L'expression « berceau des cultures » est une métaphore puissante, souvent utilisée pour désigner le lieu d'origine et de développement d'une civilisation ou d'une culture particulière. Cet article se propose d'explorer cette définition, en considérant les nuances et les complexités qu'elle implique, tout en examinant comment elle est utilisée dans divers contextes, notamment dans le domaine de la paléoanthropologie et de la médiation scientifique.

La métaphore du berceau : origine et signification

Le terme « berceau » évoque l'image d'un lit douillet pour un nouveau-né, un lieu de commencement et de protection. Appliquée aux cultures, cette métaphore suggère un lieu géographique où une civilisation est née et a prospéré, donnant naissance à des idées, des pratiques et des innovations qui se sont ensuite diffusées dans le monde.

L'origine du mot "berceau" définit littéralement le premier lit, plus globalement l'origine. Dans le langage familier, le berceau peut désigner l'extrême jeunesse d'une personne.

Afrique : un berceau de l'humanité ?

La métaphore du berceau de l’humanité est souvent utilisée, plus généralement pour nommer l’Afrique. L'idée de l'Afrique comme berceau de l'humanité est très populaire. La région où une civilisation est née et s'est développée est l'origine géographique.

Toutefois, il est important de noter que l'origine de l'Homme est multiple.

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L'Europe : un berceau potentiel ?

Dans le documentaire « L’Europe, le berceau de l’humanité ? " diffusé sur Arte, la question de l'Europe comme berceau de l'humanité est posée.

En effet, à travers des cartes, on constate que les fossiles de grands singes datés d’environ 10 Ma (+/- 2 Ma) ont été découverts plus nombreux en Europe que sur les deux autres continents. La question mérite en effet d’être posée, l’hypothèse argumentée.

Les défis de la médiation scientifique

La médiation scientifique, qui vise à rendre la recherche accessible au grand public, est confrontée à plusieurs défis. L'un d'eux est la nécessité de simplifier des concepts complexes sans les dénaturer.

Nous allons ici explorer quelques difficultés inhérentes à la médiation scientifique. En nous basant sur le documentaire « L’Europe, le berceau de l’humanité ? " diffusé sur Arte, nous proposons d’appliquer quelques pistes pour aiguiser le regard critique du spectateur et le rapprocher d’une démarche scientifique et objective. Ajoutez à cela la réalisation d’un documentaire, traduit de l’allemand au français, qui se doit d’être captivant, voire sensationnel (putaclic dirait-on dans d'autres sphères) pour conquérir un public large.

Simplification et métaphores

Vulgariser nécessite de simplifier, d'expliciter la recherche scientifique nécessite également l’usage de métaphores. Par analogie, les termes issus du langage courant aident à faire émerger rapidement chez le néophyte des représentations simples plus ou moins proches des modèles scientifiques complexes. Il en va ainsi du « chaînon manquant », expression utilisée à plusieurs reprises ici.

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Cependant, il est crucial de veiller à ce que ces simplifications ne conduisent pas à des interprétations erronées ou à des généralisations abusives.

Le piège de la linéarité

L'expression « chaînon manquant » nie par exemple le buissonnement évoqué plus haut à propos de la bipédie « Autrement dit, le schéma de nos origines se complexifie : la bipédie n’est plus l’apanage du genre humain, et les traits de nos ancêtres n’ont sans doute pas évolué linéairement, de ceux d’un hominoïde (grand singe - NDA) fossile jusqu’à ceux des humains actuels » (F. Marchal - réf.

L'expression fit florès au siècle dernier : un australopithèque, derrière un Homo habilis encore vouté à peine plus grand, qui suit un Homo erectus nu bien dressé, derrière un néandertalien vêtu de peau. Tous derrière, tous derrière et lui devant, Homo sapiens, l’Homme actuel, grand et droit, armé, en bout de ligne. Tous bien alignés, on parle d’un modèle linéaire. Mais en y regardant de plus près, cette ligne s’est révélée être un éventail. On évoque depuis le « buisson » humain (+ d'infos avec l'expo ? vidéo "Buisson humain dans le temps"). Le terme buisson évoque, par sa forme, celle du modèle actuel de l’évolution en général et humaine en particulier : une arborescence foisonnante d’espèces loin d’une chaîne unique d’espèces. Le modèle théorique est, en l’état actuel de nos connaissances et observations, bien établi.

Biais et interprétations

Il est important de reconnaître que la science elle-même n'est pas exempte de biais. Les chercheurs peuvent être influencés par leurs propres hypothèses, leurs perspectives culturelles et les contraintes financières.

