Le XXe siècle a été le témoin de mouvements d'avant-garde qui ont profondément marqué l'art, l'architecture et le design. Parmi ces mouvements, le Bauhaus, l'Art nouveau et l'impressionnisme se distinguent par leurs approches novatrices et leur impact durable. Cet article explore les caractéristiques de ces mouvements, en mettant en lumière leurs origines, leurs principes fondamentaux et leurs figures emblématiques.
Le Bauhaus : Un Laboratoire de la Modernité
Fondée en 1919 en Allemagne, le Bauhaus, légendaire école d'art allemande, est un berceau du design et de la modernité. L'école a été le théâtre, pendant ses quatorze ans d'existence, d'une révolution artistique qui influence toujours l'architecture et le design d'aujourd'hui. Plus de 900 œuvres, objets et meubles du quotidien témoignent de l'extrême richesse des champs d'expérimentation de l'école.
Principes et Philosophie
Au cœur de l'histoire des grands mouvements de l'avant-garde au XXe siècle, le Bauhaus se distingue par son esprit, consistant à faire cohabiter esthétique épurée, technique et matériaux de pointe pour une production en série, et transmission des savoirs. L'école prône un enseignement global mêlant toutes les disciplines en décloisonnant la pratique artistique, pour donner une grande place à la liberté créatrice par l'expérimentation.
L'architecte Walter Gropius, directeur du Bauhaus, énonce dans le manifeste fondateur de l'école que tous, architectes, sculpteurs, peintres, doivent retourner à l'artisanat. Les dogmes de l'école incluent la hiérarchie des maîtres-compagnons et des apprentis, ainsi que la collaboration de tous les arts en vue d'un projet commun.
Figures Emblématiques et Œuvres Notables
Des peintres tels que Kandinsky et Paul Klee y ont enseigné. Wilhelm Wagenfeld, élève emblématique de l'école, est l'auteur d'une lampe d'appoint en verre taillé avec son abat-jour en opaline, spécialement réalisée en 1924 pour l'examen de maître artisan orfèvre-ciseleur. Les productions de Marcel Breuer permettent de comprendre ses recherches sur le mobilier en bois plus brut et massif. Les productions des pièces uniques de poterie de Théodor Bogler aux formes géométriques combinables et destinées à l'industrie.
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Le Bauhaus : Un Mouvement Engagé
Installée successivement à Weimar, Dessau et Berlin, l'école s'est sabordée à l'arrivée au pouvoir du parti nazi. Dans une Allemagne alors exsangue, le Bauhaus fait face aux difficultés matérielles et politiques et doit lutter pour survivre. Hannes Meyer, directeur du département architecture, a alors remplacé Gropius, il sera renvoyé pour ses idées socialistes.
L'Art Nouveau : Un Élan de Modernité Inspiré par la Nature
Capitale d’un pays de création récente (1830), Bruxelles a été le berceau de l’Art nouveau, ce mouvement qui toucha tous les domaines artistiques (architecture, arts décoratifs, peinture, sculpture) au tournant des XIXème et XXème siècles. Ce dynamisme culturel, la Belgique le doit à sa prospérité : deuxième puissance industrielle au milieu du XIXème siècle, elle tire également sa richesse des matières premières venues du Congo, territoire colonial, propriété personnelle du Roi Léopold II jusqu’en 1908. Si Bruxelles est une ville de fondation très ancienne, sa croissance rapide dans le dernier tiers du XIXème siècle, intimement liée à la richesse du royaume, explique certainement que l’ambiance qui y régnait était celle d’une ville nouvelle, sensible aux idées d’avant-garde et assoiffée de modernité. Ce contexte historique, politique et économique a constitué le substrat idéal dont ont su profiter les principales figures de l’art belge autour de 1900. En 1883, est fondé le Groupe des XX (dont l’activité se poursuit à partir de 1894 sous le nom de La Libre esthétique) qui réunit des artistes désireux de se libérer de l’académisme. Devenue une ville qui compte