L'Agence Nationale Pour l'Emploi (ANPE), devenue Pôle Emploi, a subi de profondes mutations au fil des ans. Son histoire est marquée par une quête constante d'adaptation aux politiques de l'emploi, à la modernisation des services publics et aux critiques persistantes concernant son efficacité. Cet article explore l'évolution de l'ANPE, en mettant en lumière les enjeux de l'individualisation du traitement des demandeurs d'emploi, le renforcement du contrôle et les défis rencontrés par les conseillers.

Un Témoignage de l'Intérieur

Francine Chenet, directrice d'agence, offre un regard privilégié sur l'ANPE à travers son parcours professionnel. Son témoignage débute en 1976, alors qu'elle était elle-même au chômage et confrontée au désarroi face à un conseiller de l'ANPE. Trente-cinq ans plus tard, elle se retrouve de l'autre côté de la barrière, témoin des critiques adressées à l'institution : lourdeur administrative, manque de soutien, statistiques contestées. Son livre se veut une réponse à ces critiques, parfois justifiées, mais souvent exagérées.

L'auteure retrace son parcours, de prospecteur-placeur à directrice d'agence, en soulignant les évolutions de l'ANPE, ses équipes, ses missions et ses organisations successives. Elle met en avant le rôle central du conseil, principale fonction de l'ANPE envers les demandeurs d'emploi, et illustre son récit d'anecdotes révélatrices de la dimension humaine qui anime les 50 000 agents de l'établissement.

La Modernisation et l'Individualisation du Traitement

L'ANPE s'inscrit dans un mouvement de modernisation des services publics, caractérisé par une ouverture à la concurrence et une focalisation sur la relation de service, où le demandeur d'emploi est considéré comme un "client". La création du Suivi Mensuel Personnalisé (SMP) en 2006 marque une étape importante dans cette individualisation. Chaque chômeur est désormais suivi par un conseiller référent, chargé de mobiliser les outils d'aide au placement. Le SMP concerne les demandeurs d'emploi des catégories 1, 2 et 3, et débute au quatrième mois de chômage.

Cette réorganisation du service public de l'emploi s'inscrit dans le contexte des politiques d'activation mises en œuvre dans les autres pays de l'Union européenne. L'activation vise à restructurer les systèmes de protection sociale, à flexibiliser les marchés du travail et à réduire le coût du travail.

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La Personnalisation du Service : Entre Autonomie et Contrôle

L'objectif du SMP est de rationaliser l'activité des conseillers et de personnaliser le service rendu aux demandeurs d'emploi. Cette "personnalisation" implique un contrôle accru de la recherche d'emploi, ce qui peut transformer les pratiques des conseillers. La relation de face-à-face devient un lieu où se joue le pouvoir d'appliquer un principe général à un cas singulier.

La personnalisation du traitement est un processus continu depuis 1998, avec une extension progressive des publics concernés et une intensification de la fréquence des rendez-vous. Le lancement du Projet d’Action Personnalisé coïncide avec le troisième Contrat de Progrès, qui marque la contractualisation des moyens et des objectifs assignés par l’État à l’ANPE.

En théorie, la personnalisation du service donne aux conseillers davantage d'autonomie et de moyens, notamment une spécialisation par secteur d'activité pour chaque agence. Cependant, le nombre important de chômeurs à suivre (130 en moyenne selon une étude) limite la possibilité de mettre en place des parcours individualisés et de proposer des prestations d'accompagnement à l'emploi.

Objectifs Quantitatifs et Contrôle Renforcé

La priorité donnée aux objectifs quantitatifs se traduit par l'utilisation d'un vocabulaire inspiré du commerce : les chômeurs sont désignés comme un "portefeuille" et le "suivi" se substitue à l'aide et à l'accompagnement. Le SMP peut ainsi être considéré comme une forme de "personnalisation de masse", qui vise à standardiser les composantes du service tout en proposant des options de modularité.

Par ailleurs, le contrôle des demandeurs d'emploi est renforcé par le SMP. L'intensification du suivi porte sur la périodicité du pointage et sur le contrôle des démarches de recherche d'emploi. Les sanctions en cas d'insuffisance de recherche d'emploi ou de refus d'emploi sont alourdies, ce qui rend la responsabilité des conseillers d'autant plus importante.

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Depuis le décret du 2 août 2005, complété par la circulaire du 5 septembre 2005, l’insuffisance de recherche d’emploi ou le refus d’emploi entraînent une radiation par l’ANPE de quinze jours à six mois, et pour les bénéficiaires de l’ARE, une suspension par l’Assedic de 20 % de l’allocation pendant une durée de deux à six mois. L’absence à une convocation de l’ANPE pour un entretien obligatoire relève depuis le décret du 2 août 2005 d’une catégorie supérieure de sanction : elle peut entraîner une radiation de l’ANPE d’une durée de deux mois, et pour les bénéficiaires de l’ARE, une suspension par l’Assedic de la totalité du versement de l’allocation dont la durée peut aller jusqu’à deux mois.

Ce contrôle renforcé s'avère complexe à mettre en œuvre, car la notion juridique d'emploi valable ou acceptable laisse une marge interprétative aux professionnels. De plus, les conseillers n'ont pas toujours les moyens de vérifier la réalité des "actes positifs de recherche d'emploi" auprès de tous les employeurs.

Parcours d'Accompagnement et Catégorisation des Demandeurs d'Emploi

Lors de l'entretien d'entrée dans le SMP, le conseiller ANPE doit inscrire le demandeur d'emploi dans l'un des cinq parcours d'accompagnement vers l'emploi : recherche accélérée (P1), recherche active (P2), recherche accompagnée (P3), parcours de mobilisation vers l'emploi (P4), parcours créateur d'entreprise (P5). Cette catégorisation est actualisée en fonction de l'évolution de la situation du chômeur, grâce au suivi mensuel personnalisé.

La mise en parcours résulte de l'évaluation par le conseiller de la "distance à l'emploi", définie par trois critères : l'adéquation du métier avec le marché local de l'emploi, l'existence de "freins" liés à la situation personnelle, la capacité du demandeur d'emploi à effectuer une recherche "active et autonome". La mise en parcours conditionne des durées et des types de suivis différenciés.

Le Mouvement des Chômeurs et Précaires

L'hiver 1997/1998 est marqué par le mouvement des chômeurs et précaires, qui revendiquent une augmentation des minima sociaux, l'ouverture du droit au revenu pour les jeunes et des aides financières d'urgence. Des actions sont menées dans toute la France, notamment à Lyon, où l'occupation du CCAS du 3e arrondissement marque le début du mouvement.

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Ces actions collectives contribuent à donner une nouvelle légitimité sociale aux personnes qui se sentent dévalorisées, fragilisées, isolées par le chômage et le manque d'argent. En s'inscrivant dans une lutte collective, ces personnes peuvent se redéfinir positivement et affirmer leur identité.

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