inconvénients : Berceau d'Entreprise

La maison de Colette avait été donnée à son demi-frère Achille, l'héritage familial ayant servi à payer la dot de Juliette. Après la mort d'Achille, la maison est vendue en 1925 par sa femme et ses filles. Colette se verra offrir l'usufruit de sa maison d'enfance par un soyeux lyonnais, Francis Ducharne, mais elle n'y reviendra que furtivement pour l'inauguration en 1925 de la plaque commémorative posée en façade et inaugurée par le ministre de l'Instruction publique, Anatole de Monzie.

La Maison de Colette : une reconstitution fidèle

C'est à partir des textes de l'écrivaine, de ses descriptions minutieuses des différentes pièces à vivre, ainsi qu'aux recherches effectuées par l'ancienne institutrice du village, Marguerite Boivin, pour retrouver le mobilier vendu, que la maison Colette et ses intérieurs ont pu être fidèlement reconstitués. À travers tous ses livres, de "La Maison de Claudine" à "Ces Dames anciennes" (1954), Colette n'a cessé d'évoquer sa maison d'enfance et ses jardins avec force et émotion.

Le jardin d'en face, acheté par la famille Robineau-Duclos pour préserver l'intimité de la maison, fait face à la façade principale et à son perron en fer forgé orné du monogramme RD. Le toit, recouvert d'ardoise, témoigne de la richesse de la famille, étant le seul de ce type dans le village.

La visite de la maison débute par la cuisine, dont la fenêtre donne directement sur le potager et le jardin-du-Haut, dont s'occupait activement Sido. Des pépiniéristes ainsi que l'architecte-paysagiste Françoise Phiquepal ont minutieusement analysé l'œuvre de Colette afin d'en faire une restitution la plus exacte possible. Les intérieurs ont pu être également reconstitués grâce à des documents d'archives, divers actes notariés ainsi que la maison elle-même, qui a gardé des traces de son passé et de son histoire. Les artisans ont gratté les murs pour les "faire parler" et découvrir en dessous de ceux-ci les papiers et les coloris datant de l'époque de Colette. On a retrouvé les fameux coloris bruns miel dans les corniches et encadrements de portes chers à Colette. Un atelier spécialisé a même reconstitué les motifs d'origine des papiers peints de la maison. Les rideaux ont été entièrement cousus à la main par une maison de tapisserie parisienne, les verres des fenêtres ont été soufflés à la bouche et les lampes et suspensions ont été électrifiées pour recréer l'ambiance des lampes à pétrole de l'époque.

La visite est agrémentée par les anecdotes et les extraits littéraires racontés de pièce en pièce. Dans la cuisine et l'élégante salle à manger, la gourmandise légendaire de Colette est évoquée à partir de ses écrits. On découvre également la chambrette de Colette, où s'infiltrait le froid durant les hivers rudes et située juste au-dessus des écuries. Colette abandonnera sa chambre au profit de celle de Juliette, sa demi-sœur, lorsque celle-ci se mariera.

Lire aussi: Berceau à roulettes : est-ce un bon choix ?

Le Musée Colette : un complément indispensable

Le Musée Colette, créé grâce à l'initiative de Colette de Jouvenel, dite Bel Gazou, permet de découvrir l'univers de la vie parisienne de Colette, son amour des collections et le fonds Colette constitué de peintures, photos, livres et différents objets de son appartement du Palais Royal où elle termina sa vie. La muséographie, signée par l'artiste plasticienne Hélène Mugot, est moderne et interactive. On apprécie la montée des marches où chacune est signée du titre d'un de ses romans.

Le musée rassemble les meubles, livres et objets qui se trouvaient dans son appartement parisien. En 1974, Colette de Jouvenel souhaite qu'un musée soit consacré à la mémoire de sa mère dans le berceau familial. N'étant plus propriétaire de la maison natale des Colette, Bel Gazou, aidée de la municipalité, se tourne vers le château abandonné qui surplombe la ville, mais le projet ne se concrétise pas. Au moment du décès de Colette de Jouvenel en 1981, sa succession fait resurgir le projet. Son frère ainsi que d'autres membres de la famille reprennent le flambeau pour qu'un établissement voie le jour en Bourgogne ou à Paris. Le rachat de son appartement du Palais-Royal à Paris étant impossible, les héritiers offrent à la commune de Saint-Sauveur-en-Puisaye, devenue entre-temps propriétaire du château, le fonds Colette constitué des meubles, livres et objets qui se trouvaient dans l'appartement du Palais-Royal. Cette donation est signée en 1987 sous la condition de la réalisation du musée et d'un Centre d'études et de recherches. En 1995, le Musée Colette ouvre ses portes.

