L'épilepsie est une maladie neurologique fréquente, et les traitements antiépileptiques jouent un rôle central dans sa prise en charge. Cependant, certains de ces médicaments présentent des risques pour l'enfant à naître lorsqu'ils sont pris pendant la grossesse. Il est crucial de bien connaître ces risques et de prendre des décisions éclairées en collaboration avec un professionnel de santé.

Risques Malformatifs Associés aux Antiépileptiques

Certains traitements antiépileptiques peuvent entraîner des malformations congénitales chez le fœtus. Ces malformations peuvent être diverses, allant de l'absence d'un organe à la naissance, comme un rein ou une partie du cerveau, à des malformations cardiaques ou encore à la présence d'une fente labiale et/ou palatine (bec-de-lièvre).

  • Valproate (Depakine et génériques, Micropakine, Depakote et son générique Divalcote et Depamide): C'est l'antiépileptique qui entraîne le plus de malformations, avec un risque multiplié par 4 à 5 par rapport à la population générale (environ 11% de malformations majeures).
  • Topiramate (Epitomax et génériques): Il expose à un risque de malformations majeures multiplié par 3 par rapport à la population générale.
  • Carbamazépine (Tegretol et génériques): Elle expose à un risque de malformations congénitales majeures multiplié par 2 à 3 par rapport à la population générale.
  • Prégabaline (Lyrica et génériques): Les données disponibles confirment un risque de malformation majeure chez l'enfant, multiplié par près d'1,5 par rapport à la population non exposée.
  • Oxcarbazépine (Trileptal et génériques): Les données actualisées ne permettent pas d'exclure un risque de malformations.

Il est important de noter que si aucun risque ne peut être totalement écarté, le niveau de risque peut être hiérarchisé selon les antiépileptiques, notamment par comparaison à la fréquence globale de malformations congénitales majeures observée dans la population générale, qui est de l’ordre de 2 à 3 %.

Risques Neurodéveloppementaux et Autistiques

Outre les malformations congénitales, certains antiépileptiques sont associés à un risque accru de troubles neurodéveloppementaux et de troubles du spectre autistique chez l'enfant exposé in utero.

  • Valproate: Il comporte un risque élevé de troubles neurodéveloppementaux (30 à 40 % des enfants exposés in utero).
  • Topiramate: Le risque de troubles neurodéveloppementaux est augmenté de 2 à 3 fois (troubles du spectre autistique jusqu’à 6 % et risque de survenue d’une déficience intellectuelle jusqu’à 8 %) par rapport aux enfants nés de femmes épileptiques qui ne prennent pas de médicaments antiépileptiques.
  • Carbamazépine: Selon les nouvelles données disponibles, il est possible que le risque de troubles neurodéveloppementaux soit augmenté chez les enfants exposés à la carbamazépine par rapport à la population non exposée.

Il est à noter que les données sur les risques de troubles neurodéveloppementaux liés à l’exposition aux antiépileptiques pendant la grossesse sont à ce jour limitées et ne permettent pas de conclure pour la majorité des antiépileptiques.

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Importance de la Communication avec le Médecin

Face à ces risques potentiels, il est primordial d'informer votre médecin dès que possible si vous avez un projet de grossesse ou si vous êtes enceinte. Contactez-le rapidement pour discuter de votre traitement antiépileptique et des options possibles. Chez les femmes en âge d’avoir des enfants, les risques liés à l’exposition aux antiépileptiques pendant la grossesse doivent être pris en compte dès l’initiation du traitement et expliqués à la patiente.

Votre médecin pourra évaluer votre situation individuelle et vous conseiller sur la meilleure stratégie à adopter pour minimiser les risques pour votre enfant, tout en assurant le contrôle de vos crises d'épilepsie. Il pourra envisager de modifier votre traitement, de réduire la dose ou de vous prescrire un autre antiépileptique présentant un profil de risque plus favorable pendant la grossesse.

Il est également important de discuter de la contraception. Une méthode de contraception efficace devra être mise en place pour les médicaments qui le nécessitent. Certains antiépileptiques peuvent diminuer l'efficacité des contraceptifs hormonaux, et certains contraceptifs peuvent diminuer l'efficacité de certains antiépileptiques. Il est donc essentiel d'aborder ce sujet avec votre médecin et votre neurologue.

Antiépileptiques à Privilégier et Alternatives Thérapeutiques

Dans le traitement de l'épilepsie focale, la lamotrigine est à privilégier, suivie du lévétiracétam et de l'oxcarbazépine. En cas d'intolérance, il est important de se référer aux données disponibles sur le risque en cas d'exposition pendant la grossesse. Pour l'épilepsie généralisée, la lamotrigine est également à privilégier. En cas d'intolérance, d'autres antiépileptiques peuvent être prescrits en association, en se référant aux données disponibles sur le risque en cas d'exposition pendant la grossesse.

Il est crucial de noter que le valproate et ses dérivés sont formellement contre-indiqués pendant la grossesse dans la prise en charge des troubles bipolaires et ne doivent pas être utilisés chez les femmes enceintes épileptiques, sauf en l’absence d’alternative thérapeutique.

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Rôle de l'Acide Folique

Le déficit en folates a été suspecté d’être en cause dans la tératogénicité de ces médicaments. Une supplémentation en acide folique avant la grossesse et en début de grossesse pourrait diminuer le risque d’apparition d’anomalies du tube neural inhérent à toute grossesse. Toutefois, la discordance des données concernant la prise de folates en période préconceptionnelle n'est toujours pas résolue.

Nouvelles Mesures et Surveillance Continue

Face aux risques liés à l'exposition aux antiépileptiques pendant la grossesse, les autorités sanitaires ont mis en place des mesures pour sécuriser leur utilisation. L'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) poursuit la surveillance des risques liés à l’exposition des femmes enceintes à ces médicaments et a engagé plusieurs actions au niveau national et européen.

Depuis le 6 janvier 2025, les conditions de prescription et de délivrance ont été renforcées pour l’acide valproïque et ses dérivés, la carbamazépine et le topiramate. Pour la carbamazépine, l’information des femmes en âge de procréer a été renforcée grâce à la mise en place d’une attestation d’information partagée. Pour l’acide valproïque et ses dérivés, le précédent formulaire d’accord de soin laisse la place à l’attestation d’information partagée.

Risques Paternels et Études en Cours

Par ailleurs, un risque potentiel de troubles neurodéveloppementaux associé à la prise de valproate par le père dans les trois mois précédant la conception est en cours d’évaluation au niveau européen. Dans l’attente des conclusions de cette évaluation, une lettre d’information a été adressée à l’ensemble des professionnels de santé concernés pour les alerter sur ce risque potentiel, et une fiche d’information pour les patients a été conçue.

Registres et Recherche Future

Il est essentiel de poursuivre l’inscription des femmes aux registres de grossesses sous antiépileptiques, tels que EURAP, afin de faire évoluer les connaissances sur les risques associés à ces médicaments. De plus, il est impératif de développer des modèles animaux fiables et prédictifs de la tératogénicité potentielle et du surrisque neurodéveloppemental et autistique éventuel de ces médicaments.

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