Introduction
L'étude du folklore et des mythes fondateurs a connu un essor particulier au cours du XXe siècle, notamment durant l'entre-deux-guerres. Cette période a été marquée par une multiplication des tentatives de définition du folklore et de la méthode appropriée pour l'étudier, ainsi que par des réflexions sur le rôle des mythes fondateurs dans la construction des identités collectives. Cet article se propose d'explorer ces thématiques, en s'appuyant sur les travaux de figures marquantes du folklore français, telles que Van Gennep, Saintyves et Varagnac, et en examinant la manière dont les mythes, notamment ceux liés aux origines de Rome, sont utilisés pour légitimer des ambitions et des exclusions.
L'Émergence des Études Folkloriques dans l'Entre-Deux-Guerres
Après la Première Guerre mondiale, les études folkloriques ont connu un renouveau, marqué par une volonté de définir et de structurer ce champ de recherche. Van Gennep, Saintyves et Varagnac ont joué un rôle central dans ce mouvement, en proposant différentes approches et méthodologies.
Van Gennep et le Folklore comme Science Biologique
Van Gennep, définissant le folklore comme une « biologie sociologique », mettait l'accent sur l'importance de la méthode ethnographique. Pour lui, l'ethnographie et le folklore nécessitent d'« aller au peuple » et de privilégier l'observation directe et le recueil de témoignages. Il minimisait la place de l'histoire comme ressource explicative et critiquait l'usage du concept de survivance, préférant étudier les processus d'invention et l'initiative individuelle.
Saintyves et l'Approche Historique du Folklore
Saintyves, quant à lui, considérait le folklore comme une science de la tradition chez les peuples cultivés, principalement dans les milieux populaires et ruraux. Il insistait sur l'importance d'établir l'origine des thèmes traditionnels et de les étudier dans une perspective historique. Il distinguait ainsi le folklore de l'anthropologie et de l'ethnographie, considérant que le folklore se concentre sur les sociétés civilisées.
Varagnac et la Collecte de Documents Folkloriques
Varagnac, influencé par Frazer, lançait en 1928 le projet d'une Société de folklore français, visant à collecter des documents sur un mode qu'il présentait comme frazerien. Il critiquait les spécialistes qui, selon lui, dénaturaient les faits par leurs théories, et prônait un retour aux faits.
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Les Tensions et les Débats au Sein du Mouvement Folklorique
Les essais de définition du folklore et de sa méthode entrepris par ces trois personnalités furent loin d’opérer sur un mode univoque et consensuel. On perçoit en effet durant cette période de l’entre-deux-guerres l’existence de luttes bien réelles entre eux autour de ces questions. Ces luttes conduisent à ce qu’ils s’associent différemment selon les éléments retenus. Ainsi, ils sont d’accord un temps pour considérer que le folklore est « vivant », avant de fortement s’opposer autour de ce sujet.
La Querelle du Mort et du Vivant
Afin de tenter de mettre un peu d’ordre dans la nébuleuse de ces disputes à géométrie variable, il s’agit de retracer ici la « querelle du mort et du vivant » qui les a opposés à différentes périodes et sur différents modes. Même si le propos ne se limite pas à cette unique querelle, c’est bien autour d’elle que se structure l’espace de leurs prises de position.
Le Merveilleux : Entre Moyen Âge et Fantasy
Le merveilleux est une notion qui traverse les époques et les genres littéraires, du Moyen Âge à la fantasy contemporaine. Si le merveilleux de la fantasy se définit par un caractère magique perçu comme foncièrement irréel dans notre société de rationalité scientifique, le merveilleux médiéval, lui, désigne des phénomènes sortant de l’ordinaire, mais le plus souvent associés à un ordre divin. Cette différence d’ampleur n'empêche pourtant pas l’existence d’un lien important entre le merveilleux des récits des temps féodaux et celui de la fantasy, ne serait-ce que parce que nombre des premiers auteurs du genre, tels que William Morris ou J.R.R.
