Introduction

Le biberon, cet humble objet destiné à nourrir les enfants en remplacement du sein maternel, est devenu un sujet d'étude fascinant pour les archéologues, les ethnographes, les collectionneurs, mais aussi les médecins, les historiens et les anthropologues. Son histoire, riche et complexe, reflète l'évolution des pratiques d'allaitement, des attitudes parentales, des progrès techniques, des savoirs populaires et savants, ainsi que des théories médicales.

Le Biberon : Un Objet digne d'intérêt

En quelques années, le biberon est devenu un objet digne d'intérêt, lié d'une part à un renouvellement du regard porté sur l'enfance et sur son environnement, d'autre part à une réflexion plus poussée sur les problèmes de la nutrition, notamment infantile. En regardant les collections, en feuilletant les thèses et les livres, on se convainc aisément que le biberon d'enfant est bien un objet identifiable dont la variété des formes est étonnante. Même dans ce petit objet banal, les hommes ont vraiment exercé leur imagination, leurs talents d'artisans et d'artistes, bref leur art. Il y a quelque chose d'émouvant à évoquer ces objets minuscules inventés au fil des siècles par les adultes pour sustenter tant bien que mal les tout-petits. En examinant ces objets en détail, on se rend compte qu'une histoire du biberon se dessine, laquelle suit l'évolution de plusieurs autres histoires : celles de l'art, des savoirs populaires et savants, des progrès techniques, des attitudes parentales, des rapports entre époux, etc.

Les Origines du Biberon : Antiquité et Moyen Âge

L'allaitement au sein maternel était très généralement pratiqué dans les sociétés antiques et paysannes, en raison de sa disponibilité, de sa commodité et de sa gratuité. Cependant, lorsque la mère était décédée, manquait de lait, ou pour des raisons sociales, mondaines ou esthétiques, n'allaitait pas, des alternatives étaient nécessaires.

Les Alternatives à l'Allaitement Maternel

  • La nourrice : Une voisine, une parente, une amie ou une esclave pouvait allaiter l'enfant, avec ou sans rémunération. À Rome, un espace était réservé aux nourrices sur le marché aux légumes, près de la colonne lactaire.
  • L'allaitement animal : L'enfant pouvait téter la mamelle d'un animal, surtout une chèvre. De nombreuses légendes grecques et romaines rapportent ce mode d'allaitement, comme celle de Zeus allaité par la chèvre Amalthée, ou Romulus et Remus allaités par une louve.
  • Le biberon : Parmi les plus anciens exemplaires de biberons, certains ont une forme d'animaux en miniature.

Les Biberons Antiques : Vestiges Archéologiques

Pour l'Antiquité, on ne dispose pas d'une grande quantité d'objets que l'on peut qualifier de biberons sans doute en raison de la difficulté à les identifier parmi les déchets domestiques découverts en contexte d'habitat. En revanche, les sépultures d'enfants présentent l'avantage de pouvoir livrer des pièces généralement complètes plus aisées à reconnaître comme biberons. Ce sont des poteries ou des flacons de verre munis d'une ouverture sur la partie haute et d'un petit goulot ou téterelle dans la partie ventrue. Ces petites cruches à bec tubulaire, qu'elles soient en céramique ou en verre, sont régulièrement mises au jour sur des sites archéologiques, aussi bien en contexte domestique que funéraire. Cependant, leur découverte dans des tombes d'enfant reste rare, ce qui a souvent faussé l'interprétation qu'on en faisait. Ainsi, la littérature archéologique leur attribue de nombreuses fonctions. Les exemplaires en céramique sont qualifiés tour à tour de vases votifs, de pipette, de barolet à barbotine, de lampe à huile ou de tirelire.

