Introduction
L'histoire de la philosophie est jalonnée de divers courants de pensée, chacun ayant émergé dans un contexte géographique et culturel spécifique. Ces écoles philosophiques, véritables berceaux d'idées nouvelles, ont façonné notre compréhension du monde et de notre place en son sein. Cet article explore les origines et les caractéristiques de certaines de ces écoles influentes, en mettant en lumière leurs fondateurs, leurs doctrines et leur impact sur la pensée occidentale et orientale.
L'École Ionienne : Les Premiers Pas de la Philosophie Naturelle
L'école ionienne, la première de toutes, est celle qui a donné naissance au plus grand nombre de vues exactes sur les sciences naturelles, quoique ses membres les plus distingués fussent peu avancés dans l’art d’étudier la nature. Elle admit d’abord que le principe de l’univers était tout matériel. Cette école s’attacha à découvrir le principe physique qu’elle admettait.
Thalès de Milet
Suivant Thalès, son fondateur, ce principe était l’eau. Il est vraisemblable qu’il avait puisé cette idée en Égypte ; mais il lui fit subir des modifications telles qu’il en résulta une doctrine particulière. L’eau, qu’il considérait comme la matière première dont le monde avait été formé, était, selon lui, susceptible de différens degrés de densité, et, à chacun de ces degrés, elle constituait un élément ou principe secondaire. La combinaison des élémens, dans des proportions diverses, produisait tous les corps de la nature. Ces corps, les animaux, les plantes, avaient une âme, ainsi que le monde, pris dans son ensemble ; mais Thalès n’attachait pas au mot âme le sens qu’il a pour nous ; cette expression, dans sa pensée, signifiait seulement cause interne de mouvement.
Anaximandre de Milet
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Anaximandre, de Milet comme Thalès, et ami de ce philosophe, admettait pour premier principe l’infini. L’eau n’était qu’un principe secondaire, Mais il est difficile de démêler, d’une manière précise, ce qu’il entendait par l’infini. On ne comprend pas comment l’infini a pu donner naissance à l’eau. On ne saurait penser qu’il ait voulu exprimer, par ce terme, l’idée que l’espace illimité avait préexisté à la matière, car les philosophes anciens ont tous admis l’éternité de la matière. Quoi qu’il en soit, Anaximandre, ayant admis l’eau comme le second principe de la nature, prétendait que les hommes avaient primitivement été poissons, puis reptiles, puis mammifères, et, enfin, ce qu’ils sont maintenant.
Anaximène de Milet
Anaximènes de Milet, qui passe pour avoir été l’ami et le disciple d’Anaximandre, modifia ou plutôt précisa la doctrine de son maître, en substituant l’air à l’infini. Ce principe aériforme, susceptible de condensations différentes et de combinaisons variées, était, selon lui, la source de tous les êtres et même des dieux.
Héraclite d'Éphèse
Héraclite, célèbre par sa misanthropie, et qui peut aussi être considéré comme appartenant à l’école ionienne, admettait le feu pour principe universel ; mais peut-être le considérait-il plutôt comme la source de l’existence des êtres et du mouvement, que comme la matière même des corps.
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Anaxagore
Anaxagore, le restaurateur de l’école ionienne, eut des notions beaucoup plus saines que ses prédécesseurs sur presque toutes les parties des sciences physiques. On pourrait considérer ses écrits comme le dépôt des premiers germes scientifiques. Il distingua nettement, pour la première fois, l’esprit de la matière.
L'École Italique : Pythagore et l'Harmonie Universelle
Le fondateur de l’école italique, Pythagore était contemporain du conquérant Cambyse, d’Anaximandre, d’Anaximènes et d’Héraclite ; on rapporte même qu’il avait été, comme eux, disciple de Thalès. Mais ce fait n’est rien moins que prouvé. Après de longs voyages dans l’Égypte, dans la grande Grèce et peut-être dans l’Inde, il revint à Samos, sa patrie. Mécontent des changemens que le tyran Polycrate y avait introduits, Il alla en Italie et se fixa à Crotone, ville qui avait été construite cent vingt ans auparavant par une colonie d’Achéens. Il fonda dans ce pays une société secrète modelée sur la caste sacerdotale de l’Égypte. Pour en être membre, il fallait se soumettre à un long noviciat, subir des jeûnes, des abstinences de diverses natures et observer des pratiques singulières, dont le but n’est pas bien connu. Cette société fut un foyer de superstitions, et la source d’une foule de fables sur la vie et les opinions de Pythagore. Elle ne tarda pas à être taxée de vues ambitieuses, et, à ce titre, elle fut entièrement dissoute. Ce ne fut que long-temps après la mort de son auteur qu’elle put être renouvelée.