sur la carte de l’Europe, Bruxelles se hisse au rang de capitale culturelle et attire désormais des artistes venus de tout le pays - Paul Hankar (1859-1901) voit le jour non loin de Mons, Victor Horta (1861-1947) est né à Gand, Henri van de Velde (1863-1957) est originaire d’Anvers. Deux ans plus tard, c’est van de Velde qui construit sa villa, appelée Bloemenwerf, dans le quartier de Uccle. Que ces trois œuvres soient des lieux d’habitation ne relève aucunement du hasard : l’espace domestique est celui qui fait l’objet de toutes les recherches en cette fin de XIXe siècle, suivant en cela les expériences anglaises du Domestic Revival. Autre point commun à ces trois œuvres, leur concepteur a dessiné un décor intérieur et un mobilier en parfaite harmonie avec le cadre architectural. S’impose ici l’idée d’œuvre d’art total, caractéristique commune à l’ensemble des centres dans lesquels l’Art nouveau a prospéré - en Europe, comme ailleurs. Ainsi donc, ces trois figures se mêlent-elles d’architecture et d’art décoratifs, revendiquant par là même, l’abandon des anciennes hiérarchies qui voulaient qu’un architecte, un peintre ou un sculpteur, ne « s’abaisse » pas à concevoir des objets d’art décoratif, arts du quotidien jusqu’alors considérés comme mineurs. Loin d’être accessoires, ceux-ci sont pourtant essentiels tant pour le renouveau recherché de l’espace domestique que pour l’activité des artistes eux-mêmes. Dans ce but, les architectes n’hésitent pas à utiliser des matériaux issus de l’industrie qui leur permettent des inventions structurelles, elles-mêmes à l’origine de transformations spatiales promises à un grand avenir. Pour offrir des espaces agréables et fonctionnels aux habitants des hôtels particuliers qu’il conçoit, Victor Horta use de structures métalliques qui l’autorisent à créer des espaces intérieurs innovants. Toute sa vie, il revendiquera la paternité de l’invention du plan libre que Le Corbusier définira, plus tard, comme l’un des « cinq points » de l’architecture moderne. Dans les maisons d’Horta, l’air et la lumière circulent sans obstacle. En témoignent notamment l’hôtel Tassel (1893), sa maison personnelle (1898), sise rue Américaine, l’hôtel van Eetvelde (1899) ou encore le très luxueux hôtel Solvay (1900). Dans chacune de ces œuvres, il a cherché à tirer le meilleur parti de contraintes techniques variées pour donner naissance à des espaces qui, tout en étant parfaitement fonctionnels et pratiques, sont également d’une grande poésie et constituent un véritable spectacle pour le visiteur qui les découvre. Accompagnant et soulignant ces innovations majeures, un nouveau langage ornemental, en rupture avec l’éclectisme du XIXème siècle, voit le jour. La personnalité de chaque artiste s’y exprime librement. Illustrant son crédo « jette la fleur, garde la tige », Horta développe une esthétique librement inspirée de la flore. Ses célèbres lignes en « coup de fouet » sont reproduites dans les matériaux les plus divers (mosaïques, fer forgé, vitraux, pierre…) tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de ses bâtiments, instaurant ainsi un savant et subtil jeu de correspondances. Alors que les objets créés par van de Velde se distinguent par un dynamisme à la fois très graphique et abstrait, les œuvres d’Hankar trahissent, elles, un regard porté sur des œuvres extra-européennes, japonaises surtout. Les boiseries de la vitrine de la chemiserie Niguet (1896), les petits bois des fenêtres circulaires du premier étage de l’hôtel Ciamberlani (1897), tout comme les structures qui scandaient la salle d’ethnographie au sein du parc de Tervueren, pour l’Exposition internationale de Bruxelles de 1897 sont des interprétations toutes personnelles d’éléments issus de l’art nippon. Si ce dernier aménagement a malheureusement disparu, une autre structure conçue pour cette même exposition a été conservée : il s’agit de celle qui ornait