Pour avoir une idée plus juste de la place qu'occupent ces cruches dans le quotidien des vivants, il convient de comprendre la place qu'elles tiennent dans le monde des morts. Les rites funéraires antiques sont basés sur la notion d'accompagnement du défunt vers l'au-delà ; la mise en terre est célébrée par un banquet au cours duquel le défunt partage un repas avec les vivants, par le biais d'éléments de vaisselle déposés à ses côtés. Au Bas-Empire, ce lot de vaisselle, défini comme assemblage de sustentation du défunt, comprend deux objets, souvent un récipient destiné à contenir les denrées solides et un récipient lié au service des boissons.

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Trois sépultures à inhumation provenant de trois sites champenois différents ont été sélectionnées pour illustrer la présence de cruche à bec verseur tubulaire, parfois interprétée comme biberon, dans les tombes d'enfants. À Bezannes (Marne), une sépulture à inhumation datée du iiie siècle de notre ère, abritant sans doute un nourrisson, contenait un récipient en verre. À Ville-sur-Retourne (Ardennes), l'inhumation d'un enfant d'environ trois mois, datée de la fin du iiie siècle, contenait une cruche en verre à bec tubulaire placée dans l'angle nord-ouest de la fosse et une pièce de monnaie. L'exemple d'Arcis-sur-Aube (Aube) est mieux documenté. L'abondant mobilier découvert dans cette fosse, composé de différentes pièces d'un service à boisson, oriente la datation dans le courant du iiie siècle. Trois récipients en céramique, une tasse ansée, un bol et un petit gobelet, ainsi que deux récipients en verre, une cruche à verseur tubulaire et un bol, se trouvaient dans la partie centrale de la fosse, alors que les rares ossements conservés étaient contre la paroi nord du creusement.

Toutes ces fosses, de dimensions trop réduites pour accueillir un adulte (leur longueur ne dépasse pas 1,20 m), ne contenaient que les restes très lacunaires de sujets supposés immatures. Le mobilier déposé se compose d'un ou deux objets, sauf dans la sépulture d'Arcis-sur-Aube, dans laquelle cinq éléments d'un service à liquides ont été retrouvés. Malheureusement, la mauvaise conservation du squelette dans ces trois exemples ne permet pas d'appréhender l'emplacement des objets déposés par rapport au défunt. La découverte en archéologie de ce genre de récipient en verre est rare. Ce sont, en l'état actuel des découvertes, les seuls exemples régionaux pour l'Antiquité.

Dans la tombe d'Arcis-sur-Aube, l'assemblage de sustentation du défunt est composé d'un plat à denrées solides représenté par le bol cylindrique en verre et d'un verseur à boisson représenté par la cruche à bec tubulaire, également en verre. Quel type de boisson pouvait-elle contenir ? Le défunt étant un enfant, l'attribution de la cruche à un biberon contenant du lait est tentante. Pour le confirmer, des analyses ont été faites sur les résidus organiques déposés à l'intérieur des cruches de Bezannes et de Compertrix. Ces exemples ont montré que les petites cruches à bec étaient bien liées à la sustentation des enfants, qui plus est, à base de boisson lactée. Cependant, les cruches en verre sont fragiles et le doute persiste quant à leur utilisation pour l'allaitement artificiel. Les anses, petites et fines sont mal adaptées à une main d'adulte et le bec tubulaire brut et coupant, ne peut être placé dans la bouche d'un enfant.

Récemment, une expérience bien intéressante s'est déroulée à Bourges. En plaçant le guttus verticalement devant le sein, la mère aspire plusieurs fois par le petit goulot pour créer le vide d'air nécessaire à l'extraction du lait. Aussitôt après, le lait sort du sein et se dépose au fond du vase. L'archéologue pense que ces tire-laits servaient à amorcer l'allaitement, ils ne permettaient pas d'alimenter un nouveau-né en continu. Il est possible que les « biberons gallo-romains » présentés en 1993 lors de l'exposition à Versailles, Trésors de terre.

À notre connaissance, il existe un seul témoignage écrit antique d'origine médicale concernant l'usage du biberon. C'est un texte de Soranos d'Éphèse qui, au iie siècle de notre ère, évoque une tétine pour sevrer un nourrisson.