On ignore si Pythagore a jamais rien écrit : aucun ouvrage, qui lui soit attribué, n’est parvenu jusqu’à nous. C’est en Égypte qu’il avait recueilli ses connaissances géométriques et arithmétiques. Il essaya, rapporte-t-on, de les faire servir à l’explication de tous les phénomènes naturels. Suivant lui, les nombres étaient les principes des choses ; mais cette partie de sa doctrine est très-imparfaitement connue ; nous ne faisons qu’en conjecturer la nature. D’ailleurs, ses idées ont tellement été altérées par les hommes qui ont renouvelé son école, qu’il est difficile de les démêler de celles de ses continuateurs ; on peut seulement supposer que sa théorie mystérieuse consistait à évaluer en nombres toutes les forces, toutes les grandeurs, afin de les rendre ainsi comparables et susceptibles d’être soumises au calcul. Dans ce cas, il aurait eu l’idée qui, de nos jours, sert de base à la physique mathématique.
Suivant lui, tous les êtres sont comme les nombres pairs ou impairs. Ceux-ci sont composés de monades ou unités, les autres de diades ou dualités. On a cru reconnaître, dans cette opinion, quelque ressemblance avec les idées qui servent de base à la théorie des proportions définies ; c’est assurément une erreur.
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Pythagore concevait l’univers comme un tout harmonique, et il en prenait pour exemple le nombre des planètes qui, de son temps, correspondait exactement à celui des tons de la gamme. Au centre de ce tout harmonique, qu’il comparait à un grand animal, était le soleil, qui était l’âme du monde et le principe du mouvement. Toutes les autres âmes, celles des hommes, des animaux et même des dieux, émanaient et participaient de la nature de cette âme cosmique. Les dieux n’étaient, dans ce système, que des animaux d’un ordre supérieur.
Pythagore portait le langage mathématique jusque dans la morale. Il disait que la justice était un nombre divisible par deux. Il est évident que c’est là une expression figurée, par laquelle il se proposait d’indiquer l’égalité de partage résultant de la justice distributive. On peut croire, qu’à beaucoup d’autres égards, on a attribué à Pythagore des idées qu’il n’avait point professées, en entendant à la lettre ce qu’il n’avait dit que dans un sens figuré. Au reste, malgré toutes ses singularités, on ne peut refuser à l’école italique le mérite d’avoir fait faire un progrès important à la philosophie : l’école ionienne était toute matérialiste ; elle n’avait vu dans l’univers aucune intelligence régulatrice ; les premiers Pythagoriciens s’élevèrent au-dessus d’elle, en cherchant et en indiquant une cause supérieure à la matière.
Cette école, d’ailleurs, fondée sur les mathématiques, ne pouvait pas rester long-temps dans le vague ; elle devait bientôt, par un résultat inévitable de son procédé fondamental, s’appliquer à l’observation et à l’expérience. En effet, plusieurs observateurs ne tardèrent pas à sortir de son sein. Dès l’an 520 avant Jésus-Christ, Alcméon de Crotone, disciple immédiat de Pythagore, se livra à des recherches anatomiques sur les animaux. Comme il prétendait que les chèvres respiraient par les oreilles, on a pensé qu’il avait découvert les trompes d’Eustachi, par lesquelles l’air pénètre de l’arrière-bouche dans l’oreille interne. Ces trompes n’auraient ainsi été que retrouvées au xvie siècle. Alcméon avait sur l’embryologie des idées assez exactes ; il assurait que la tète des animaux se formait la première, ce qui est conforme à ce fait parfaitement connu que, pendant la première période de la vie fœtale, la tête est proportionnellement plus volumineuse que les autres parties du corps. Il affirmait un fait moins exact, lorsqu’il disait que le fœtus se nourrit par la peau. Il pensait que le siége de l’odorat était dans le cerveau, et il comparait l’époque de la puberté, chez l’homme, à celle de la floraison chez les plantes.
Nous ne connaissons les opinions de ce philosophe que par Chalcidius, commentateur de Platon. En général, il est bon de se tenir en garde contre tout ce que l’on rapporte de ces anciens philosophes, qui n’ont laissé aucun écrit ; car ce que la tradition en a conservé est si peu précis qu’on peut presque également leur attribuer les plus importantes découvertes ou les rêveries les plus extravagantes.
Timée de Locres, élève de Pythagore, passe pour avoir écrit un ouvrage sur l’âme du monde ; mais il est moins connu comme auteur de cet ouvrage que comme interlocuteur du dialogue auquel Platon a donné son nom pour titre.
