Introduction
L'allaitement maternel est un sujet central de santé publique, suscitant de nombreuses études et recommandations. Cet article vise à synthétiser les dernières connaissances et recommandations, notamment celles de l'ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail) concernant l'allaitement maternel, en abordant les bénéfices pour l'enfant et la mère, les risques potentiels liés à la contamination chimique, et les recommandations pour une pratique optimale.
Influence de l'Allaitement Maternel sur l'Acceptation Alimentaire
L'allaitement maternel peut influencer l'acceptation des aliments à des âges plus avancés. En effet, il peut modifier le développement de l'acceptation des saveurs puisque les flaveurs du lait maternel peuvent changer d’une tétée à une autre en fonction de l’alimentation de la mère. Par ailleurs, les comportements et l’environnement associés à l’allaitement diffèrent de ceux associés au biberon (allaitement à la demande, interactions mère-enfant, moindre contrôle par les parents des quantités ingérées).
Âge de la Diversification Alimentaire : Recommandations de l'ANSES
Concernant l’âge de la diversification alimentaire, l’ANSES conclut qu’elle ne devrait ni débuter avant l’âge de 4 mois (pour éviter les risques d’obésité, d’infections, de maladie cœliaque ou d’allergies) ni après 6 mois (période à partir de laquelle le lait infantile ou les préparations infantiles ne permettent plus à eux seuls de couvrir les besoins nutritionnels du nourrisson), que l’enfant soit ou non à risque d’allergie alimentaire.
Repères Alimentaires et Besoins Spécifiques
De ce fait, les repères alimentaires pour les adultes constituent qualitativement des recommandations valables pour les enfants. Néanmoins les besoins énergétiques des enfants étant différents de ceux des adultes, il conviendra d’adapter les tailles de portions consommées. Chez le jeune enfant, la taille de portion servie devra être réduite par rapport à celle des adultes (à l’exception des aliments sources de fer et de calcium). Les femmes enceintes et allaitantes ont des besoins nutritionnels spécifiques. Dans son rapport, l’ANSES conclut qu’il n’y a pas lieu de proposer pour les populations cibles des repères alimentaires différents de ceux proposés chez l’adulte. Une augmentation du niveau d’activité physique permet de maintenir des apports énergétiques équivalents à ceux des adultes et donc la couverture de toutes les besoins nutritionnels.
Études de l'ANSES sur l'Allaitement Maternel
Saisie par la Direction générale de la santé, l’Anses a mené deux expertises centrées sur l’allaitement maternel : une évaluation des risques liés à l’exposition aux contaminants chimiques des enfants allaités, dans la continuité de son étude de l’alimentation totale infantile (EATi) ; un état des lieux des connaissances sur les bénéfices nutritionnels de l’allaitement pour la santé de l’enfant. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du Programme national nutrition santé et du plan d’action engagé par les pouvoirs publics autour des 1000 premiers jours de l’enfant, de la période in utero jusqu’à l’âge de deux ans.
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Présence de Substances Issues de la Contamination de l’Environnement
Dans cette expertise, l’Anses a estimé les niveaux d’exposition aux substances chimiques des enfants âgés de moins de 6 mois via le lait maternel et les aliments introduits lors de la diversification alimentaire. Trente-deux substances ou familles de substances ont été examinées, sur la base de scénarios simulant de nombreux cas de figure d’exposition différents. Pour la majorité des substances étudiées, le niveau d’exposition n’est pas préoccupant pour la santé : 20 d’entre elles ne dépassent pas les valeurs sanitaires de référence pour la voie alimentaire.
Toutefois, pour 12 substances ou familles de substances, l’Anses montre que le niveau d’exposition des enfants allaités peut dépasser les valeurs sanitaires de référence. Il s’agit d’éléments-trace métalliques - arsenic inorganique, cadmium, chrome, manganèse, nickel et plomb - et de composés polychlorés (PCB, dioxines et lindane), polyfluoroalkylés (PFOS et PFOA) et polybromés (PBDE). Ces substances sont présentes dans divers aliments, l’eau ou encore l’air.
