L'histoire de la civilisation russe est un sujet complexe et fascinant, souvent marqué par des débats passionnés et des interprétations divergentes. Au cœur de ces discussions se trouve la Rus' de Kiev, un ancien État slave oriental qui a prospéré du IXe au XIIIe siècle. La question de savoir si la Rus' de Kiev est le berceau de la Russie, de l'Ukraine, ou des deux, est un point central de désaccord historiographique entre les deux nations.
Les Origines de la Rus' de Kiev
Dès le XVIIIe siècle, en Russie, des historiens ont mené un grand débat sur la Rus’de Kiev et sur l’ethnie de ses fondateurs. Ils estimaient que les habitants de Kiev étaient des Russes et s’interrogeaient pour savoir si ceux-ci étaient un peuple slave ou non. En fait, à l’époque de la Rus’de Kiev, du IXe siècle au XIIIe siècle, la région était occupée par un groupe de gens du Nord venant de la Baltique, les Varègues, des Vikings qui ne sont pas du tout Slaves. Aujourd’hui, nous pensons que les fondateurs étaient vraiment ces Vikings venus vers la mer Noire pour vendre leurs produits (bois, peaux, ambre) et qu’ils se sont mélangés avec des paysans plutôt slaves.
Kiev est devenue alors un empire très riche, en liaison avec les tribus de l’Est et avec l’Empire byzantin. Les princes de Kiev ont créé la dynastie dont le fondateur, Riourik, était un Viking. Les princes qui lui ont succédé s’appelaient les Riourikides. Cette dynastie a réussi à établir son pouvoir sur cette région qui est aujourd’hui l’Ukraine et qui s’est étendue au nord vers la mer Baltique, mais aussi au sud de la région de Kiev, avec des tribus très diverses dont la richesse venait du commerce entre les régions des forêts, jusqu’à la mer Noire et à l’Est.
La Rus' de Kiev, fondée au IXe siècle par un viking nommé Riourik, était une petite principauté russe avec Kiev comme capitale. Ce territoire est considéré comme ayant donné naissance à la Russie et à l'Ukraine en tant que seul et même peuple. L'Ukraine est donc considérée comme le berceau de la civilisation slave.
L'Héritage Contesté de la Rus' de Kiev
L'histoire de la Rus’de Kiev, au IXe siècle de notre ère, suscite un débat historiographique vif entre Ukrainiens et Russes pour savoir si cet empire très ancien est le berceau de la Russie ou de l’Ukraine. Cela pose une série de questions : qui a fondé la Rus’de Kiev ? Qui était le peuple de Kiev ? Et après la chute de Kiev, que sont devenus les habitants de ce territoire ? Ce sont des questions historiques complexes, et le sujet de nombreuses discussions depuis très longtemps.
Lire aussi: Avantages et Inconvénients : Berceau d'Entreprise
Or, si, du point de vue des historiens, il est considéré qu’il s’agit bien du berceau de la Russie, rien ne permet de justifier que ce territoire appartient à la Russie ou qu’elle puisse prétendre avoir des droits dessus aujourd’hui. En effet, il est important, et à plus forte raison dans l’Europe monarchique, de distinguer la notion de dynastie de celle d’État. Les exemples abondent de mariages, transferts monarchiques, sans pour autant qu’on puisse y voir ou constater une transformation étatique ou que des politiques d’assimilation puissent être opérées. Lorsque Jean Ier de Luxembourg monte sur le trône de Bohême en 1310, les Tchèques n’en deviennent pas davantage Luxembourgeois.
L'Ukraine : Entre Occupations et Indépendances
Depuis des millénaires, l’Ukraine alterne entre des périodes d’occupations et d’indépendances.
Au 16e siècle, la Pologne mais également la Lituanie envahissent l’Ukraine.Au 17e siècle, ces deux nations rentrent en guerre avec le tsarat de Russie. l’Est de l’Ukraine devient la « Rive gauche ». Elle est contrôlée par les russes. La « Rive droite » est contrôlée ainsi par la Pologne. En 1793, la « Rive droite » est annexée par l’Empire Russe qui interdit la langue ukrainienne et pousse non seulement les habitants à se convertir à la religion orthodoxe russe.
