L'hypnose et les thérapies brèves continuent d'évoluer et de susciter l'intérêt dans le domaine de la santé mentale et du bien-être. Cet article propose un aperçu des dernières tendances, des réflexions et des pratiques émergentes dans ce domaine, en s'appuyant sur des publications récentes et des contributions d'experts.
Hommage à Alain Vallée
Il est impossible de commencer ces informations sans penser à Alain Vallée, récemment décédé, à qui la revue Hypnose et Thérapies Brèves rend hommage. J'ai eu la chance de rencontrer à Biarritz ce grand formateur et thérapeute récemment, et brutalement, décédé et j'en garde un souvenir exceptionnel et très joyeux. Alain Vallée avait présenté la conversation de désengagement en Août 2021 (n°62) et la conversation d’engagement en Août 2022 (n°66). Voici une nouvelle occasion de découvrir sa pensée dans cet article consacré à la conversation d’engagement en cas de dépression.
La conversation d'engagement face à la dépression
L'article d'Alain Vallée sur la conversation d'engagement en cas de dépression met en lumière l'importance de considérer le "give up" (lâcher prise) comme une réaction active et sacrificielle. Il rappelle d’emblée que « Pour Giorgio Nardone la réaction de défense principale de la dépression est le « give up » que l’on traduit généralement par « laisser tomber », mais précise aussitôt le côté actif, et sacrificiel, de ce « give up » : « Si votre patient dépressif prend en compte l’aspect actif de son système de défense, c’est toute sa représentation de lui-même qui va basculer du mode passif au mode actif. » Il explique ensuite que c’est en sortie de transe hypnotique qu’il faut commencer la conversation d’engagement et en donne un exemple détaillé avant de montrer comment il termine la séance par une prescription de tache (en rapport avec le nouveau regard du patient sur lui-même) puis une reformulation (« compliment » dirait Steve de Shazer) pour créer un yes set et renforcer l’alliance thérapeutique. Cette approche permet de transformer la perception de soi du patient et de renforcer l'alliance thérapeutique.
Fertilité et résonance : une approche holistique
La question de la fertilité est loin d'être un long fleuve tranquille. Michel Dupuet associe Annie Ernaux : « Que ma douleur devienne de l’écriture pour la dissoudre complètement, et ne garder que la lumière » ; Hartmut Rosa : « Être en résonance c’est se sentir touché, bouleversé ou affecté, par autrui, un morceau de musique, le travail que nous faisons, un paysage, une idée ou un coucher de soleil, etc. » ; George Herbert Mead : « Seule la réitération des processus de résonance nous procure le sentiment d’exister et d’être un sujet » et « « La résonance n’est pas en moi, mais entre vous et moi, ou entre le monde et nous » ; François Jullien : « Ne pas coller trop près au réel.
Exploration des hallucinations négatives et des traumas
Hallucinations négatives
Une bonne présentation de Marine Colombel, qui cite Milton H. Erickson.
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Réparer les traumas
Un dossier (18 pages) qui fait bien le tour du problème et prend même le temps de différencier trauma simple et trauma complexe. J’ai particulièrement aimé l’article de Julie Rolling qui explique parfaitement les mécanismes et la symptomatologie en cause dans le SSPT.
Remise en question de l'éducation positive
Faut-il remettre en cause l’éducation positive ? Avec Catherine Gueguen (Non), Didier Pleux (Oui) et Nicole Prieur (Oui/Non). Deux pages qui survolent la polémique plus pour attirer le lecteur que pour l’informer… Lisez plutôt le dossier dans Cerveau & Psycho de Janvier 2024 avec des vrais experts.
Sommeil réparateur
Un dossier de 6 pages avec des spécialistes (Pierre Geoffroy, Céline Martinot, Benjamin Putois, Arnaud Rabat) et une herboriste (Virginie Peytavi).
La menthe poivrée : l'antidouleur par excellence
Jean-Michel Morel présente cette herbe aux vertus reconnues (Vidal°) , notamment pour les douleurs et les spasmes digestifs.
Surmonter le stress, l'anxiété et la charge mentale
Avec Amélia Lobbé, Aurélia Schneider et Véronique Souchon.
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Concerts en chambre pour faire vibrer les patients
Je vous ai déjà signalé le travail de la violoncelliste Claire Oppert et ce bel article, qui montre son travail en soins palliatifs, permet de bien comprendre l’importance du pacing respiratoire, du non verbal et de l’accueil de ce que le patient fait résonner en nous, pour établir l’alliance.
Soutien du moral en hiver
- Remonter la pente ça se fait pas à pas.
- Moral des ados : une attention particulière.
- Dépression saisonnière : comment la combattre ?
- La dépression : une véritable maladie.
Électrostimulation
Un article qui ne précise pas assez la différence entre TENS et EMS…Quant à l’effet antalgique de l’EMS pour ma part je me souviens plutôt m’être accroché aux accoudoirs !
Sport sur ordonnance
Une prescription dont il serait dommage de se passer.
