Annie Girardot, née à Paris le 25 octobre 1931 et décédée le 28 février 2011, fut une figure emblématique du cinéma et du théâtre français. Son parcours, marqué par des succès éclatants et des épreuves personnelles, témoigne d'une femme d'exception, à la fois forte et vulnérable, dont le talent et la présence magnétique ont conquis le cœur du public.
Des Débuts Prometteurs
Annie Girardot commence à suivre les cours du Conservatoire à l'âge de dix-huit ans, tout en se produisant dans des cabarets, comme La Rose rouge et Le Lapin agile, et des revues, notamment avec la troupe de Robert Dhéry. Après avoir obtenu deux prix au Conservatoire en 1954, elle est engagée à la Comédie-Française, qu'elle quittera en 1957.
L'Ascension Cinématographique
Après de modestes apparitions dans deux films en 1950, elle fait, en 1955, ses débuts à la télévision et au cinéma, où, après quelques rôles secondaires, elle s'impose face à Jean Gabin dans le rôle de l'épouse prête à tout de Jean Desailly dans Maigret tend un piège, de Gilles Grangier (1957). Elle confirme son talent, doublé d'une extraordinaire présence magnétique à l'écran, en partie due à sa beauté, dans Rocco e i suoi fratelli (Rocco et ses frères) de Luchino Visconti (1960) qui l'avait dirigé peu auparavant sur scène, en 1958, au Théâtre des Ambassadeurs à Paris, dans Deux sur la balançoire, de William Gibson.
Au cours de la décennie suivante, Annie Girardot conforte son statut de vedette, tournant dans près de quarante films, alternant films d'auteur et films commerciaux, films comiques et films dramatiques, films français et films italiens ; ainsi, La Proie pour l'ombre d'Alexandre Astruc (1960), Le Bateau d'Émile de Denys de La Patellière (1961), Le Vice et la vertu de Roger Vadim (1962), I Compagni (Les Camarades) de Mario Monicelli (1963), La Donna scimmia (Le Mari de la femme à barbe) de Marco Ferreri (1963), Trois Chambres à Manhattan de Marcel Carné (1965), qui lui vaut un prix d'interprétation à la Mostra de Venise, Vivre pour vivre de Claude Lelouch (1967), qui lui vaut un prix d'interprétation au festival de Mar del Plata, Dillinger est mort de Marco Ferreri (1969).
Forte de l'immense succès commercial d'Érotissimo de Gérard Pirès (1969) et d'Un homme qui me plaît de Claude Lelouch (1969), Annie Girardot devient une des plus grandes vedettes du cinéma français et surtout la plus populaire, les spectateurs appréciant son naturel, sa simplicité, sa gouaille aussi. Cependant, à quelques exceptions près, comme L'Ingorgo (Le Grand Embouteillage) de Luigi Comencini (1978), la totalité des films qu'elle interprète relèvent d'un cinéma commercial de cette facture « qualité France » que les jeunes cinéastes, qui appartiennent ou non à la Nouvelle Vague, avaient mis à mal lors de la décennie précédente. Ce ne sont donc que mélodrames « à thèses » ou comédies « de Boulevard », réalisés par André Cayatte, Serge Korber, Michel Audiard, Claude Pinoteau, José Giovanni, Philippe de Broca ou Claude Zidi, dans lesquels, toutefois, elle incarne des femmes fortes, occupant des fonctions, alors encore réservées aux hommes, telles que commissaire de police, magistrat, médecin et reporter-photographe.
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Elle devient vraiment populaire avec les succès successifs des comédies Erotissimo (Pirès, 1969), et Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause ! (Audiard, 1970). Elle poursuit ainsi en tête d’affiche dans La mandarine (Molinaro, 1971), La vieille fille (Blanc, 1972), Traitement de choc (Jessua, 1972) ou encore Elle cause plus… elle flingue (Audiard, 1972).