Après avoir retrouvée son indépendance, l’Ukraine connaît une guerre civile avant d’être rattachée à l’Union soviétique en 1922. Elle reste un territoire de l’URSS jusqu’en 1991, date à laquelle un référendum déclare l’indépendance de l’Ukraine. L’Ukraine est souveraine et indépendante. Cela veut dire qu’elle se gouverne seule. Bien qu’étant en Ukraine, à l’Est du pays, les habitants des régions de Donetsk et de Lougansk, se sentent plus russes qu’ukrainiens. D’ailleurs, plus de 70% des habitants de Donetsk et de Lougansk parlent uniquement Russe et revendiquent, depuis 2014, eux aussi, leur indépendance. Ils ne veulent plus appartenir à l’Ukraine. En 2014, la Russie lance une opération militaire et prend le contrôle de la Crimée. La Crimée appartenait autrefois à l’Ukraine. Elle appartient aujourd’hui à la Russie. La Russie veut faire de même avec les territoires de Donetsk et de Lougansk. D’ailleurs, la Russie a reconnu l’indépendance des territoires vis-à-vis de l’Ukraine le 21 février 2022.
La Russie et l'Ukraine : Liens Culturels et Linguistiques
Si l’Ukraine et la Russie sont bel et bien proches sur le plan culturel et linguistique avec des liens historiques forts, l’Ukraine n’est en rien une excroissance russe ou encore une création artificielle offerte par les Soviétiques sur le déclin. Il s’agit d’un État et d’une nation propres dont l’histoire, la langue et la culture sont millénaires et méritent d’être rappelées.
Lire aussi: Berceau à roulettes : est-ce un bon choix ?
L'Ukraine : Un État aux Frontières Fluctuantes
Le véritable drame de l’État ukrainien est assez similaire aux autres États de l’Europe médiane et orientale au cours de l’histoire. Ce sont des États aux contours fluctuants, les frontières se redéfinissant en permanence au gré des guerres et des mariages. Au cours de ces siècles, l’Ukraine se voit partagée en de multiples influences et empires tels que la Moscovie qui deviendra la Russie, mais aussi la Pologne, la Lituanie ou encore l’Empire d’Autriche.
Les Cosaques Zaporogues et le Développement Culturel Ukrainien
Lors des XVIe-XVIIe siècles, sous l’influence des Cosaques zaporogues, qui forment le gros des forces militaires ukrainiennes, une série d’insurrections voit le jour contre les Polonais. Ce fut aussi une période de développement culturel pour la nation ukrainienne avec l’instauration d’un collège qui devint le seul lieu d’enseignement supérieur pour les Ukrainiens.
La Guerre Révolutionnaire de Bohdan Khmelnytsky
En 1648, alors que la guerre de Trente Ans prend fin sur le continent européen, une guerre révolutionnaire débute sur le sol d’Ukraine, menée par Bohdan Khmelnytsky, qui parvient à infliger plusieurs défaites aux armées polonaises envoyées pour le contrer. À cette date, le territoire ukrainien n’est d’ailleurs pas unifié en tant que tel puisque la partie orientale et la ville de Kyiv sont aux mains des Russes, mais sa partie occidentale, quant à elle, était toujours sous domination polonaise.
Le Troisième Partage de la Pologne et le Rattachement de l'Ukraine à la Russie
En 1795 se produisit le troisième partage de la Pologne. Une période de cent vingt-deux ans où la Pologne disparut, totalement partagée entre les empires centraux. Or, comme nous l’avons évoqué précédemment, l’Ukraine se trouvait déjà elle-même partagée entre plusieurs monarchies avant cette date. Après 1795, la partie orientale de l’Ukraine est formellement rattachée à la Russie tandis qu’une part occidentale se voit, elle, rattachée à l’Empire d’Autriche : la Galicie polonaise qui comporte des territoires ukrainiens ainsi que la Bucovine possédant également des foyers de peuplement ruthènes et ukrainiens.
La Renaissance Nationale Ukrainienne au XIXe Siècle
La fin du XVIIIe et le XIXe siècle correspondent en Europe médiane et orientale à la période dite du « Renouveau national ». Il s’agit d’une période complexe à l’origine des identités modernes où les peuples, essentiellement slaves, vont renouer avec leurs origines, vont redécouvrir leurs cultures propres et les développer. La composante linguistique eut un rôle essentiel dans ce processus (on parle d’ailleurs à ce sujet de « nationalisme linguistique ») même si des trajectoires et des modes d’action différents furent suivis selon les peuples. Les Ukrainiens se sont pleinement inscrits dans ce mouvement global. C’est en 1848 qu’est parue la première revue en ukrainien, dans la région de Galicie, intitulée L’étoile galicienne.
