Introduction
La question de la langue maternelle, en particulier de l'arabe, au Maghreb est complexe et intimement liée aux dynamiques historiques, sociales et politiques de la région. Cet article explore les différentes facettes de cette question, en tenant compte des réalités linguistiques spécifiques au Maghreb, des enjeux identitaires et des politiques linguistiques mises en œuvre. Il s'agit de comprendre comment les Maghrébins se rapportent à l'arabe, qu'il soit classique, moderne ou dialectal, et comment cette langue façonne leur identité et leur rapport au monde.
La Complexité du Paysage Linguistique Maghrébin
Le paysage linguistique du Maghreb est caractérisé par la coexistence de plusieurs langues, chacune ayant une fonction et une valeur symbolique particulière. Parmi ces langues, on retrouve :
- L'arabe littéraire (ou classique) : langue essentiellement écrite, traditionnellement réservée à la prière et à l'enseignement religieux. Elle n'est la langue maternelle d'aucune population, mais elle est utilisée dans les médias et l'enseignement moderne, sous la forme de l'arabe moderne.
- Les arabe dialectaux : langues essentiellement parlées, qui varient selon les pays et les régions. Elles sont les véritables langues maternelles des populations maghrébines. Elles tendent à prendre une dimension nationale, avec des variantes internes (tunisien, algérien, marocain).
- Le berbère : langue orale, multiple, comportant des variantes en Algérie (kabyle, chaoui, mozabite, chenoui) et au Maroc (rifain, chleuh et tamazight). Les parlers berbères sont la langue des populations fixées au Maghreb avant la conquête arabe.
- Le français : introduit au Maghreb avec la colonisation, il y fut la langue officielle, tendant à monopoliser face à l'arabe la fonction de l'écrit. Il est utilisé comme langue écrite et langue parlée, et son emploi s'est généralisé après l'indépendance, avec le développement de la scolarisation.
L'Arabe Classique : Langue Sacrée et Symbole d'Appartenance
L'arabe classique occupe une place particulière dans l'imaginaire des Maghrébins. Il est depuis des siècles la langue sacrée dans laquelle a été révélé le Coran. Il évoque donc l'islam pour les Maghrébins, même quand il n'est pas connu. Chaque croyant en connaît au moins quelques formules, pour les invocations courantes. Cette référence religieuse s'est accentuée durant la colonisation, quand langue arabe et islam servaient de valeur-refuge identitaire.
Cette langue arabe connote aussi une solidarité avec le monde arabe, une appartenance à ce monde dans son opposition au colonialisme autrefois, à l'impérialisme aujourd'hui. Sur le plan national, elle est parfois dévalorisée par rapport au français sous l'aspect de la réussite sociale, parfois contestée en tant que symbole du pouvoir dans le cadre de la politique d'arabisation. Mais sur le plan international, elle est de plus en plus porteuse d'une solidarité avec le monde arabe, humilié dans le conflit israélo-palestinien et dans les expéditions occidentales, en Afghanistan et en Irak.
Les Langues Maternelles (Arabes ou Berbères) : Lieux de l'Intimité et de l'Enracinement
Les langues parlées (arabes ou berbères) représentent les lieux de l'intimité, du "chez soi". Certes, dans leur diversité, elles renvoient à la fragmentation des allégeances, aux appartenances ethniques ou régionales, mais c'est ce qui suscite l'attachement dont elles sont l'objet. Si les pouvoirs nationaux avaient pu les promouvoir au statut de langues officielles, il en aurait résulté une grande cohésion sociale, car c'est par elles que passe l'attachement aux traditions, l'enracinement dans le terroir. Mais cette solution s'est heurtée à trop de difficultés : passage à l'écrit, diversité des parlers, notamment entre arabes et berbères. Au contraire, dans le cadre des politiques d'arabisation, elles ont été dévalorisées, voire combattues, dans leur version arabe et surtout berbère. Elles sont devenues ainsi langues de résistance, organes du refus de pouvoirs jugés arbitraires ou abusifs.