Approches novatrices en thérapie
Il était 12 fois Ella
Aux USA les « travailleurs sociaux » ont un rôle différent et sont formés à la thérapie (Michaël White est un exemple célèbre), ce n’est donc pas surprenant si la thérapeute Rebecca J. Lester est assistante sociale et anthropologue ! Cet article m’a passionné en montrant une nouvelle approche d’une pathologie rare (qui concerne quand même, à des degrés divers, 500 000 personnes en France…), mais particulièrement complexe à prendre en charge.
Derrière les modèles massifs de langage
Santé mentale : lever le tabou et innover
Maladie mentale, un tabou français qui se lève
En psychiatrie aussi, l’innovation est là !
Un bon dossier (6 pages), qui passe en revue les nouveautés avec le concours de nombreux spécialistes. Stimulation Magnétique Transcrânienne répétée, rôle de l’inflammation et du « syndrome métabolique », microbiote intestinal, psychiatrie génétique, ultrasons, utilisation des psychédéliques et de la kétamine… les innovations techniques et pharmaceutiques sont à l’honneur, mais l’article parle également sur de nouvelles prises en charge : réhabilitation psychiatrique (mieux vivre avec la maladie), pair aidance, centres experts et secourisme en santé mentale (Aérer : Approcher, Ecouter, Réconforter, Encourager à consulter, Renseigner).
Nouvelles perspectives en science et santé
Les bienfaits d’un long jeûne nocturne
Un assistant ambigu pour les scientifiques
Comment les traumas se transmettent
Dépression : les nouvelles pistes pour s’en sortir
Des traitements de plus en plus ciblés
« Nous parlons aujourd’hui de troubles du spectre de l’humeur » déclare Marion Leboyer (directrice générale de la fondation FondaMental).
Fibromyalgie
Un bracelet pour apaiser la douleur. Didier Bouhassira et Patrick Giniès donnent leur avis sur ce nouveau « dispositif ».
Traitement de l’obésité
Une solution miracle ? Des avis (assez divergents) sur le Sémaglutide. Pour Karine Clément « Les problèmes de poids ne sont pas un choix de vie et ne se résument pas à l’injonction facile « Mangez moins et bougez plus » ; Olivier Ziegler lui pense que « Seuls les spécialistes de l’obésité devraient le prescrire » et Dominique Deplanque rappelle que « La prise en charge de l’obésité ne peut pas se limiter à ces médicaments.
Observations cliniques et mécanismes cérébraux
Alba : quand le TOC devient un spectacle
Grégory Michel présente une observation particulièrement intéressante, qui rapelle que l’observation clinique doit primer sur les « étiquettes » ! Au passage il explique ce qu’est un TOC et une personnalité histrionique.
Ce que l’alcool fait à votre cerveau
Une revue générale très complète des mécanismes biologiques qui expliquent notamment pourquoi le sevrage est si difficile.
Bien respirer pour mieux apprendre
Jean-Philippe Lachaux explique que l’expiration favorise l’action tandis que l’inspiration aide à mémoriser ! Au passage vous découvrirez que respirer par le nez stimule le bulbe olfactif qui influence l’hippocampe et le cortex préfrontal.
Arrêter de fumer et gérer les douleurs chroniques
- Et si fumer devenait un souvenir ? Des témoignages commentés par Ketty Deléris et la promotion de son livre.
- Comment se débarrasser des douleurs chroniques ? Des témoignages révoltants commentés par Nathalie Goujon et la promotion d’une BD.
Livres
- « Ancré ». Deb Dana. Ed Quantum Way. (2023). 24 €. L’autrice a beaucoup collaboré avec Stephen Porges et s’est efforcée de faire connaitre les applications thérapeutiques de sa théorie polyvagale. Comment ne pas penser à l’injonction célèbre de Milton H.
- « Mon bébé signe ». Aedis. (2022).3.5 €.
- « Rouvrir des possibles ». François Jullien. L’observatoire Eds. (2023).
- « Sortir de l’addiction ? » Ouvrage collectif dirigé par Grégoire de Vitry. Ed Descartes et Cie. (2023). 14 €.
Événements
- 26eme Semaine du cerveau. Dans toute la France. Du 11 au 17 Mars 2024.
- Psychotraumatisme : comment le prendre en charge ? Colloque de la revue Hypnose & Thérapies Brèves. 17 Mars 2023 de 9 h à 17 h.
- 14èmes Journées Hypnotiques de l’Institut Milton H. Erickson de Biarritz. Organisées par l’Institut Milton H.
- Alcool, toxicomanie et autres addictions. Colloque de la revue Hypnose & Thérapies Brèves. 10 Décembre 2023.