Lire aussi: Berceau Magique : Votre liste de naissance idéale
L'Ukraine Soviétique : Entre Libéralisation et Russification
L’Ukraine durant la période soviétique alterne entre phases de libéralisation et phases de « russification ». Une clé de compréhension - loin d’être la seule - est le rôle joué par Joseph Staline alors commissaire du peuple aux nationalités.
Si, dans l’ensemble, la décennie des années 1920 offrit des marges de manœuvre réelles à la société ukrainienne pour entretenir et développer sa culture nationale tout en bénéficiant d’une économie agricole correcte à défaut d’être prospère, la décennie suivante fit subir un cruel retour de flammes à l’Ukraine. De nombreuses persécutions furent menées contre les élites intellectuelles du pays. Le point culminant fut atteint en 1932-1933 avec des spoliations massives des produits des récoltes qui entraînèrent une famine dont les conséquences se chiffrèrent en millions de morts, sans même évoquer les déportations de millions d’autres.
La Seconde Guerre Mondiale et l'Ukraine
La Seconde Guerre mondiale fit du sol ukrainien un territoire martyr en ce sens qu’il vit de nombreux affrontements s’y dérouler. L’Ukraine fut témoin de massacres et d’exactions à grande échelle ; citons notamment le massacre de Babi Yar où plus de 30 000 juifs furent assassinés par balles par les nazis près de Kyiv.
Le discours déformé et déformant d’une « Ukraine nazie » vient du fait que dans un premier temps, certains Ukrainiens ont vu dans l’invasion nazie une possibilité de pouvoir accéder à l’indépendance de leur peuple. Or, peuple slave à l’instar des Russes, ils furent traités de la même manière et subirent la violence et la brutalité de la force d’invasion et son lot de carnages au nom d’une idéologie mortifère. Au cours de cette période, deux groupes de résistance se formèrent et entrèrent en concurrence avec, d’un côté, l’armée des insurgés ukrainiens et, de l’autre côté, les partisans soviétiques.
L'Indépendance de l'Ukraine en 1991
Après plusieurs assouplissements intervenus à partir de 1989 - introduction de la pluralité de la presse, autorisation du pluralisme politique… -, l’indépendance formelle fut octroyée en 1991 et ensuite ratifiée par un référendum populaire dans lequel le « oui » l’emporta à 90%. À l’issue d’une histoire tourmentée, l’Ukraine devenait enfin un État-nation.
L'Importance Stratégique de la Crimée
La destitution du président Ianoukovitch a entraîné, en mars 2014, l'occupation par les troupes russes de la Crimée, république autonome au sein de l'Ukraine. Une action qui rappelle l'importance stratégique de cette région (à majorité russophone) pour la Russie. Et, comme à chaque fois que les relations se tendent entre les deux pays, resurgit la question du statut de cette péninsule.
Kiev : "La Mère des Villes Russes"
Mais, outre son intérêt stratégique immédiat, l'Ukraine est considérée par les Russes comme le berceau de leur civilisation, et sa capitale, Kiev, comme la mère de toutes les villes du pays. Car c'est bien autour de Kiev que se forme le premier État slave, sous l'autorité d'Oleg le Sage, à la fin du IXe siècle. Appelée Russie kiévienne, la principauté s'étend de part et d'autre du Dniepr. La christianisation de ces terres, sous Vladimir le Grand (980-1015), marque le début de leur développement. Grand-prince, Vladimir met également fin aux particularismes territoriaux. Poursuivie par son fils, Iaroslav Ier le Sage, cette politique d'unification permet à l'État de Kiev de parvenir au sommet de sa puissance.
L'Émergence du Nom "Ukraine"
En 1187, le nom « Ukraine » est employé pour la première fois dans une chronique pour désigner les territoires frontaliers méridionaux de l'État de Kiev.