Ocellus Lucanus, qui était probablement plus jeune que les précédens pythagoriciens, est auteur présumé d’un Traité de l’Univers, dans lequel il soutient l’unité du monde, son éternité, et celle des espèces. Il admet, pour la première fois, que le monde est composé de quatre élémens combinés de diverses manières, doctrine qui régna dans toutes les écoles, jusqu’à la fin du siècle dernier. Ocellus ne considérait les dieux, ainsi que l’avait fait Pythagore, que comme des animaux d’une classe supérieure, et plaçait entre eux et les hommes des êtres intermédiaires appelés démons. Mais il professait que l’ensemble de l’univers était une divinité suprême.
Ce système est attribué par d’autres auteurs à Empédocle, né à Agrigente, vers la 444e année antérieure à la naissance de Jésus-Christ, et qui composa un poëme didactique sur la nature, dont il ne nous reste que des fragmens. À cette époque, on s’occupait peu des détails ; toutes les doctrines tendaient à une explication universelle.
Aucun des quatre élémens, en particulier, suivant Empédocle, n’est un principe, comme l’avaient déjà pensé tous les autres pythagoriciens. Selon lui, la substance préexistante était le mélange confus de tous les élémens, en un mot, le chaos.
Mais ce philosophe fit mieux que de se livrer à des spéculations ; il observa la nature dans ses détails, comme Alcméon l’avait fait avant lui. Il reconnut de l’analogie entre l’œuf des animaux et la semence des plantes ; il découvrit l’amnios ; et on pourrait admettre, d’après un vers de son poëme qui est arrivé jusqu’à nous, qu’il avait aussi découvert le limaçon de l’oreille, découverte qui n’est due incontestablement qu’à des observations très-délicates faites dans le xvie siècle.
Empédocle fit des applications utiles des connaissances qu’il avait recueillies : il assainit son pays en empêchant que les eaux n’y séjournassent ; il fit aussi, rapporte-t-on, disparaître des influences épidémiques, en fermant une ouverture de rocher par laquelle se répandaient dans l’atmosphère des vapeurs nuisibles.
Épicharme de Cos, qui paraît avoir été fort estimé des anciens, avait écrit, sur la médecine, la morale et la physique, des ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Mais ses comédies ont fourni quelques détails sur diverses plantes et divers poissons, et sur les autres substances alimentaires qui étaient employées de son temps. On ne sait, du reste, avec certitude, ni le lieu, ni la date de sa naissance.
Tels sont, messieurs, les philosophes de l’école italique qui appliquèrent aux sciences l’activité de leur esprit. Cette école eut une existence fort tourmentée ; les associations secrètes qu’elle forma suscitèrent des troubles graves dans plusieurs villes ; le peuple se souleva contre elle, et ses membres périrent presque tous. Cependant, les doctrines pythagoriciennes survécurent jusqu’au temps de Platon, qui en adopta une partie pour la composition de son système de philosophie.
Thémistocléa
Selon certaines théories, Thémistocléa serait à l’origine de l’école pythagoricienne. On ignore sa date de naissance. Cependant, les historiens ont pu établir qu’elle était une prêtresse de Delphes. Elle est également une femme philosophe reconnue pour prodiguer sagesse à l’ère antique par ses oracles. Elle révérait Apollon, l’Hyperboréen. Dès le IIIe siècle de notre ère, elle est évoquée dans les écrits de Diogène Laërce, poète, biographe et philosophe. Elle aurait contribué à forger la pensée du pythagorisme, en particulier sur ses valeurs morales. Plusieurs sources mentionnent Thémistocléa et la considèrent comme la première femme philosophe. L’orthographe de son nom varie d’un auteur à l’autre. Parmi les graphies observées, on peut évoquer Thémistokleia, ainsi que des patronymes différents, dont Theoclea et Aristoclea. Au-delà de son influence sur le pythagorisme, l’existence même de Thémistocléa fait encore débat, tant le personnage reste entouré de mystères. La traduction d’anciens écrits et d’éventuelles erreurs associées laissent aussi planer le doute. Dans son Dictionnaire des philosophes antiques, Richard Goulet avance l’hypothèse qu’il s’agirait d’un prétexte pour défendre les enseignements philosophiques de Pythagore par une reconnaissance divine. On retient alors le statut de prêtresse de Thémistocléa. Il aurait ainsi eu davantage de légitimité d’un point de vue politique. On peut aussi évoquer la théorie où Thémistocléa serait la sœur de Pythagore. Il n’est toutefois pas précisé s’il est question d’un lien de sang ou de spiritualité.
