Les menstruations, un sujet longtemps entouré de tabous, sont aujourd'hui au cœur de recherches scientifiques novatrices. Ces études récentes mettent en lumière des aspects méconnus du cycle menstruel, notamment son impact sur le cerveau et ses liens avec divers problèmes de santé. Cet article se propose d'explorer ces avancées, en soulignant l'importance de mieux comprendre ce phénomène biologique fondamental.
L'Enjeu de Santé Publique des Troubles Menstruels
Les chiffres sont éloquents et soulignent l'ampleur des problèmes de santé liés aux règles. Une femme sur cinq, soit environ 370 millions de personnes, souffrirait de crampes sévères pendant ses règles. De plus, une femme sur dix, ce qui représente 186 millions d'individus, est touchée par l'endométriose, une maladie affectant la muqueuse de l'utérus, ou par la polykystose ovarienne, une affection touchant les ovaires. Ces chiffres dépassent largement ceux d'autres maladies courantes telles que la maladie d'Alzheimer, l'autisme, l'épilepsie ou le psoriasis.
Malgré l'importance de ces chiffres, les maladies et troubles liés aux menstruations restent peu connus, peu médiatisés et insuffisamment documentés par la recherche scientifique. Des questions fondamentales demeurent sans réponse : pourquoi les écoulements sanguins contiennent-ils autant d'anticorps ? Pourquoi les règles sont-elles douloureuses pour une majorité de femmes ? La science peine encore à comprendre certains aspects du cycle menstruel, ce qui a des conséquences sur l'avancée des connaissances et les soins apportés aux problèmes de santé liés aux règles.
Le Sous-Financement de la Recherche
Les syndromes liés aux menstruations sont complexes et présentent une grande variété de symptômes. Cependant, peu d'efforts ont été consacrés à la compréhension de leur fonctionnement et de leurs causes. Le syndrome prémenstruel (SPM), par exemple, a été décrit pour la première fois en 1931, mais aucun traitement efficace n'a amélioré la condition des femmes depuis. Cette situation est due en partie au manque de financements pour la recherche sur ce sujet.
L'Impact des Hormones sur le Cerveau : Nouvelles Perspectives
Des études récentes ont révélé que les hormones sexuelles peuvent modifier certaines zones du cerveau. Des scanners IRM ont montré que la montée et la descente des hormones au cours du cycle menstruel remodèlent les régions du cerveau qui régissent les émotions, la mémoire, le comportement et l'efficacité du transfert d'informations. Ces changements sont particulièrement notables compte tenu du nombre de cycles menstruels que vivent les femmes au cours de leur vie.
Lire aussi: Évaluation de l'Avance Statutaire
Remodelage cérébral pendant le cycle menstruel
Julia Sacher, psychiatre et neuroscientifique à l’Institut Max-Planck de neurologie et des sciences cognitives à Leipzig, en Allemagne, a mené l’une de ces études. Elle souligne la rapidité avec laquelle le cerveau adulte peut changer. Catherine Woolley, neurobiologiste à l’université Northwestern d’Evantson, dans l’Illinois, explique que la plupart des femmes vivent environ 450 cycles menstruels sur trente à quarante ans. Les imageries cérébrales et analyses d’hormones sur lesquelles s’appuient ces études ont été réalisées sur les mêmes individus, pendant des phases spécifiques de leurs cycles menstruels, ce qui rend les résultats plus fiables. Emily Jacobs, neuroscientifique à l’université de Californie, à Santa Barbara, ajoute que ces études ont permis de mieux comprendre à quel point ces hormones influençaient non seulement la morphologie du cerveau, mais également son architecture fonctionnelle.
Le Cycle Menstruel et ses Phases Hormonales
Un cycle menstruel se répète tous les vingt-cinq à trente jours et commence par les règles, pendant lesquelles la couche superficielle de l’endomètre se détache. À ce moment-là, les niveaux d'hormones sexuelles féminines dans le sang sont les plus bas, mais ils augmentent fortement au cours des semaines suivantes. Tout d'abord, les niveaux d'œstrogènes montent, signalant la croissance de l’endomètre. Ensuite, ils chutent pour libérer un ovule de l'ovaire, ce qui marque le milieu du cycle. Puis, les taux de progestérone et d'œstrogènes augmentent à nouveau pendant environ sept jours afin de préparer la muqueuse utérine à la fécondation éventuelle de l'ovule. Si la grossesse ne se produit pas, ces niveaux diminuent, ce qui déclenche les saignements menstruels.