L’estimation des expositions aux contaminants du lait maternel s’appuie sur une étude nommée CONTA-LAIT, basée sur l’analyse de 180 échantillons de lait maternel recueillis dans différentes grandes régions de France de 2013 à 2015. Elle a été réalisée par les hôpitaux de Paris (AP-HP), le LABERCA (Oniris VetAgroBio) et le laboratoire d’analyse chimique Ultra Traces Analyses Aquitaine (UT2A) et l’Anses.
Pour les contaminants présents dans les autres aliments du nourrisson, l’expertise intègre les données produites par l’étude de l’alimentation totale infantile (EATi). Cette étude publiée en 2016 par l’Anses a permis d’évaluer l’exposition alimentaire des enfants non allaités de moins de 3 ans aux contaminants chimiques. Les analyses ont porté sur 670 substances recherchées dans les préparations infantiles et les aliments introduits pendant la diversification alimentaire.
Agir Collectivement pour Réduire la Contamination de l’Environnement et des Aliments
Les résultats de cette expertise ne sont pas destinés à prédire l'état de santé futur des enfants allaités. Cependant, ils soulignent le besoin d'agir collectivement sur 12 substances préoccupantes.
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La majorité des substances chimiques identifiées comme problématiques sont connues pour polluer durablement l’environnement et s’accumuler dans les tissus gras ou osseux du corps humain. Leur présence dans l’organisme des mères allaitantes provient de toutes leurs expositions passées. L’exposition des nourrissons aux contaminants métalliques provient quant à elle majoritairement des aliments couramment introduits pendant la diversification alimentaire.
Ces substances étant très présentes dans l’environnement et les aliments, de façon générale, iI n’est pas pertinent de recommander aux femmes des actions individuelles pour limiter leur exposition et celle de leur enfant. Toutefois, l’Anses a formulé en 2019 des recommandations de consommation de poissons pour les femmes enceintes et allaitantes afin de maîtriser l’exposition aux contaminants chimiques de cette famille d’aliments.
L’Anses appelle donc à renforcer l’action collective déjà engagée par les pouvoirs publics pour réduire la contamination de l’environnement et des aliments. Cela passe notamment par l’encadrement réglementaire des substances, l’identification et la maîtrise des sources de contamination et par la surveillance de la chaîne alimentaire.
Cette expertise souligne également le besoin de réaliser des études complémentaires. Il est notamment nécessaire de décrire plus précisément la contamination du lait maternel en France et de suivre cette contamination dans le temps ainsi que son impact possible sur le développement des jeunes enfants.
Confirmation des Bénéfices Nutritionnels du Lait Maternel pour la Santé de l’Enfant
En parallèle, l’Anses a dressé un état des lieux des connaissances scientifiques sur les bénéfices nutritionnels du lait maternel sur la santé de l’enfant. Cette expertise s’appuie sur de nombreuses études épidémiologiques qui mettent en évidence des bénéfices du lait maternel pour la santé de l’enfant.
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Les conclusions de l’Anses confirment la relation positive entre la consommation de lait maternel et la réduction du risque de surpoids à tous les âges, ou encore un effet favorable sur le développement cognitif.
Matinée d'Échange Santé et Allaitement Maternel
Ce mardi 24 septembre à Paris s’est tenue la matinée d’échange Santé et Allaitement maternelle organisée par la Direction Générale de la Santé. Suite aux résultats de l’étude de l’alimentation totale infantile (EATi) - étude portant sur l’Exposition Risques Sanitaires (ERS) des enfants inferieur à trois ans non allaités- de 2016 par l’Anses, et de l’étude CONTA-LAIT - ERS des enfants inferieurs à six mois allaités- , deux avis de l’Anses ont été restitué ce mardi 24 septembre lors de la matinée d’échange santé et allaitement maternel organisée par la Direction Générale de la Santé. La sortie des résultats de l’étude EPIFANE 2021 par Santé Publique France sont venus compléter l’évaluation des enjeux sanitaires et les bénéfices nutritionnels de l’allaitement maternel réalisé par l’Anses. Suite à cela, le Haut Conseil de la Santé Publique a été mandaté pour élaboré un avis complet sur l’allaitement maternel. La synthèse commence par rappeler les bénéfices de l’allaitement maternel en s’appuyant sur les preuves scientifiques. Des bénéfices qui, rappelons le, concernent les aspects tant immunologiques, anti-infectieux et développementaux de l’enfant mais également les bénéfices pour la mère et plus largement, pour la société. Le rapport continue en soulevant les expositions environnementales et alimentaires des femmes avant, pendant le grossesse et l’allaitement. Les études sont insuffisantes et à compléter concernant les expositions professionnelles en France des personnes enceintes et allaitantes. L’enquête Conta-Lait a mis en évidence onze substances présentées comme ayant un risque sanitaires dits « préoccupants ». Le rapport souligne cependant que les dosages se trouvent dans la fourchette basses des dosages rapportés par différentes pays. Le Haut Conseil de Santé Publique dans sa synthèse énonce les chiffres insuffisants de la pratique de l’allaitement en France et les actions mise en place avec l’OMS et l’UNICEF tel que l’IHAB conçue pour protéger l’allaitement. Dans l’axe 1, entre autres objectifs le HCSP recommande d’allonger la durée post-natale du congé de maternité de 6 mois, mais 4 mois dans l’immédiat dont 2 mois supplémentaires sous prescription donnée par un médecin pour « congé d’allaitement ».