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La Langue Française : Ambivalence et Héritage
La langue française au Maghreb est au cœur des ambivalences. Elle fut la langue du colonialisme, introduite par lui, langue des chrétiens oppresseurs de l'islam et négateurs de l'identité algérienne. Mais la langue française, dès la colonisation, a été perçue aussi comme une langue d'ouverture et de promotion sociale, et à ce titre, elle a suscité un grand attachement jusqu'à ce jour. De ce fait, et par sa durée, elle fait partie du patrimoine maghrébin et n'est pas considérée comme une langue étrangère.
Elle représente précisément ce que l'arabe nomme une fitna, terme qui désigne à la fois la séduction, le trouble et le désordre. Du fait de cette forte ambivalence, si elle est largement utilisée, elle est difficilement assumée. La Tunisie et le Maroc, que la colonisation n'avait pas dépouillés de leur identité propre, ont pu prendre de la distance et engager des politiques linguistiques fondées sur le bilinguisme franco-arabe. En Algérie, cette distanciation est plus difficile. Principal pays francophone, l'Algérie ne fait pas partie de la francophonie.
Politiques d'Arabisation : Enjeux et Conséquences
Lors de l'accession à l'indépendance, les Etats nouveaux ont eu conscience de la nécessité de rééquilibrer le paysage linguistique en réalisant une "face culturelle de l'indépendance", ce qui semblait répondre à une attente des couches populaires, pour lesquelles l'accès à l'indépendance comportait un retour à l'islam et à la langue arabe. Esquissée dès 1957 par le Maroc, engagée par la Tunisie en 1958, la politique d'arabisation fut évoquée en Algérie dès 1962. Celle-ci visait globalement à faire tenir à la langue arabe la place du français dans l'enseignement, l'administration et l'environnement.
Ces politiques d'arabisation ne furent jamais envisagées comme des opérations pédagogiques, mais comme des actes politiques imposés d'en haut, le consensus populaire étant supposé acquis, et à tout le moins obligatoire. Dans l'enseignement on a pu observer des "cycles de l'arabisation" : les classes étant progressivement arabisées jusqu'à un seuil où on constate une forte dégradation de l'enseignement, qui conduit à revenir au moins partiellement à la langue française. Dans l'administration, l'arabisation est impulsée par décisions autoritaires.
Le but sera pour l'Etat de mettre en place une langue qui soit "sa langue", en opposition à celle de l'ancien dominateur et de détourner sur lui la légitimité - religieuse - attachée à la langue arabe. Ce sera aussi, à partir des années 80, de manifester un attachement à l'islam susceptible de contrecarrer les mouvements islamistes.
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La question des langues a suscité de nombreuses et vives controverses au Maghreb, plus spécialement en Algérie, à propos de la politique d'arabisation. La Tunisie et le Maroc avaient en effet conservé durant la colonisation une place à l'arabe, notamment chez les élites cultivées, alors qu'en Algérie une longue colonisation avait en grande partie effacé cette langue, dans la mesure où tout le système d'enseignement, toute l'administration, toute la vie publique fonctionnait en français.
Fractures Sociales et Enjeux de Pouvoir
La question linguistique sert de révélateur de fractures profondes de la société, des fractures qui ne se recoupent pas toujours pour dessiner deux camps. Le français a été la langue du pouvoir depuis les origines et il le reste aujourd'hui. Chaque parent sait que la réussite scolaire de son enfant sera limitée s'il ne maîtrise pas cette langue. Les responsables politiques qui prônaient l'arabisation totale pour les autres plaçaient leurs enfants dans des filières bilingues, privées ou étrangères. L'obtention du baccalauréat en arabe ouvre peu de portes à l'université, les études prestigieuses s'y poursuivent en français. La connaissance du français (ou de l'anglais) conditionne aussi la poursuite des études à l'étranger. Il y a donc eu très tôt la conscience d'une hypocrisie sociale et d'un double discours sur l'arabisation.
Il y avait effectivement une contradiction dans les objectifs. Les pouvoirs indépendants devaient rendre aux sociétés leur personnalité (et cela incluait, outre une place à l'islam, une valorisation de la langue arabe face à la langue française), et il fallait assurer le développement (et pour cela la langue française apparaissait la mieux placée vus les investissements antérieurs). La conséquence linguistique en était la nécessité d'un bilinguisme franco-arabe. Mais les pressions démagogiques ont souvent poussé, à travers l'arabisation, à réduire la part du français au bénéfice d'un enseignement de l'arabe non modernisé, ce qui a eu pour conséquence d'abaisser le niveau de l'enseignement.
