L'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) est un sujet de débat, notamment dans les établissements privés en France. Des inquiétudes ont émergé concernant la diffusion de brochures anti-avortement et l'intervention d'associations promouvant des positions éloignées des principes de l'Éducation nationale.
Distribution de manuels anti-avortement
Des brochures anti-avortement ont été distribuées dans certains lycées privés, notamment dans les académies de Paris et de Montpellier. Ces livrets contiennent des informations biaisées sur la contraception et l'avortement, mêlant des informations objectives à des jugements de valeurs. Ils présentent également des témoignages de jeunes filles traumatisées.
Selon le Huffington Post, ces manuels affirment qu'en France, "près de 9 millions d'avortements ont été pratiqués depuis 1975", ce qui représente "9 millions d'enfants uniques, irremplaçables".
Une lycéenne de l'académie de Montpellier a trouvé ce manuel mardi dans son lycée et a envoyé les photos à un dessinateur. Elle s'est dite "sidérée" par ce fascicule, qui indique par exemple qu'un enfant né d’un viol est « innocent » et ne mérite pas « la peine de mort ». « C'est du bourrage de crâne », s'est-elle insurgée.
La Fondation Jérôme Lejeune et son manuel bioéthique
Le manuel en question est publié par la fondation Jérôme Lejeune, une association connue pour ses positions anti-avortement et anti-euthanasie. La fondation assure que le document est disponible sur commande et qu'elle ne le distribue pas d'elle-même, mais ne voit pas de problème à ce que ses publications soient diffusées dans des lycées privés catholiques.
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La fondation Jérôme Lejeune «ne voit pas le problème» et se dit "plutôt fière que ce manuel se retrouve dans des lycées privés. Notre position place dans la droite ligne de celle de l'Eglise, quoi d'anormal à ce que ce document soit donc disponible dans un lycée catholique? Peut-on vraiment en être choqué?".
La fondation a réagi à la polémique en annonçant qu'elle porterait plainte pour diffamation. "Certains ont présenté nos propos comme erronés. Nous ne pouvons pas l'accepter", a déclaré un porte-parole de la fondation.
Réactions politiques et associatives
Laurence Rossignol, alors ministre des Droits des femmes, a réagi à la distribution de ces livrets en déclarant que "la liberté d'opinion et d'expression n'inclut pas le droit au mensonge, sur des sujets aussi graves que la contraception et l'IVG".
Danielle Gaudry, responsable de la commission avortement du Planning familial, a relevé des "contrevérités scientifiques" dans ce livre.
Application des programmes EVARS dans le privé
Les nouveaux programmes d’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars) sont entrés en vigueur à la rentrée, après un consensus avec les syndicats. Sur le papier, tout le monde était d'accord : trois séances obligatoires par an à chaque niveau de classe, dans les établissements publics et privés.
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Mais dans le privé sous contrat, des enseignants alertent sur une application de ces programmes qui n'est pas toujours conforme. Le premier syndicat du privé, la fédération formation et enseignement privé de la CFDT, s'inquiète de séances qui auraient lieu en dehors des cours et sans les enseignants.
Interventions d'associations non agréées
Des établissements privés font intervenir des associations non agréées par l'Éducation nationale pour animer les séances d'EVARS. C'est le cas de l'association Cycloshow-XY, connue pour ses positions anti-IVG et sa vision confessionnelle de la sexualité, qui est intervenue dans plusieurs établissements.
Pauline, professeure de français, a découvert que des séances auraient lieu en dehors des cours, animées par une association extérieure, Cycloshow-XY, qui n'est pas agréée par l’Éducation nationale. "Derrière Cycloshow-XY, il suffit d'aller voir sur leur site internet, c'est une doctoresse allemande, Elisabeth Raith-Paula, qui participe à des associations anti-avortement, et qui fait la promotion de la planification familiale naturelle, donc contre la contraception."
Valérie Ginet, secrétaire générale du premier syndicat du privé, la Fep-CFDT, réclame plus de contrôles : "Il faudrait vérifier que ces associations puissent être agréées par l'Éducation nationale. En plus, on pense que c'est un programme très complet, mais qui doit être pris en charge aussi par les enseignants."
Alexis Guitton, secrétaire national de la FEP-CFDT, estime que l'intervention de telles associations est "clairement non conforme". "C’est une association non agréée qui intervient sur un temps scolaire et en contradiction avec les programmes Evars et en tenant un discours qui contrevient aux valeurs de la République. C'est une association confessionnelle qui intervient sur du temps de cours, donc sur le service public d'éducation. C'est pas conforme", dénonce-t-il, rappelant que le droit à l’IVG est désormais inscrit dans la Constitution.
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Franck Pécot, secrétaire général du Syndicat des personnels des établissements d'enseignement privés sous contrat (Snep-UNSA), rappelle que les interventions officielles doivent être assurées par des enseignants : "ce n’est pas la place d’une association confessionnelle. Dans le service public d’éducation, c’est le message de la République qui doit être transmis, pas celui de l’Église."
Réponse du ministère de l'Éducation nationale
Le ministère de l'Éducation nationale rappelle que les séances de l'Evars "doivent être organisées sous la responsabilité des personnels de l’éducation nationale". "Des partenaires extérieurs peuvent être associés, mais uniquement s’ils sont institutionnels ou issus d’associations dûment reconnues et agréées, nationalement ou académiquement", poursuit-il. "Les associations non agréées n’ont donc pas vocation à intervenir dans le cadre de l’EVARS. Si des situations contraires sont signalées, elles font l’objet d’une vérification et, le cas échéant, d’un rappel du cadre réglementaire aux établissements concernés." Ce droit de regard s'exerce "y compris dans le privé sous contrat" et via les inspecteurs.
Le cas de l'école Stanislas
L'établissement catholique privé Stanislas a fait l'objet d'un rapport relatant des propos homophobes, sexistes ou anti-avortement. Une enquête est actuellement en cours.
Des témoignages d'élèves de Stanislas, anciens ou actuels, dépeignent une ambiance stricte et exigeante, tout en tempérant le contenu du rapport.
Mattéo* reconnaît que la question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) a pu être abordée en classe. "On a eu une fois une intervenante qui avait avorté dans sa vie et qui était venue raconter sa souffrance. Mais derrière, il y a toujours eu un débat très clair, qui a permis à tout le monde de s'exprimer", assure le jeune homme.
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