Recommandations du Haut Conseil de la Santé Publique
- Renforcer, améliorer et rendre plus cohérente la formation initiale et la formation continue, en l’inscrivant dans le DPC, des professionnels de santé et de la périnatalité26 en intégrant l’allaitement maternel et la prévention de l’exposition aux contaminants, en milieux professionnel et non professionnel, des femmes enceintes, allaitantes et des nourrissons. Ces formations doivent être totalement indépendantes des industriels qu’il s’agisse de leur contenu, de leur organisation ou des supports de formation.
- Informer les parents que le lait artificiel est un aliment industriel transformé qui ne pourra jamais être équivalent au lait maternel.
- Donner aux parents une information sur l’exposition aux contaminants environnementaux, élaborée par Santé publique France (site internet 1000 premiers jours) et déclinée, en lien avec les ARS et les professionnels de périnatalité sur l’ensemble du territoire (hexagone et outremer).
Allaitement et Reprise du Travail
Quand une mère qui allaite arrive au terme de son congé de maternité et souhaite poursuivre son allaitement en reprenant le travail, elle doit recueillir, conserver et acheminer son lait sur le lieu de garde de son enfant. Dans ce parcours, elle est soumise à des obligations strictes, le lait maternel étant jusqu'à maintenant considéré comme un produit alimentaire comme les autres, ce qui est loin d'être le cas. Nombre de travaux publiés ces dernières années montrent que le lait de mère est un produit vivant doté d'un pouvoir unique d'autoconservation grâce aux facteurs immunitaires qu'il contient, tant moléculaires que cellulaires et que les normes imposées sont trop restrictives. S'appuyant sur ces notions, des associations de soutien à l'allaitement diffusent des normes élargies, ce qui crée une ambiguïté par rapport aux exigences de l'ANSES auxquelles sont soumis les parents et les EAJE (établissements d'accueil de jeunes enfants). C'est d'autant plus nécessaire que la France présente un triple handicap : taux d'allaitement cruellement bas après 2 mois, congé post natal dissuasif par sa faible durée et trop peu de crèches d'entreprise qui pourraient permettre aux mères d'allaiter sur le lieu de leur travail.
Conservation du Lait Maternel : Durées et Recommandations
Les durées ci-dessous sont la limite à ne pas dépasser, comme une date limite d'utilisation. Le freezer est un mode de conservation qui ne peut être statué car peu fiable et trop variable. La décongélation ne doit jamais être faite au micro-ondes pour préserver les qualités du lait. Elle peut être spontanée et lente au réfrigérateur ou plus active sous un filet d'eau tiède.
Conclusion
Les recommandations de l'ANSES concernant l'allaitement maternel mettent en lumière à la fois les bénéfices indéniables pour la santé de l'enfant et de la mère, et la nécessité de rester vigilant quant à l'exposition aux contaminants environnementaux. L'action collective pour réduire cette contamination, ainsi que le soutien à l'allaitement par des politiques publiques adaptées (formation des professionnels de santé, allongement du congé maternité), sont essentiels pour favoriser une pratique optimale de l'allaitement en France.
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