La gestation, définie comme "l’état d’une femelle vivipare qui porte son petit, depuis la conception jusqu’à la naissance", varie considérablement à travers le règne animal. Alors que chez l’être humain, la période de gestation est habituellement de neuf mois, certains animaux détiennent des records impressionnants, allant de quelques semaines à plusieurs années. Cet article explore les animaux qui détiennent les records de durée de gestation, en mettant en lumière les adaptations évolutives et les particularités de chaque espèce.
Les mammifères terrestres : l'éléphant en tête
De tous les mammifères terrestres, celui qui a la période de gestation la plus longue est l’éléphant. Avec une durée record de 20 à 22 mois, soit près de deux ans, la gestation de l’éléphante est longue, très longue. Cette longue période de gestation est une adaptation évolutive permettant de donner naissance à des petits suffisamment développés pour survivre dans leur environnement souvent difficile. Sans compter qu’avec une espérance de vie de 50 à 60 ans, et une maturité sexuelle atteinte à l’âge de 10/15 ans, la femelle éléphant peut donner naissance à dix ou douze petits au cours de son existence. Dès la naissance, l’éléphanteau, pèse entre 90 et 120 kg en moyenne selon l’espèce, est actif et se tient debout pour développer ses muscles, devant être réactif en cas d’attaque de prédateur. Il peut téter sa mère jusqu’à 5 ans et vit dans la horde matriarcale jusqu’à l’âge de 10 ans si c’est un mâle ; les femelles restent quant à elles au sein du groupe toute leur vie. Les éléphants mâles commencent à se reproduire bien après avoir atteint leur maturité sexuelle ; ils sont en mesure de s’accoupler vers 10 à 15 ans mais attendent généralement l’âge de 30 ans. Les femelles sont quant à elles prêtes vers 9 à 15 ans. Les mâles en rut sécrètent une phéromone qui attire les femelles fécondes. Pendant trois jours, plusieurs copulations de seulement 20 à 30 secondes ont lieu.
Les mammifères marins : l'orque et la baleine en compétition
C’est sous l’eau que se trouve le record suivant avec l’orque, qui possède une période de gestation de 15 à 18 mois, tout comme le morse, suivi de la baleine bleue avec ses 11 à 12 mois. L’orque vit en sociétés matriarcales. Les femelles atteignent leur maturité sexuelle vers l’âge de 10 ans et sont au pic de leur fertilité à 20 ans environ. Les mâles peuvent quant à eux s’accoupler dès 15 ans mais attendent généralement au moins l’âge de 21 ans. Sachant que leur espérance de vie dans la nature est de 29 ans environ, ils n’ont que peu de temps pour avoir une descendance, d’autant plus que l’ovulation des femelles peut être espacée de 3 à 16 mois. La gestation dure en moyenne entre 15 et 18 mois, et les petits naissent toute l’année, avec un pic en hiver. Les orques mettent bas sous l’eau, et sont parfois assistées d’une autre femelle. Malgré sa taille de 2,6 m et son poids de 136 à 181 kg à la naissance, le petit est très vulnérable. Le jeune est sevré vers 1 à 2 ans mais restera aux côtés de sa mère jusqu’à ce qu’elle ait un autre petit, quelques années plus tard.