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Les Biberons Médiévaux : Chevrettes et Cornes

Pour le Moyen Âge, on a conservé également des biberons de terre cuite, souvent nommés chevrette sans doute parce qu'on y mettait surtout du lait de chèvre. Ces biberons ont par la suite évolué vers le type des faïences de Quimper : petit pot de 10 à 15 cm de haut avec pied, anse latérale, goulot pour téter et orifice de remplissage. En breton, ces biberons se sont appelés pod bronnek, en français pot mamelon ou craule.

Il existe aussi, à partir du ixe siècle - peut-être de tous temps dans certaines régions - un type particulier de biberons, appelé corne ou cornette faite à partir de la corne d'un ovin ou d'un caprin. Le bout était percé d'un ou de plusieurs petits trous, parfois recouvert d'un chiffon retenu par un fil, à moins qu'une mèche ait été arrangée à l'intérieur d'un orifice plus gros. Un conte du xiiie siècle nous rapporte l'usage de cette corne d'une façon amusante. Le petit Robert, conçu avec l'aide du Diable, était un bébé terrible. À chaque fois qu'il tétait, il mordait sa nourrice. Toujours il bougonnait, toujours il criait. Du temps qu'on le portait à l'église et qu'on le ramenait au logis, il ne cessa de pleurer et de gémir.

L'Alimentation du Nourrisson au Moyen Âge : Bouillies et Traditions

Les mères préparaient au coin du feu la bouillie, le papin de l'enfant sevré. Cette bouillie à base de farine était mitonnée dans un petit poêlon, dans une petite cassote dont les historiennes Danièle Alexandre-Bidon et Monique Closson nous donnent de jolis dessins à partir de miniatures médiévales dans leur livre L'enfant à l'ombre des cathédrales. Le père est donc aussi impliqué dans l'alimentation du jeune enfant, et ceci très tôt d'après les usages médiévaux dont certains ont perduré au moins symboliquement jusqu'à nos jours. En Bretagne, au xixe siècle, avait lieu le surlendemain de la naissance le rite de la première bouillie. Par des commentaires sur les réactions du bébé au contact avec les cuillérées de bouillie, la maisonnée appréciait le futur caractère du personnage, tout comme la famille du comte de Paris guettait les réactions du dernier-né aux gouttes de vin de Jurançon qui lui étaient glissées entre les lèvres en souvenir de l'ancêtre Henri IV !

Il ne faut pas oublier que les théories médicales et les traditions populaires attribuaient depuis l'antiquité des vertus très négatives au lait maternel des premiers jours, le colostrum. Il n'était pas question pour l'accouchée d'allaiter son enfant, elle l'empoisonnerait. À moins qu'il s'agisse de l'effet inverse, on craignait que l'enfant non encore baptisé, en tétant sa mère, laisse s'échapper par la bouche de mauvais esprits. En attendant le baptême et la montée du lait, l'enfant était mis à la diète ou bien confié à une voisine. C'est seulement au xviiie siècle que l'on découvrit les vertus du colostrum pour l'évacuation du méconium mais les traditions perdurèrent. Jusqu'à une époque toute récente, on recommandait aux mères d'attendre la montée du lait pour mettre l'enfant au sein. Pour faire patienter le bébé, on imposait une diète presque absolue, à l'eau sucrée.

L'Évolution du Biberon à l'Époque Moderne

Au cours des siècles, on voit naître d'autres formes de biberons, fabriqués à partir de matières diverses, bois tourné (surtout du buis), terre, peau, faïence, porcelaine, verre, argent et or pour les plus riches. On invente et on réinvente de nouvelles tétines et drapelets qui imitent plus ou moins adroitement le mamelon. Le but est d'éviter que le bébé ne s'étouffe en ingurgitant trop vite : chiffon - rapidement souillé -, embout en bois, en os, en ivoire - tous matériaux bien durs pour les gencives des nouveau nés, mamelle d'animal - qui s'abîme trop vite et dégage rapidement une odeur désagréable. Le biberon en étain se répand surtout aux xviie-xviiie siècles avec des risques notables pour le bébé car certains étains contenaient du plomb, substance provoquant le saturnisme.