Au lieu d'impulser une langue arabe modernisée, les politiques furent surtout soucieux de contrer le français, visant par là leurs concurrents francophones. Au lieu de bien former les enseignants, on en a fait des prédicateurs d'un islam conservateur, parfois en contradiction avec…
L'Arabe : Une Langue Mondiale
L'arabe est l'une des principales langues parlées au monde avec plus de 300 millions de personnes dans divers pays arabes l’utilisant comme langue maternelle. Elle est aussi majoritairement utilisée en République centrafricaine du Tchad, pays non-arabe, et de façon minoritaire dans plusieurs autres pays, dont l'Afghanistan, Israël (où l'arabe et l'hébreu sont conjointement langues officielles), l'Iran et le Nigeria. En 1974, l'arabe a été adopté comme l'une des six langues officielles des Nations Unies, rejoignant le chinois, l'anglais, le français, le russe et l'espagnol. Plus d'un milliard de musulmans dans des pays comme l'Inde, l'Indonésie, le Pakistan et la Tanzanie étudient l'arabe comme langue étrangère principale ou secondaire pour l'usage liturgique et savant. Aux États-Unis, plusieurs communautés musulmanes et arabes utilisent l'arabe dans leurs échanges quotidiens et à des fins religieuses.
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L'arabe appartient à la famille des langues afro-asiatique (ou chamito-sémitique) constituée de plus de trois cents langages, dont certains se sont éteints et d'autres ont été utilisés de façon secondaire comme langue liturgique. L'arabe et l'hébreu sont les deux principaux exemples de langues sémitiques vivantes tandis que le Haoussa et divers dialectes Berbères sont des exemples de survivance des langages Hamites.
L'Évolution Historique de la Langue Arabe
Le plus ancien exemple connu, d’Arabe consigné, est une inscription trouvée dans le désert syrien et datant du IVe siècle après JC. Les tribus arabes préislamiques qui ont vécu dans la péninsule arabique et dans les régions voisines ont eu une florissante tradition orale poétique. Mais, jusqu'au huitième siècle de notre ère, elle ne fut pas systématiquement rassemblée et enregistrée sous forme écrite. Ce langage poétique, sans doute le résultat de la fusion de divers dialectes, finit par être considéré comme un style littéraire ou raffiné qui représentait un lien culturel entre les différentes tribus.
Le Prophète Muhammad (Pbsl) a reçu les messages de Dieu en arabe par l’intermédiaire de l'ange Gabriel sur une période de vingt-trois ans, de 610 à 632 après JC. Le Saint Coran, contenant ces messages, fut initialement mémorisé par des récitants professionnels (hufaz et qura '). Avec la propagation de l'Islam, différents accents dans la prononciation du Coran apparurent jusqu'à ce qu'une version normalisée (avec des notations pour les différents accents) soit achevée sous le troisième calife, Uthman Ibn Affan, au milieu du septième siècle de notre ère.
Comme de plus en plus de non-arabophones se convertirent à l'islam, le Coran devint le lien le plus important entre les musulmans, Arabes et non-Arabes, vénéré pour son contenu et admiré pour la beauté de son langage. Les Arabes, indépendamment de leur religion, et les musulmans, quel que soit leur origine ethnique, tiennent en plus haute estime la langue arabe et la considère comme le véhicule d'un riche patrimoine culturel. C'est cette relation intime entre le Coran et l'arabe qui a donné à la langue son statut spécial et qui a contribué à l'arabisation de populations diverses.
Au début du VIIIe siècle, l'empire arabo-islamique s’étendit de la Perse à l'Espagne, entrainant la cohabitation entre Arabes et populations locales qui parlaient des langues différentes. En Syrie, au Liban et en Palestine, où la majorité de la population parlait un dialecte araméen et où les tribus arabes étaient présentes dans le voisinage, les langues locales furent, pour la plupart, remplacées par l'arabe. En Irak, l'arabe devint la langue dominante dans une population qui parlait l'araméen et le persan. Un processus plus progressif d'arabisation se produisit en Egypte où le copte et le grec étaient les deux langues dominantes. En Afrique du Nord où les dialectes berbères étaient parlés et sont encore utilisés dans certaines régions, le processus d'arabisation fut moins complet. La Perse et l'Espagne, cependant, conservèrent leurs langues d’origines respectives.