L'Hippocampe : Une Zone Cérébrale Clé
L'hippocampe, centre cognitif du cerveau qui contient à la fois de la matière grise et de la substance blanche, est une petite structure incurvée enfouie dans le cerveau, derrière les oreilles, dans une région remplie de récepteurs d'hormones sexuelles. Il s’agit également de la région du cerveau humain adulte la plus influencée par les changements de volume. L'acquisition de nouvelles compétences fait grossir l'hippocampe, tandis qu'un hippocampe qui rétrécit peut être un signe précoce de démence.
Études Approfondies sur les Changements Cérébraux
Des scientifiques de Leipzig et de Santa Barbara ont réalisé des scans des cerveaux de cinquante femmes à différentes phases de leur cycle menstruel. L'équipe de Sacher a obtenu des images du cerveau vivant avec une résolution si élevée qu'elle n'était auparavant possible qu'en découpant directement le cerveau lors d'une autopsie. Ils ont observé une série de changements dans différentes régions de l’hippocampe alors qu’il se remodelait tout au long du cycle menstruel. La couche extérieure de l’hippocampe s’est épaissie et la matière grise s’est étendue avec l'augmentation des niveaux d'œstrogènes et la baisse de la progestérone. Toutefois, lorsque les niveaux de progestérone ont augmenté, la couche liée à la mémoire s’est étendue.
Une autre étude a révélé que non seulement l'épaisseur de la matière grise, mais aussi les propriétés structurelles de la substance blanche, fluctuaient, influencés par les hormones. Elizabeth Rizor et Viktoriya Babenko ont observé que les modifications de la matière blanche liées aux fluctuations hormonales précédant l'ovulation pourraient rendre plus efficace le transfert d’informations entre les différentes parties du cerveau.
Lire aussi: Avance sur Héritage : fonctionnement et implications
Interprétation des Changements Observés
Bien que ces études montrent que certaines zones du cerveau peuvent se remodeler en fonction des oscillations des hormones pendant le cycle menstruel, les scientifiques précisent que cela ne signifie pas que la mémoire ou la cognition sont affectées. Les études ne révèlent pas non plus si les changements de volume sont liés à la myriade de symptômes émotionnels et cognitifs que subissent les femmes pendant leurs règles.
L'Âge des Premières Règles : Évolution et Implications
L’âge moyen aux premières règles a beaucoup diminué en deux siècles en France. L’institut national d’études démographiques (Ined) estime qu’il y a près de trois siècles, les premières règles arrivaient en France plutôt autour de 16 ans. Les dernières données officielles datent de 1994 : les premières règles arrivaient en moyenne chez les filles à 12 ans et demi. En 2023, l’association Règles élémentaires a réalisé un sondage. Parmi les jeunes filles interrogées, les règles arrivaient à 12 ans et deux mois.
Facteurs Influençant l'Âge des Premières Règles
Les chercheurs soupçonnent un lien avec l’alimentation, qui s’est améliorée durant ces derniers siècles, ou peut-être plutôt parce que les filles ont pris un peu plus de poids. L’exposition aux perturbateurs endocriniens, les hormones, le stress ont probablement également une influence sur l’arrivée des règles. En 2023, des chercheurs français ont aussi émis l’hypothèse de la géographie. Les filles de la moitié sud de la France ont leurs premières règles trois à quatre mois plus tôt que celles du Nord. L'exposition au soleil, aux UV, est soupçonnée de modifier les taux de certaines hormones, comme la mélanine.
Risques pour la Santé Liés à l'Âge des Premières Règles
Une arrivée des règles avant 10 ans ou après 15 ans est liée à de nombreux risques de maladies. Les scientifiques ont interrogé des milliers de femmes, leur ont demandé à quel âge elles avaient eu leurs règles et se sont penchés sur leur santé actuelle. Celles qui ont eu leurs règles précocement, avant 10 ans, ont développé, par rapport aux autres femmes, plus de diabète, d’obésité, de maladies cardiovasculaires, d'hypertension artérielle et de pré-éclampsie. Inversement, les femmes qui avaient eu leurs règles tardivement, après 15 ans, étaient moins obèses, mais développaient davantage de maladies cardiaques. Par le passé, il a déjà été montré qu’elles risquaient aussi plus d’ostéoporose et de fractures.
Tendances Actuelles : Règles Plus Précoces et Irrégulières
Une étude parue dans la revue scientifique Jama Network Open révèle que les jeunes femmes ont des règles plus précoces et plus irrégulières que les générations précédentes. L’âge moyen des premières règles est tombé à 11,9 ans pour les femmes nées entre 2000 et 2005, contre 12,5 ans pour celles nées entre 1950 et 1969. Les jeunes femmes sont aussi plus nombreuses à avoir leurs règles avant 11 ans, voire dès l’âge de 9 ans. Les jeunes filles non blanches seraient plus concernées que les autres par cette précocité.
