Anita Conti, surnommée "la Dame de la Mer", est une figure emblématique de l'océanographie française. Sa vie, riche en aventures et en engagements, a été consacrée à l'étude et à la protection des océans. Cet article explore son parcours, de son enfance à son héritage, en passant par ses contributions scientifiques et son rôle de pionnière dans le domaine de l'écologie marine.
Une Enfance Entre Terre et Mer
Anita Caracotchian est née le 17 mai 1899 à Ermont, dans le Val-d'Oise, au sein d'une famille bourgeoise. Son père, Leven Caracotchian, médecin d'origine arménienne et adepte des théories hygiénistes, encourageait ses enfants à pratiquer des activités sportives. Sa mère, Alice Lebon, aimait voyager. Très tôt, Anita développe un lien fort avec l'océan, notamment lors de séjours sur les côtes bretonnes.
En 1914, au début de la Première Guerre mondiale, la famille se réfugie sur l'île d'Oléron. C'est là qu'Anita approfondit son amour de la mer, se liant d'amitié avec des enfants de pêcheurs et s'initiant à la voile. Elle s'adonne également à la lecture et à la photographie, capturant ses premières images du monde maritime. "Si je n’étais pas portée par la mer, de temps en temps, je serais morte", dira-t-elle plus tard, témoignant de son attachement viscéral à l'océan.
De la Reliure d'Art à l'Océanographie
Après la guerre, Anita s'installe à Paris et devient relieuse d'art. Cependant, elle ne perd jamais de vue sa passion pour la mer. Elle continue d'écrire des articles sur les richesses marines, publiant des reportages en textes et en images sur le quotidien des pêcheurs pour La République. Ces activités lui permettent de rester en contact avec le monde maritime et de développer une expertise dans le domaine de la pêche.
En naviguant, lisant et écrivant, Anita Conti devient une spécialiste du monde de la pêche. Elle dresse des cartes des zones de pêche et relève des paramètres précis tels que la température et la salinité de l'eau. Son travail est remarqué par l'Office scientifique et technique des pêches maritimes (aujourd'hui Ifremer), qui l'engage en 1934 en tant que "responsable de la propagande".
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En 1927, elle épouse Marcel-Édouard Conti, attaché d'ambassade à Vienne, qui la laisse libre de voyager et d'écrire ses reportages.
Pionnière de l'Océanographie et Écologiste Avant l'Heure
Anita Conti travaille plusieurs années pour l'Office scientifique et technique des pêches maritimes. En 1939, elle embarque à bord du chalutier-morutier Viking, qui l'emmène vers les régions arctiques. C'est la seule femme à avoir accompagné les légendaires terre-neuvas en 1939 puis en 1952. De ses voyages et de ses observations, elle tire de premiers constats sur la fragilité des ressources maritimes et le danger de leur surexploitation. Elle dresse les premières cartes de pêche alors qu'on ne dispose que de cartes de navigation.
Dès les années 1940, elle s'inquiète des effets de la pêche industrielle sur les ressources de la mer. Attachée à montrer que ces ressources ne sont pas inépuisables, elle s'engage résolument pour des pratiques de pêche plus durables. Elle alerte sur les dangers de la pollution des mers et de la surpêche.
Elle est considérée comme la première femme océanographe française. Elle est la première femme à s'initier au travail scientifique et à embarquer sur un navire océanographique français. Elle parcourt les mers, de Dunkerque au Canada, et propose de rationaliser certaines pratiques.
Lors de ses missions, elle prend conscience que les ressources sous-marines sont fragiles et épuisables. Appareil photo et carnet greffés à son bras, Anita consigne tout ce qu'elle voit. Pour elle, la photographie est un moyen de traduire toute la magie, la poésie et la liberté qu'elle ressent lorsqu'elle est sur l'océan.
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Engagement Pendant la Seconde Guerre Mondiale et Missions en Afrique
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Anita s'engage dans la Marine nationale, devenant la première femme à le faire. Elle embarque sur des dragueurs de mines. Mais dès 1941, elle retrouve le chemin des bateaux de pêche et part en direction de l'Afrique de l'Ouest.