Le Merveilleux Associé au Voyage
Dans les écrits du Moyen Âge, le merveilleux est avant tout associé au voyage, à l’image du chevalier partant de la cour vers une forêt remplie de mystères et de créatures, du marchand ou du pèlerin en route vers des territoires inconnus. Les auteurs voyageurs ne sont pas en reste. Certains manuscrits médiévaux du Devisement du monde, ouvrage dicté à la fin du XIIIe siècle par l’explorateur Marco Polo, sont parfois connus sous le titre de Livre des Merveilles. La fantasy se constitue d’ailleurs la plupart du temps comme un récit de voyage où l’on voit des héros partir d’un centre connu vers des marges lointaines et merveilleuses. L’exemple le plus célèbre est sans conteste Le Hobbit (1937), puis Le Seigneur des Anneaux (1954-1955) de J.R.R. Tolkien.
Le Merveilleux et la Démesure
Ici, le merveilleux est associé à l'hyperbole, à une telle démesure qu’elle en devient rare. Cette caractéristique se retrouve régulièrement dans des textes épiques médiévaux, où les armées sont composées de centaines de milliers de guerriers. Un tel processus d’accumulation de chiffres est aussi employé dans Le livre des merveilles de Marco Polo, quand il décrit les chasses de l’empereur chinois Kubliaï Khan. Ainsi, la taille permet elle aussi de signifier la merveille. On ne compte plus dans les textes médiévaux les constructions titanesques, les bêtes immenses ou les géants qui, dans La Chanson de Roland, combattent du côté des sarrasins. La pensée analogique médiévale associe d’ailleurs grande taille et ancienneté, voire grand âge. La fantasy reprend à son tour ce procédé.
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Le Merveilleux et la Survivance d'un Passé Pré-Chrétien
Au Moyen Âge, le merveilleux n’est pas toujours lointain. Il peut être proche, mais reste réservé à des espaces particuliers, comme les îles et les forêts dans lesquelles s’aventurent les chevaliers arthuriens. Le merveilleux que l’on y rencontre ne marque pas par un dépaysement géographique, mais temporel, tant il semble incarner les survivances d’un passé pré-chrétien. Celui-ci n’est pas forcément associé au paganisme nordique. Ce motif est là encore courant dans la fantasy, où l’on ne compte plus les bois peuplés d’elfes millénaires.
Fonctions du Merveilleux : Ordre Divin vs. Nostalgie
Ces divers exemples montrent donc qu’il est possible de tracer une certaine généalogie entre merveilleux médiéval et fantasy. Pourtant, l’un et l’autre n’ont pas la même fonction. Le premier est perçu comme faisant partie de l’ordre divin, lointain, certes, mais présent dans les marges des pages, des territoires et du royaume chrétiens. Le merveilleux de la fantasy, lui, est assimilé à une création imaginaire symbolisant une société pré-industrielle disparue. Ses représentations s’accompagnent alors d’une nostalgie associée à un monde naturel que les modernes auraient perdu.
Les Mythes Fondateurs : Rome et l'Instrumentalisation du Passé
Quelles réalités derrière la légende ? Archéologues et historiens n’ont cessé de s’interroger sur les épisodes de la naissance de Rome. Une louve allaitant Romulus et Rémus, des jumeaux abandonnés : c’est l’image des origines de la ville. Le mythe de la fondation de Rome ne commence pas avec les jumeaux Romulus et Rémus allaités par une louve. Mais avec… Enée, un des héros de la guerre de Troie, dont les actions ont été chantées plus tard par l’auteur romain Virgile (70-19 av. J.-C.) dans son poème L’Enéide.
La Légende d'Énée et la Fondation de Rome
Au XIIe siècle avant notre ère, la légende veut que le Troyen, fuyant sa ville dévastée par les Grecs, soit venu s’établir, après un aventureux périple par la Sicile et Carthage, sur les bords du Tibre. Il y épouse Lavinia, la fille d’un roi nommé Latinus. En l’honneur de son beau-père, Enée donne à son peuple le nom de Latins. Quatre siècles plus tard, un conflit de succession entre deux de ses descendants, les frères Numitor et Amulius, fait rage. Ce dernier détrône Numitor et, pour écarter le danger d’une descendance, contraint la fille de son rival, Rhéa Silvia, à entrer dans l’ordre des vestales, vouées au célibat et à la chasteté. C’était sans compter sur le dieu Mars qui, épris de la jeune fille, s’unit à elle et lui donne des jumeaux, les futurs Romulus et Rémus… Amulius décide de jeter les enfants dans les eaux du Tibre en crue. Le flot dépose leur berceau en osier, au pied du mont Palatin. Allaités par une louve dans une grotte, le Lupercal, les nouveau-nés sont recueillis par un couple de bergers. Devenus adolescents, ils renversent l’usurpateur Amulius et rétablissent leur grand-père Numitor sur le trône du Latium. Puis ils partent fonder une ville sur le site du Palatin où ils ont été miraculeusement sauvés. Désigné, en 753 av. J.-C, par un signe du ciel comme fondateur et roi de ce lieu, Romulus trace à la charrue le sillon marquant l’enceinte de la cité, mais doit affronter la jalousie de son frère. Rémus, par bravade, franchit cette limite sacrée. Et Romulus le tue. Rome est née. Dans le sang.