Connue pour sa gouaille énergique, elle incarne durant la même période des héroïnes modernes, actives (Docteur Françoise Gailland, prestation pour laquelle elle obtient le César de la Meilleure actrice en 1977 ; Vas-y maman, 1978) et libérées des conventions (Mourir d'aimer, La Clef sur la porte).
De Vivre pour vivre en 1967 à On a volé la cuisse de Jupiter en 1980, Annie Girardot a réussi grâce à sa remarquable interprétation de « femme normale et populaire » à imposer vingt films millionnaires au box-office. Elle reçoit d'ailleurs en 1977, le César de la meilleure actrice pour Docteur Françoise Gailland.
Traversée du Désert et Renaissance
Ce succès, qui ne se dément pas pendant quinze ans, marque le pas à partir des années 1980. Les années 80 marquent son déclin, accentué par des déboires artistiques et commerciaux à la scène. Son idylle avec le public s’interrompt au milieu des années 80 avec l’échec de Liste noire (Bonnot 1984), entièrement bâti sur sa popularité. Annie Girardot tourne moins qu'avant, et dans des rôles épisodiques ou secondaires. Une de ses dernières prestations sera le rôle de la mère possessive d'Isabelle Hupert dans La Pianiste de Michael Haneke, grand prix du jury au festival de Cannes 2001.
Après une traversée du désert de plusieurs années, l'obtention en 1996 du César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Les Misérables de Claude Lelouch lui permet de retrouver sa place parmi les acteurs de cinéma, de théâtre mais aussi de télévision. On se souvient alors du discours émouvant prononcé durant la fameuse cérémonie où elle se vit attribuer le César du Meilleur second rôle : "Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français, mais le cinéma français m'a manqué… follement… éperdument, douloureusement. Votre témoignage, votre amour, me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte."
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Des prix, elle s'en verra encore décerner… Pour La Pianiste de Michael Haneke (César du Meilleur second rôle féminin en 2002) et pour la pièce Madame Marguerite (Molière de la Meilleure comédienne la même année).
Diversification Artistique
Elle développe également une activité à la télévision, où depuis ses débuts elle n'avait fait jusqu'alors que cinq interventions, et revient au théâtre, où elle interprète notamment Molière (L'Avare ; 1986) et Ionesco (Le roi se meurt ; 1988).
Vie Privée et Épreuves Personnelles
Femme libre de toute appartenance, Annie Girardot a fait sa vie sans donner de leçons, mais sa vie est, à bien des égards, une leçon. D'audace, de liberté, de fraîcheur, d'insoumission. Surtout, ce fut une vie dérangée. Un père mort quand elle avait 18 mois et qui n'était pas le mari de sa mère. Une enfance en Normandie, entre les bombardements, la peur et la tendresse d'une maman enfin retrouvée.
Côté coeur, elle a été au début de sa carrière en couple avec le réalisateur Norbert Carbonnaux. Elle se marie avec son partenaire de jeu dans Rocco et ses frères, Renato Salvatori, le 6 janvier 1962. Ensemble, ils ont une fille, née à Rome, le 4 juillet 1962, nommée Giulia. Elle le quitte à cause des violences qui lui fait subir, mais ne divorce pas. En 1967, elle partage la vie de Jacques Brel, puis celle de Claude Lelouch. Elle est en couple avec l’acteur Bernard Fresson, qu’elle quitte pour cause de comportement violent. Elle l'a quitté, car il était violent, elle a refait sa vie avec un musicien, Bob Décout, cette idylle dure 13 ans, elle a connu avec lui, l'amour, mais aussi la cocaïne.
Alzheimer, le mal du siècle, pour dernier chemin de croix. Atteinte de la maladie d'Alzheimer, elle a malgré tout continué à jouer pour le tandem Toledano / Nakache (la comédie Je préfère qu'on reste amis…), Michael Haneke (Caché, 2005), Daniel Duval (Le Temps des porte-plumes, 2006) et Jane Birkin (Boxes, 2007). Comme un nouveau rôle endossé à son insu. Un ultime personnage, loin de tous les autres, loin d'elle-même.
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