La Division de la Rus' de Kiev et la Divergence des Destins Ukrainiens et Russes
Mais, à la fin du XIIe siècle, affaibli par des querelles intestines, puis au siècle suivant par les coups de boutoir mongols, cette entité se disloque en plusieurs principautés indépendantes, dont celles de Kiev, de Volhynie et de Galicie. C'est au cours de cette époque que les destins des peuples ukrainiens et russes divergent. En 1199, Roman, prince de Volhynie (nord-ouest de l'Ukraine), fonde un nouvel État, incorporant la Galicie et Kiev. Période faste qui culmine avec le règne du prince Daniel Ier de Galicie, vainqueur des chevaliers teutoniques et des Tatars.
La Domination Turco-Mongole et la Soumission des Souverains Ukrainiens
Mais, à l'est, les Turco-Mongols poursuivent la conquête des steppes proches de la mer Noire. Menés par le petit-fils de Gengis Khan - au sein de la légendaire Horde d'Or -, ils imposent leur domination à la population ukrainienne. Les souverains, pour sauver leur trône, se plient aux exigences du khan.
Le Fondement de la Culture Ukrainienne
Malgré cette soumission, la période courant entre le IXe et le XIVe siècle constitue, pour les historiens locaux, le fondement de la culture ukrainienne. Elle sert aujourd'hui d'appui aux revendications de différenciation ethnique, politique et culturelle de l'Ukraine.
La Théorie de "l'Unité des Trois Russies"
De son côté, l'historiographie soviétique, puis russe, a toujours défendu une théorie radicalement différente, celle de « l'unité des trois Russies » - qui estime que les peuples russe, ukrainien et biélorusse sont issus d'une même souche, la Rous (« terre russe ») kiévienne.
L'Ukraine Entourée de Voisins Menaçants (XIVe-XVIIe Siècles)
Du début du XIVe siècle au XVIIe siècle, le danger vient cette fois de l'ouest - l'Ukraine occidentale est conquise par la Pologne, et ses élites « polonisées » -, mais aussi du nord : les territoires orientaux sont en partie annexés par le grand-duché de Lituanie. Ces conquêtes nourrissent les animosités de ses grands voisins.
La Horde de Crimée et l'Alliance avec Moscou
Le grand-duché doit également faire face à une nouvelle menace dans le sud de l'Ukraine : la Horde de Crimée - des Tatars (du turc Tha-Ta, « bandits »), Turcs sédentarisés dans la péninsule. Constituée en khanat à la fin du XVe siècle, la Horde est vassale de l'Empire ottoman… et alliée d'Ivan III le Grand (1440-1505) - celui qui a proclamé Moscou « troisième Rome » après avoir épousé la nièce du dernier empereur de Byzance (1472).
La Création de Groupes de Résistance et les Cosaques
Mais la politique de conversion au catholicisme, imposée aux Ukrainiens orthodoxes, conduit à la création de groupes de résistance, les confréries, soutenues par le patriarcat de Constantinople. La plus importante d'entre elles, la confrérie de l'Épiphanie de Kiev, est fondée en 1615. De nombreux Ukrainiens fuient alors la domination de la noblesse polonaise en s'installant dans les steppes inhabitées qui bordent les territoires polonais et tatar. Ces hommes, organisés en unités militaires - appelés « cosaques » (du turc quzzak, « aventurier ») - sont considérés comme les défenseurs de la foi orthodoxe et du peuple ukrainien. Ils fondent même des villes, comme Kharkov, vers 1655.
L'Assujettissement de l'Ukraine Orientale à la Russie au XVIIIe Siècle
L'influence grandissante de Moscou se traduit par une russification progressive et la subordination de l'Église ukrainienne au patriarcat moscovite. L'assujettissement de l'Ukraine orientale à la Russie se poursuit au XVIIIe siècle, sous les règnes de Pierre Ier et de Catherine II. La tsarine annexe en outre le khanat de Crimée en 1774 en 1783 : tout le littoral nord de la mer Noire passe sous contrôle russe, ainsi que 80 % des territoires ukrainiens. Car la chute du royaume polonais entraîne le partage de l'Ukraine entre l'Empire russe (qui la nomme désormais « Petite-Russie ») et un nouveau venu, l'Empire autrichien (qui met la main sur la Galicie, la Bucovine et une partie des Carpates).