Lire aussi: Conseils pour gérer les règles en avance
Les cycles menstruels sont également plus erratiques, et le délai entre les premières règles et la régularité du cycle s’est allongé. Ces indicateurs suggèrent une détérioration de la santé reproductive globale et de la santé de la population. Des menstruations précoces sont liées à un risque accru de problèmes de santé plus tard dans la vie, comme les maladies cardiovasculaires et les cancers. Le fait que les jeunes femmes mettent aussi plus longtemps à avoir un cycle régulier les expose à des risques accrus de cycles irréguliers pour le reste de leur vie, ce qui peut être une cause d’infertilité.
Les causes de cette mutation de la menstruation sont multifactorielles, liées à l’alimentation, l’activité physique, ou encore l’exposition à des produits chimiques perturbateurs du système endocrinien. Un IMC plus élevé peut également être un facteur, car la puberté a besoin d’une certaine accumulation de masse adipeuse pour se déclencher.
Les participantes qui se sont identifiées comme “asiatiques, noires, hispaniques ou multiraciales”, mais aussi celles appartenant à un “statut socio-économique inférieur”, ont systématiquement déclaré un âge moyen des premières règles plus précoce que les participantes blanches et/ou de milieu plus aisé.
L'Étude Apple sur la Santé des Femmes : Une Recherche Inédite
L’étude Apple sur la santé des femmes est une recherche menée en collaboration avec la Harvard T.H. Chan School of Public Health et le National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS). Elle vise à mieux comprendre les cycles menstruels et leur lien avec divers problèmes de santé tels que le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), l’infertilité et la transition ménopausique.
L’étude a montré que 16,4 % de la population ayant participé avaient enregistré des écarts de cycle. Les symptômes les plus fréquemment enregistrés étaient les crampes abdominales, les ballonnements et la fatigue, qui ont tous été ressentis par plus de 60 % des participantes ayant consigné leurs symptômes. Plus de la moitié des participantes ayant consigné des symptômes ont enregistré avoir eu de l’acné et des maux de tête. Les participantes avaient des cycles menstruels légèrement plus longs lorsqu’elles avaient reçu un vaccin contre le COVID-19.
L’étude Apple sur la santé des femmes invite toute personne ayant déjà eu ses règles aux États-Unis à contribuer à la recherche scientifique en utilisant l’app Apple Recherche. La fonctionnalité Suivi de cycle est disponible dans l’app Santé sur iPhone ou dans l’app Suivi de cycle sur Apple Watch. Elle permet aux utilisatrices de suivre leur cycle menstruel ainsi que des éléments tels que leurs symptômes ou les résultats de leurs tests d’ovulation.
Grâce à iOS 16 et watchOS 9, Suivi de cycle peut faire savoir aux utilisatrices si l’historique de leur cycle enregistré au cours des six derniers mois montre un schéma de règles irrégulières, de règles peu fréquentes, de règles prolongées ou de spotting persistant. Il est important de savoir quand ces schémas se produisent, car ils peuvent être le signe d’un problème de santé sous-jacent.
De plus, les nouvelles capacités du capteur de température de l’Apple Watch Series 8 et de l’Apple Watch Ultra permettent aux utilisatrices de recevoir des estimations d’ovulation rétrospectives.
Les Règles : Chefs d'Orchestre du Cerveau ?
Des neuroscientifiques de l'Université de Californie ont révélé que les cycles menstruels seraient des véritables chefs d'orchestre du cerveau. En d'autres termes, durant la période menstruelle, il serait observé des modifications globales du cerveau.
Cette étude avait principalement pour but d'analyser les changements structurels dans le cerveau des femmes en fonction des fluctuations hormonales. Les chercheurs ont constaté que les modifications structurelles cérébrales ne se limitent pas aux régions du cerveau qui sont généralement associées au cycle menstruel. En plus de relever des modifications fonctionnelles, l'étude a également mis en exergue des liens de causalité entre les niveaux d'hormones et les changements cérébraux. Il y a des conséquences notables sur le cerveau en fonction du cycle menstruel et des effets hormonaux recensés.
Cette étude permet d'envisager de nouvelles perspectives dans l'intelligibilité des troubles mentaux qui sont liés au cycle menstruel. Les scientifiques suggèrent alors que ces modifications structurelles pourraient largement influer sur le comportement des femmes, notamment en période de menstruations.
tags: #avance #scientifiques #menstruations