Durant les premiers jours de l'Empire, la majorité de la population ne semble pas avoir utilisé uniquement la langue arabe. L'interaction de l'arabe avec d'autres langues a conduit à l'emprunt d'un nouveau vocabulaire qui a enrichi la langue dans des domaines tels que les pouvoirs publics, l'administration et la science. Ceci, en addition aux riches ressources internes de l'arabe, a permis à la langue de devenir un moyen approprié pour gouverner un vaste empire.
Sous la dynastie des Omeyyades (661-750 ap JC), avec Damas comme centre du pouvoir califale, l'arabe a conservé sa tradition d'excellence comme langue de poésie, enrichissant sa littérature avec des traductions de textes persans ou en provenance d'autres langues, et a acquis une nouvelle terminologie dans divers champs d'études comme la linguistique, la philosophie et la théologie. Sous le règne des Abbassides de Bagdad (750-1258 ap J.C), la littérature arabe atteignait son âge d'or alors que les études linguistiques atteignaient un nouveau niveau de sophistication. De nombreux chercheurs, arabes et non arabes, musulmans, chrétiens et juifs, participèrent au développement de la vie intellectuelle en préférant utiliser la langue arabe. Un effort systématique de traduction à partir de diverses sources avait fait de l'arabe le moyen savant le plus approprié de l'époque dans des disciplines telles que la philosophie, les mathématiques, la médecine, la géographie et dans les diverses branches de la science. Beaucoup de mots empruntés au cours de cette période furent facilement assimilés en arabe et ensuite transmis à d'autres langues.
Une période de déclin commença au XIe siècle résultant de plusieurs facteurs, comme le début des Croisades, l'agitation politique en Espagne, les invasions turques et mongoles à l'Est, et les divisions internes au sein de l'Empire. Cela marqua une période de relative stagnation pour l'arabe, même si son statut de langue de l'Islam ne fut jamais été menacé.
Le XIXe siècle a vu une période de renouveau intellectuel qui débuta en Egypte et en Syrie puis se propagea dans le reste du monde arabe, en commençant par l'expédition napoléonienne en Egypte, en 1798. L’expédition avait prévue l'introduction de la première imprimerie arabe en Egypte, et la traduction de nombreuses œuvres littéraires occidentales en langue arabe. Ce premier contact fut poursuivi par Muhammad Ali, un souverain éclairé égyptien, qui envoya des étudiants en France et dans d'autres pays pour étudier diverses disciplines; ces derniers revinrent en Egypte en tant que professeurs et écrivains. Le Liban avait été en contact avec l'Occident dès le XVIIe siècle, et avait maintenu un fort lien religieux avec certains groupes européens. D'autres influences occidentales provinrent d'immigrants arabes vers les Amériques et des missionnaires qui contribuèrent à la mise en place de langues étrangères, principalement l'anglais et le français, comme éléments importants du système éducatif dans certaines parties du monde arabe.
La flambée initiale d’enthousiasme à l'égard de l'occidentalisation s'est heurtée aux mouvements indépendantistes nationalistes qui étaient une réponse naturelle à la colonisation européenne dans la région. Ces mouvements étaient généralement liés aux deux grands piliers du nationalisme arabe : la religion musulmane et la langue arabe. Ainsi, les intellectuels arabes se sont trouvés déchirés entre le riche et glorieux patrimoine du passé et un avenir qui était devenu de plus en plus associé à la technologie occidentale et la modernité.
