Introduction
La représentation de la consommation de drogues dans les œuvres de fiction homoérotiques est un sujet complexe et fascinant. Souvent, ces substances sont dépeintes comme des catalyseurs du désir homosexuel, en particulier chez les personnages en proie à la dépression et au mépris de soi, les individus bisexuels cherchant à justifier leurs actes par l'excuse de l'ivresse, ou encore les personnes homosexuelles assumées qui comparent leur avenir amoureux à un alcool enivrant menant au nirvana et à la mort. Cette représentation fictive trouve un écho dans la réalité, où la consommation de drogues est notoirement élevée au sein de la communauté homosexuelle.
Drogues et homosexualité : un lien complexe
Réalité et fiction : un miroir troublant
La consommation de drogues dans le « milieu homo » est particulièrement élevée, voire en général plus élevée qu’ailleurs. Cette information provient de sources diverses, notamment de buveurs invétérés, de clients fidèles de bars gays et de consommateurs de poppers et de cocaïne. Cette réalité se reflète dans de nombreuses œuvres de fiction où les personnages homosexuels sont souvent associés à la consommation de substances diverses.
Rejet, isolement et stratégie de survie
L'association entre homosexualité et consommation de drogues peut être interprétée comme le reflet d'un rejet et d'un isolement subis par les personnes homosexuelles. Elle peut également être vue comme une stratégie de survie face à une oppression homophobe. Celui qui se drogue est souvent une personne qui a manqué d'amour. Le désir homosexuel et l'abus de drogue partagent un point commun : ils ne s'appuient pas sur le Réel. Le premier éjecte le socle fondamental du Réel qu'est la différence des sexes, tandis que le second cherche à fuir les limites du corps individuel et social.
Exemples dans la fiction
De nombreuses œuvres de fiction illustrent ce lien entre homosexualité et consommation de drogues. On peut citer des films tels que « Poppers » (1984) de José María Castellvi, « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, « Like It Is » (1998) de Paul Oremland, « Opium » (2012) d’Arielle Dombasle, « Blow » (2000) de Ted Demme, et « Traffic » (2000) de Steven Soderbergh. Des pièces de théâtre comme Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, La Carne De Tablado (1918) d’Álvaro Retana, Son mec à moi (2007) de Patrick Hernandez, Fatigay (2007) de Vincent Coulon, Jerk (2008) de Dennis Cooper, Penetrator (2009) d’Anthony Neilson, et Doris Darling (2012) de Ben Elton en sont d'autres exemples. Des romans tels que L’Ange impur (2012) de Samy Kossan, Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, et Le Bal des folles (1977) de Copi explorent également ce thème.
D'autres exemples incluent :
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- Le film « Into It » (2006) de Jeff Maccubbin
- La peinture La Blanche et la Noire (1904) de Félix Valotton
- Le film « Mandragora » (1997) de Wiktor Grodecki
- Le film « L’Affaire Crazy Capo » (1973) de Patrick Jamain
- Le film « Little Lies » (2012) de Keith Adam Johnson
- Le film « My Brother The Devil » (2012) de Sally El Hosaini
- Le film « Sugar » (2004) de John Palmer
- Le film « Mondo Trasho » (1970) de John Waters
- Le film « Good As You » (2012) de Mariano Lamberti
- Le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso
- Le film « Adam et Steve » (1995) de Craig Chester
- Le film « Tony Rome est dangereux » (1967) de Gordon Douglas
- Le film « Une si jolie petite plage » (1948) d’Yves Allégret
- Le film « L’Attaque de la Moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras
- Le film « Absences répétées » (1972) de Guy Gilles
- Le film « La Jeunesse de la bête » (1965) de Seijun Suzuki
- Le film « Nowhere » (1997) de Gregg Araki
- Le film « Sin Destino » (1999) de Leopoldo Laborde
- Le film « Prinz In Hölleland » (« Prince en enfer », 1992) de Michael Stock
- Le film « F. est un salaud » (1998) de Marcel Gisler
- Le film « Morirás En Chafarinas » (1995) de Pedro Olea
- Le film « Pasajes » (1995) de Daniel Calparsoro
- Le film « 15 » (2003) de Royston Tan
- Le film « J’ai rêvé sous l’eau » (2012) d’Hormoz
- La chanson « Voyage sans retour » de Jack dans la comédie musicale Cindy (2002) de Luc Plamondon
- Le film « Yiss - J’arrête » (2008) de Mercure & Malin
- La comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado
- La pièce Quand je serai grand, je serai intermittent (2010) de Dzav et Bonnard
- La pièce Démocratie(s) (2010) d’Harold Pinter
- Le concert Le Cirque des mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker
- Le roman Boquitas Pintadas (La Vie est un tango, 1979) de Copi
- Le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras
- Le film « Holding Trevor » (2007) de Rosser Goodman
- Le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan
- La pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau
- La pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander
- La pièce La Famille est dans le pré (2014) de Franck Le Hen