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La demande de biberons grandit à partir de la Renaissance du fait de l'existence des grandes institutions en faveur des Enfants Trouvés. Du temps de François Ier, à l'Hôtel-Dieu de Paris, les religieuses et les servantes durent recourir aux biberons et cornets, faute de mères et de nourrices. Elles utilisaient des biberons d'étain et de verre « encornettés ou enveloppés de quelque petit drapeau ».

Le Biberon Aujourd'hui : Innovation et Praticité

L'histoire du biberon continue de s'écrire, avec des innovations constantes en termes de matériaux, de design et de fonctionnalités. L'objectif reste le même : offrir aux bébés une alimentation sûre et adaptée, tout en facilitant la vie des parents. De nos jours, des entreprises se consacrent à réinventer le biberon, en concentrant dans une même gamme les meilleurs matériaux, les tétines les plus abouties et des bouteilles aussi pratiques que design. L'idée est de proposer à toutes les familles des produits fiables, esthétiques et recyclables.

Calcul de la Quantité de Lait par Biberon

Voici la formule pour déterminer la quantité de lait infantile à donner à son bébé par jour :

🍼 Poids du bébé (en g) / 10 + 200 = quantité de lait infantile par jour en ml.

Bien que cela vous donne une idée de la dose de lait en fonction du poids de votre enfant, d’autres paramètres entrent aussi en jeu. Ainsi, seul votre pédiatre pourra adapter les quantités dont votre enfant aura besoin selon sa croissance et son évolution.

Guide des Quantités de Lait pour Bébé Mois par Mois

  • Nouveau-né : 300 à 500 ml de lait infantile par jour, environ 10 biberons de 60 ml par jour.
  • 1 mois : 500 à 750 ml de lait infantile par jour, environ 6 biberons de 90 ml par jour.
  • 2 mois : 600 à 850 ml de lait infantile par jour, environ 6 biberons de 120 ml par jour.
  • 4 mois : 700 à 900 ml de lait infantile par jour, environ 5 biberons de 180 ml par jour.
  • 6 mois : 750 à 1 000 ml de lait infantile par jour, environ 4 biberons de 210 ml par jour.
  • 8 mois : 750 à 950 ml de lait infantile par jour, environ 4 biberons de 210 ml par jour.
  • 10 mois : 600 à 900 ml de lait infantile par jour, environ 3 biberons de 210 ml par jour.
  • 1 an : 500 à 700 ml de lait infantile par jour, environ 2 à 3 biberons de 210 ml par jour.
  • 1 an et demi : 400 à 600 ml de lait infantile par jour, environ 2 biberons de 210 ml par jour.
  • 2 ans : 250 à 500 ml de lait infantile par jour, environ 1 ou 2 biberons de 250 ml par jour.

Comment Savoir si la Quantité de Lait est Adaptée à Votre Bébé ?

Plus encore que les repères donnés en fonction de l’âge de votre bébé, voici quelques indicateurs à prendre en compte.

  • Reconnaître les signaux de faim de votre bébé : Votre bébé se réveille fréquemment, il porte ses mains à sa bouche, il pleure.
  • Reconnaître un bébé repu : Il est détendu, il se détourne lui-même du biberon, il s’endort.
  • La prise de poids : La prise de poids de votre bébé indique s’il est suffisamment nourri ou non. À chaque rendez-vous avec votre médecin ou pédiatre, votre bébé sera mesuré et pesé. Si les courbes sont bonnes, c’est que son alimentation répond à ses besoins.

Quand Augmenter la Quantité de Lait par Biberon ?

Vous pouvez augmenter la quantité de lait par biberon :

  • Petit à petit au fur et à mesure que votre bébé prend du poids.
  • Lorsque vous constatez que votre bébé n’est pas repu alors qu’il a fini son biberon.
  • Si vous voyez que votre bébé a de nouveau faim peu de temps après la fin du biberon précédent.

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