En cette période de Noël, la crèche, présente dans de nombreuses églises et foyers, captive notre attention. Au-delà des figures centrales de Marie, Joseph et Jésus, des bergers et des santons régionaux, l'âne et le bœuf se distinguent comme des éléments incontournables. Cet article explore la signification symbolique de ces animaux et d'autres, enrichissant ainsi notre compréhension du mystère de la Nativité.
L'Âne et le Bœuf : Plus que de Simples Animaux
Il est rare de voir des crèches sans les deux animaux incontournables que sont l’âne et le bœuf. Ces animaux ne sont pas de simples ornements ; ils portent une charge symbolique forte et renforcent l’authenticité de la scène.
Un Rappel Biblique
L’âne et le bœuf sont cités ensemble dans le tout début du livre d’Isaïe, comme une invitation à accueillir Dieu qui vient nous visiter : « Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Dans la logique d’Isaïe, l’âne et le bœuf de la crèche ne sont donc pas là uniquement pour fournir au petit enfant la chaleur animale dont il a besoin, comme on l’imagine souvent, mais pour rappeler le paradoxe soulevé par l’évangéliste saint Jean : « il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » (Jn 1,11). L’âne et le bœuf sont donc là pour nous inviter à ne pas avoir un cœur endurci et accueillir réellement le petit enfant de la crèche comme notre sauveur.
Le Bœuf : Force Tranquille et Richesse Spirituelle
Dans la tradition provençale, le bœuf représente la force tranquille, la stabilité et la grandeur de la création. Posséder un bœuf est considéré dans l’Évangile comme une richesse qui peut nous détourner du Seigneur, ainsi dans la parabole du festin des noces, un homme refuse de venir à la noce en prétextant qu’il vient d’acquérir cinq paires de bœufs et qu’il doit les essayer (Lc 14, 19). Ici, le bœuf, comme toutes les richesses que nous pouvons posséder, nous renvoie à celui qui doit être notre richesse principale, la perle de grand prix : le Christ lui-même.
Le bœuf trouve idéalement sa place derrière ou sur le côté de la mangeoire, légèrement en retrait mais visible. L’idée est de ne pas concurrencer la Sainte Famille, mais de servir de “cadrage” visuel. Évitez de le mettre trop en avant. Veillez à ce que la taille du bœuf reste proportionnée par rapport aux santons humains c'est à dire qu'ils ne doivent pas être trop imposant, pas trop discret.
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L'Âne : Humilité et Service
Quant à l’âne, il est dans l’évangile l’humble signe du Messie entrant à Jérusalem à la veille de sa passion (Mt 21, 1-11): il évoque par anticipation la figure du Messie serviteur qui donnera sa vie pour apporter le salut au monde.
L’âne symbolise l’humilité, la simplicité et le service discret. Dans les récits traditionnels, il aurait porté Marie à Bethléem. Souvent, il se situe de l’autre côté de la mangeoire que le bœuf. Il peut être légèrement incliné vers l’Enfant Jésus, comme s’il « regarde » ou « protège ». Si vous disposez d’un décor en relief (buttes, roches miniatures), placez l’âne sur une légère élévation pour éviter qu’il ne “disparaisse” derrière d’autres éléments. Vous pouvez aussi orienter sa tête vers la mangeoire pour renforcer l’idée qu’il “observe” la scène.
Autres Animaux et Leur Symbolique
Outre l'âne et le bœuf, d'autres animaux enrichissent la crèche de Noël, chacun porteur de significations spécifiques.
Les Moutons : Pureté et Relation avec Dieu
Les moutons incarnent la pureté, l’innocence et la relation du peuple avec Dieu. Dans la tradition chrétienne, ils sont aussi liés au concept d’agneau sacrificiel. Les moutons se prêtent bien à une implantation en groupe, autour des bergers ou en arrière-plan. Ils offrent du volume, tout en relais visuel doux. Variez les poses : un mouton couché, un autre debout, un autre levant la tête. Cela rend la scène dynamique. Si vous avez un décor de pâturage (herbe synthétique, mousse), positionnez les moutons dessus pour les “ancrer” visuellement.