- Le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras
- Le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée
- Le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska
- Le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza
- Le film « Pigalle » (1993) de Karim Dridi
- La série Hit & Miss (2012) d’Hettie McDonald
- La pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi
- La pièce Bang, Bang (2009) des Lascars Gays
- Le roman La Cité des Rats (1979) de Copi
- La pièce Le Frigo (1983) de Copi
- La comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen
- Le film « Forty Deuce » (« Quarante partout », 1982) de Paul Morrissey
- Le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo » (« Une Femme iranienne », 2014) de Negar Azarbayjani
- La pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields
- Le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli
- Le téléfilm Fiertés (épisode 1) de Philippe Faucon
- Le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude
Drogues, homosexualité et identité
La drogue est souvent liée à l’homosexualité et au monde homo, gay comme lesbien. Les paroles de chansons et les dialogues de pièces de théâtre reflètent cette association : « Les nouvelles de l’école diront que j’suis pédé, que mes yeux puent l’alcool, que j’ferais bien d’arrêter », « Je préfère fumer mon opium », « Si tu es un alcoolique, sois pédé ! », « Pour avoir du poison blanc, on ferait tout », « Avec des si, je n’aurais jamais rencontré l’alcool », « Silvano pensa : ce n’est pas possible, je suis en train de vivre une hallucination provoquée par la cocaïne que j’ai prise ce matin », « Allez ! On va se bourrer la gueule ! », « Je n’aimais pas son haleine à l’odeur de bière et de cigarette. […] Quand j’ai été dans sa bouche, j’ai trouvé ça divin. J’ai oublié qui j’étais », « Vodka, ma meilleure amie ».
Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, un groupe de potes gays se retrouve le temps d’une soirée sex & drogs et passe le plus clair de leur sauterie à s’autoparodier en alcooliques pour se justifier de consommer avec excès : « Ça se voit toujours quand tu es bourré », « Certains boivent, d’autres se droguent », « Je suis moche, juif, pédé. Je fume de l’herbe pour avoir le courage de me regarder en face », « Je mangerais à en devenir malade. J’ai très faim. Je goûterais bien tes lasagnes à l’opium », « Harold fait une collection de barbituriques qu’il prépare pour anticiper le long hiver qu’est la mort », « Folle saoule ! ».
La consommation de drogues est parfois associée à la nature même ou à l’origine du désir homosexuel. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, le Dr Apsey dit qu’il y a « trop d’alcool dans sa personnalité ». Dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval, l’alcool est à la fois l’écran et le révélateur de l’homosexualité. Dans le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini, la clope est le symbole phallique par excellence dès qu’Hannah use pour draguer une nouvelle fille. Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, c’est juste après que Konrad ait demandé à son secouriste Donato à l’hôpital s’il avait une cigarette pour lui qu’il l’encule juste après dans une voiture : c’est la séquence filmique juxtaposée.
L'influence de l'environnement familial
Parfois, le héros homosexuel se drogue parce que ses parents l’ont initié très tôt aux drogues. Dans le film « Saturn’s Return » (2001) de Wenona Byrne, Barney, le héros homo, est fils de deux « soixante-huitards attardés » qui l’ont abandonné et l’ont rendu dépendant à la drogue. Dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, Daphnée est le prototype de la mère indigne et droguée. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, est entouré de drogués et de dealers : sa propre mère, Juan son protecteur, Kevin son amant, etc.
Homosexualité de circonstance
C’est parfois l’alcool ou la drogue qui révèle au héros son homosexualité et qui à la fois la gomme. Ce comportement sera alors appelé « homosexualité de circonstance » ou « bisexualité » ou « homosexualité latente et refoulée », voire même « homophobie » (dans le cas où l’acte homosexuel, ou le désir homosexuel ne seront pas assumés). Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael, l’un des héros homosexuels, avant son coming out, simulait qu’il était saoul pour cacher son homosexualité. Dans le one-man-show Pareil… mais en mieux (2010) d’Arnaud Ducret, c’est l’alcool qui rend homo en boîte. Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, sort avec son ami Kevin sur la plage après avoir fumé ensemble des pétards. Dans le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson, sous les effets de l’alcool, deux adolescents islandais Gabriel et Markus sortent ensemble pendant un voyage scolaire en Angleterre. Quand la mère de Gabriel constate, inquiète, le changement d’attitude de son fils à son retour, elle associe inconsciemment l’homosexualité de Gabriel à l’absorption de stupéfiants.
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