La question de l'utilisation de l'articaïne, un anesthésique local couramment utilisé en dentisterie, chez la femme enceinte suscite des interrogations légitimes. Cet article vise à examiner les risques potentiels et les précautions à prendre lors de l'administration d'articaïne à une femme enceinte, en s'appuyant sur les données disponibles et les recommandations actuelles.

Importance de la Santé Bucco-Dentaire Pendant la Grossesse

Depuis août 2018, un dispositif de prévention bucco-dentaire pour les femmes enceintes a été mis en place, visant à sensibiliser la future mère sur la santé bucco-dentaire et à faciliter le recours au chirurgien-dentiste au cours de la grossesse. Il est crucial de souligner que l’absence de soins dentaires pendant la grossesse peut avoir des répercussions chez la femme enceinte et le fœtus. La maladie parodontale, par exemple, est associée à un risque accru de naissance prématurée, de pré-éclampsie, de retard de croissance in utero et de faible poids de naissance. Il n’y a aucune contre-indication à réaliser des soins dentaires (caries, abcès, gingivite, etc.) pendant la grossesse. Les problèmes doivent être traités avant la survenue de complications obstétricales.

Rayonnements et Anesthésie : Ce qu'il Faut Savoir

Au cours de la grossesse, une dose d’irradiation délivrée à l’utérus inférieure à 100 mGy n’est pas source d’inquiétude. Compte tenu de la localisation éloignée de l’utérus et des faibles doses délivrées (1 à 8 mGy pour un cliché intrabuccal), il n’y a pas lieu de refuser un examen radiographique intrabuccal. Néanmoins, pour rassurer la patiente, un tablier de protection peut être utilisé par précaution.

Une anesthésie dentaire peut être réalisée quel que soit le terme de la grossesse. Les anesthésiques locaux, articaïne, lidocaïne et mépivacaïne sont utilisables, seuls ou associés à l’adrénaline. L’administration d’un vasoconstricteur, l’adrénaline, ralentit le passage de l’anesthésique dans la circulation générale et permet d’obtenir un champ opératoire peu hémorragique.

Articaïne et Adrénaline : Passage Placentaire et Concentrations Sériques

Il n’existe aucune donnée sur l’utilisation de l’articaïne chez la femme enceinte sauf au moment de l’accouchement. L’adrénaline et l’articaïne traversent la barrière placentaire, bien que l’articaïne le fasse de manière moins importante que d’autres anesthésiques locaux. Les concentrations sériques d’articaïne mesurées chez les nouveau-nés atteignent environ 30 % des concentrations maternelles. En cas d’injection intravasculaire par inadvertance, l’adrénaline peut réduire la perfusion utérine.

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Allaitement et Articaïne

En raison de la chute rapide des concentrations sériques et d’une élimination rapide, les doses cliniques d’articaïne ne sont pas retrouvées dans le lait maternel. L’adrénaline passe dans le lait maternel mais sa demi-vie est courte. Il n’est donc pas nécessaire d’arrêter l’allaitement en cas d’utilisation à court terme.

Données Précliniques et Fertilité

Des études chez l’animal avec de l’articaïne 40 mg/mL + adrénaline 0,01 mg/mL n’ont pas montré d’effets sur la fertilité (voir rubrique 5.3). Les études embryotoxiques sur l’articaïne n’ont pas montré d’augmentation de l’incidence de la mortalité fœtale ou de malformations à des doses quotidiennes allant jusqu’à 20 mg/kg chez le rat et 12,5 mg/kg chez le lapin.

Précautions d'Emploi et Interactions Médicamenteuses

Du fait de leur action convulsivante, tous les anesthésiques locaux doivent être utilisés avec une très grande prudence. On peut suspecter une carence en cholinestérase plasmatique si on constate des signes cliniques de surdosage avec des doses normales d'anesthésiques, et si une injection vasculaire a été exclue. Il convient d'utiliser la dose la plus faible permettant d'obtenir une anesthésie efficace.

L'augmentation du risque d'hémorragie grave après la perforation accidentelle d'un vaisseau et au cours d'une intervention chirurgicale oro-maxillo-faciale doit être pris en compte. La surveillance de l’INR doit être accrue chez les patients prenant des anticoagulants. Ce médicament doit être utilisé avec prudence. Ce médicament doit être employé avec précaution à cause de l’effet hyperglycémiant de l’adrénaline.

Une injection intravasculaire accidentelle peut être à l'origine d'une augmentation brutale du taux d'adrénaline et d'articaïne dans la circulation systémique. Ainsi, pour s'assurer que l'aiguille ne pénètre pas dans un vaisseau sanguin pendant l'injection, il convient d'effectuer une aspiration avant d'injecter l'anesthésique local. Afin d'éviter les injections intraneurales et d'empêcher les lésions nerveuses liées au blocage nerveux, l'aiguille doit toujours être retirée légèrement si le patient ressent une sensation de choc électrique au cours de l'injection, ou si l'injection est particulièrement douloureuse.

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La toxicité des anesthésiques locaux est cumulative. La dose totale de tous les anesthésiques locaux administrés ne doit pas dépasser la dose maximale recommandée pour les médicaments utilisés.

