Les menstruations, un phénomène biologique naturel touchant la majorité des femmes, restent un sujet tabou dans de nombreuses sociétés. Cette invisibilité est exacerbée chez les femmes en situation de précarité, qui font face à des difficultés financières et sociales pour accéder aux protections périodiques, aux médicaments antidouleur et à une éducation adéquate sur la santé menstruelle. Axelle de Sousa, une jeune femme confrontée à la précarité menstruelle, s'est engagée à briser ce silence et à défendre le droit à l'hygiène menstruelle pour toutes les femmes, en particulier les plus vulnérables.
La précarité menstruelle : un problème de santé publique
La précarité menstruelle désigne les difficultés financières et sociales rencontrées par certaines personnes pour se procurer des protections périodiques, des médicaments antidouleur, et pour accéder à l'éducation sur la santé menstruelle ainsi qu'aux installations nécessaires à la gestion de l'hygiène et des déchets. On estime ce coût à environ 18 euros par mois, mais il peut doubler ou tripler. Cette situation contraint de nombreuses femmes à faire des choix difficiles entre l'achat de protections hygiéniques et d'autres besoins essentiels, comme la nourriture.
Axelle de Sousa, sans domicile fixe depuis deux ans, témoigne de cette réalité : « J’ai un flux très important, ça me coûte minimum 10 euros par mois. Quand je souffre de ménorragie [règles anormalement longues et particulièrement abondantes], la facture peut grimper à 70 euros, médicaments inclus […]. Quand j’ai mes règles, je dois choisir entre manger et rester “propre” […]. On prend le risque de choper une infection par manque d’hygiène et on s’expose au syndrome du choc toxique en gardant un tampon trop longtemps. »
#Payetesregles : une pétition pour la gratuité des protections hygiéniques
Face à cette situation inacceptable, Axelle de Sousa a lancé la pétition #Payetesregles pour demander « que les protections hygiéniques soient prises en charge à 100 % par la Sécurité sociale, au moins pour les femmes les plus précaires ». Elle insiste sur l'urgence de la situation : « Il est urgent que les personnes précaires qui ont leurs règles n’aient plus à choisir entre manger ou s’acheter des protections. Nous avons tou·t·e·s le droit à l’hygiène et ce droit ne doit pas dépendre de la charité. »
Initiatives et actions pour lutter contre la précarité menstruelle
La pétition #Payetesregles a rapidement gagné en popularité, recueillant près de 50 000 signatures et suscitant un débat public sur la précarité menstruelle. De nombreuses associations et organisations se sont également mobilisées pour apporter une aide concrète aux femmes en difficulté.
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Règles Élémentaires : Cette association organise des collectes de protections périodiques, redistribuées ensuite aux femmes sans abri et précaires.
La Fondation des Femmes : Cette fondation soutient des projets visant à améliorer l'accès aux protections hygiéniques pour les femmes en situation de précarité.
Cyclique : Cette plate-forme collaborative, créée par Fanny Godebarge, est entièrement consacrée au cycle menstruel. On y trouve des articles scientifiques, des témoignages, ou encore des portraits de gynécologues et de sages-femmes. Cyclique a également initié le mouvement Clean your Cup, pour identifier tous les espaces publics où l’on peut nettoyer sa coupe menstruelle en toute discrétion.
Le festival Sang Rancune: Le festival Sang Rancune, porté par l'équipe de Cyclique, est le premier festival menstruel. Lors de cet événement, Axelle de Sousa a rencontré Morgane, qui a préparé un reportage pour Radio Campus Paris.
L'importance de briser le tabou des règles
Parler du cycle menstruel reste tabou. Mais de plus en plus de femmes et d’hommes s’emparent du sujet, font de la pédagogie et donnent la parole aux premières concernées. Mettre des mots sur un tabou permet de réduire les risques, potentiellement dévastateurs, liés à l’ignorance et aux fantasmes.
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Plusieurs initiatives contribuent à briser ce tabou et à sensibiliser le public à la réalité des menstruations :
« Rouge comme les règles » : Cette série documentaire de France Culture retrace la grande histoire du tabou des règles, à travers les témoignages intimes de nombreuses femmes et les analyses d’historiennes, de sociologues, d’artistes et de militantes.
« 28 jours » : Ce documentaire réalisé par trois jeunes journalistes revient sur le fonctionnement des règles et la façon dont elles sont perçues. Il aborde de nombreux thèmes, tels que les mécanismes du cycle féminin, la diabolisation du sang menstruel par les religions, les relations sexuelles pendant les règles, les douleurs et l’endométriose, la composition des protections hygiéniques, etc.
« Ceci est mon sang » : Dans son livre, la journaliste Elise Thiébaut alterne entre anecdotes personnelles, faits scientifiques, éléments historiques, sociologiques et religieux pour constater à quel point les règles sont utilisées pour exclure les femmes de la société.
« Sang tabou » : Ce documentaire d’Arte radio donne la parole à plusieurs jeunes femmes qui témoignent de la libération que représente, pour elles, la pratique du flux instinctif libre (FIL).
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« Period. End of Sentence » : Ce court documentaire, récompensé par un Oscar, raconte le quotidien d’Indiennes qui ont acquis une machine à fabriquer des serviettes hygiéniques. Il montre à quel point le prisme des règles permet d’aborder tous les sujets liés aux inégalités entre les femmes et les hommes dans nos sociétés.
Vers une meilleure prise en compte de la santé menstruelle des femmes
La mobilisation d'Axelle de Sousa et des nombreuses associations qui œuvrent pour la santé menstruelle des femmes a permis de faire évoluer les mentalités et d'inscrire cette question à l'agenda politique. En février 2020, le gouvernement a annoncé vouloir expérimenter la gratuité des protections hygiéniques dans des "lieux collectifs", grâce à une dotation de 1 million d'euros. L'Écosse est le premier pays au monde à s'être mobilisé sur cette question de façon concrète, en permettant aux élèves, lycéennes et étudiantes les plus pauvres d'avoir un accès gratuit aux tampons et autres serviettes.
Ces avancées sont encourageantes, mais il reste encore beaucoup à faire pour garantir à toutes les femmes un accès à une hygiène menstruelle digne et respectueuse de leur santé. La lutte contre la précarité menstruelle est un enjeu de santé publique et de justice sociale qui nécessite une mobilisation collective et une prise de conscience de la part de tous les acteurs de la société.
L'expérience des femmes sans-abri face aux menstruations
Les femmes sans-abri sont particulièrement vulnérables face à la précarité menstruelle. Elles sont confrontées à des difficultés spécifiques, liées à leur situation de vie :
Manque d'accès aux protections hygiéniques : Les femmes à la rue dépendent souvent de l'aide des associations pour se procurer des protections périodiques. L'accès aux installations de distribution de protections gratuites est inégal.
Difficultés d'hygiène : L'absence d'espace privé et d'accès à l'eau rend difficile le change des protections et le soin du corps.
Tabou et stigmatisation : Le tabou persistant autour des règles rend difficile l'expression des besoins et la demande d'aide.
Impact sur l'estime de soi : La difficulté à gérer ses règles dans la rue peut entraîner des sentiments de honte, de dégoût et de mésestime de soi.
Face à ces difficultés, les femmes sans-abri développent des stratégies d'adaptation et font preuve d'une grande inventivité pour gérer leurs règles dans des conditions précaires. Elles utilisent parfois des matériaux de fortune, comme du papier toilette ou des sacs plastiques, pour se protéger. Elles recherchent des lieux où elles peuvent se changer et se laver, comme les toilettes publiques ou les associations. Elles s'entraident entre elles et partagent leurs ressources.
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