Les Chèvres : Persévérance et Agilité
Les chèvres évoquent la persévérance, l’agilité et la rusticité rurale. Intégrez les chèvres légèrement éloignées de la crèche centrale, près d’une pente ou d’un rocher miniature, pour suggérer leur habitude à grimper. Les chèvres peuvent être orientées vers l’horizon ou penchées vers l’herbe. Si vous avez une texture rocheuse, installez-les sur un petit rocher factice pour renforcer leur habitude à se percher.
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Les Poules et Coqs : Vie Rurale
Ces oiseaux se marient bien avec les éléments de ferme ou les zones périphériques de la crèche. Placez une poule près d’un poulailler miniature ou une barrière, ou un coq debout près d’un élément relevé (toit, poteau). Variez les hauteurs, une poule couverte, un coq dressé. Si vous avez du foin, placez-les dessus pour suggérer leur espace naturel.
Les Personnages et Leur Signification
Au cœur de toute crèche de Noël, on trouve Marie et Joseph. Ils représentent la tendresse et la fidélité. Placée dans la mangeoire, la figurine de Jésus rappelle que Noël est avant tout la célébration de sa naissance. Les bergers sont les premiers à venir voir Jésus. Leur présence montre que Dieu s’adresse d’abord aux plus simples. L’ange veille souvent au-dessus de la scène. Il rappelle le message de paix et d’amour qui accompagne la naissance de Jésus. Avec leurs cadeaux - l’or, l’encens et la myrrhe - les rois mages élargissent la scène au monde entier.
Les Santons Provençaux : Une Représentation de la Vie Rurale
La crèche familiale prend davantage d'envergure avec l'apparition des santons provençaux au XVIIIe siècle, certaines comptant même parfois une quarantaine de personnages différents. Parmi ces santons, on retrouve :
- Le Meunier et l'Âne : L’âne était un animal familier, une bête de somme très répandue dans la campagne provenà§ale, il servait notamment d’auxiliaire au meunier, il transportait par les chemins de terre les matériaux, les denrées, et les gens. A ce titre, on le retrouve dans la crèche avec le meunier et c’est lui qui porte Margarido.
- L'Étoile : Elle est avec l’ange boufareo๠l’autre manifestation de la présence des cieux à l’évènement. C’est une grande étoile rayonnante illuminant le ciel à l’heure de minuit. Elle guide les pas de la foule. Elle symbolise le mystère, apporte la touche du Merveilleux Divin.
- Les Rois Mages : Ils représentent les trois continents connus à l’époque, l’Europe, l’Afrique et l’Asie.
- Le Meunier : On le met sur le chemin tortueux qui descend de la colline, il a son bonnet blanc sur le côté, une large taillole entoure sa taille, il porte sur l’épaule un sac de farine.
- L'Aiguiseur : C’est l’aiguiseur de couteaux, de ciseaux.
- Le Pêcheur : Pêcheur de rivière, son bonnet rouge le protège du soleil. Il est debout la canne tendue, image même de la patience. On le place sur le pont enjambant le torrent ou sur la berge. Il peut y avoir un autre pêcheur : lou pescadou, celui du bord de mer.
- La Fileuse : Elle est debout, porte un grand chapeau noir, elle tient le fuseau enrobé de laine, elle file. En Provence, on travaillait également d’autres fibres comme le chanvre, le lin et la soie. Le fil tiré de ses doigts représente la vie.
- Le Bûcheron : Le bois jouait un rôle très important dans l’économie du village et des mas. C’est un homme rude mais bon, son bois servira à chauffer la crèche. On peut le placer descendant vers l’étable, ou le laisser dans les taillis.
- La Poissonnière : Solide petite femme au verbe haut, une main sur les hanches, elle porte un panier plein de poissons d’argent, sa balance romaine pourrait peut-être servir à peser les âmes de tout ce petit monde. Sa seule touche de coquetterie est le beau fichu couvrant ses épaules.
