L'Argentine, comme de nombreux pays d'Amérique latine, est le théâtre de débats passionnés et de luttes acharnées concernant le droit à l'avortement. Après des années de mobilisation, les mouvements féministes argentins ont obtenu une victoire historique en décembre 2020 avec la légalisation de l'avortement. Cependant, ce droit est aujourd'hui menacé par la montée de forces politiques conservatrices, ravivant les tensions et les mobilisations dans le pays.
Une victoire arrachée de haute lutte
Le 30 décembre 2020, l'Argentine a légalisé l'avortement, une avancée majeure pour les droits des femmes dans un pays encore marqué par le catholicisme. Cette victoire est le fruit d'un long combat mené par les mouvements féministes argentins, qui ont surmonté de nombreux obstacles et revers pour faire entendre leur voix. Des milliers de femmes, arborant des foulards verts, symbole de leur lutte, ont manifesté devant le Congrès, bravant le froid et la pluie, pour exprimer leur joie et leur soulagement à l'annonce de cette décision historique.
La menace d'un retour en arrière
Malgré cette avancée significative, le droit à l'avortement en Argentine est aujourd'hui menacé par la montée de figures politiques conservatrices, à l'image de Javier Milei, candidat "antisystème" à la présidence. Milei a clairement affiché ses positions antiféministes et son intention d'abroger la loi garantissant l'accès à l'avortement en cas de victoire. Ses déclarations ont suscité une vive inquiétude au sein des organisations féministes, qui se mobilisent pour défendre leurs droits et empêcher un retour en arrière.
La Journée mondiale du droit à l'avortement : un moment clé
Le 28 septembre, Journée mondiale du droit à l'avortement, revêt une importance particulière en Argentine cette année. Les organisations féministes ont appelé à une grande manifestation pour défendre ce droit menacé et affirmer la force de la "marée verte", le mouvement pro-avortement argentin. Cette mobilisation vise à contrer les forces néoconservatrices qui s'opposent aux droits des femmes et à encourager les électrices à se rendre aux urnes pour faire barrage à Javier Milei lors de l'élection présidentielle du 22 octobre.
Les positions de Javier Milei : une contradiction totale
Javier Milei, souvent surnommé "le Bolsonaro argentin", a adopté des positions très controversées sur la question de l'avortement. Après avoir initialement annoncé son intention d'abroger la loi sur l'avortement, il a ensuite promis d'organiser un référendum sur le sujet. Cette volte-face a été critiquée par le quotidien Clarín, qui y voit une "totale contradiction pour un parti qui s'appelle 'En avant, la liberté'". Milei s'oppose également au concept juridique de féminicide et souhaite fermer le ministère des Femmes et supprimer l'éducation sexuelle à l'école.
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Le rôle crucial des femmes dans l'élection présidentielle
Le vote des femmes pourrait être décisif lors de l'élection présidentielle du 22 octobre, les électrices étant plus nombreuses que les électeurs. Les organisations féministes espèrent que la marche du 28 septembre encouragera les femmes qui se sont abstenues lors des primaires à se rendre aux urnes et à voter contre Javier Milei, afin de défendre leurs droits et de préserver les acquis obtenus de haute lutte.
L'avortement en Amérique latine : un paysage contrasté
La situation de l'avortement en Amérique latine est très contrastée. Si l'Argentine a légalisé l'avortement en 2020, de nombreux autres pays de la région maintiennent des lois très restrictives en la matière. En 2017, l'avortement était totalement interdit dans six pays : Haïti, Honduras, Nicaragua, République dominicaine, El Salvador et Suriname. Seuls quatre pays (Cuba, Porto Rico, Guyana et Uruguay), ainsi que les territoires français d'outre-mer, autorisaient l'avortement à la demande de la femme. Les autres pays ne l'autorisent que dans des situations très limitées, comme pour protéger la vie de la mère, sa santé, ou en cas de viol, d'inceste ou de malformation du fœtus.
Le Mexique illustre bien l'hétérogénéité des règles en matière d'avortement en Amérique latine. Dans ce pays fédéral, chaque État dispose de sa propre législation. Si l'avortement est en théorie autorisé en cas de viol dans l'ensemble du pays, de nombreuses femmes se voient refuser l'accès à ce droit dans les faits. Seuls deux États (Mexico et Oaxaca) l'ont légalisé à la demande de la femme jusqu'à 12 semaines de grossesse, tandis qu'une vingtaine d'autres ont ajouté des clauses constitutionnelles protégeant le droit à la vie dès la conception, créant une confusion juridique.
Malgré des tentatives de réforme au Honduras, au Salvador et en République dominicaine, les législations sur l'avortement ont peu évolué en Amérique latine depuis les années 2000, à l'exception de l'Argentine et de l'Uruguay, où l'avortement est autorisé à la demande de la femme jusqu'à 12 semaines de grossesse. La Colombie et Sainte-Lucie ont assoupli leurs lois, autorisant l'avortement pour des raisons de santé, en cas de viol, d'inceste ou de malformation du fœtus. Au Chili, l'avortement est possible pour préserver la vie de la mère, en cas de viol et de malformation du fœtus. Au Nicaragua, l'avortement thérapeutique a été totalement interdit en 2006.
Les obstacles à l'accès à l'avortement
Même dans les pays où l'avortement est légal, les femmes se heurtent à de nombreux obstacles pour y accéder. Elles ne sont pas toujours bien informées de leurs droits, et les personnels de santé peuvent refuser de pratiquer l'avortement en invoquant leur droit à l'objection de conscience. La pression des autorités religieuses pèse également lourdement sur les femmes, leurs familles et les personnels de santé. Ces discriminations affectent plus particulièrement les jeunes femmes les moins instruites et les plus défavorisées, qui n'ont pas forcément accès à la contraception ni les ressources pour pratiquer un avortement dans un contexte d'illégalité.
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Les risques de l'avortement clandestin
L'interdiction de l'avortement n'empêche pas les femmes d'y recourir, mais les contraint à le faire dans la clandestinité, mettant leur santé et leur vie en danger. En Amérique latine, le taux d'avortement est plus élevé dans les pays où il est illégal (44 pour 1000 femmes) que dans les régions où il est légal (moins de 20 pour 1000 en Europe de l'Ouest et du Nord). Les femmes qui avortent clandestinement utilisent des méthodes dangereuses, comme des plantes, des produits chimiques ou des médicaments inappropriés, souvent surdosés. Ces pratiques peuvent entraîner des complications graves, voire la mort.
La pénalisation de l'avortement a également des conséquences sur le statut juridique et social des femmes et des professionnels de santé qui les aident. Elles risquent des peines de prison, des amendes ou des travaux d'intérêt général, ainsi que des discriminations et une forte stigmatisation sociale.
La dépénalisation : une nécessité pour protéger les droits des femmes
La dépénalisation de l'avortement apparaît comme la seule voie qui permette d'éviter les risques associés aux avortements clandestins et de respecter les droits des femmes à préserver leur santé et à choisir leur sexualité et leur reproduction. L'Argentine a montré la voie en légalisant l'avortement en 2020, mais la lutte continue pour défendre ce droit et garantir son accès à toutes les femmes, face aux menaces des forces conservatrices.
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