Il convient d'utiliser des doses réduites de ce médicament à cause de la sensibilisation du cœur aux effets arythmogènes des catécholamines : risque d'arythmies ventriculaires sévères. Il convient d'utiliser des doses réduites de ce médicament sous surveillance médicale étroite, et de les faire suivre d'une aspiration minutieuse, à cause de la possibilité d'augmentation de la réponse aux vasoconstricteurs adrénergiques : risque d'hypertension et autres effets cardiovasculaires.

La dose administrée doit être réduite du fait de l'augmentation du risque d'arythmie lorsque des glucosides digitaliques et de l'adrénaline sont administrés de manière concomitante au patient. Une aspiration soigneuse est recommandée avant l'administration. Utiliser ce médicament sous surveillance médicale stricte à cause de l'augmentation cumulative ou synergétique de la pression artérielle et/ou de la réponse ischémique.

Si un patient a pris un vasopresseur sympathomimétique au cours des dernières 24 heures, le traitement dentaire prévu doit être différé.

Effets Indésirables Potentiels

Les effets indésirables suivant l'administration d'articaïne / d'adrénaline sont similaires à ceux observés avec les autres anesthésiques locaux de type amide / vasoconstricteurs. Ces effets indésirables sont, en général, dépendants de la dose. Ils peuvent également être le résultat d'une hypersensibilité, d'une idiosyncrasie ou d'une réduction de la tolérance par le patient.

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La paresthésie peut être définie comme une sensation habituellement non douloureuse, spontanée et anormale (par ex., brûlure, picotement, fourmillement ou démangeaisons), dépassant largement la durée attendue de l'anesthésie.

Gestion d'un Surdosage

En cas de surdosage, les symptômes dépendent de la dose, et ont une gravité progressive en ce qui concerne les manifestations neurologiques (pré syncope, syncope, maux de tête, agitation, trouble, état de confusion, désorientation, étourdissements (vertiges), frissons, stupeur, dépression profonde du SNC, perte de conscience, coma, convulsions (y compris crise tonico-clonique), troubles de la parole (par ex.

La présence d'un équipement de réanimation doit être vérifiée avant la mise en œuvre de l'anesthésie dentaire grâce à des anesthésiques locaux. Si des signes de toxicité grave sont présumés, l'injection doit être interrompue immédiatement. Il convient d'administrer rapidement de l'oxygène, si nécessaire grâce à une ventilation assistée. Changer la position du patient pour qu'il soit en position allongée si nécessaire. Si la crise ne s'arrête pas spontanément après 15 à 20 secondes, un médicament anticonvulsant doit être administré.

Alternatives et Recommandations

Les données concernant l’utilisation de l’articaïne et de la mépivacaïne au 1er trimestre de la grossesse sont quasi inexistantes, alors qu’elles sont nombreuses pour la lidocaïne. C’est pourquoi l’utilisation de la lidocaïne doit être privilégiée au cours de la grossesse, même si le passage plasmatique des anesthésiques locaux associés à l’adrénaline lors d’une anesthésie dentaire est négligeable.

Les antalgiques peuvent être prescrits à la femme enceinte, sauf les AINS qui sont contre-indiqués dès le début du 6e mois de grossesse en raison de leur fœtotoxicité. Parmi les antalgiques non-opioïdes, on choisira le paracétamol. Si nécessaire, il sera possible d’utiliser un antalgique opioïde faible, la codéine, ou un opioïde fort, la morphine. Si un opioïde est utilisé à l’approche du terme, le nouveau-né devra être accueilli par une équipe médicale informée du traitement maternel.

Questions Fréquentes

  • Puis-je aller chez le dentiste pendant la grossesse ? Oui.
  • Les radiographies dentaires sont-elles dangereuses ? Les radios nécessaires peuvent être réalisées avec protection plombée (tablier et col thyroïdien) et paramètres réduits.
  • Anesthésie locale et grossesse : est-ce sûr ? Les anesthésiques locaux usuels (ex. lidocaïne, parfois avec vasoconstricteur) sont autorisés en dose contrôlée.
  • Quels antidouleurs puis-je prendre ? Le paracétamol est l’option de première intention. Les anti-inflammatoires (ex. ibuprofène) sont déconseillés, surtout au 3ᵉ trimestre.
  • Antibiotiques : lesquels sont compatibles ? Selon l’indication, certaines familles (ex. pénicillines, céphalosporines, clindamycine si allergie) peuvent être prescrites.
  • Qu’est-ce que la “gingivite de grossesse” ? Sous l’effet hormonal, les gencives peuvent s’enflammer et saigner.
  • Détartrage et nettoyage professionnel : est-ce recommandé ? Oui.
  • Carie ou abcès pendant la grossesse : que faire ? Consultez rapidement.
  • Implants dentaires pendant la grossesse : est-ce envisageable ? Les chirurgies implantaires électives sont en général différées.
  • Quels sont les meilleurs moments pour soigner ? Le 2ᵉ trimestre est souvent le plus confortable pour les soins programmés.

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