le salon des grandes cultures, réalisée par Georges Hobé (1854-1936). Cet assemblage complexe d’éléments en bois exotique propose une synthèse curieuse d’influences extra-européennes, extrême-orientales et africaines. Ces inventions formelles qui caractérisent l’Art nouveau en sont devenues le symbole le plus populaire. Phénomène de mode, elles se sont rapidement répandues dans des réalisations séduisantes. Parmi d’autres, citons l’étonnante Maison Saint-Cyr (1901-1903) dont l’étroite façade a été dessinée par Gustave Strauven (1878-1919), l’hôtel Hannon réalisé par Jules Brunfaut (1852-1942) entre 1903 et 1904, ou encore la maison que Paul Cauchie (1875-1952) a élevée pour son propre compte (1905). A partir de ces exemples exceptionnels ont été réalisées d’innombrables façades d’immeubles qui répondaient au goût du jour - et le répandait pour satisfaire la demande d’un large public. Bien plutôt, nous semble-t-il, les plus talentueux des acteurs bruxellois ouvrent la porte à la modernité qui caractérisera le XXème siècle. Par leurs prises de position comme par leurs œuvres, ils font montre d’une préoccupation sociale inédite jusqu’alors de la part d’artistes de premier plan. Dès 1895, van de Velde fait paraitre un article dans le journal La Société nouvelle - le titre du journal est en soi tout un programme ! - dans lequel il affirme que la beauté est une arme au service de la transformation de la société. Comme Hankar et Horta, il donne des conférences à destination des ouvriers afin de contribuer à leur formation et les aider ainsi à évoluer socialement. C’est également l’objectif poursuivi par le parti ouvrier belge qui commande à Horta la construction de la Maison du Peuple. Elevé entre 1896 et 1898, ce vaste bâtiment rassemblait diverses fonctions : café - où l’alcool était proscrit - boutiques, bureaux du parti, vaste salle de rassemblements politiques où étaient également donnés des spectacles. Chef d’œuvre de l’Art nouveau, la Maison du Peuple est malheureusement détruite en 1965.Les expériences menées à Bruxelles se sont prolongées bien au-delà des frontières du royaume. Sans même parler des expositions auxquelles prennent part les différents principaux acteurs de l’Art nouveau belge et qui contribuent à diffuser leurs idées, certains artistes quittent le milieu où leur talent avait éclos. Ainsi, dès 1899, van de Velde s’installe en Allemagne où il poursuit ses recherches jusqu’à prendre la tête de l’école d’art de Weimar. A la suite du voyage qu’il réalise à Bruxelles, Hector Guimard (1867-1942), de retour à Paris, modifie le projet qu’il avait dressé d’un immeuble de rapport devant s’élever rue La Fontaine, dans le XVIème arrondissement. Le choc de la découverte des œuvres d’Horta amena Guimard à se convertir à l’Art nouveau et adopter les caractéristiques de l’architecture de son confrère belge. Le succès est immédiat : le Castel Béranger est distingué par l’obtention du Premier prix lors du premier concours de façade organisé par la ville de Paris en 1898. Bruxelles demeura une ville ouverte aux influences venues des autres centres de production de l’Art nouveau européen. Ainsi, entre 1905 et 1911, c’est dans la capitale belge qu’est construit le chef d’œuvre des Wiener Werkstätte (un groupement d’artistes prolongeant les expériences initiées au sein de la Sécession viennoise) : le Palais Stoclet.
Caractéristiques Essentielles
L’Art nouveau est un art novateur qui ne ressemble en rien au style du passé où tout était simple et traditionnel. Il se caractérise par la présence de rythmes, de belles couleurs et de décoration inspirés de la faune ainsi que de la flore. L’Art nouveau s’identifie également à la flexibilité de ses lignes, à son côté très innovant, à ses jolies couleurs et à ses différentes possibilités. Qualifié d’Art total, il est aussi célèbre pour occuper l’ensemble de l’espace disponible avec style et modernité.