Mythes Fondateurs et Identités Nationales
Cette notion de ''mythe fondateur'' est même revivifiée au XIXe siècle avec la construction des identités nationales en Europe (Brutus de Bretagne, fils de Iule pour les nations de la Grande Bretagne, les Nibelungen en Allemagne, la princesse Libuse en Bohème, Godefroy de Bouillon, héros national belge, etc.). Les XXe et XXIe siècles ne sont pas exempts de récupérations d’événements historiques plus ou moins fictifs (plus que moins d'ailleurs et donc, par définition non historiques) par des hommes politiques, des idéologies, des communautés, dans le but de contribuer à légitimer des ambitions, des exclusions, parfois des persécutions.
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Pourquoi les Romains ont-ils estimé utile de se donner des mythes fondateurs ?
On aura donc compris que la question ''pourquoi les Romains ont-ils estimé utile de se donner des mythes fondateurs ?'' reste universelle et intemporelle. Par delà la légende, elle interroge le rapport de tout groupe à ses origines, son histoire. Elle renvoie à d'autres questions que sont l'instrumentalisation du passé et le rôle de l'histoire (et donc des historiens et des professeurs d'histoire) dans l'édification des identités individuelles comme collectives. Elle permettra aux élèves de commencer à créer un rapport à l'histoire, à la débarrasser des scories du mythe, du faux semblant, d'aider de jeunes esprits à développer leurs capacités d'objectivité.
Les Sources des Mythes Fondateurs de Rome
Les historiens, y compris les historiens romains (ce qui nous amène à émettre immédiatement une question qui est parfois posée par les élèves: ''les Romains croyaient-ils à cette légende ?'') ont recensé deux douzaines de versions. Les plus anciennes versions apparaissent dès le Ve siècle avant J.-C. dans le monde grec. Les perspectives de ces anciens érudits grecs sont fondamentalement hellénocentriques. Ils ne conçoivent pas qu’une nation, un peuple ou une cité qui joue un rôle dans le bassin méditerranéen n’ait pas une origine grecque plus ou moins nette. Il faudra attendre la fin du IIIe s. av. J.-C. pour trouver à Rome des références aux mythes fondateurs de la cité, au moment des guerres puniques et des débuts de l'expansionnisme romain hors d'Italie. La légende des origines troyennes de Rome n'était alors qu'une croyance flottante et il semblerait que ce soit les magistrats romains qui lui ont donné une consécration officielle.
L'Influence Grecque sur les Mythes Romains
Il est intéressant et important de noter que tous les récits de fondation de la cité de Rome sont des récits grecs (comprenons cela par une intervention des Grecs) parce qu'il n'y a de cité que grecque. Il n'y a pas de contre-modèle politique équivalent à la polis. Il n'y a pas d'autre façon de penser pour des civilisés. La polis est un paradigme universel, par opposition aux barbares. Pour un peuple, affirmer son altérité (notamment comme groupe de population) par rapport aux Grecs serait s'avouer barbare. Il faut donc se donner une origine grecque (les Troyens sont des Grecs. Rien dans l'Iliade ne différencie les Troyens de leurs ennemis : même culture, même langue, même religion).
Le Mythe Aryen et la Colonisation Russe du Turkestan
Cet article étudie le rôle joué par le mythe aryen dans les discours de légitimation de la colonisation russe du Turkestan. L’idée d’un berceau aryen en Asie centrale a permis à des milieux intellectuels russes inspirés du slavophilisme de mener une réflexion sur la nature « non coloniale » de l’expansion russe en la présentant comme le simple retour des Aryens dans leur patrie.