Caractéristiques Linguistiques de l'Arabe
L'arabe, comme toutes les langues sémitiques, se caractérise par l'utilisation de certains schèmes (modèles de formation des mots) permettant d’obtenir des mots à partir de racines abstraites, représentant des notions sémantiques générales ou des significations précises. Ces racines se composent généralement de trois consonnes qui constituent les unités de base pour la formation de nombreux mots dérivés de cette racine. Par exemple, la racine KTB, qui est associée à la notion de «l'écriture» se retrouve dans le verbe dérivé KaTaB "a écrit" et KTuB «écrit», qui peut être conjugué par l'ajout de préfixes et de suffixes appropriés. Ainsi, le « schème » KaTaB peut être représentée par le schéma C1aC2aC3 où C1= K, C2 = T, et C3 = B. Une modification de ce schème en C1aC2C2aC3 (doublement de la consonne médiane de la racine) se traduit par le schème KaTTaB qui a le sens causal «a fait écrire» (quelqu'un). D'autre part, l'allongement de la première voyelle du schème (C1AAC2aC3), le dérive en KaaTaB, qui signifie «correspondre». L'ajout du préfixe «ta» aboutit à taKaaTaB, incluant la notion de réciprocité (correspondances échangées avec une personne).
La racine d’un verbe peut théoriquement se présenter sous la forme de quinze schèmes, bien que cinq d'entre eux soient extrêmement rares. Chacun de ces schèmes peut être modifié pour indiquer une voix passive et un présent : par exemple KuTiB «a été écrit», yaKTuB «écrit» et yuKTaB "est écrit ". En modifiant les consonnes « de base » des racines, en utilisant diverses combinaisons de voyelles, et en utilisant des préfixes et des suffixes différents, de nombreuses possibilités existent pour dériver des noms, des adjectifs et des adverbes à partir d’une racine donnée. Par exemple, les mots suivants qui sont tous dérivés de KTB, peuvent être trouvés dans un dictionnaire classique : KiTaaB "livre", KuTuBii «libraire», KuTTaaB «école primaire ou coranique», KuTayyiB «livret», KiTaaBa «écriture/script», KiTaaBaat «écritures, essais», KiTaaBii «écrit, littéraire», maKTaB «bureau, le Bureau de», maKTaBii «d'un bureau», maKTaBa «bibliothèque», miKTaaB «machine à écrire », muKaaTaBa «correspondance», iKtiTaaB «inscription, enregistrement», istiKTaaB «dictée »,«KaaTiB» écrivain», «maKTuuB» «lettre», muKaaTiB «correspondant» et muKtaTiB «abonné» (ouvrage de Cowan). Beaucoup de ces mots peuvent être mis au pluriel, par exemple Kutub "livres", Kuttab "écrivains", maKTaBaat "bibliothèques", et quelques-uns peuvent être mis au féminin à l’aide d’une terminaison dédiée, par exemple KaaTiba "femme écrivain", muKaaTiBa "correspondantes (femmes)" et KaaTiBaat "femmes écrivains".
Le système d'écriture arabe est une adaptation du script nabatéen qui est lui-même une évolution du système d'écriture araméen. Il se compose de vingt-huit lettres qui représentent des consonnes et il s’écrit de droite à gauche. Trois de ces lettres représentant les consonnes / ', w, y / sont également utilisés pour représenter respectivement les voyelles longues /aa, uu, ii/. Les voyelles courtes / a, u, i /, qui peuvent être représentées à l’aide de signes diacritiques au-dessus ou au-dessous d'une lettre, sont normalement omises, sauf dans des situations où une ambiguïté sémantique ou bien de graves erreurs de prononciation ne peuvent être tolérées. Le Coran et la Bible en arabe sont toujours imprimés avec une pleine représentation des voyelles courtes ainsi qu’ avec d’autres signes diacritiques signifiant le doublement des consonnes ou l'absence de voyelle à la suite d'une consonne particulière. L'écriture arabe est cursive, ce qui signifie que certaines lettres doivent être connectées à d'autres que ce soit dans l'écriture ou l'impression. Bien qu'aucune distinction n’existe entre les lettres majuscules et minuscules, une lettre possède plus d'une forme (comme illustré dans le tableau de l’alphabet arabe) en fonction de sa position dans le mot et des autres lettres qui l'entourent.