L'École de Nancy : Un Foyer de l'Art Nouveau en France
Son berceau est à Nancy, à la fin du XIXe siècle. L'Art nouveau est une expression artistique incontournable de la Belle Époque. Surnommé « style nouille », il célèbre la nature sous toutes ses formes et s'impose comme un art global, touchant toute la société, de l'architecture, au menu du restaurant. Incarné par l’École de Nancy, l’Art nouveau symbolise plus qu’un art, c’est un style qui s’impose à tous les niveaux. En France, la ville de Nancy en Lorraine devient la capitale française de l’Art nouveau grâce à l’ébéniste et verrier du nom d’Émile Gallé. Mais aussi grâce à l’association d’artisans et d’industriels qu’il crée avec ses collègues Louis Majorelle, les frères Daum : l’École de Nancy. Après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par les Allemands en 1870, une grande partie de la population ayant migré à Nancy souhaite rester Française. Entraînant alors la mobilisation de capitaux, de main-d’œuvre et d’idées propices au développement de la ville. Une richesse qui hisse la ville de Nancy au rang d’épicentre du mouvement Art nouveau. Élue berceau de l’Art nouveau en France, la cité ducale voit les plus belles pièces de ce style prendre vie. La première maison Art nouveau de la ville baptisée « Villa Majorelle » est la parfaite illustration de ce style avant-gardiste et audacieux. Construite en collaboration avec les artistes membres de l’École de Nancy, venez admirer cette ancienne demeure de l’artiste Louis Majorelle et de sa famille qui a été dévoilée au monde lors de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Le musée de l’École de Nancy, le seul musée consacré à l’Art nouveau dans le monde entier incarne également l’omniprésence du courant artistique dans la vie des Nancéiens. Objets d’art, meubles, céramiques et verreries symboliques de cette époque inoubliable attendent les plus passionnés. Ce patrimoine vivant abrite notamment la célèbre salle à manger dédiée à Masson de Vallin et Prouvé. Une pièce remarquable propice à l’émerveillement et à l’admiration.
Thèmes et Motifs
Le corps de la femme est une source d’inspiration infinie dans la production artistique Art nouveau. Femme active, femme fatale, femme mystérieuse… la silhouette féminine dans toute sa splendeur est fièrement illustrée par le mouvement artistique Art nouveau. Si la représentation de la femme fatale est déjà observée auparavant, dans la littérature fin-de-siècle, le nu féminin n’est devenu un incontournable des scènes mythologiques qu’un peu plus tard. Séduits par son côté artistique, naturel et sensuel, les artistes Art nouveau se l’approprient et n’hésitent pas à défier la représentation académique de la femme. C’est ainsi que les sphinx féminins et les Salomé, toiles mettant en valeur le corps sublime de la femme, ont été réinventés. René Lalique, une icône dans l’art verrier, est également l’auteur d’un mythique bijou à l’effigie de la femme-libellule. Son imagination débordante donne lieu à une broche unique constituée de pattes disproportionnées et de griffon acérés. La nature se place également au cœur du courant artistique Art nouveau. Ce modèle parfait de la beauté brise tous les codes du naturalisme traditionnel. Pour une œuvre réaliste représentative du mouvement Art nouveau, nombreux sont les artistes qui sortent de leur atelier pour observer la nature de plus près. Les artistes tels qu’Émile Gallé et René Lalique sont connus pour représenter la faune et la flore dans leur état naturel, pour souligner les détails de leurs œuvres. Cette porte de l’Exposition universelle de 1900 à Paris signée René Binet témoigne aussi de l’originalité du nouvel esthétisme apporté par le courant Art nouveau. En Art nouveau, chaque partie du végétal (fleur, arbre ou plante), aussi minime soit-elle, est sollicitée. Elles sont soit entrelacées, soit enchevêtrées pour en faire une œuvre hors du commun. L’interprétation de la faune dans le style Art nouveau, quant à elle, est aussi créative que fantaisiste. Il met particulièrement en valeur les détails des traits caractéristiques des animaux comme les libellules, les serpents et les pieuvres.
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Diffusion et Variantes Nationales
L’exploitation des lignes courbes de la nature par l’Art nouveau se traduit ainsi par le rejet des styles traditionnels de l’art et de leur forme. Ce style innovant s’impose en Belgique, notamment à Bruxelles. La ville devient même un haut-lieu de l’expression artistique où sont définis les principes de base de l’architecture Art nouveau. Petit à petit, les lignes droites deviennent des courbes et le style s’étend à travers le monde, jusqu’aux États-Unis. En Italie, le courant artistique Art nouveau est baptisé Liberty, Jugendstil en Allemagne et la Sécession à Vienne. Classé dans la catégorie des arts citadins et urbains, l’Art nouveau connaît un franc succès dans les villes telles que Paris, Vienne, Glasgow, Bruxelles et Barcelone. Son empreinte est comme une encre indélébile dans le quotidien des habitants des villes qui l’ont adopté.