L'importance de l'entretien et de l'observation en hypnose
Cette première séance permet d’obtenir de nombreux outils pour la séance d’hypnose lors du second rendez-vous et souvent elle permet au patient de commencer à changer. Pour Marc Galy aussi l’entretien avec le patiente est fondamental, et particulièrement le contexte (familial, professionnel, social, etc.). Il insiste ensuite sur l’importance d’observer les changements de position du corps et de les faire percevoir par les patient. Dans la discussion avec Julien Betbèze l’accent est mis sur la notion de point d’appui , chère à François Roustang, ce moment dans le discours du patient où celui-ci offre quelque chose sur quoi la thérapeute va pouvoir s’appuyer pour élargir la perception du patient et, éventuellement, l’amener à changer de direction. Il pense qu’il faut sortir un peu de la langue de l’Etre pour penser en termes de processus et envisager la dimension évasive de l’addiction, loin de l’étiquetage et envisager plus des corrélations que des causalités (recherche de la cause) et parler plutôt d’implication.
Dés-addiction et seconde vie
Le concept de seconde vie, celle qui commence après ce qui rétrospectivement est qualifié de première vie (l’addiction), semble bien correspondre à la dés-addiction en se dégageant progressivement de l’enlisement dans l’addiction pour aller vers la vraie vie, celle où il est possible de vraiment vivre. Dans la dés-addiction le préfixe « dé » n’a pas le sens d’inverser mais de décaler ; la dés-addiction c’est progressivement introduire un écart. La position basse, de biais, permet de repérer ce qui fait transition, la fissure qui permettra la des-adhérence et l’alliance au processus de transformation. Pour que ce travail tienne il faut s’orienter vers la seconde vie.
L'addiction comme solution et le rôle de l'objet
L’addiction est une solution à nos angoisses existentielles et amène très souvent à une double vie avec de petits arrangements sociaux, mais cette solution n’est que partielle et échoue sur le long terme. David Vergriete s’intéresse à la perception, à la représentation de l’objet d’addiction par la patient, due au contexte (sociétal, familial, etc.), à une période de transition personnelle, puis à des renforcements endogènes menant à des schémas d’habitudes. Il présente ensuite l’épisode du veau d’or (de la Bible) pour évoquer l’idolâtrie de l’objet d’addiction, car le veau d’or joue un rôle de substitut divin en réaction à une absence, et sert à combler à combler un vide, une perte, une incertitude. Plus l’objet est recherché, plus je me fige en étant coupé de la relation et plus l’objet me fige en exigeant l’exclusivité et me prive de l’accès à la diversité des mondes relationnels. Progressivement mon identité se dissout.
Thérapie systémique et addictions
Claude de Scorraille et Grégoire Vitry exposent l’utilisation des concepts de François Jullien dans leur spécialité : la thérapie systémique. L’utilisation des échelles de quantification est également très importante. Ils présentent ensuite le réseau SYPRENE et l’étude du système de perception-réaction qui permet de voir la patient dans son environnement et de choisir la stratégie thérapeutique, notamment par l’analyse des tentatives de solutions.
Chemsex et thérapie orientée solutions
Chemsex, le modèle orienté solution au service de thérapies complexes. Le socle de sa pratique est la Thérapie Orientée Solutions. En pratique elle utilise la circularité de mandat (Aidez-moi à vous aider), les échelles, la recherche des exceptions, la projection dans le futur, etc. Par ailleurs il est fréquent (environ 70 %) de rencontrer des contextes traumatiques amenant au chemsex et l’utilisation des mouvements alternatifs est souvent utile. Julien Betbèze demande si la consommation de drogues est limitée à la pratique de groupe.
La relation thérapeutique dans le traitement des addictions
Être par l’addiction, Être sans l’addiction, Être hors l’addiction. Gérard Ostermann rappelle que « La pathologie addictive c’est une pathologie de la relation qui ne peut être soignée que par la relation ». Dans l’addiction « savoir n’est plus pouvoir » et pour Aviel Goodman une conduite est addictive quand un sujet d’une manière impulsive recourt à un comportement ou l’usage d’un produit pour essayer de rétablir son équilibre. Il faut « Eviter que l’explicatif ne recouvre l’exploratif » dit François Jullien et il faut restituer au patient son identité de sujet. Toute personne malade avec l’alcool est un jour confrontée au « Ça suffit » et au conflit d’ambivalence (impossible de continuer/cesser de boire), mais dans la maladie alcoolique il y a surtout un paradoxe : les éléments sont contradictoires en apparence mais peuvent être vrais et bénéfiques s’ils sont gérés adéquatement. « Être ce que l’on boit ou ne pas être ce que l’on est : là est la question ». Au-delà des étiquettes il faut ménager des espaces ouverts à la parole qui nous façonne. C’est par la dé-parole que le patient devient confus et entre en transe. Il faut abandonner la causalité linéaire. Il faut réassocier le patient, le désenliser. Le changement est toujours dans le lien et il faut accepter de ne pas pouvoir « aider » le patient, mais simplement être présent. Quand le patient vient consulter il est coincé face au mur du paradoxe, incapable de choisir (de changer/de ne pas changer/de ne pas choisir). « Le paradoxe c’est une vérité qui se tient sur la tête pour attirer l’attention » ! L’école de Palo Alto a montré qu’il faut utiliser ce paradoxe pour provoquer un changement chez le patient, élargir sa vision. Quand il y a souffrance il y a …
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