L'École Éléatique : La Primauté de la Raison
Parallèlement à l’école de Pythagore s’était élevée l’école éléatique, ainsi nommée parce que son fondateur, Xénophane, venu de Colophon, ville de l’Asie Mineure, s’était fixé, vers l’an 536, à Elea ou Velia, dépendant de la Sicile. Xénophane a exposé sa doctrine dans un poëme sur la nature, dont il ne nous est resté que quelques fragmens. Son système est plus métaphysique que physique ; il a pour base l’unité absolue : c’est un panthéisme idéalistique qui offre quelques rapports avec la doctrine allemande, connue sous le nom de Philosophie de la nature. Xénophane est le premier qui ait attaqué, en Grèce, l’antropomorphisme populaire ; il absorba la divinité elle-même dans son unité absolue, et expliqua la multiplicité des choses variables en prenant, à ce qu’il paraît, pour élémens primitifs, l’eau et la terre.
Parménide d’Élée, son disciple immédiat, développa le même système avec plus de précision. Suivant lui, la raison seule reconnaît la réalité et la vérité ; les sens, au contraire, ne témoignent que d’une apparence trompeuse. Il résulte de là un double système de connaissance, celui de la notion véritable et celui de la connaissance apparente ; le premier fondé sur la raison, l’autre sur les sens.
Zénon d'Élée
Aristote appellera Zénon "le père de la dialectique".
Les Écoles de Pensée Indiennes : Une Diversité de Perspectives
L’Inde a été le berceau de nombreuses écoles de pensée, dans lesquelles il y a souvent un rapport au divin, mais aussi, un souci de développer une réflexion sur le savoir. On parle moins à leur sujet de "philosophies" que de grands "points de vue" sur le monde ou "darshanas". La philosophie indienne trouve ses racines dans des courants religieux très variés, qui se distinguent par leur autorité ou non à un texte sacré, le Veda. "Le Veda est un texte considéré comme faisant autorité par principe. Il est constitué de différentes strates et sa composition s'étend sur des siècles. (…) Aujourd'hui, le Veda est considéré comme l'écriture fondatrice de ce qu'on appelle l'hindouisme", explique Isabelle Ratié. Le Veda est un texte qui fait autorité pour un certain nombre d'écoles, dont le brahmanisme, auxquels s'opposent des courants qui ne reconnaissent pas son autorité. On compte parmi eux le bouddhisme ou encore le jaïnisme. "Aucun de ces courants n'admet la réalité d'un Dieu créateur", rappelle Vincent Eltschinger. Par exemple, dans le bouddhisme, le Bouddha ("l'Eveillé") est d'abord "compris comme un homme, et non comme un dieu qui serait à l'origine de l'univers." L'âge d'or de la philosophie indienne se situe au premier millénaire. Isabelle Ratié revient sur un paradoxe important : "C'est de manière paradoxale que cette profusion de mouvements très différents vont de manière assez surprenante conduire à une naissance de la philosophie indienne. Les représentants de ces mouvements ont tous leur corpus scripturaire. Or, tous ces mouvements entrent tôt en compétition pour essayer d'obtenir les faveurs des princes. (…) Il a fallu que chacun de ces représentants de religions si différentes mettent de côté l'écriture et recourent à des arguments rationnels." La philosophie indienne est donc inséparable de tous ces courants religieux, et en même temps, elle s'en distingue : "C'est parce qu'ils voulaient leurs mouvements religieux qu'ils ont été conduits à inventer un discours dans lequel l'enquête rationnelle a pu se développer de manière autonome." Ces débats se cristallisent autour d'un certain nombre de controverses très variées, s'intéressent tout autant à la logique qu'à la question des universaux ou du langage. Il y a toutefois toujours une forme d'horizon, qui est la question du salut. La souffrance est un enjeu central pour toutes ces écoles, védiques ou non. Isabelle Ratié souligne : "Il y a une forme de consensus en Inde sur le fait que la souffrance domine. Il y a un quasi-consensus que cela vaut aussi la peine de faire l'effort de se libérer de la douleur." Certaines traditions ont d'autres préoccupations et considèrent qu'il est plus urgent de nous occuper de résoudre les problèmes en cette vie-même, comme les shivaïtes : "l'existence est pour eux félicité, soit la conscience que nous avons de notre propre complétude ou plénitude. L'expérience douloureuse est donc toujours incomplète. Leur enjeu pour se libérer est alors de parvenir à recouvrer notre conscience de la félicité."
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