La Renaissance du Nationalisme Ukrainien au XIXe Siècle
Mais les révolutions européennes de 1848 et la défaite de la Russie lors de la guerre de Crimée favorisent la renaissance du nationalisme ukrainien. Au cours de la Grande Guerre, les populations ukrainiennes sont suspectées, par les belligérants aussi bien russes qu'autrichiens, de sympathies pour l'adversaire.
L'Indépendance de l'Ukraine et son Invasion par les Bolcheviks
La révolution de 1917 est un soulagement pour l'Ukraine qui proclame son indépendance, tandis que ses mauvaises relations avec les bolcheviks se soldent par l'invasion du pays. La République socialiste soviétique d'Ukraine (membre de l'URSS en 1922) subit les effets de la collectivisation forcée. L'Ukraine se rebelle, la répression s'abat : des milliers de paysans sont déportés et voient leurs récoltes confisquées.
L'Holodomor : L'Extermination par la Faim
Les échecs de la politique agricole mise en place par les soviets conduisent à des crises frumentaires de plus en plus aiguës. La famine provoquée entraîne la mort de millions de personnes. Les Ukrainiens l'appellent Holodomor (« extermination par la faim ») et l'ont officiellement qualifiée (en 2006) de génocide.
La Collaboration avec les Nazis et la Réunification de l'Ukraine
Dès les années 1930, par haine du communisme, les nationalistes ukrainiens nouent une collaboration étroite avec les nazis. En juin 1941, les troupes allemandes attaquent l'URSS. L'Ukraine est conquise, suivie par la Crimée en 1942. Des milliers de volontaires - levés en particulier en Galicie - forment la 14e division SS, ou s'engagent dans une milice pronazie, traquant sans pitié communistes, Juifs et Tsiganes. Les Ukrainiens de l'Est - pensant être libérés de Staline - commencent par accueillir favorablement l'armée allemande, avant de vite comprendre que les nazis cherchent avant tout à les réduire en esclavage. Le bilan de la guerre est lourd : 4, 5 millions de morts et 10 millions de sans-abris. L'Ukraine est réunifiée… mais derrière le Rideau de fer.
La Cession de la Crimée à l'Ukraine par Khrouchtchev
En 1954, Khrouchtchev cède la Crimée à l'Ukraine, officiellement pour commémorer le traité de Pereïaslav (1654), qui vit les cosaques d'Ukraine se soumettre à Moscou. Il s'agissait aussi d'« ukrainiser » une péninsule vidée par la déportations des Tatars (punis pour leur engagement pronazi).
La Communauté des États Indépendants (CEI) et la Présence de la Flotte Russe à Sébastopol
À la dissolution de l'URSS, en 1991, la Russie, l'Ukraine et la Biélorussie créent la Communauté des États indépendants (CEI) : la Crimée fait l'objet d'accords, et un bail - prolongé jusqu'en 2042 - autorise la présence de la flotte russe à Sébastopol, devenue ville autonome.
Les "Territoires Berceaux" et l'Imaginaire National Russe
Pour comprendre l'attitude de la Russie envers l'Ukraine, il faut également tenir compte de ce que l'on pourrait appeler les « territoires berceaux », des espaces que les élites politiques considèrent comme le lieu de naissance d'une nation, l'espace symbolique d'où découlent leur légitimité et leur identité. Dans l'imaginaire national russe, Kiev n'est pas une capitale étrangère : c'est « la mère des villes russes » (les villes de la Rus, pas de la Russie !), le lieu où leur histoire d'État et leur identité religieuse auraient commencé. C'est pourquoi le « séparatisme » de l'Ukraine a été un choc existentiel pour les nationalistes russes, tant en 1917 qu'en 1991.
L'Ukraine : Un Cœur National et Religieux Imaginaire pour la Russie
Il est important de noter que l'Ukraine n'est pas considérée comme une province ou un fragment de l'empire, mais comme le cœur de la nation, un cœur qui aurait été corrompu par des ennemis extérieurs. Pour la Russie, perdre l'Ukraine revient à perdre non seulement une province sacrée, mais aussi un cœur national et religieux imaginaire.