- Le Musicien : Maître de la farandole, c’est tout le folklore de la Provence qui apparaît à sa suite. Son offrande est la fois modeste et sublime, elle tient toute entière dans sa bonne humeur, et dans les sons harmonieux et entraînants que son souffle joyeux tire du galoubet, pendant que sa main rythme la danse sur son tambourin.
- Le Ravi : C’est un garàçon de ferme un peu simplet, toujours amoureux.
- L'Aveugle : C’est un couple de souffrance. Appuyé sur l’épaule d’un enfant qui lui montre le chemin et guide ses pas, l’aveugle incarne les maux qui frappent l’humaine condition et dont la guérison ne peut venir que de la clémence de Dieu.
- La Vieille Femme : Vielle femme au dos courbé, pauvrement vêtue, elle porte avec peine un gros fagot de bois mort. A côté des offrants, il y a tous ceux qui poursuivent leurs activités. Ils ne sont pas sourds au message divin, et le travail souvent pénible auquel ils se livrent a valeur de prière.
- La Porteuse d'Eau : De sa main droite elle maintient en équilibre sur sa tête une cruche de terre cuite vernissée. L’eau qu’elle porte est le précieux symbole de la vie sur ces collines le plus souvent vouées à la sécheresse.
- Les Mariés : Couple attendrissant, ils marchent en se tenant par le bras, ils ont mis leurs plus beaux habits pour honorer le Seigneur. Ils portent un panier de friandises.
- Le Gitan : Personnage inquiétant, marginal, il marque la présence des nomades, il porte des vêtements criards, un couteau à la ceinture. Il peut être accompagné de la bohémienne avec un panier en osier ou un enfant qui lui tien la main.
- Le Notaire : Ce personnage est apparu dans la crèche en 1837, il est l’unique notable, et tranche un peu avec son costume et son air empesé. Il tient un registre de naissance de la main gauche et une canne de l’autre.
Un Peu d'Histoire
La crèche désigne la mangeoire pour les animaux dans laquelle la Vierge a déposé Jésus à sa naissance selon Saint Luc. Elle désignera par la suite le lieu de la Nativité, puis la scène de la Nativité.
Les deux plus anciennes représentations de la Nativité qui soient connues datent du IVe siècle. La première consiste en une peinture murale ornant la chambre mortuaire d'une famille chrétienne ayant vécu aux environs de 380. Cette oeuvre picturale a été découverte en 1877 dans les Catacombes de Saint Sébastien, à Rome. L'autre mention fait référence à une scène peinte sur un sarcophage de la basilique de Saint Maximin représentant l'adoration de l'Enfant Jésus par les Rois Mages.
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Le terme de crèche (de l'allemand "Krippe") apparut dès le XIIe siècle. Une légende la fait remonter à Saint François d'Assise : il aurait fait célébrer en 1223, avec une autorisation pontificale, la messe de minuit à Greccio, en Italie, devant une étable où hommes et bêtes revivent les circonstances de la Nativité.
Au Moyen Âge, les drames liturgiques, les mystères et les jeux qui se jouaient primitivement dans les églises, puis sur les parvis sont à l'origine des crèches spectacles. Les premières crèches d'église apparues au XVIe siècle ont remplacé de manière statique et théâtrale les jeux scéniques des liturgies médiévales. Au XVIIIe siècle, la mode des crèches familiales se répand.
Le goût des crèches est attesté en France dès le XVIIe siècle. Dans les maisons aristocratiques et bourgeoises, on voit apparaître des préfigurations de la crèche domestique, sous la forme de boîtes vitrées décorées, appelées grottes ou chapelles garnies d’un univers de fiction de rocailles et de fleurs de papier et de frittes de verre et fragments de miroir figurant lacs et jets d’eau, évocateur lui aussi du paradis. On y trouve des représentations de l'enfant Jésus, ou des scènes de la vie du Christ et des saints. Les figurines, réalisées en cire, en mie de pain ou en verre filé, apparaissent dans un décor imaginaire de fleurs, de cascades d'animaux évoquant le paradis. Les crèches napolitaines connaissent notamment un grand succès.
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