Ce qui constitue d’ailleurs l’un des biais du système « science » depuis … des siècles probablement. Il est en général plus facile d’obtenir des financements pour tester une hypothèse académique (fouiller en Afrique de l’Est dans notre cas par exemple) que pour interroger une hypothèse plus audacieuse (fouiller en Bulgarie sur les traces de nos ancêtres…). Dans le cas de la paléoanthropologie, il faut aussi compter avec la situation géopolitique mondiale (des fouilles en Syrie ? au Tchad ? Les chercheur.es sont des femmes et des hommes comme les autres, tou…

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La bipédie : un critère trompeur ?

Dans le contexte de l'évolution humaine, la bipédie est souvent considérée comme un critère déterminant. Cependant, il est essentiel de ne pas tomber dans le piège d'une vision simpliste.

Pour continuer avec la bipédie, et en finir avec le choix des mots, le narrateur (la traduction) utilise régulièrement les termes humains et pré-humains. A bon escient en général. Ce ne sont que des mots. La limite entre pré-humains et humains, au plan scientifique, est totalement artificielle. Le terme humain est particulièrement polysémique : à raison d’un sens de ce mot par humain, on touche les 8 milliards d’occurrences. Pas mal non ? (+ d'infos ? C’est quoi un « être humain » ? Nous ne toucherons pas à la philosophie, sachez toutefois que pour certains scientifiques, la faible distance génétique entre les humains et les chimpanzés ferait de ces derniers des humains. Inversement, nous avons tous appris que le « premier Homme », c’était Homo habilis. Que nenni, un « vulgaire » australopithèque mangeur de viande pour certains paléoanthropologues (très minoritaires, certes). Ajoutons à cela que les scientifiques n’ont pas eu beaucoup de créativité pour nommer les espèces du clade des hominoïdes …. Hominina, homininés, hominidés, hominoïdes et hominoïdes…..Nous imaginons les difficultés qu’a rencontrées le pauvre traducteur (+ d'infos avec l'expo ? Revenons à la bipédie pour la principale critique de l’argumentaire développé dans ce documentaire. Chez les primates ACTUELS, tout ce qui est bipède permanent est humain. C’était encore vrai il y a 2 Ma. C’était faux il y a 3,5 Ma. A cette époque, les bipèdes sont australopithèques, kenyanthropes, paranthropes, mais point d’humains sur la planète (en l’état actuel des données - 23 avril 2020 - 19h50 - on ne sait jamais…). Et c’est a priori archi faux il y a 7 Ma. Et Toumaï ? "On voit les éléments de façon manichéiste, noir ou blanc. La poule, l’aigle, le T-Rex sont aussi bipèdes, certes… Oublions les dinosaures et concentrons-nous sur les mammifères, primates, à coccyx (dépourvus de queue), bref les grands singes. A l’origine de TOUS ces grands singes, actuels ou plus anciens, des primates bien différents. Quelques kilos, munis d’une queue, ils évoluent le long des branches dans la canopée dense. La queue se fait balancier, rétablit l’équilibre, la colonne vertébrale bien horizontale. A partir de populations de petits singes anciens, l’évolution explore d’autres voies. Quelques millions d’années plus tard, émergent des primates plus lourds, qui se déplacent de branches en branches : les grands singes. Cette morphologie « nouvelle » et inédite porte déjà quelques prémices de la bipédie, mais l’évolution elle-même ne le sait pas encore. Ces primates de genres nouveaux arpentent la terre ferme plus régulièrement que leurs ancêtres, arboricoles quasi exclusifs. Leur diversité est nettement supérieure à la diversité actuelle, en particulier entre - 18 Ma et - 8 Ma. Brachiation, saut, tractage, bipédie ponctuelle, de nombreux modes de locomotion sur des voies évolutives différentes ont été explorés. Bref, de DEUX à QUATRE pattes, les grands singes ont pratiqué, et pratiquent encore, de nombreux modes de locomotions alternatifs (+ d'infos avec l'expo ? LA bipédie ne fait donc pas l’Homme, ni au plan chronologique, ni au plan phylogénétique (classification des êtres vivants selon leur lignée évolutive, (+ d'infos avec l'expo ? panneaux "La main des primates" et "L’Homme en boîte"). Pourtant, les fossiles des grands singes ont longtemps été interprétés selon l’idée que la bipédie faisait systématiquement l’Homme, ce qui semble être le cas dans ce documentaire. De nombreux fossiles, dont Lucy, présentent une anatomie « mosaïque », certains traits les « rapprochant » de celle de l’Homme, d’autres de celle des autres singes. Pour ce qui concerne les grands singes, et l’histoire évolutive plus récente de notre espèce, les réserves émises ici (dents et surtout bipédie) sont moins applicables. Les lignées ont divergé, vers une hyperspécialisation bipède en direction des humains à venir. Elles sont morphologiquement mieux identifiables et mieux documentées en fossiles.