Artistes Célèbres et Œuvres Historiques
Comme la plupart des artistes Art nouveau se sont exprimés à Nancy, ils sont les plus célèbres. Émile Gallé et ses vases/coupes style Art nouveau C’est sans aucun doute l’un des plus importants visages de l’Art nouveau. Surnommé grand maître de l’Art nouveau, Émile Gallé est un passionné de botanique. Ce qui pourrait expliquer son goût pour les végétaux en guise de thème général sur ses œuvres à l’instar du vase Art nouveau exposé au Metropolitan Museum Art, New York, signée Émile Gallé. Symbole de ses origines et de son amour pour le style Art nouveau, cette œuvre d’art s’invite chez tous les collectionneurs et passionnés du style typique de la Belle Époque. Louis Majorelle et ses meubles Art nouveau Aussi connu qu’Émile Gallé, Louis Majorelle est l’autre membre de l’École de Nancy qui trace sa voie dans le monde artistique depuis sa tendre enfance. Fidèle à l’Art nouveau, il est à l’origine de la création de la première maison de ce style en Lorraine, voire en France : la Villa Majorelle. Chaque mobilier et détail présent dans ce patrimoine historique a été pensé et créé par ses soins, avec l’aide des artistes membres de l’association de l’École de Nancy. Le piano « La mort des Cygnes » s’impose comme étant la pièce maîtresse de cette ancienne villa de la famille Majorelle. Comme preuve de la particularité de ce patrimoine, il reçoit un hommage triomphant lors de la fameuse Exposition Universelle de Paris en 1900. Hector Guimard et son architecture Art nouveau Après Louis Majorelle, Hector Guimard est un nom caractéristique de l’Art nouveau en France. L’architecture Art nouveau était son domaine d’expertise. Pour lui, l’architecture et la déco ne faisaient qu’un. Le métropolitain de Paris était notamment l’expression de son talent artistique. Dessiné et construit par Hector Guimard, ce magnifique édifice habillé du style Art nouveau avait de quoi impressionner les Parisiens de l’époque. Sans compter les énormes lampadaires à l’effigie de pattes d’insectes géantes qui faisaient la renommée de cette figure emblématique de l’architecture Art nouveau.
L'Impressionnisme : Capturer l'Instant et la Lumière
Courant artistique regroupant l’ensemble des artistes indépendants qui ont exposé collectivement entre 1874 et 1886. Le terme a été lancé par un critique pour tourner en dérision le tableau de Monet Impression soleil levant (1872).
Berthe Morisot et "Le Berceau" : Une Scène de Maternité Impressionniste
Le Musée d’Orsay consacra en 2019 une de ses expositions à la seule femme impressionniste, Berthe Morisot. Sensible aux scènes de la vie moderne et à la spontanéité de la touche picturale, c’est très naturellement que l’artiste se tourne vers les peintres d’avant-garde de l’époque, Monet, Degas ou Renoir. S’il y a un tableau à retenir de toute son œuvre, c’est bien Le Berceau. La première fois qu’elle présente cette toile au public, c’est à l’occasion de la première exposition commune des artistes indépendants de 1874, qui marque les débuts de la peinture impressionniste, mot inventé par le journaliste Louis Leroy qui ironisait sur le célèbre tableau Impression soleil levant de Claude Monet. Ce tableau est sans conteste le plus célèbre de Berthe Morisot. Peint à Paris en 1827, il représente l’une des sœurs de l’artiste, Edma, veillant sur sa petite fille Blanche qui est en train de dormir paisiblement. C’est la première d’une longue série de toiles qui ont pour thème la maternité. Dans cette toile, un lien invisible est palpable entre l’enfant et sa mère. En effet, cette dernière pose un regard très tendre et touchant sur sa petite fille endormie dans le cocon protecteur du couffin. Blanche est protégée par sa présence, mais également par le voilage du berceau, légèrement relevé par la main droite d’Edma. Même si cette peinture représente l’un des moments les plus émouvants de la vie de l’artiste, sa composition n’en est pas moins savamment étudiée. Le regard de la mère, la ligne de son bras gauche replié, auquel fait également écho le bras de l’enfant et ses yeux clos, tracent une longue diagonale qui est soulignée par le mouvement du rideau en arrière-plan. La peintre parvient ici à traduire un moment suspendu dans le temps, empreint de douceur et de délicatesse. La tête d’Edma reposant sur sa main gauche renforce son air pensif et lui confère une certaine gravité.