Cependant, il est communément admis que les éléphants détiennent le record de la plus longue gestation chez les mammifères. Celle-ci peut varier légèrement en fonction de l’espèce, mais en général, elle dure en moyenne entre 22 mois. Cependant, ce record pourrait finalement tomber. Balaena mysticetus, plus communément connue sous le nom de baleine boréale ou de baleine du Groenland, est une espèce retrouvée dans les eaux froides et glacées de l’Arctique. Physiquement, imaginez des spécimens de plus de dix-sept mètres de long au corps massif avec une grande bouche équipée de fanons utilisés pour filtrer les proies de l’eau. Cependant, en raison de leur nature discrète et de leur habitat éloigné, les baleines boréales demeurent relativement peu étudiées par rapport à d’autres espèces. On ignore donc encore beaucoup de choses à leur sujet. La question de la durée de gestation fait notamment encore débat. Étudier des mammifères comme les baleines boréales n’est pas simple. En général, les scientifiques s’appuient sur des observations ponctuelles ainsi que sur des carcasses échouées sur les côtes. L’étude s’est appuyée sur les fanons. Alors que les échantillons de tissus de graisse ou de peau fournissent un instantané à un moment donné de la vie d’un animal, ces structures filandreuses, qui fleurissent à partir de la gencive, conservent un enregistrement moléculaire des hormones circulantes du corps. Ici, les chercheurs ont mesuré les concentrations de trois hormones : la progestérone, l’estradiol, et la corticostérone. La première est produite peu de temps avant et pendant la grossesse. La seconde, aussi connue sous le nom d’œstrogène, est libérée en grandes quantités lorsqu’un animal entre en chaleur. Une explication de ces données suggérait deux scénarios. Dans l’un, les baleines n’étaient pas enceintes lors de la première poussée de progestérone, mais connaissaient plutôt un état prolongé d’ovulation. Le second pic de progestérone, d’une durée d’environ quatorze mois, aurait ensuite eu lieu lorsque le mammifère marin était réellement enceint. Dans l’autre scénario, la grossesse de la baleine boréale dure effectivement 23 mois. Concrètement, lorsqu’un ovule fécondé se transforme en embryon, il y a un moment où le corps de la mère peut suspendre la grossesse. Il s’agit d’un avantage de survie permettant au corps de la mère de décider du bon moment pour avoir le bébé. Selon les espèces, cette pause peut durer de quelques jours à onze mois. Ce phénomène se produit chez beaucoup d’animaux terrestres, ainsi que chez beaucoup de mammifères marins comme les phoques, les ours, les loutres. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour déterminer si les grossesses des baleines boréales durent effectivement 23 mois, ce qui représenterait un nouveau record, ces nouveaux travaux publiés dans la revue Royal Society Open Science livrent un éclairage sur les complexités sous-jacentes à la croissance de la population de baleines.
Les autres mammifères : girafe et rhinocéros
Sur la terre ferme, la girafe et le rhinocéros portent leur petit pendant une quinzaine de mois également.
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Le record chez les vertébrés : le requin-lézard
Il y a de fortes chances pour qu’aucune mère n’envie l’animal qui possède la durée de gestation la plus longue de toutes. En effet, le requin-lézard, puisqu’il s’agit de lui, ne donne naissance à ses petits qu’au bout de 42 mois. Les femelles de cette espèce qui vit au fond des océans Pacifique et Atlantique portent patiemment leur progéniture pendant près de quatre ans. Une attente bien longue pour mettre au monde deux à quinze petits qui partent vivre leur vie dès leur sortie de l’œuf. Le requin-lézard, aussi appelé requin à tunique ou requin à collerettes, est le titulaire du record de la plus longue gestation chez les vertébrés, à savoir 42 mois ! Il vit généralement dans les grandes profondeurs des océans Atlantique et Pacifique, jusqu’à -1570 m, et n’est par conséquent que rarement observé. Si l’on ignore encore beaucoup de choses à son sujet, on sait qu’il peut atteindre 2 m de longueur et présente un corps filiforme de couleur brun foncé, ressemblant à une anguille. Il possède de grandes mâchoires extrêmement extensibles qui lui permettent d’avaler de gros céphalopodes, des poissons et d’autres petits requins. Comme la raie manta ou le requin-renard, cette espèce est ovovivipare, c’est-à-dire que les embryons sortent de leurs œufs à l’intérieur de l’utérus de leur mère, et sont menés à terme en consommant le vitellus produit par celle-ci. Si peu de gestations ont pu être étudiées, on sait que les portées de requin-lézard comptent 2 à 15 petits. Quand les embryons atteignent 6 à 8 cm de longueur, les capsules qui les renferment sont expulsées par la femelle ; les petits, qui n’ont pas fini leur développement, présentent déjà des branchies parfaitement fonctionnelles. Ils ne grandissent que de 1,4 cm par mois, le froid intense des profondeurs ralentissant les processus métaboliques, et mesurent en moyenne 50 cm à la naissance ; leur croissance lente explique cette incroyable gestation de trois ans et demi. Les petits viennent au monde en étant capables de se débrouiller seuls, et partent vivre leur vie immédiatement.