L'Aryanisme et la Légitimation de la Colonisation
À la fin du XIXe siècle, l’avancée impériale des puissances occidentales en Asie et en Afrique suscite de nombreux discours de légitimation, usant d’argumentations politiques, économiques, mais aussi culturelles et scientifiques. La Russie impériale n’est pas restée hors de ce grand courant européen et a, elle aussi, développé des discours de légitimation justifiant son avancée en Asie centrale et en Extrême-Orient. Les désirs expansionnistes de Saint-Pétersbourg envers le Turkestan, la Mandchourie, le Xinjiang, la Mongolie et le Tibet ont en effet suscité un certain « impérialisme romantique » - dont l’un des traits majeurs fut la référence à l’aryanisme.
Le Berceau Aryen en Asie Centrale
Les Turkestan russe et chinois vont alors se révéler l’objet de discours scientifiques engagés faisant d’eux le berceau d’une partie de l’humanité : pour certains savants européens, ils seraient le lieu d’origine du monde touranien, donc un espace d’altérité, pour d’autres au contraire, le foyer des premiers Aryens que la plupart des élites de l’époque appréhendent comme les ancêtres des peuples européens.
L'Aryanisme : Habit Théorique de l'Impérialisme Européen
Cette recherche éperdue des origines ne relève pas exclusivement d’interrogations scientifiques sur le ou les berceaux possibles de l’humanité : elle est également un mode de discours sur soi de la part d’Européens qui cherchent à comprendre leur suprématie politique mondiale et permet donc de légitimer la colonisation. L’aryanisme est en effet un élément clé de la pensée impériale de l’Europe. En Russie également, certains intellectuels ne peuvent rester indifférents à cette mode aryaniste alors que l’avancée territoriale de l’empire nécessite de repenser l’identité du pays : État européen ayant des possessions asiatiques, ou État euro-asiatique spécifique ? La domination de l’Asie centrale va donc avoir pour corollaire la naissance d’un courant aryaniste russe : seuls les « Aryens du Nord » que seraient les Russes pourraient redonner au berceau centrasiatique son identité aryenne et effacer son actuel caractère turcique.
La Russie et les Débats Européens sur le Berceau Aryen
La Russie, par sa domination tout aussi bien des pourtours de la mer Noire que de l’Asie centrale, se trouve donc impliquée dans l’ensemble de ces débats européens sur l’emplacement du berceau aryen. Par ailleurs, la science russe est, au XIXe siècle, intrinsèquement liée à la science germanique, ce qui contribue à accentuer le caractère transeuropéen des polémiques.
Atlantide : Mythe et Réalité d'une Civilisation Disparue
D’abord résumée dans le Timée, le récit de la mythique Atlantide est longuement développé dans le Critias de Platon, dont les éléments les plus mémorables sont les descriptions de l’essor et de la chute soudaine de cette mystérieuse civilisation perdue, berceau d’une humanité supérieure et dévoyée, de son immense flotte, de ses anneaux concentriques alternant terre et eau et de ses temples recouverts d’or.
Les Écrits de Platon : Seules Pistes d'Exploration
À l’heure actuelle, les écrits de Platon sont les seules pistes d’exploration dont disposent les scientifiques pour mener à bien cette quête. Écrits qui intriguent d’ailleurs fortement par leur contenu. Selon le journaliste américain Mark Adams, Platon était un penseur « profondément influencé par les pythagoriciens », qui croyaient en un code mathématique à l'origine de la vie, qu'il fallait déchiffrer pour comprendre la vérité de notre existence.
La Péninsule Ibérique : Possible Localisation de l'Atlantide
Si de nombreux explorateurs ont envisagé l’Antarctique, les Caraïbes ou l’océan Indien comme possibles localisations, c’est ailleurs qu’il faut chercher pour trouver des preuves, s’il en existe, de la réalité de l’Atlantide. « Si vous suivez Platon, vous allez tout droit à la péninsule ibérique, parce que c’est là où le texte vous mène » affirme Stavros Papamarinopoulos. Cette hypothèse correspond à la description faite par Platon de la vallée plate et allongée entourée de montagnes, qui ne seraient autres que la Sierra Nevada et la Sierra Morena.
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