Analyse et Interprétation du "Berceau"
Encouragées par leur famille, les sœurs Berthe et Edma Morisot commencent ensemble l'apprentissage de la peinture. Les séances de copie au musée du Louvre sont l'occasion de rencontres, notamment avec le peintre Édouard Manet. Alors qu'Edma se marie et quitte Paris pour Lorient, abandonnant toute activité artistique, Berthe continue à peindre et choisit de présenter ses œuvres à l'occasion de la première exposition commune d'artistes indépendants, qui a lieu en 1874 dans les anciens ateliers du photographe Nadar. Cette exposition amorce les débuts d'une peinture dite impressionniste, mot inventé par le journaliste Louis Leroy qui ironise sur Impression, soleil levant de Claude Monet . Parmi les neuf toiles présentées par Berthe Morisot se trouve Le Berceau qui a pour modèles Edma, devenue madame Pontillon, et sa fille Blanche, née le 23 décembre 1871. Il existe un lien invisible entre la mère et l'enfant : le regard qui touche avec attention la petite fille, endormie dans le cocon protecteur du berceau. Blanche est protégée par la présence maternelle, mais également par le voilage du berceau, délicatement relevé par la main droite d'Edma . Cette composition simple et silencieuse est cependant savamment structurée. Des diagonales sont présentes : rideaux, voiles, regard de la mère vers l'enfant, bras repliés des deux protagonistes. Des valeurs contrastées se répondent : Edma, qui porte une veste à rayures bleu gris et un ruban noir autour du cou, se détache sur un fond blanc bleuté, tandis qu'à droite, le berceau et la gaze transparente surgissent grâce à l'utilisation de tons clairs sur un fond brun. Berthe parvient à traduire un temps suspendu, un moment de concentration et de douceur. Si les modèles sont identifiables, peut-on pour autant qualifier cette toile de portrait ? La relation de la mère et de l'enfant s'inscrit dans une longue tradition de l'art occidental, où les représentations de la Vierge à l'Enfant abondent. Le peintre de la Renaissance italienne Raphaël est très représentatif de ces madones douces et attentives . Comme Élisabeth Vigée-Lebrun au siècle précédent , Berthe peint plus particulièrement un monde féminin et s'impose comme une artiste à une époque où le chemin est semé d'embûches et de préjugés par exemple, l'École des beaux-arts n'accueillera les femmes qu'à partir de 1897. En outre, Berthe Morisot décide courageusement de ne pas satisfaire un public de salon officiel et préfère se rapprocher des artistes les plus avant-gardistes tels Manet, Renoir et Degas. Comme eux, elle est sensible aux scènes de la vie moderne et, avec une touche spontanée et rapide, traduit les effets changeants de la lumière. Elle est remarquée par le critique Albert Wolff, qui écrit dans Le Figaro du 3 avril 1876 : « […] Il y a aussi une femme dans le groupe, comme dans toutes les bandes fameuses d'ailleurs, elle s'appelle Berthe Morisot et est curieuse à observer. Chez elle, la grâce féminine se maintient au milieu des débordements d'un esprit en délire. En décembre 1874, quatre ans après son mariage avec Eugène Manet, frère du peintre Édouard, naîtra Julie. Si Mary Cassatt, impressionniste américaine, privilégie le thème de la maternité dans de nombreuses peintures et pastels , si Auguste Renoir peint sa femme Aline allaitant leur fils Pierre avec des couleurs douces et des courbes sensuelles , Berthe Morisot adopte, elle, une approche différente. En effet, elle ne cherche pas dans Le Berceau à montrer une fusion des corps et une sensualité des chairs. Une pudeur et une distance sont instaurées entre la mère et sa fille : le regard attentif, peut-être anxieux, suggère une réflexion sur l'avenir de cette enfant à l'orée de son existence. Après l'exposition de 1874, Le Berceau restera dans la famille des modèles avant d'être acquis par le musée du Louvre en 1930.
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