Voltaire et l'Idée Nationale Russe au Temps des Lumières
Cet article a pour objet l’idée nationale russe forgée au temps des Lumières par certains de ses représentants les plus éminents. Voyant la Russie comme le rempart au despotisme turc et à l’obscurantisme, Voltaire rédige une littérature laudative adressée à l’impératrice Catherine II, justifiant ses ambitions territoriales démesurées. Ce faisant, lui et d’autres nourrissent un idéal expansionniste dont on voit les effets dramatiques aujourd’hui.
Au XVIIIe siècle, la Russie ne recourt pas à la thèse de « Moscou, troisième Rome », apparue au XVe siècle après la chute de Constantinople. La thèse sera redécouverte et réutilisée au XIXe siècle pour justifier les guerres contre la Turquie. Cependant, Rome, qui apparaît dans les odes et les discours officiels, offre un modèle à imiter et à égaler. L’Empire de Russie rêve de s’emparer de Constantinople et de détruire la Sublime Porte.
Voltaire, qui entame en 1763 la correspondance avec l’impératrice Catherine II, rêve d’une invasion russe sous l’étendard des Lumières : « Plût à Dieu, qu’au lieu des barbares qui fondirent autrefois des plaines de la Scythie et des montagnes d’Immaüs [Altaï] et de Caucase vers les Alpes et les Pyrénées pour tout ravager, on vit descendre aujourd’hui des armées pour renverser le tribunal de l’Inquisition » (Sur les panégyriques, 1767).
Catherine II et la Guerre contre la Turquie
L’année suivante, la guerre entre la Russie et la Turquie (1768-1774) éclate et Voltaire soutient à fond la politique de Catherine II. Il insiste sur la nécessité de chasser les Turcs de l’Europe. Pour justifier cette nouvelle croisade, le philosophe évoque la tolérance et les arts : le sultan, illettré et cruel, doit perdre la guerre contre une femme. Catherine II, en Amazone moderne, portera le flambeau des Lumières en Orient. La guerre contre la Turquie entre en résonance avec les combats philosophiques contre le fanatisme religieux, contre les ennemis des encyclopédistes.
Les Visées Russes et le "Projet Grec"
Durant cette guerre de 1768-1774, les visées russes sont très vastes : les troupes occupent la Moldavie et la Valachie, soixante-dix îles grecques forment une république sous le protectorat russe. La flotte russe, envoyée en Méditerranée, soutient les beys égyptiens et syriens qui se révoltent contre la domination ottomane.
En 1780, Catherine II et Joseph II se rencontrent à Mohilev. La Russie et le Saint-Empire engagent un rapprochement diplomatique et militaire. Cette alliance prévoit une guerre contre la Turquie. Alexandre Bezborodko élabore le « projet grec » sous la direction du prince Potemkine. Ce projet prévoit, entre autres, la création d’un État indépendant, la Dacie, formé des provinces de Moldavie, Valachie et Bessarabie, sous l’autorité d’un souverain héréditaire de religion grecque (orthodoxe). Cet État serait destiné au prince Grigori Potemkine. Si les alliés prenaient Constantinople et détruisaient la Turquie, ils fonderaient un empire orthodoxe sur les débris de la Porte ottomane, où régnerait le grand-duc Constantin, petit-fils de Catherine II.
La Russie et la Récupération des Anciennes Terres Russes
Or, dans le partage, j’ai eu pour ma part pas un pouce de la Pologne, mais ce que les Polonais eux-mêmes n’ont pas discontinué d’appeler la Russie rouge, le Palatinat de Kiovie, la Podolie, la Volynie, dont la ville de Vladimir était la capitale […]. Or donc n’ayant pas pris un pouce de la Pologne, je ne puis aussi prendre le titre de reine de la Pologne. […] je n’ai pas un pouce de la Pologne en ma possession. Pour se convaincre, l’impératrice répète trois fois la même formule qui correspond à l’adage russe « ne pas céder un pouce de la terre ». Elle considère qu’elle ne fait que récupérer les anciennes terres russes.
Les Limites de la Plaine Orientale et l'Expansion Russe
La Russie est née sur la grande voie fluviale qui menait en Grèce. Au début, il fallait l’élargir jusqu’à ses frontières naturelles. Les Russes ont soumis les populations autochtones et se sont en partie mélangés avec elles. Mais la route de la Baltique était beaucoup plus difficile à cause des Polonais.
tags: #berceau #civilisation #russe #histoire