Au large des côtes africaines, Anita Conti passe ses premières années sur des chalutiers français, à observer les techniques de pêche, à dresser ses cartes de zones de pêche et à noter ses observations. Elle se penche également sur les méthodes de pêche locales.
À partir de 1943, missionnée par le gouvernement d'Alger, elle sillonne les côtes de l'Afrique de l'Ouest au large de la Mauritanie, du Sénégal, de la Guinée ou de la Côte-d'Ivoire, pour dresser un bilan des ressources en poisson et développer la pêche traditionnelle. Elle passe une dizaine d’années en Afrique, aidant les peuples côtiers à apprendre les techniques de pêche, viables et durables.
Dans ses missions, Anita continue à s'engager pour une pêche durable, et une amélioration des conditions de pêche en général, cherchant à concilier la protection des ressources maritimes avec le quotidien des travailleurs de la mer et la lutte contre la malnutrition.
En 1957, elle repart en mission en Guinée où elle écrira son second écrit « Géants des mers chaudes ».
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Publications et Reconnaissance Tardive
Dans les années 1950, Anita Conti publie ses premiers livres sur l'univers de la pêche et des océans, notamment Racleurs d'Océans en 1953 et Géants des mers chaudes en 1957. Elle publiera encore cinq autres livres par la suite, dont des ouvrages de poésie. C'est une autre de ses passions : entre deux observations, à bord d'un chalutier, face au large, elle écrit des lignes poétiques sur l'océan.
En 1971, son ouvrage L'Océan, les bêtes et l'homme dresse un bilan de ses observations, de ses recherches, de ses constats sur les effets de la pêche sur les ressources maritimes.
Âgée de plus de cinquante ans, Anita embarque encore ponctuellement sur des chalutiers, toujours aussi passionnée par l'océan et l'univers de la pêche, tout en se montrant très critique envers les mauvaises pratiques, et notamment la surpêche et le gaspillage. Elle milite ainsi pour le réemploi des poissons indésirables pêchés et rejetés morts à la mer, ou la mise en place de systèmes de pêche sélectifs pour éviter ce gâchis.
En 1961, elle fait comprendre médiatiquement que les poissons rejetés peuvent être vendus et consommés.
Malgré son engagement et ses contributions, Anita Conti est peu à peu oubliée. Ses convictions écologistes, de plus en plus fortes, font peur. Dans les années 1990, l'écologie n'est pas encore un sujet d'actualité.
Le 30 mai 1993, Anita Conti inaugure l'ESTRAN Cité de la Mer et devient sa marraine.
Héritage et Postérité
Anita Conti meurt à Douarnenez à l'âge de 98 ans, laissant derrière elle un héritage considérable : 60 000 photographies, des milliers de photos, des poèmes et des livres. Ses écrits et ses photographies ne sont redécouverts que des années plus tard. Avant-gardistes, ses relevés, ses photographies et ses observations servent encore aujourd'hui.
Son fils adoptif, Laurent Girault-Conti, s'engage à transmettre son œuvre à la postérité. Il souligne l'importance de son message sur la fragilité des ressources marines et la nécessité de protéger les océans.
Aujourd'hui, Anita Conti est reconnue comme une figure majeure de l'océanographie et une pionnière de l'écologie marine. Son travail continue d'inspirer et de sensibiliser le public aux enjeux liés à la protection des océans. Le fonds Anita Conti est conservé aux Archives de Lorient et diffusé par l'agence VU'.
Anita Conti a marqué de son empreinte l’histoire de l’océanographie et de l’Institut océanographique de Monaco. Dans la bande dessinée « Anita Conti » signée Catel & Bocquet (aux éditions Casterman), un extrait nous transporte à une époque où Anita fréquente assidûment la bibliothèque du Musée.
Elle disait souvent, enfant : "Je ne suis rien, rien que l’espace et le vent." Le fait de se détacher de la terre, de courir à l’horizon, à la mesure qu'il recule, c’était une exaltation pour elle, son moteur principal venait de là".
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