La Puisaye : un territoire d'inspiration

De Saint-Sauveur jusqu'à Moutiers, on redécouvre les paysages de bocages si chers à l'artiste ainsi que la très belle église St Pierre & St Paul de Moutiers en Puisaye à l'architecture de style roman. La Puisaye-Forterre révèle ses trésors au cœur de la Bourgogne-Franche-Comté dans le département de l'Yonne. Bocages verdoyants et étangs miroitants dessinent un paysage unique. Cette terre d'argile et d'ocre, qui a vu naître l'écrivaine Colette, conjugue avec harmonie patrimoine historique et création contemporaine. Du château de Saint-Fargeau aux ateliers de potiers, du chantier médiéval de Guédelon aux sentiers bordés de trognes, chaque détour raconte une histoire. Dans ce territoire préservé, les habitants perpétuent des savoir-faire ancestraux tout en accueillant artistes et visiteurs en quête d'authenticité.

La Puisaye est davantage tournée vers l'artisanat d'art et le tourisme, tandis que la Forterre semble plus orientée vers l'agriculture. Saint-Amand-en-Puisaye est surnommé le village des potiers car il est le berceau historique de la poterie de grès en Bourgogne, grâce à la richesse de son argile gréseuse locale. Depuis plusieurs siècles, cette terre unique a permis le développement d'une tradition potière, perpétuée aujourd'hui par une trentaine d'ateliers et céramistes qui allient savoir-faire ancestral et création contemporaine. Le village est également labellisé Ville et Métiers d'Art et abrite le musée du Grès, installé dans le château.

Parmi les lieux incontournables à visiter en Puisaye, on retrouve :

Lire aussi: Berceau Magique : Votre liste de naissance idéale

  • Le Château de Guédelon, un chantier médiéval unique au monde où un château fort du XIIIe siècle est reconstruit avec les techniques et les matériaux de l'époque.
  • Le Château de Saint-Fargeau, lié à l'écrivain Jean d'Ormesson et à la Grande Mademoiselle, Anne-Marie Louise d'Orléans, et connu pour son spectacle historique estival.
  • La Tour Sarrasine de Saint-Sauveur-en-Puisaye, vestige des fortifications médiévales offrant une vue panoramique sur la campagne environnante.
  • Le Château de Ratilly, transformé en centre d'art contemporain.
  • La Ferme du Moulin de Vanneau, qui reconstitue la vie rurale traditionnelle de la Puisaye.

La Puisaye est omniprésente dans plusieurs des livres de Colette :

  • "Claudine à l'école" (1900) : premier roman de Colette, largement inspiré de son adolescence à Saint-Sauveur.
  • "Sido" (1930) : hommage à sa mère et à la maison de son enfance.
  • "La Maison de Claudine" (1922) : recueil de souvenirs d'enfance, qui restitue la maison, le jardin et le village.

On retrouve dans ces textes les descriptions de la nature poyaudine, les personnages du village, et l'influence de sa mère.

Un voyage dans le temps et dans l'œuvre de Colette

Visiter la maison natale de Colette, c'est voyager à travers le temps et plonger dans l'univers d'une des plus grandes écrivaines françaises. C'est découvrir les lieux qui ont nourri son imagination, les personnages qui ont inspiré ses romans, et l'atmosphère d'une époque révolue. C'est aussi comprendre l'importance de ses racines dans son œuvre et son attachement profond à sa Puisaye natale.

La maison natale de Colette propose de nombreuses animations : ateliers culinaires pour petits et grands, expositions et conférences. Au-delà de Saint-Sauveur, la Puisaye est souvent décrite comme le pays de Colette, et demande donc une attention toute particulière. Cet écrin de nature préservé en Bourgogne recèle bien des surprises, incarnées par de petites routes sinueuses, des forêts, des étangs et autres espaces naturels exceptionnels qui abritent de nombreux lieux de mémoire.

Informations pratiques

La Maison de Colette est ouverte du 1er avril au 1er novembre, avec des horaires variables selon la période. Les tarifs varient de 8 € à 13,50 €. Des tarifs réduits sont proposés pour les jeunes, les demandeurs d'emploi, les étudiants et les groupes. La durée moyenne de la visite individuelle est de 75 minutes, et de 60 minutes pour les groupes. La maison est accessible aux personnes à mobilité réduite et les animaux sont acceptés.

tags: #berceau #de #Colette #lieu

Articles populaires: