Introduction

L'arrivée d'un enfant est un événement central dans toutes les cultures, marqué par des rituels et des coutumes spécifiques. Ces pratiques, souvent chargées de symbolisme, tissent un lien entre l'individu, sa communauté et un héritage culturel. Dans le monde arabe, les coutumes entourant la naissance et le placenta sont riches et variées, reflétant des croyances ancestrales et des influences islamiques. Cet article explore ces traditions, en mettant en lumière leur signification et leur rôle dans la construction de l'identité du nouveau-né.

Rites et Symboles : Le Tissage du Lien Social

Comme l'écrit M. Fellous (1995), les rites et les gestes symboliques, qu'ils soient quotidiens ou spécifiques, relient l'individu à sa communauté et vice versa. Ils contribuent à la construction de l'identité du sujet, à la fois en tant qu'être unique et lié aux autres. Ces rites transforment un moment singulier et individuel en un moment symbolique, porteur d'une réalité qui le dépasse et lui donne sens. L'identité, tant individuelle que collective, est ainsi un processus actif, une construction sans cesse réactualisée à travers chaque acte de la vie sociale. Cette réactualisation permanente assure la continuité et la vitalité du lien social, ainsi que la réaffirmation du groupe social dans ses principes fondamentaux.

Les Premiers Jours : Un Temps de Protection et de Purification

Dès sa naissance, l'enfant est considéré comme vulnérable et exposé à de nombreux dangers. Cette période critique dure au moins sept jours, et souvent quarante, pendant lesquels il est particulièrement protégé contre les influences néfastes. Un certain nombre de précautions sont prises. Le nouveau-né ne sort pas de la maison, et souvent même de la chambre, avant le septième ou le quarantième jour après sa naissance. Traditionnellement, il n'est pas lavé jusqu'au septième jour, mais à sa naissance, on lui passe un chiffon sec sur le corps « pour lui essuyer le sang », puis on l'enduit d'un corps gras et on l'habille d'une chemise ou d'un tissu qu'il conservera jusqu'à son premier bain.

L'Accueil dans la Communauté Musulmane : L'Adhân

Partout, le premier jour, quelques heures, voire quelques minutes après sa naissance, l'enfant entend l'adhân, « l'appel à la prière », murmuré dans son oreille droite. Cela peut aussi être la profession de foi, la shahâda, suivie de Allâhu akbar « Dieu est le plus grand ». Bien que ce rôle soit le plus souvent tenu par le père, c'est, dans les sociétés où il est éloigné, la sage-femme qâbla « celle qui reçoit [l'enfant] » au Maghreb ou dâya (du persan) au Mashreq et en Égypte, qui murmure l'adhân. Dans les traditions mâlikite et shâficite, l'adhân est prononcé dans l'oreille droite et l'iqâmeh dans l'oreille gauche. Ces formules religieuses, où sont prononcés les noms d'Allâh et du Prophète, sont particulièrement protectrices et constituent de très puissants repoussoirs des jnûn et des maux de toutes sortes.

Protections Magiques : Un Rempart Contre le Mauvais Œil

Les protections magiques sont omniprésentes avant, pendant et après la naissance. Il faut protéger l'enfant du mauvais œil, c'est-à-dire du contact physique avec toute autre personne que sa mère et la sage-femme, qui sont, en principe, les seules à ne pas être néfastes. On protège notamment le bébé de certaines jinniya qui font dépérir les enfants, les enlèvent et les permutent avec d'autres. Il faut par ailleurs purifier le lieu, mais aussi la mère et l'enfant, de la souillure du sang répandu qui attire les jnûn et fragilise la mère et l'enfant. Tout ce qui intervient dans cette période, les rituels, les fumigations, les objets, plantes, minéraux, placés à côté de l'enfant (sous lui ou sur lui), tout a un but protecteur ; ces objets sont d'autant plus forts que les dangers sont immenses. On utilise ainsi sel, fer, cornes et objets de forme agressive et repoussante, textes du Coran, koḥl autour des yeux et qui, préparé à la maison, contient des plantes protectrices tel le clou de girofle, ou bien du goudron dont on barbouille le nez du nouveau-né. En Turquie, en Tunisie et dans les Balkans, les objets rouges sont particulièrement efficaces.

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Le Taḥnîk : Un Rituel de Transmission et de Protection

Le bébé a droit à des nourritures spéciales qui donnent lieu à un véritable rituel, le taḥnîk, « frottement du palais avec une substance sucrée », souvent juste après qu'il a été essuyé et ses muqueuses nettoyées. Cette pratique antéislamique est toujours d'actualité en Arabie, en Palestine, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, au Sahara, en Inde, et chez les Malais, mais avec de sensibles différences ; il semble absent de Turquie. On peut lui attribuer à la fois une valeur de transmission et des fins propitiatoires. Le terme taḥnîk désigne le fait de frotter le palais avec une datte que l'on a mâchée. Son ancienneté est prouvée par l'étymologie, ḥanak désigne « le palais mou », d'où ḥanaka « manger des dattes ou autre chose en broyant contre le palais ce qu'on mange ». Le miel ou les dattes sont les substances sucrées les plus largement utilisées à la fois pour leur saveur très plaisante et ce qu'elles représentent : elles sont hautement génératives, repoussent les mauvais esprits et marquent le bon accueil.

Le taḥnîk a plusieurs significations. Il a d'abord valeur de transmission, souvent lié à ce titre à un autre rituel : celui de transmettre sa vertu par un jet de salive envoyé dans la bouche de quelqu'un. Ce n'est jamais la mère qui le pratique mais souvent la sage-femme, ou une personne remarquable de l'entourage. Cette façon de transmettre à l'enfant les vertus d'une personne sainte et pleine de baraka se retrouve dans diverses cultures. Le taḥnîk a valeur propitiatoire. Il est souvent fait pour que « la bouche soit douce », c'est-à-dire que l'enfant ait toujours de belles paroles ou qu'il ait une vie aussi douce que le sucré qu'on lui donne. Le rituel a enfin valeur de protection contre les influences malignes.

Onguents et Massages : Soins du Corps et de l'Âme

Après que la sage-femme l'a essuyé, le nouveau-né est enduit, plusieurs jours de suite, d'un corps gras, qui a toujours une valeur protectrice. À Fès, c'est de l'huile d'olive pure ou parfumée au girofle dont le parfum est de bon augure ou de l'huile avec du henné, plante du paradis pleine de baraka ; chez les Zaer, près de Rabat, on enduit l'enfant de beurre fondu. Dans la région constantinoise et les Hauts Plateaux algériens, on l'enduit d'huile ou de beurre fondu et le saupoudre de tanin dbagh. Chez les Kabyles Aït Hichem, la sage-femme fait ainsi subir à l'enfant une série de manipulations qui ont valeurs propitiatoire et apotropaïque ; elle lui masse la tête et les oreilles pour qu'il soit éveillé et lui tire le nez pour que grandisse en lui le sentiment de l'honneur (nnif).

Le Placenta et le Cordon Ombilical : Objets de Croyances et de Pratiques

Le placenta et le cordon ombilical sont également entourés de croyances et de pratiques variées. Le placenta est parfois considéré comme un « compagnon » de l'enfant, parce qu'il l'accompagne tout au long de la gestation. À Tlemcen, c'est un « frère ». Le cordon ombilical tombe de lui-même environ sept jours après la naissance. Ces deux éléments sont souvent l'objet de pratiques propitiatoires et magiques variées.

Les Traditions des Bédouins Ghrib : Un Exemple de Diversité Culturelle

Les Bédouins Ghrib, une tribu vivant au sud-est du lac salé Chott al-Djerid en Tunisie, offrent un exemple de la diversité des coutumes entourant la naissance dans le monde arabe. Chez les Ghrib, la stérilité est considérée comme le plus grand défaut qu'une femme puisse présenter. Pour prévenir ou combattre la stérilité, une femme inféconde, ‘âgra, peut avoir recours à différents moyens prophylactiques : la visite d'un saint, ûlî, dans le but d'implorer sa baraka ou bénédiction, le fait de porter sur elle un h’irz, un charme écrit par un meddeb, professeur dans une école coranique, le fait de se laver tout le corps avec une infusion obtenue à partir de feuilles d’‘alga (Henophyton deserti) réduites en poudre et bouillies dans l'eau, la fumigation des parties génitales avec la fumée d'un caméléon brûlé dans un petit chaudron.

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L'annonce de la grossesse apporte la joie dans l'entourage immédiat du couple, et a un effet rassurant, tant sur les jeunes mariés que sur leurs parents. La femme a prouvé sa fécondité et a ainsi augmenté de façon considérable ses chances de connaître une vie conjugale stable et durable. Mis à part les plus proches parents, la femme ne révélera son secret qu'à ses meilleurs amis. Les étrangers ne remarqueront la chose qu'à la modification de son aspect physique. La raison d'être d'une telle réserve, spécialement durant les premiers mois de la grossesse, est de protéger le d’nâ, le fœtus, des influences néfastes que des indésirables pourraient exercer. L'interruption de la grossesse ou une éventuelle maladie de la femme enceinte sont toujours imputées à des influences extérieures.

Durant la grossesse, la femme ne négligera pas de consulter une teggâza, une diseuse de bonne aventure, pour se faire prédire le sexe de l'enfant. Abstraction faite de l'avis de la diseuse de bonne aventure, la femme peut déterminer elle-même le sexe de l'enfant sur base des signes suivants : signes annonçant un garçon : la femme s'assied toujours les jambes croisées, l'enfant se situe dans la partie droite du sein, la mère souffre de convulsions dans l'abdomen, elle sent des mouvements à partir du cinquième mois, son visage s'amincit, les vaisseaux sanguins deviennent visibles, et son ventre prend de l'ampleur ; signes annonçant une fille : en s'asseyant, la femme étend les jambes, l'enfant se situe dans la partie gauche du sein, des douleurs se manifestent dans le ventre et dans la partie supérieure du corps, après trois mois, la mère sent de légers mouvements, le ventre ne grossit pas, et le visage jaunit.

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