Dans la période préislamique, l'écriture arabe a souffert d'un certain nombre de lacunes, notamment le manque de lettres pour certaines consonnes et l'absence de tout système d'indication de voyelles. Le système actuel est le résultat d'importantes réformes qui ont été introduites lorsque le système d’écriture a été jugé inadéquat comme outil d'enregistrement et de conservation du Saint Coran. Cette association étroite avec le Coran a accordé un statut sanctifié à une écriture qui est née modestement. Cela a permis de développer une forme d'art unique inégalée par aucune autre tradition calligraphique. Avec la propagation de l'islam, de nombreux non-Arabes se sont retrouvés à apprendre l'arabe pour pouvoir lire le Coran. Ainsi de nombreuses langues qui tombèrent dans la sphère d’influence de l'arabe au travers de l'Islam ont adopté l'usage de l'écriture arabe. Pour la plupart, ces langues, étaient d'origine non-sémitique, comme le farsi (persan), le pachto, le Kashmiri, l'ourdou, le sindhi, le malais et d'autres (ouvrage de Kaye).
Diglossie et Variétés Dialectales
Plusieurs dialectes régionaux de l'arabe existent, dont certains peuvent ne pas être facilement intelligibles par des locuteurs provenant d'autres régions. À des degrés divers, ces variantes linguistiques montrent des différences dans la grammaire, la prononciation et le vocabulaire. Les arabophones font référence à ces variétés parlées comme étant l’ «aammiyya» (l'arabe familier) par opposition au fusha (arabe littéraire), langage acquis par l'enseignement classique. Cette dualité linguistique, communément appelée diglossie dans la littérature linguistique, implique l'utilisation complémentaire de deux variétés d'une même langue, chacune ayant une fonction sociale spécifique.
La Langue Maternelle et la Construction de l'Identité de l'Enfant
La langue maternelle est considérée être la langue du cœur, celle qui marque l’identité profonde. C’est la langue dans laquelle on a évolué lors de notre enfance, sans oublier que les bébés sont déjà exposés aux langages dans le ventre de leur mère. Les bébés ont de surcroît des façons de pleurer caractéristiques à leur langue maternelle. La langue maternelle est celle qui est la plus parlée dans le foyer, et dont l’expression se fait de manière la plus naturelle. Parfois, la langue qu’on a appris dès tout petit subit un déclin et n’est plus la langue dominante.
La langue maternelle fait partie de notre patrimoine culturel car c’est la langue familière dans laquelle on a évolué depuis tout petit. Nos premières découvertes, nos premiers mots ont été appris dans cette langue transmise par nos parents. La langue maternelle est donc un pilier à entretenir chez l’enfant pour faciliter les apprentissages dans une autre langue. C’est le principe de Donovan et Brandford qui consiste en la réactivation des expériences préalables pour construire sur des bases solides. La langue maternelle est indispensable pour se forger un bilinguisme équilibré et joue un rôle important dans la construction psychique et identitaire de l’enfant. Perdre sa langue maternelle c’est perdre son identité profonde. Ce phénomène de perte est appelé attrition linguistique.
Les Langues Maternelles dans les Écoles
La langue maternelle est très fragile et peut se perdre très facilement jusqu’à l’âge de 12 ans, surtout lorsque l’école creuse un fossé énorme entre identité de l’enfant et l’école. L’enfant est aliéné et doit mettre de côté son identité pour s’intégrer. La langue maternelle est malheureusement encore souvent perçue comme un moteur d’échec scolaire, plus particulièrement lorsqu’il s’agit de langues non européennes qui sont sujets à des préjugés et dévalorisations.
La hiérarchisation et la stigmatisation des langues peuvent susciter un sentiment de honte aux parents qui peuvent éviter de parler leur langue maternelle avec leurs enfants. Les enfants ressentent bien évidemment cette gène et répondent souvent à leurs parents en Français.
Conclusion
La définition de l'arabe comme langue maternelle au Maghreb est donc complexe et multidimensionnelle. Elle englobe à la fois la langue sacrée de l'islam, les dialectes vernaculaires de la vie quotidienne et les enjeux identitaires liés à l'histoire et à la politique de la région. Comprendre cette complexité est essentiel pour appréhender les dynamiques sociales et culturelles du Maghreb et pour promouvoir des politiques linguistiques inclusives et respectueuses de la diversité.
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