Rituels du coucher et diversité culturelle

La ritualisation du coucher est une pratique de maternage qui a, selon Hélène Stork, autant de variantes que de cultures dans le monde. Elle aide l’enfant à se séparer de ses parents, de ses proches, des adultes qui lui sont familiers, et contribue à son endormissement.

En Occident, en Europe du Nord, principalement en France, c’est au Moyen-Âge qu’apparaît cette particularité de se séparer la nuit, l’Eglise interdisant la proximité des corps. Les bercements, ces gestes manuels, activaient les berceaux en mouvements multi- directionnels ou pendulaires, les bercements dans les provinces françaises se pratiquaient avec un rythme doux. Au XXème siècle les recommandations de mise à distance des enfants sont inspirées par la psychanalyse afin d’empêcher la fusion incestueuse entre la mère et son enfant. C’est ainsi que le contact distal prendra racine et deviendra un modèle concernant les manières d’endormir les enfants. Plus tard, dans les années d’après-guerre, il sera fortement conseillé aux adultes de ne pas intervenir auprès des enfants pour le coucher afin de favoriser leur autonomie. Les rituels du coucher étaient encore à consonance religieuse. En Europe et en Amérique du Nord, il s’agit d’un maternage distal, caractéristique des sociétés occidentales, c’est-à-dire à distance avec comme support la voix, cordon ombilical sonore, et le regard. Il apparaît que les parents apaisent moins par eux-mêmes, cédant cette fonction aux doudous, ces objets transitionnels occidentaux multiples et très colorés. Ailleurs dans le monde, de l’Europe à l’Asie du Sud en passant par les pays d'Afrique, les familles partagent l’espace de nuit avec leurs jeunes enfants. Au Portugal, en Angleterre, en Espagne, les bébés et les jeunes enfants s’endorment tout près des parents, dans un berceau, dans la chambre parentale. C’est ce que l’on nomme le co-sleeping ou le co-dodo c’est-à-dire le dormir ensemble ou le sommeil partagé avec plusieurs façons de le mettre en place. Au Portugal, avec son passé influencé par une culture africaine et brésilienne, le rituel s'organise également autour des berceuses. Le maternage est mixte, parfois dans la proximité, parfois dans le maternage distal. En Chine, les parents continuent à pratiquer le sommeil partagé. Les enfants dorment avec leurs parents ou dans un berceau, dans la chambre parentale, recouverts d’une couverture très douce. Au Japon, les berceuses se murmurent aux oreilles des enfants. Les thèmes des contes sont multiples, il y a les personnages mythiques tels que le chat tigré, la souris, le charpentier et les femmes des neiges. En Inde, la vie se passe au sol, le bébé est déposé dans un berceau pendulaire pour le protéger à partir du seizième jour. Le bercement est vigoureux. Dans certains pays d'Afrique, le bébé et le jeune enfant dorment blottis contre leur mère, à portée du sein, au milieu des bruits quotidiens, avec tous les adultes composant la famille élargie. Installé sur une natte, l'enfant est souvent recouvert de deux pagnes, un petit pour l’envelopper, le deuxième coloré pour l’esthétique et les ancêtres inscrits dans la filiation. Ah ! Dit le chat, l’oreille tendue, mais qu’est-ce que le bébé aime ? Il aime ce qui est doux et qui chatouille, dit la chauve souris.

Le berceau : un objet culturel et social

Dans les représentations traditionnelles, le berceau a toujours joué le rôle d’accueil du petit enfant. Associé au bercement, il assure le bien être de l’enfant et le prépare à un sommeil réparateur, nécessaire à son repos et à celui de sa famille. Le berceau joue alors au sens propre, comme au sens figuré, un rôle essentiel de protecteur. Pourtant, en se penchant sur les traités de soins pour les nouveau-nés et les traités d’éducation rédigés par des médecins dans la première moitié du XIXe siècle, on comprend que la place du berceau dans la cellule familiale est source de différents enjeux. La question d’employer un berceau pour faire reposer l’enfant, si elle semble évidente, n’a pas toujours répondu à une volonté d’assurer plus de confort à l’enfant. Elle correspond au contraire à une demande forte de la part des différentes autorités (médecins, théologiens, moralisateurs) de bannir la cohabitation au sein du même lit entre enfants et parents, afin de proscrire les risques d’étouffement et d’infanticide. Pour autant, faire reposer un enfant dans un berceau, nécessite de bien définir les rôles de chacun (mère, nouveau-né, nourrice, père).

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