Le cœlacanthe : un nouveau prétendant au titre ?
Moins longue cependant que celle d’une pieuvre de l’espèce Graneledone boreopacifica qui a été observée "couvant" ses œufs pendant 53 mois. On peut relever qu’au-delà du mythe, le cœlacanthe prend la place de champion du monde de la durée de gestation, dépassant de loin le record de l’éléphant (2 ans de gestation) chez les mammifères ou du requin lézard (3,5 ans) chez les poisons. L’article scientifique publié aujourd’hui est une petite révolution pour la conservation de cette espèce. En effet, le cœlacanthe vivrait plutôt un siècle, que les 22 ans supposés auparavant, avec une période de gestation de 5 ans et une reproduction vers 55 ans. L’espèce serait donc plus en danger qu’on ne le croyait car, face aux menaces anthropiques, peu d’individus peuvent atteindre l’âge de se reproduire. Le cœlacanthe est un animal mythique, dont l'origine du groupe remonte à 400 millions d'années. Il peut mesurer jusqu’à 2 m de long pour un poids maximal de 110 kg. L'espèce africaine réside dans les eaux du détroit du Mozambique et sa population ne serait potentiellement de quelques milliers d’individus seulement. Le cœlacanthe est classé parmi les espèces en danger critique d'extension par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). L'analyse des écailles prélevées sur les spécimens conservés en fluide depuis les années 60, ont permis de déterminer l'âge de 27 individus : comme pour les cernes des arbres, chaque année passée laisse une strie visible au microscope. À la différence de la seule étude précédente datant de 1977, nous avons utilisé un microscope dit polarisé, qui par un jeu de lumière et de miroirs permet une observation plus fine. Et nous avons découvert 5 à 6 petites stries supplémentaires entre celles déjà identifiées par le passé. L'étude de jeunes individus, provenant du ventre de deux femelles gestantes, a permis aux chercheurs d’apporter de nouvelles conclusions sur le rythme de reproduction de l'espèce. Là encore les écailles ont parlé : et à notre grande surprise, les petits sur le point de naître étaient âgés de 5 ans.
Pourquoi une telle variation dans la durée de gestation ?
La gestation des animaux, et particulièrement celle des mammifères, pourrait logiquement être de même durée pour tous, le temps que l’embryon puis le fœtus arrivent au stade de la naissance. Cependant, il n’en est rien, et il y a une grande disparité entre chaque espèce. La durée de la gestation dépend en fait du poids des animaux. Le rythme de développement des cellules est proportionnel au poids de ces derniers. Ainsi, moins ils pèsent lourd, plus les cellules se développent rapidement. Il y a cependant des exceptions, comme la baleine bleue, qui pèse 7 tonnes en moyenne, mais qui dispose d’une durée de gestation à peine plus grande que celle de l’homme, ou bien le kangourou, dont la gestation est de 30 jours seulement avec un développement extra-utérin du jeune dans la poche de la mère pendant environ 250 jours.
Au-delà de la gestation : autres records de durée chez les animaux
En attendant, toutes les espèces ne sont pas logées à la même enseigne en termes de longévité : quelques heures pour l’Éphémère, insecte qui porte bien son nom, mais plusieurs décennies pour de nombreux mammifères. Mais nous sommes battus à plate couture par un coquillage, Arctica islandica, une petite praire de l’Atlantique Nord. Et encore aurait-elle pu continuer sa vie paisible un certain temps mais elle n’a pas survécu à sa datation au carbone 14. Toute personne ayant repris le travail après une bonne choucroute ou un cassoulet copieux comprend que la digestion absorbe une grosse partie de notre énergie. Le boa constricteur (Amérique du Sud et Centrale), grâce à sa mâchoire désarticulée, engloutit des proies entières parfois plus grosses que lui. Il n’a pas de venin mais les étouffe et les gobe parfois étourdies mais vivantes. Rien de tel qu’un sieste après un gros repas. Et le nec plus ultra de la sieste est l’hibernation. Après avoir ingéré et stocké de bonnes réserves de nourriture, certains animaux passent la saison froide dans cet état. En la matière, le record de durée semble appartenir au petit écureuil de Point Barrow, Alaska, qui hiberne neuf mois sur douze !
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